Mot de l'auteur : C'est un peu bizarre de faire ça, mais je vais dédicacer ce chapitre à ma Zouzou qui vient de mourir (mon chat noir) et à mon chat blanc, Léo, qui a disparu il y a un mois. J'espère que là où ils sont, ils vont bien.
À propos du chapitre, je vais passer très rapidement sur certains évènements au début. Le rythme sera ralenti à partir du flash-back. Idem pour la toute fin, elle passera rapidement.
Chapitre 10
Souffrir
Quatre jours passèrent ainsi. Sirius se renfermait, Hermione tentait d'en apprendre le maximum comme si elle se trouvait en cours et occultait les séances de tortures à venir.
Le matin du quatrième jour, Krety vint prévenir Seren que la nuit suivante aurait lieu la première séance de tortures d'une longue liste qu'elle dresserait en observant les dos et les visages de Sirius et Hermione. Elle eut du mal à leur annoncer que ce qu'ils redoutaient arriverait le soir-même. Hermione pleura beaucoup. Sirius ne bougea pas et se renfrogna encore plus si c'était possible.
Les séances de torture se déroulèrent tous les cinq jours. Voldemort se délectait et Seren tentait de dissimuler son dégoût. À sa plus grande horreur, elle finit par trembler de peur lors de ces moments où elle faisait couler le sang et où le Seigneur des Ténèbres riait à gorge déployée, la félicitant de sa cruauté.
Macnair venait régulièrement la seconder et elle détestait ça. Il était bien plus cruel qu'elle. Voldemort avait dit que c'était pour qu'elle apprenne. Mais tout en elle se refusait à apprendre à agir ainsi. Retourner les ongles jusqu'à les arracher, planter des clous dans la voute plantaire de ses protégés, les fouetter avec un chat à neuf queues (1), leur arracher les cheveux par touffes entières, leur briser les dents, le nez et les doigts, leur écrire des mots tous aussi horribles les uns que les autres sur le ventre à l'aide d'un poignard, les rendre fous à coups de Doloris... Seren haïssait réellement ces méthodes.
Elle avait pris les souvenirs de Hermione pour les mettre dans une Pensine et lui jetait un puissant Oubliettes avant chaque séance afin qu'elle oublie pourquoi elle était là et ce qu'elle pouvait révéler comme informations sur Potter. Sirius, lui, n'avait pas voulu de cette solution. Après les Détraqueurs qui lui avaient ôté tous ses souvenirs heureux, il savait résister à la torturer et tenait à protéger son filleul sans le « trahir comme Hermione », disait-il. Quand il se permettait de parler comme ceci à la jeune brune, Seren n'hésitait pas à le frapper violemment. Hermione agissait aussi de manière à protéger Potter et, ainsi, elle était certaine de ne divulguer aucune information.
Hermione céda dès la vingtième séance, incapable d'en supporter plus. Quant à Sirius, ce ne fut qu'au bout de sept mois de cette monstrueuse routine qu'il craqua. Plus précisément, au moment où Voldemort ordonna à Seren de lui briser les vertèbres une à une afin de le paralyser à vie.
La marque les aurait rendus fous si Seren n'avait pas été là pour eux, aidée par Severus. Ils tentèrent ensemble de surmonter cette épreuve. Hermione pleura plus de larmes qu'elle n'en avait jamais versées et Sirius ne parla plus durant de nombreuses semaines alors que l'Amazone s'évertuait à le distraire.
Ils eurent des nouvelles de Potter grâce à Severus. Celui-ci avait assisté en rêve aux moments où Hermione, puis Sirius avaient été marqués. Il en était brisé. Dumbledore était paniqué, il ne trouvait aucun moyen de lui rendre le sourire et Potter ne voulait plus combattre, car ç'aurait été se retrouver un jour face à Hermione ou Sirius et devoir les tuer. Bref, Potter déprimait.
Seren dût entraîner, sur ordre de Voldemort, Hermione et Sirius à devenir l'élite des Mangemorts. À chaque nouveau sort de magie noire qu'ils apprenaient, Seren se sentait mal et avait l'impression qu'elle n'était pas à sa place. Tant et si bien qu'elle en tomba malade. Et comme elle avait soutenu Hermione, celle-ci la soutint.
Hermione traversait un véritable cauchemar depuis son arrivée dans l'antre du serpent. Mais elle se forçait à tout surmonter. Elle n'avait de cesse de répéter à Seren qu'un jour ou l'autre, Voldemort les laisserait sortir d'ici et elle transplanerait devant Poudlard et Potter accepterait qu'elle revienne. C'est le jour où Voldemort emprisonna ses parents dans les cachots, menaçant de leur faire subir la torture de Macnair, qu'Hermione comprit qu'il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Qu'elle était prisonnière à jamais des griffes du mal.
Sirius, lui, était devenu taciturne, irritable, parfois carrément méchant. Il lui arrivait même de frapper Hermione dans des moments de colère insoutenable. Etrangement, alors qu'il semblait détester un peu plus Seren à chaque minute qui passait, elle était la seule à pouvoir le calmer. Voldemort n'avait aucun moyen de pression sur Sirius, il n'était donc pas près de le laisser sortir seul. Néanmoins, Hermione finit par avoir l'ordre de participer à une bataille aux côtés de Seren, qui crut que son ancienne élève ne s'en remettrait jamais.
Flash-back
- Hermione, bouge ! On doit y aller ! Si on arrive à la fin, il le saura et il te le fera payer !
- Je me dépêche, je te jure ! gémit la brune de l'autre côté de la porte en enfilant une robe bordeaux identique à celle de Seren.
Elle tremblait tellement qu'elle tentait de la mettre depuis cinq minutes.
- Tu es sûre que tu ne veux pas d'aide ? demanda à nouveau Seren, inquiète.
- Oui je suis sûre je te dis ! hurla Hermione, énervée par ses échecs successifs.
- Si tu n'es pas sortie de là dans vingt secondes, je défonce la porte, je te préviens !
Et Seren se mit à compter lentement à voix haute. Lorsqu'elle en arriva à « 19 », Hermione sortit en coup de vent, haletante, les cheveux ébouriffés n'importe comment et le rouge aux joues. En voyant ce tableau légèrement ridicule, l'Amazone ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- QUOI ? s'exclama Hermione, vexée.
- Rien, ta tête est juste amusante ! soupira Seren.
Depuis qu'elle avait été marquée, Hermione n'avait pas souri une seule fois. Et les rires et les sourires sincères des gens manquaient à Seren qui essayait inlassablement de les rendre à Sirius et à son ancienne élève. En vain.
Seren croisa le regard noir du parrain de Potter. Elle lui tourna le dos.
- Au revoir Sirius.
- Ciao Sirius ! lança Hermione avec plus de conviction.
Interloquée, l'Amazone observa Hermione. Celle-ci cachait tant bien que mal son malaise à l'idée de donner la mort pour la première fois.
- Hermione.
La brunette leva les yeux vers Seren.
- Tu ne tortures pas, d'accord ? Tu ne seras pas capable d'en supporter les conséquences. Tuer va déjà être suffisamment difficile à surmonter pour toi. Tu restes près de moi et tu ne fais que tuer. Rien d'autre. C'est clair ?
Hermione hocha la tête vigoureusement.
- Severus va nous rejoindre. Dumbledore est au courant de l'attaque. Nous allons sûrement faire face à des membres de l'Ordre du Phénix.
Les larmes envahirent les joues de l'amie de Potter qui les essuya vivement.
- Tu sais bien que tu peux pleurer tant que tu veux devant moi. C'est parce qu'ils seront là que je veux que tu restes collée à moi comme si ta vie en dépendait, d'accord ? Je tuerai les membres de l'Ordre du Phénix. Ne te charge que des gens que tu n'as jamais vus.
- Oui, acquiesça-t-elle.
Seren attrapa la taille d'Hermione et la prit dans ses bras. La brune hoqueta, puis se mit à sangloter contre la poitrine de son amie. Seren, dans ce monde si cruel, semblait dorénavant être la seule à se préoccuper de la santé mentale des deux personnes qu'elle avait placées sous sa protection.
L'Amazone sécha les larmes d'Hermione d'un coup de baguette et les fit transplaner sur le champ de bataille où les combats faisaient déjà rage depuis une heure. Elle vit les yeux de son ancienne élève s'écarquiller devant tant d'horreurs. À gauche et à droite gisaient des membres arrachés de gens dont les cadavres étaient mutilés. Les Mangemorts s'en donnaient visiblement à cœur joie.
Puis Hermione leva la tête vers Seren pour l'observer. Seren et son masque d'indifférence.
- Tu es toujours comme ça ? demanda la plus jeune. Si froide, si glaciale ?
- Si tu ne veux pas que la souffrance te détruise, alors il ne faut pas que tu fasses attention à elle. Si tu ne veux pas que la mort te prenne, alors tu ne dois pas avoir peur d'elle, rétorqua l'Amazone.
- Je n'en serai pas capable, Seren... je ne peux pas faire ça...
- Tu le dois pourtant. Pense à tes parents. Pense à eux et dis-toi que tu le fais pour eux. Bien sûr, ils te diraient qu'ils ne valent pas tous ces morts, mais l'être humain est égoïste Hermione, alors demande-toi si tu préfères la vie de tes parents à celle de gens que tu ne connais même pas. Tu as le droit d'être égoïste, crois-moi.
Hermione serra les dents et pointa sa baguette sur la première personne qu'elle vit avant de lui lancer un puissant Avada Kedavra. Lorsque l'éclair vert eut frappé l'homme qu'elle avait visé, elle hurla de terreur. Comment, elle, la Hermione Granger amie de Harry Potter, l'Elu, le Sauveur des sorciers, le Sauveur du Bien, avait-elle pu tuer ?
Seren se précipita vers sa protégée et l'enlaça avant de lui murmurer à l'oreille :
- Tu ne dois pas laisser la douleur t'atteindre, Hermione. Tu dois te fermer, agir mécaniquement, sans penser à ce que tu fais.
- Ce n'est pas si facile ! aboya la brune.
- Je sais.
- Tu sais toujours tout ! Tu ne sais rien de ce que je ressens, tu comprends ? RIEN ! Tu tues parce que tu es une Amazone ! C'est dans ta nature ! Moi je ne suis qu'une humaine ! J'ai de l'empathie pour ces gens qui voient la mort les frapper, qui sentent que c'est terminé pour eux !
- Et que crois-tu que je ressentirais en me mettant à leur place ? Pourquoi crois-tu que je ne torture jamais ? s'écria Seren, blessée. Ma nature est mauvaise, mais cela ne m'empêche pas d'avoir une conscience ! Toi non plus tu ne sais pas grand-chose de moi, alors ne me juge pas !
Un Avada fusa à quelques centimètres d'elles et elles se retournèrent d'un bond pour voir un membre de l'Ordre les menacer de sa baguette. Qu'est-ce qui leur prenait de se disputer alors que des personnes voulaient leur mort à deux pas d'elles ? Seren tendit une main vers l'homme et lui fit exploser la tête. Hermione plaqua ses deux mains sur sa bouche et observa le cadavre, horrifiée.
- C'est... comment as-tu pu..., commença-t-elle.
- Ne t'inquiète pas. Il n'a pas eu le temps de sentir quoi que ce soit, répondit la plus âgée.
La brunette enfonça son index dans le ventre de Seren, folle de rage.
- Est-ce que c'est une raison pour le tuer de cette manière ? Oh, allons-y, massacrons tout le monde en leur éclatant le crâne ! Le monde sera recouvert de bouts de cervelle ! Comme cela va être amusant !
L'Amazone fusilla Hermione du regard. Elle aurait dû se sentir coupable, elle le savait. Mais elle n'y arrivait pas. L'homme avait rendu l'âme sans souffrir, c'était la seule chose qui lui importait.
- Il serait mort, de toute façon.
- Mais bon sang, c'est... AAAAAAAAAAAH ! hurla Hermione, que la situation insupportait réellement.
Au moins, elle ne pensait plus à la personne qu'elle avait assassinée et Seren songea que ce n'était pas plus mal. Si elle pouvait orienter l'attention d'Hermione sur autre chose à chaque meurtre qu'elle commettait, ce serait peut-être la solution pour qu'elle tue elle aussi.
- Bref, reprit Seren. Nous avons du travail, dois-je te le rappeler ?
- Du travail... du travail ! Tu parles de ça comme si c'était une chose tout à fait banale ! Je ne veux jamais en arriver là... jamais.
- Tu n'en arriveras jamais là. Je t'en empêcherai, répondit l'Amazone avec amertume.
- Comment le ferais-tu alors que tu n'en connais pas les limites ?
Seren grogna et lança un Avada sur une femme qui avait l'air de vouloir s'en prendre à Hermione. Et, comme à son habitude, elle lança le sort sans vraiment s'inquiéter pour la personne en face. Si elle se mettait à s'inquiéter, elle savait qu'elle deviendrait folle. Elle avait bien tué quatre cents personnes depuis sa naissance, si ce n'était pas plus. Son indifférence la dégoûtait, mais elle avait besoin de ce masque, de cette attitude. Pour garder la tête sur les épaules, pour que Voldemort lui fasse confiance, pour rester libre d'aller et de venir.
- SEREN ! s'exclama Hermione en tuant quelqu'un pour la protéger. Fais attention à toi, idiote !
La femme aux yeux électriques ne put s'empêcher d'éclater d'un rire polaire. C'était risible de voir Hermione devenir son bouclier alors qu'Hermione était la seule à ressentir une véritable empathie pour ces gens.
Le bal mortel dura encore plusieurs heures. Elles rentrèrent épuisées dans leurs appartements à minuit, après que Seren ait fait son rapport à Voldemort. Ce n'est qu'en arrivant dans leur chambre commune qu'Hermione s'effondra littéralement. Elle se mit à pleurer comme jamais elle n'avait pleuré depuis son arrivée. Même lorsqu'elle avait été marquée, elle n'avait pas montré cet air désespéré à son amie.
Seren fit ce qu'elle put, mais aucune de ses paroles réconfortantes n'eut d'impact sur la brunette. Mais quelle parole réconfortante aurait pu en avoir ? Jamais Hermione ne pourrait sortir de cette spirale infernale qui la plongeait de plus en plus profond au cœur du mal. Jamais la situation ne s'arrangerait et aucune parole réconfortante ne pouvait aller à l'encontre de cette réalité. Les paroles de Seren n'étaient que mensonges et Hermione le savait trop bien.
Même les bras de Sirius qui était brusquement sorti de son renfermement n'étaient pas suffisants. Ce fut pire encore lorsque Potter et Weasley virent les images d'Hermione tuant et que Weasley tenta de se suicider. La jeune femme tortura alors plusieurs dizaines de moldus pour se venger, espérant évacuer sa colère et sa rage. Cependant, et elle aurait dû le savoir, cela ne fit qu'accroître son traumatisme et son sentiment de culpabilité.
C'est à ce moment-là que Voldemort accepta de leur donner deux semaines de répit à tous les trois – même si Sirius n'était toujours pas sorti – grâce à Seren qui avait interféré en prenant comme prétexte le fait que son statut d'Amazone lui permettait ce genre de choses.
Quand Severus fut de retour au manoir Malfoy pour les vacances d'été de 1997, elle décida qu'il allait l'aider à chercher une solution à la déprime qui avait frappée Hermione et ne devait plus la frapper, car elle était loin d'avoir commis des meurtres pour la dernière fois.
Chat à neuf queues/cat o'nine tails (1) : C'est un fouet qui était utilisé sur les bateaux de la Royal Navy durant l'époque moderne. Il est composé de neuf lanières qui se terminent par une griffe métallique.
Review ? :D
