Samedi! Et comme j'arrive à la limite de mes réserves de chapitres, il se pourrait que le prochain ait du retard. Bah quoi, j'ai dû terminer un travail pour l'université. Les études, c'est importants.

Sans plus attendre, voici…Requiem.

Chapitre Neuf

Se jeter dans une tanière

Asile d'Arkham

6 ans auparavant

En route pour le travail, j'allume la radio de ma voiture pour apprendre une épouvantable nouvelle. Le Joker a été capturé par Batman après un attentat sur un navire commerçant qui a fait plus de vingt morts. Selon le journaliste, le chevalier noir et le prince clown du crime se sont violemment affrontés sur les ruines du bateau en perdition. Le Joker a été vaincu, et il est actuellement emmené vers Arkham.

-Non, non, non, non…je m'exclame en enfonçant l'accélérateur.

Je grille plusieurs feux rouges dans ma précipitation, m'attirant des klaxons furieux de la part des autres automobilistes. Qu'à cela ne tienne, j'arrive en moins de dix minutes au pont séparant l'île d'Arkham du continent. Le passage à la sécurité est horriblement long, mais les gardes se montrent aussi zélés que d'habitude.

-Est-ce vrai ce que j'ai entendu ? je demande d'un air détaché.

-Si vous parlez du Joker, alors oui. Batman a finalement mis la main sur ce sale clown, et lui a d'ailleurs flanqué une sacrée correction.

-Vraiment ? je dis en sentant mon sang se glacer dans mes veines. Il a été amené à l'hôpital ?

-Quand même pas. Les toubibs de l'infirmerie vont le retaper.

-Mais…il pourrait avoir des séquelles !

-En quoi ça vous concerne ? s'étonne le garde.

-Je…c'est mon patient. Il est normal que je me soucie de sa sécurité.

-Vous inquiétez pas, doc'. De toute façon, ce qu'il a reçu, ce sera toujours que des caresses comparé à ce qu'il a fait à ses victimes.

-Monsieur, le Joker est malade. Ce n'est pas en le méprisant que…

-Malade ? me coupe-t-il en riant. C'est sûr qu'il l'est. Un vrai taré.

Mes dents se serrent pour m'éviter de lancer une réplique acerbe à ce pauvre ignorant. Je supporte donc dans le silence la fin de l'inspection de ma voiture –depuis la tentative d'évasion de Ratcatcher dans une voiture spéciale, la sécurité s'est accrue. On se croirait presque en Irak, avec cette paranoïa-.

En me stationnant, mon regard tombe sur une longue voiture noire d'un modèle unique, reconnaissable entre toutes à Gotham. La batmobile, l'engin de prédilection du «justicier» de notre ville. Il est donc encore ici ? je songe en m'approchant avec circonspection. La carrosserie mate semble être du blindage, et je remarque plusieurs éraflures qui pourraient être des impacts de balle. Je passe mon doigt sur le verre teinté du pare-brise, essayant de déterminer si c'est de la vitre ou du plastique, lorsqu'une voix grave me fait sursauter.

-Je peux vous aider ?

Il est là, juste derrière moi. Je ne l'ai même pas entendu approcher, à croire que ses pieds n'ont pas touché le sol. Son armure noir et gris sombre porte encore plusieurs marques de son combat récent, et sur la mâchoire révélée par le masque, mon œil averti constate quelques plaies fraiches. J'espère que ça lui fait mal…

-Il semble que vous ayez ramené mon patient, je dis sobrement.

-Vous devez être le docteur Quinzel alors ? J'ai entendu parler de vous…

Batman me tend la main, mais je refuse la poignée, redressant les lunettes sur mon nez. Un filtre m'empêche d'observer ses yeux et accentue l'absence d'émotion qui se dégage de lui. Quels secrets pourrais-je deviner si je pouvais seulement lire dans ses yeux ? Qui est cet homme derrière le masque ? Quel est son passé ? Qu'a-t-il à cacher ? Un jour, peut-être, je lui proposerai une psychanalyse. Son cas pourrait être l'un des plus intéressants de tous…

-Je vais vous laisser, dit finalement Batman en me contournant. Tâchez de surveiller davantage votre patient, mademoiselle Quinzel.

Comme répondant à un signal invisible, le toit de la batmobile s'ouvre en coulissant vers l'arrière. Batman s'installe sur le siège du conducteur d'un bond souple, sa cape claquant derrière lui. Il ne me quitte pas du regard jusqu'à ce que la voiture se scelle sur lui. Je recule de quelques pas lorsque le puissant véhicule se met en branle. Puis, avec une vitesse ahurissante, Batman repart. Tant de vitesse sans faire le moindre bruit…cette batmobile à la classe, je suis forcée de l'admettre.

Sans perdre plus de temps, je me précipite vers le bloc médical, équipé avec le dernier cri en matière d'appareils de soin. Nous sommes dans un hôpital, après tout, et si nous ne pouvons soigner un patient cancéreux ou offrir des opérations chirurgicales, nous sommes capables de soigner un bon nombre de blessures. Et dieu sait que nous en avons à Arkham.

Il est là. Le bras en écharpe et un plâtre autour du cou, il fait peine à voir. Seul un de ses yeux est ouvert, l'autre étant trop gonflé par un monumental œil au beurre noir. Cependant, il est conscient et réagis à mon approche.

-Bonjour Harley, dit-il avec un grognement de douleur. J'ai bien peur de ne pas être à mon avantage aujourd'hui.

-Oh mon dieu, je dis en contemplant l'étendue des dégâts.

-Terrible, non ? en toute honnêteté, croyez-vous que j'ai mérité un tel traitement ?

-Vous avez tué des gens…je dis, incertaine.

-Des dommages collatéraux. Toute entreprise d'envergure nécessite des sacrifices. Et puis, Batou n'avait pas à me tabasser autant…

-Batou ? je répète en souriant, amusée.

-Ah, j'aime donner des petits surnoms. Ça aide à détendre l'atmosphère.

Il me fait signe de m'approcher, ce que je fais. Lorsque je tends l'oreille, il me murmure simplement.

-Je sais tout.

Mon cœur se serre soudain. C'était une erreur. En la faisant, j'ai enfreins à peu près tous les règlements en vigueur à l'asile, et probablement quelques lois aussi. Et pourtant…après plusieurs mois d'entretien avec le Joker, j'ai compris que le tenir enfermé ne faisait qu'exacerber sa tendance psychotique et son sentiment narcissique. En gros, s'évader est comme un défi pour lui. J'ai donc saboté quelques sécurités, ouvert une faille dans la grille de surveillance…quelques minutes, rien qui ne puisse laisser des marques. Et il a saisi l'opportunité et a disparu dans la nuit.

J'ai aidé le Joker à s'évader.

Il a besoin de sa liberté. L'enfermer comme un animal en cage, surtout dans un environnement où presque tout le monde lui est hostile, est contre-productif. Pour une guérison éventuelle du plus inhabituel patient, il faut employer des méthodes peu habituelles.

Mais voilà que ma bienveillance se retourne contre lui. J'ai surestimé ses capacités d'adaptation en solitaire, et il a fait des bêtises. Et au final, c'est par ma faute s'il est encore tombé entre les mains de ce bourreau au masque. Le remords me ronge.

En quittant l'infirmerie, je me tourne pour l'observer à travers la vitre de sa chambre. Le Joker semble s'être assoupi sous l'effet des sédatifs. Sans m'en rendre compte, j'ai posé ma main sur la fenêtre, et mon regard se fait plus doux. Il a l'air un peu plus paisible. Plus en tout cas que je ne l'ai jamais vu. Prise d'un élan de tendresse, j'embrasse le bout de mes doigts et lui envoie un baiser à travers la porte. Réalisant ce que je viens de faire, je vérifie que j'étais bien seule dans le couloir et à l'écart de la moindre caméra de surveillance. Je m'éloigne rapidement, mes talons claquant au rythme de chacun de mes pas, tandis que je réfléchis à ce qui m'arrive.

Ce besoin de le protéger, d'entendre son rire si particulier, c'est si…peu professionnel. En entrant dans mon bureau, je hausse un sourcil en constatant le nombre anormalement élevé de photos du Joker et de coupures de journaux le concernant qui sont épinglées au mur. Pour la première fois, je remets en question mon impartialité dans ce dossier.

Qu'est-ce qui t'arrive, ma fille ?

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Tour Wayne

16 août, 22h13

Harley Quinn

Cumulant les plus hauts sommets de la métropole, le centre de Wayne Industries est un immense gratte-ciel abritant des dizaines de laboratoires de recherche, encore plus de bureaux et des centaines d'employés. Enfin, ça, c'est durant le jour. À cette heure-ci, la majorité des travailleurs ont plié leurs affaires et sont rentrés chez eux. En regardant vers le ciel, je constate que de lourds nuages commencent à s'accumuler, faisant contraste avec le temps ensoleillé de ce matin.

Quelqu'un s'approche dans mon dos, mais je n'y prête pas attention le temps de finir le graffiti représentant un visage rieur sur un des murs de l'immeuble. Lorsque j'ajoute la touche finale à mon œuvre, je jette la bombonne de peinture et constate qu'il s'agit de Red Aces.

-Je peux t'aider Minimoi ?

Ce surnom…je sais qu'elle le prend comme un véritable honneur, mais je l'ai trouvé simplement parce que mon acolyte rouge tente tout le temps de m'imiter. C'est à la fois charmant et agaçant. Comme à son habitude, elle s'incline bien bas pour ne pas me regarder dans les yeux avant de prendre la parole.

-Black Aces est en position avec Yoyo et Ted, maîtresse du chaos. Le reste de l'escouade attend proche de l'entrée.

-Bien. Alors qu'attendons-nous ?

Je suis Red Aces jusqu'à atteindre un groupe d'une demi-douzaine d'hommes et de femmes, tous armés et portant un masque de clown arborant un signe du jeu de cartes. J'ai définitivement décidé d'adopter ces symboles comme étant ma touche personnelle. Avec tout le respect que je dois à feu mon poussin, il faut bien que j'impose mes idées…

Hé hé hé. Je n'ai rien dit, moi.

Je sais, poussin. Mais j'ai pris l'initiative.

La porte principale de l'accueil reste ouverte jusqu'à tard le soir. C'est pourquoi le garde de sécurité assis au bureau au milieu de la vaste pièce ne lève pas la tête de ses mots croisés lorsque je m'approche, mes larbins sur les talons.

-Je suis désolé, récite-t-il toujours sans me regarder, mais les consultations se font de 10h à 18h du lundi au vendredi. Si vous voulez prendre un rendez-vous, vous pouvez remplir une demande au…

-J'ai une autorisation spéciale, je révèle avec un sourire amusé.

-Vrai…putain de bordel !

Le garde lève la tête juste à temps pour avoir le pommeau de ma canne juste entre les deux yeux. Ma tête miniature semble se rire de lui une fraction de seconde avant que le venin hilarant fraichement reproduit par Ivy ne jaillisse, entourant son crâne de vapeur verte. L'effet est immédiat : renversant sa chaise par en arrière, l'homme roule au sol aux prises avec une crise de rires incontrôlables. Nous le dépassons sans attendre davantage.

D'un signe de la main, j'invite la Fouine à entrer en scène. Le hackeur s'accroupit donc proche d'une colonne en marbre et sort son ordinateur portable de son sac à dos. Il pianote frénétiquement sur le clavier et des symboles complexes s'affichent sur l'écran. Puis, un crâne maquillé en clown apparait et éclate d'un rire rauque.

-Voilà, annonce-t-il en rangeant son ordinateur. J'ai envoyé un virus dans leur base de données. Black Aces a réussi pile dans les temps.

La brave petite. Elle et ses deux associés devaient prendre le contrôle d'un poste de sécurité secondaire afin d'ouvrir une porte à la Fouine dans la grille de sécurité de Wayne Industries. Si la face de rongeur a bien fait ses devoirs, les gardes de la tour sont maintenant privés d'alarmes et de caméras pour au moins une demi-heure.

J'appuie sur le bouton de l'ascenseur de la pointe de ma canne et attends patiemment que les portes s'ouvrent. Une voix féminine aux intonations électroniques s'élève alors, brisant le silence gêné de mes sbires.

-Bonjour et bienvenue à Wayne Industries, leader mondial en matière de technologie dernier cri.

-On peut faire taire la boîte à conneries ? je demande à la Fouine avec agacement.

Il hausse des épaules.

-Désolé patronne. Mon virus a désactivé les sécurités, mais il n'y a aucun moyen de…

D'un geste vif, le pistolet à ma ceinture est dégainé et une balle est tirée dans l'interphone de l'IA, qui crachote quelques paroles inintelligibles avant de définitivement s'éteindre. Satisfaite, je rengaine l'arme et fixe les larbins.

-Bah quoi ?

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent, empêchant qui que ce soit d'ajouter un commentaire très regrettable, car je n'aurais pas été d'humeur conciliante. Un mort de plus ou de moins, ça n'aurait pas changé grand-chose…oh, et puis zut.

J'envoie mon pied dans l'entrejambe du larbin le plus proche, lui arrachant une plainte de douleur et de surprise. À genoux en tenant sa virilité meurtrie, il ne peut que m'observer sortir à nouveau mon arme à feu pour lui tirer une balle entre les yeux. Avec soupir de soulagement, je rengaine et entre dans l'ascenseur.

-Rien de mieux pour se défouler, je souris aux survivants. Vous venez ? On n'a pas toute la nuit !

Plus silencieux que jamais sous leurs masques, ils s'entassent tous dans la cabine d'ascenseur en prenant garde à me laisser tout l'espace vital dont j'ai besoin. Seule Red Aces se tient bien droite, jouant négligemment avec l'un de ses couteaux. Cette fille a une vraie passion pour les objets pointus et coupants.

Nous avons pas moins de cinq étages dédiés à la recherche et au développement à fouiller, et relativement peu de temps. J'enferme la Fouine dans un poste informatique et lui ordonne de nous donner tout le temps nécessaire. Sachant que sa vie est en jeu dans cette histoire –littéralement-, il va probablement se surpasser. Pendant ce temps, Black Aces va tenter de neutraliser d'autres postes de sécurité.

J'ordonne la dispersion du groupe en précisant qu'il n'y a que MOI qui aie le droit de voler quelque chose qui n'est pas le Démétérium. Je me retrouve bientôt seule avec Karen, dont la faculté à survivre l'a fait monter en grade.

Le laboratoire que nous explorons est plongé dans la pénombre, et seules les lumières de l'extérieur viennent donner un faible éclairage. Karen allume la lampe fixée sur son arme et fait gracieusement office de porteuse de torche.

Tout de suite, je me dis que nous sommes sur la bonne piste. Connaissant les propriétés du Démétérium, Red m'en ayant longuement décrit les effets, trouver de nombreuses plantes isolées dans des tubes de plastiques est bon signe. Difficile de croire qu'un caillou de l'espace peut influencer des fougères ; toutefois, Ivy avait vraiment l'air d'y croire. Si lui faut ce météore pour faire avancer le plan, alors elle aura le météore.

Au hasard, j'active un terminal de recherche dont le mot de passe est si gentiment placé sur un post-it collé sur l'écran. Pendant que Karen examine les plantes aux formes douteuses, je parcours rapidement les données des savants. J'apprends ainsi qu'il n'existe que trois échantillons de Démétarium sur la planète, équivalent à un total de dix kilos. Tous viennent de la même météorite, écrasée quelque part en Afrique il y a deux ans. Maintenant, je m'en souviens : ils en avaient parlé aux nouvelles. Tout un village rasé par l'impact, presque deux cents morts…et les dégâts écologiques anormaux. Le Démétérium a rendu la flore complètement folle, et il a fallu brûler des kilomètres de forêt pour endiguer la propagation. Red serait amusé de constater que la Mère Nature extraterrestre est plus vigoureuse encore que la nôtre.

Wayne Industries a obtenu le second plus gros fragment de la météorite. Toujours selon les données, les savants n'ont pour le moment…une petite minute.

Il y a toute une série de fichiers concernant Poison Ivy. Des échantillons de peau et dans sang, tous porteurs d'ADN végétal ; des rapports détaillés sur les pouvoirs de mon amie, gracieuseté de l'asile d'Arkham. Quels genres de tests ces salauds ont faits sur elle ? Ils cherchaient à savoir si les pouvoirs de contrôle des plantes d'Ivy pouvaient être imités grâce au Démétérium. Le projet est financé par le foutu Pentagone lui-même…

-Petits cachottiers, je marmonne.

Les résultats étaient…peu probants. Surtout parce que Bruce Wayne lui-même a tenu à modérer les recherches, pour ne pas qu'elles aillent trop loin…ça me surprend. J'aurais cru qu'il aurait sauté sur l'occasion d'avoir le brevet d'une formule de super-soldats contrôlant les plantes.

Après avoir satisfait ma curiosité, je trouve enfin l'endroit où se trouve le fameux caillou. Pile au niveau où je me trouve ! Tu parles d'une chance ! Alors que je pensais cela, une alarme stridente retentit. Au même moment, la voix de Red Aces retentit dans mon communicateur, des crépitements d'armes à feu résonnant en arrière-plan.

-On est tombé sur des gardes. On les a butés, mais ces connards ont sonné l'alerte.

-J'ai retenu le signal à l'intérieur du bâtiment ! annonce la Fouine sur la même fréquence. Ils n'ont pas pu prévenir la police…

-Bien. Red Aces, fais le ménage. Moi et Kari, on va chercher le Démétérium.

-Vous l'avez trouvé ? s'exclame mon acolyte avec plaisir. Où ça ? Vous avez besoin d'assistance ?

-J'ai dit que tu fais le ménage, Minimoi. C'est pourtant clair.

-Je…oui, maîtresse. Désolée…

Je coupe la communication et ordonne à Karen de me suivre. Lorsqu'elle se retourne, toutefois, le canon de son arme heurte un large récipient de verre qui part se fracasser au sol avec un tintement sonore qui résonne dans toute la pièce. Elle se fige avec horreur, sa tête cherchant frénétiquement dans les moindres recoins d'ombre. Puis, réalisant qu'elle est la responsable de ce gâchis, elle soupire de soulagement.

-Stupide maladroite ! je m'exclame en la giflant. Regarde un peu où tu pointes ce truc.

-Désolée patronne, dit-elle précipitamment. Ça ne se reproduira plus.

-J'espère bien, je la sermonne en agitant mon doigt sous son nez. Je pourrais décider de te punir, la prochaine fois…

Mon sourire la fait frissonner d'inquiétude. Avalant péniblement sa salive, Karen hoche doucement la tête pour confirmer qu'elle a compris. S'il y a bien une chose que monsieur J. m'a apprise, c'est qu'il faut savoir se faire respecter pour se faire obéir.

-Allons, je dis en me détendant. Relaxe.

Je lui donne une claque dans le dos, enclenchant le gadget à électricité fixé sur un de mes doigts. La faible décharge électrique la fait sursauter en hurlant plus fort que nécessaire, et elle trébuche pitoyablement lorsque j'ôte ma main. Elle a sans doute cru que j'avais sorti la version létale, création de monsieur J. Mais non ; celui-là, je me le suis procuré dans une boutique de farces et attrapes. Sous mon rire moqueur, elle se relève en tremblant, avant d'empoigner son arme afin de reprendre ses esprits.

-Du nerf Kari, je m'exclame en lui désignant la direction à prendre. Qu'est-ce qu'il y a ? On dirait que ça t'a fait comme un choc…

Elle s'efforce de rire de ma blague, mais je me fiche si elle est sincère ou non. Moi, je la trouve drôle, et mon poussin aussi. C'est ce qui importe. Son rire est délicieux.

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Laboratoire 33, Tour Wayne

16 août, 23h00

Harley Quinn

Des gardes. Trois d'entre eux, bavardant calmement dans un poste de sécurité local lorsque je suis entrée. Mon arrivée les prend au dépourvu, mais ils ont bien appris leurs leçons, car ils dégainent rapidement leurs bâtons électriques en vue de me maîtriser. Il est temps de m'amuser un peu. J'ai un trop plein d'énergie, et surtout…c'est du chocolat que je vois sur cette table ?

Je bondis en effectuant une roulade dans les airs, me réceptionnant les pieds devant sur la table qui grince un peu, mais supporte mon poids. Poursuivant mon élan, je saute sur le garde le plus proche et referme mes doigts sur sa chemise, me servant de ma nouvelle force pour me soulever dans les airs afin d'envoyer mes bottes dans le visage d'un autre. Le malheureux recule en jurant, la bouche ensanglantée, tandis que mon «support» s'écroule, déséquilibré.

En équilibre sur mes mains, je fais une flexion des coudes qui me permet de me remettre debout d'un bond. Dans le même geste, je fais tournoyer ma canne et frappe le troisième garde à la tempe, le crâne émettant un craquement semblable à un feu d'artifice. Gardant la pose pendant qu'il s'écroule, inconscient, je lève mon chapeau à bouche-en-sang en esquissant un clin d'œil. Puis, je fais virevolter mon pied juste sous son menton, brisant probablement une dent ou deux. Sous la puissance du coup, l'homme va se cogner la tête contre le mur et retombe mollement, assommé lui aussi.

Le dernier garde, étendu au sol et encore en pleine possession de ses moyens, écarquille des yeux ébahis en constatant ce que j'ai infligé à ses deux compères. En me voyant m'approcher, il rampant frénétiquement sur le dos en poussant des supplications suraiguës. Je tente de le faire taire en lui donnant un coup de pied, mais ça ne fait qu'accroître le problème ; maintenant, il pleurniche de douleur en plus. Un soupir s'échappe de mes lèvres et je l'achève en lui envoyant une carte aiguisée comme un rasoir dans la gorge. Malgré le sang s'échappant de la carotide tranchée, je constate que j'ai par hasard tiré le deux de pique ; voilà qui est judicieux.

Le laboratoire 33. C'est fou ce que ces savants n'ont aucune imagination pour les noms. Ils auraient pu l'appeler, je ne sais pas, le «Labo du caillou» ou «Météorland». Je vois bien un panneau qui dit «Bienvenue à Météorland». Mais non : un simple nombre d'identification et basta. N'oubliant pas de me saisir de la barre chocolatée que j'ai repérée en entrant, je me dirige vers la porte de sécurité.

-Non d'une salamandre, je m'exclame en constatant que le verrouillage comporte plusieurs serrures perfectionnées. Comment ça s'ouvre, ce truc ?

-Patronne…vous pourriez peut-être demander à l'un des gardes ? suggère Karen.

-Mmh…ch'est che que ch'allais faire, je dis en mâchant ma friandise. Pas la peine de la ramener !

Le garde le moins mal en point reste encore celui que j'ai juste assommé avec ma canne. Un coup de cette puissance n'a probablement pas endommagé très gravement le cerveau, je me dis après examen. Le hissant à bouts de bras, je jette le garde sur la table et l'agresse de gifles jusqu'à ce qu'il se réveille.

-Hé ho ! T'es là ? Tu m'entends ?

-Urgh, répond-il, se méritant une autre baffe.

-Je veux entrer dans le labo 33. Mais c'est verrouillé.

-J'vais pas t'aider, connasse…

Un coup de coude dans l'estomac lui arrache un nouveau grognement. Puis, je tire une nouvelle carte à jouer et érafle sa joue, faisant perler le sang.

-J'ai pas bien entendu, je chantonne.

-Tue-moi, grince-t-il malgré tout. Tu pourras pas plus entrer. Et j'te préviens, c'est une porte blindée ; tu pourras pas la faire sauter.

Quel rabat-joie. Il est douloureux d'admettre que la menace de mort est sans valeur, puisque j'ai besoin de lui. Je n'ai pas le temps de trouver comment déverrouiller cette maudite porte. Mon regard parcourt la pièce, cherchant une idée, quand je tombe sur une série de photos sur un petit réfrigérateur. L'une d'entre elles montre le garde en compagnie de deux petites filles, très certainement ses enfants. Il suit la direction de mon regard, et lorsque mon sourire s'élargit de manière sadique, il blêmit.

-Non…pas elles ! Ce ne sont que des enfants ! Tu ne vas quand même pas t'en prendre à des enfants ?!

-Je suis folle, je te rappelle. Folle et dangereuse. Demande à n'importe quel psy d'Arkham, ils te le confirmeront.

-C'est un verrou électronique analysant à la fois l'empreinte de la paume et celle de l'iris ! s'écrit-il. Il y a aussi un mot de passe, c'est…c'est…

-Continue, je ronronne avec amusement, faisant glisser ma carte sur son visage.

-Je peux vous ouvrir, répond-il, vaincu. Je…j'ai les autorisations pour.

En effet, il porte les grades d'un officier supérieur de la sécurité. Il est probablement le responsable de la sécurité de tout le niveau. C'est d'autant plus décevant de constater combien il a été facile à manipuler. De nos jours, le personnel fiable se fait rare. Menacez un peu leur famille et ils vous donneront ce que vous voulez.

Le garde de sécurité se relève péniblement de la table, souffrant probablement de migraines atroces à cause de mon coup. Comme il l'avait promis, il ouvre chacune des serrures sous mes yeux, jusqu'à ce que tous les voyants passent au vert sous mes yeux. Tandis que la porte s'ouvre avec un chuintement, un courant d'air dans le couloir fait claquer une porte me faisant jeter un bref coup d'œil derrière mon épaule avant de reporter mon attention sur le laboratoire 33. C'est ouvert.

-Bonne nuit, je lance au garde.

Ma main se referme à l'arrière de sa tête et l'envoie embrasser tête la première la porte blindée, lui fracturant le crâne. Moi-même surprise par la force employée, j'hausse les épaules en mettant ça sur le compte de ma nouvelle force physique.

-Allez Kari, on y va.

-La fête est terminée, grogne une voix tout sauf féminine. Une voix trop familière.

Je me retourne lentement, comme une gamine prise sur le fait et fait face à la haute silhouette de Batman. Karen git derrière lui, inconsciente, probablement maîtrisée il y a même pas deux secondes.

La chauve-souris m'a retrouvé. Pour la première fois depuis la mort de monsieur J. et mon évasion de l'asile, je me retrouve seule face à Batman. Mon plus mortel ennemi…