Chapitre 10 : UNIT
Le Brigadier Bambera vient elle-même les accueillir à leur descente d'avion à l'aéroport militaire de Northolt, situé à quelques kilomètres d'Heathrow.
« Vous avez un lieu où déposer votre petit garçon, pendant notre entretien ? » demande-t-elle à Tegan.
Celle-ci sent la main de son fils se glisser dans la sienne et la serrer. Mais elle n'a pas besoin de cet avertissement pour répondre :
« Il vaut mieux qu'il soit avec nous. Vous comprendrez pourquoi lorsque nous seront seuls. »
La femme militaire jette un regard ennuyé au garçonnet.
« UNIT n'est pas un endroit pour les enfants… commence-t-elle.
– Koschei n'est pas un enfant comme les autres, l'interrompt Tegan. Excusez-moi, Brigadier, mais nous perdons du temps. Avez-vous pu joindre le Docteur ?
– Pas encore. Nous essayons depuis plusieurs jours. Notre appareil envoie le signal en permanence. Mais si vous connaissez le Docteur…
– Je sais, soupire la jeune femme. Il est fantasque et pas toujours fiable.
– Comme sa vieillerie de TARDIS », conclue Koschei au grand étonnement du Brigadier.
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Elle les reçoit, non pas dans son bureau, mais dans une salle de repos de la base militaire attenante à l'aéroport.
« C'est totalement sûr ? questionne le petit garçon. Pas de micros cachés, pas d'enregistrement de notre entretien ? »
Il fait le tour de la pièce en soulevant les feuilles des plantes et en déplaçant les coussins des fauteuils. Le Brigadier est de plus en plus abasourdie.
« Mais qui êtes-vous ? interroge-t-elle. Vous, Tegan Jovanka, vous avez déjà une fiche dans nos dossiers. »
Elle pose la chemise qu'elle tenait sous son bras sur une des tables basses et elle l'ouvre. Le fichier de Tegan est assez maigre. Mais il est complet. Date et lieu de naissance, divers emplois occupés. Tous les lieux où elle a habité. Même un arbre généalogique avec un mot sur chacune des personnes de sa famille. Tous ses amis sont au moins cités. Et bien entendu, Koschei y figure également. Il y a marqué en face de son nom : « né de père inconnu ».
« Eh bien, s'exclame l'Australienne. Je vois que ce n'est pas pour rien qu'on vous appelle une agence de renseignements.
– Il est très important que nous sachions tout des personnes ayant approché nos collaborateurs. Et le Docteur est un des plus importants d'entre eux.
– Vous avez également un dossier détaillé sur lui ?
– Non, doit avouer Winifred Bambera. Le Docteur est un cas particulier. La seule trace de lui dans nos archives, ce sont les affaires dans lesquelles il nous a aidé.
– Par contre, vous un dossier sur moi, intervient Koschei. Très épais, même. Je n'ai jamais réussi à me le procurer dans son entier.
– Qui êtes-vous ? » répète Bambera.
Elle lève un visage interrogatif vers Tegan. Celle-ci lui sourit avec malice. Elle s'amuse énormément de la confusion de cette femme haut gradé.
« Le Maître, ça vous dit quelque chose ?
– Oui, c'est un criminel extrêmement dangereux, recherché par tous nos services. Nous avions réussi à l'enfermer pendant une période, mais il a toujours su s'évader. »
Elle ne remarque pas l'air satisfait de l'enfant devant cette description. Elle poursuit :
« Il n'a plus réellement sévit ici depuis… une bonne vingtaine d'années. Nous en avons entendu parler à propos d'avions détournés, il y a dix ou douze ans, mais nous n'avons pas eu directement affaire à lui à ce moment-là. »
Soudain, Winifred Bambera s'exclame :
« Attendez ! Les codes que vous avez fourni pour nous convaincre de vous écouter… ils datent d'il y a vingt ans, eux aussi. Je réitère ma question : pour quelle raison le Docteur vous les a-t-il donnés…
– Ce n'est pas le Docteur, c'est moi. »
Le Brigadier trouve cet enfant de plus en plus irritant. Il est manifestement très intelligent, mais son attitude de petit génie condescendant l'agace profondément.
« Et comment tu t'y es pris pour les avoir, mon bonhomme ? questionne-t-elle avec aigreur.
– Oh… de diverses façons, répond ironiquement Koschei. Corruption, hypnose, menaces, chantage. Les Humains sont très facilement manipulables. »
À nouveau, Bambera se tourne vers Tegan. Ces mots, dans la bouche de ce gosse, sonnent de façon vraiment étrange.
« Est-ce qu'on peut m'expliquer ce que tout cela veut dire ? grogne-t-elle.
– Laisse-moi parler, Koschei, intervient l'Australienne avant que celui-ci n'ait pu ouvrir la bouche. Mon fils n'est pas un enfant ordinaire, comme je vous l'ai déjà dit. En réalité, c'est un Seigneur du Temps, tout comme le Docteur. Pour être plus précise, c'est le Seigneur du Temps qui vous a donné tant de fil à retordre à une certain époque. En clair, c'est le Maître. »
Le Brigadier ne réagit pas immédiatement. On sent que l'information a du mal à passer la barrière de son esprit logique.
« Le Maître ? répète-t-elle. Mais… comment est-ce possible ? C'était un homme d'un certain âge, avec une barbe grise…
– Vous n'oubliez pas que la race du Docteur peut changer de corps, n'est-ce pas ? l'interrompt Tegan. Votre prédécesseur, le Brigadier Lethbridge-Stewart, a même assisté à une de ces régénérations. Et moi aussi, à vrai dire.
– En effet, balbutie Winifred Bambera. Mais… je ne savais pas qu'ils pouvaient redevenir enfant. Et puis… j'ai des papiers en provenance de l'hôpital de Brisbane enregistrant la naissance de votre fils. Ce gamin est né de façon tout à fait naturelle. À moins que cela ait été trafiqué.
– Non, c'est réel. J'ai mis Koschei au monde, mais c'est également bel et bien le Maître. Désolée de ne pas expliquer plus en détail, ça nous prendrait trop de temps.
– Oui, approuve le petit garçon. N'oublions pas la raison pour laquelle nous sommes ici.
– Mais si vous êtes le Maître, reprend le Brigadier – elle ne le tutoie plus désormais – pourquoi souhaitez-vous nous aider ? Vous êtes plutôt désireux de créer des ennuis aux Terriens habituellement, non ? C'est ce que j'ai lu dans votre dossier.
– Si vous l'avez lu correctement, vous devez savoir que je vous ai également assisté parfois.
– Hum oui… Rarement et toujours pour sauver votre peau.
– C'est également le cas maintenant. La Terre est provisoirement ma maison. Et je suis certain que le danger est plus grand que ce que les informations ne le laissent entendre.
– C'est exact, marmonne Bambera. Nous souhaitions la coopération du Docteur, car tout laisse à penser qu'il s'agit d'une attaque extra-terrestre. Les incidents se multiplient de façon dramatique. C'est une croissance presque exponentielle. Des types de plus en plus étendu de personnes sont touchés. Nous avons d'ailleurs du mal à garder le secret. »
Elle s'assoit dans un des fauteuils et commence à donner des explications plus détaillées :
« Comme vous avez pu le lire, cela a commencé avec des Humains ayant un style de vie proche de la nature. Interrogés, ils disent tous avoir reçu un message de leurs dieux ou ancêtres ou tout autres croyances qui sont les leurs. Ce message leur enjoignait de détruire des créatures monstrueuses qui en voulaient à leur vie.
– C'est exactement ce que m'a raconté Jannali.
– Jannali ?
– Une amie à moi. Elle a été possédée brièvement, mais j'ai réussi à briser sa transe. Probablement parce qu'elle a fait des études supérieures, donc qu'elle n'était pas tout à fait dans l'état d'esprit requis.
– Mais depuis, d'autres sortes de gens ont été touchés. Ils influencent surtout les personnes les plus fragiles, les plus faciles à suggestionner. Des malades mentaux par exemple, qui se sont jetés sur leurs infirmiers et médecins. Ou parfois sur leur propre famille. Maintenant, on me rapporte de nombreux cas dans des banlieues pauvres autour de grandes villes, essentiellement dans des pays du Tiers Monde, mais également aux États-Unis, en Europe et ici aussi, dans les îles britanniques. Je dis "ils" faute d'un meilleur terme, car nous n'avons aucune idée de ce qui se cache derrière ça.
– Puis-je voir le détail de ces incidents ? demande Koschei. Je suppose que vos informations sur chacun sont précises et approfondies.
– Oui. J'ai le dossier complet dans mon bureau d'UNIT. Mais je ne sais pas… »
Le Brigadier Bambera hésite. Elle regarde Koschei et Tegan peut voir la question qui se forme dans sa tête :
« Dois-je lui faire confiance ? C'est le Maître, après tout. »
« Vous savez, intervient-il. Si je veux entrer dans vos locaux, je peux le faire à loisir. Aucun de vos dispositifs de sécurité n'a jamais réussi à m'arrêter.
– D'accord, soupire-t-elle. Ma voiture est à l'extérieur. »
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Bientôt, le Maître est assis au bureau du Brigadier. On a rajouté un épais coussin sur le siège pour lui permettre d'être à la bonne hauteur. Winifred Bambera s'est installée dans un fauteuil face à lui et elle l'observe. Elle le voit jeter un très rapide coup d'œil à chaque fiche, puis la placer selon un ordre qu'elle ne comprend pas, mais qui doit avoir une signification pour lui.
Tegan est allée lui chercher de quoi manger. Il a grignoté distraitement quelques frites. À la fin de la journée, elle lui fait remarquer qu'il devrait peut-être aller se reposer. Il grogne :
« Dans cinq minutes. »
Au bout d'une heure et demie, il est toujours en train de consulter les abondantes données. Il étouffe un bâillement.
« Koschei, gronde Tegan. Ça suffit pour aujourd'hui. Nous avons fait un long voyage en avion, puis tu viens de travailler pendant…
– Dans cinq minutes, je t'ai dit.
– Oui… il y a plus d'une heure. »
Il bâille à nouveau fortement.
Winifred Bambera qui commençait à piquer du nez, se redresse et demande d'une voix un peu pâteuse :
« Vous avez un lieu de résidence ? Sinon, nous avons des chambres pour nos hôtes…
– Des cellules ? ironise Koschei.
– Des chambres, répète-t-elle, agacée. Vous avez peut-être occupé une cellule ici, et c'est sans doute le lieu qui vous conviendrait le mieux, mais actuellement, j'ai un petit appartement à vous proposer. Par contre, il y a un seul grand lit.
– Ce sera parfait », approuve l'Australienne.
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C'est un studio, avec kitchenette, salle de bains et un lit double dans la pièce principale.
« Nous allons encore dormir ensemble ce soir, s'amuse Tegan.
– Ouaip ! »
Il saute à pieds joints sur le matelas et rebondit plusieurs fois. Tegan ne peut s'empêcher de s'attendrir devant ces attitudes enfantines qui côtoient toujours les comportements froids et calculateurs du Maître. C'est le genre de choses qui agacerait n'importe quelle mère, mais pas elle, parce qu'elle en connaît les limites. L'innocence et la cruauté se coudoient dans son petit garçon. Chaque manifestation de la première lui paraît un don du ciel.
Elle se retire dans la salle de bain pour se mettre en tenue de nuit. Lorsqu'elle revient, elle le trouve endormi, encore habillé et chaussé. Elle lui ôte ses baskets et son jeans, puis le glisse dans les draps. C'est à peine s'il marmonne un mot ou deux qu'elle ne comprend pas. Du gallifreyen probablement. Cela lui arrive de temps en temps.
Elle s'allonge à côté de lui et le prend dans ses bras. Sans se réveiller, il se serre contre elle et il balbutie :
« Jannali.
– Ton subconscient te joue des tours, mon ange, chuchote-t-elle. Il profite de ton sommeil pour dire ce que tu ne veux pas révéler en état de veille. »
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« Koschei, Koschei réveille-toi.
– Encore cinq minutes, maman. »
Il attrape l'oreiller, se retourne, et le plaque sur sa tête. On entend sa voix étouffée par le coussin :
« Laisse-moi dormir.
– Le Brigadier Bambera vient d'appeler. Le Docteur est là.
– Le Docteur ? »
Il est debout dans la seconde, cherchant son pantalon pour le remettre. Il l'enfile rapidement, ainsi que ses chaussures qu'il ne prend la peine de lacer.
« Hep, bonhomme… »
Tegan le saisit par l'oreille au moment où il se précipite vers la porte.
« Aïe… Lâche-moi.
– La douche et tu te changes. Tu ne t'es même pas déshabillé hier soir.
– Ce n'est pas la peine, je suis propre. »
Mais elle ne cède pas, et il est obligé d'en passer par ses exigences.
Ils rejoignent le Brigadier et le Docteur qui conversent à une table de la cantine d'UNIT. Tandis que Tegan va récupérer leur petit déjeuner, il s'assoit en face de son confrère Seigneur du Temps.
« Tu as drôlement grandi depuis la dernière fois, remarque celui-ci. Quel âge tu as, maintenant ?
– Le même que le tien, lui rétorque le Maître. Tu as oublié ?
– Tu sais très bien ce que je veux dire.
– Sept, répond Koschei, de mauvaise grâce. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ça, non ?
– En effet. Le Brigadier m'a expliqué en gros la situation. Il paraît que tu l'as étudiée plus en détails, hier.
– Oui. »
Il mord à pleines dents dans la grosse tartine que Tegan a déposé devant lui. Mais au lieu de mâcher sa bouchée, il la recrache sur la table.
« Qu'y a-t-il ? s'enquiert-elle. C'est mauvais à ce point ?
– Perdu une incisive », grogne-t-il.
Il montre, planté dans le morceau de pain, la perle blanche au sommet ensanglanté. Il se sent humilié qu'un tel incident ait eu lieu devant le Docteur, soulignant plus encore son statut d'enfant. Sa mère lui tend un mouchoir qu'il applique sur sa gencive pour arrêter le petit saignement.
« Je vais avoir un trou, songe-t-il. Ça va être simple pour parler à des militaires, et être pris au sérieux. »
Le Docteur reprend :
« Tu disais ?
– Oui, j'ai étudié toutes ces affaires. Enfin, la majorité d'entre elles. Ce qui est surtout intéressant, c'est ce que disent les "possédés" une fois revenus à leur état normal. Ils évoquent tous des créatures qui leur enjoignent d'attaquer des monstres. Et ces créatures sont issues de leur folklore ou croyances religieuses. En massacrant leurs semblables, ils croient défendre leur vie.
– J'ai vu ça en effet, approuve le Docteur.
– Il y a plus intéressant encore. Tous ces mythes sont liés à une figure emblématique forte qui peut représenter soit le bien, soit le mal, ou parfois les deux : le serpent.
– Crois-tu qu'il y ait quelque chose sous ce symbole ? questionne le Docteur. Quelque chose de réel, je veux dire.
– J'en suis presque certain, répond le Maître. Du Serpent Arc-en-Ciel des Aborigènes au Serpent à Plumes des Amérindiens, du Tentateur des Chrétiens à l'Ananta des Indous, toutes les cultures terriennes reprennent cette figure.
– Quelque chose qui se serait passé lorsque les Humains étaient encore au stade de chasseurs-cueilleurs ?
– Plutôt dans la période où ils ont commencé à se sédentariser, je dirais.
– Ce qui nous donne… il y a environ dix à onze mille ans. »
Pendant que Koschei grignote prudemment sa tartine et boit son chocolat, le Docteur réfléchit. En conclusion de sa méditation, il propose :
« Je vais retourner dans le passé pour aller voir.
– Je viens avec toi. »
Le Docteur est réticent à admettre Koschei dans son TARDIS.
« Qui sait s'il ne va pas en profiter ? se demande-t-il. Son apparence et son actuelle volonté de venir en aide aux Humains ne doit pas me faire oublier ce qu'il est, ni que son véritable objectif est de récupérer une capsule temporelle et de quitter la Terre. »
Mais il conclut pour lui-même :
« Baste ! Je suis capable de le surveiller. Ce n'est pas ce gamin qui va pouvoir me tromper. Il n'a jamais réussi, même sous une forme adulte. »
« Et toi, Tegan ? ajoute-t-il à voix haute.
– Je viens aussi, bien entendu. Où est Peri ? demande-t-elle ensuite. Elle n'est plus avec vous, ou elle est restée dans le TARDIS ?
– Peri a fait sa vie de son côté. Elle est reine, maintenant.
– Reine ? s'étonne la jeune femme. Voilà qui me surprend d'elle. Et vous ? Vous voyagez seul ?
– Oui, actuellement personne d'autre que moi n'occupe le TARDIS. C'est très reposant. Mais assez parlé de ça, tranche-t-il abruptement. Je suggère que nous explorions la période temporelle qui nous intéresse.
– 'Accord, marmonne Koschei, la bouche pleine.
– Finis ton repas, Maître, je vais aller préparer notre voyage. Tu viens avec moi, Tegan ?
– Je vous le confie », ajoute l'Australienne à l'adresse du Brigadier, avant de se lever pour suivre le Docteur.
Celle-ci approuve d'un hochement de tête. Elle a compris que c'était plus la sécurité d'UNIT que celle du bambin qu'on lui demandait d'assurer. L'enfant lui jette un regard malicieux.
« Vous avez été préposé à la surveillance du vilain méchant bébé ? » raille-t-il.
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« Notre tâche va être double, explique le Docteur à Tegan. D'abord bien entendu, trouver cette entité qui semble s'être brusquement réveillée en 1994, alors qu'elle est restée en sommeil pendant des millénaires. Ensuite… surveiller le Maître. »
Tegan se met à rire.
« Je pensais bien que vous alliez me demander ça.
– Comment ça s'est passé avec lui durant ces sept années ?
– À vrai dire… plutôt bien, si on considère qui il est. Son corps enfantin a une très forte influence sur lui. Il s'en défend et lutte contre cet ascendant, mais il est bien plus sensible aux sentiments qu'avant. Par exemple, je suis certaine qu'il aimait beaucoup mon père et que sa mort l'a touché.
– Ton père est mort ? Désolé et condoléances.
– Cela fait trois ans. Le plus gros du chagrin est passé. Koschei a mal digéré cette disparition. Il s'entendait bien avec son grand-père.
– Tu es consciente que ce n'est pas vraiment son grand-père, comme tu n'es pas vraiment sa mère, j'espère.
– Docteur, comment appelez-vous ça, alors ? Je l'ai mis au monde. Il est né d'un de mes ovules. Si ça ne fait pas de lui mon fils, je ne sais pas ce qu'est la parenté, alors.
– Mais il existait déjà avant. Il était totalement adulte et avait vécu toute une vie. Ce n'est pas la définition d'un enfant, je pense.
– Cela en fait un enfant un peu particulier, mais ça reste mon fils.
– Je pense que tu vas au devant de grosses déceptions, si tu le considères comme ça.
– Tous les gosses ne sont-ils pas ainsi ? On les met au monde, on les élève du mieux qu'on peut, mais il y a des éléments sur lesquels on n'a aucune prise. Ils ont leur caractère, et leur vécu influe sur eux d'une façon qui nous échappe. Je ne vois pas une grande différence. L'avantage pour moi, c'est que je sais exactement ce qu'il est et de quoi il est capable. J'ai plus de chance que la plupart des parents. »
Le Docteur soupire.
« Bon, si tu le vois ainsi. Cependant, sois attentive. Je le serais aussi, mais deux paires d'yeux valent mieux qu'une.
– Promis, Docteur. »
