Merci à titi, ilai, taaz23, dom, elbasi, poppy et atlante41 pour leurs rewiews…Et rappelez vous, plus il y a de rewiews, plus les chapitres s'écrivent vite…(et oui je suis la reine du chantage!!lol)
Chapitre 10 : There's no justice in the world And there never was
Sam se leva et fit face au docteur Slymes.
« Racontez moi. »
Les deux mots ricochèrent dans la pièce habillée de blanc, faisant taire la petite voix, qui, satisfaite, retourna se terrer dans son subconscient.
« Quoi ? »
Slymes la regardait avec incrédulité, cherchant probablement ce qui avait provoqué ce revirement de situation.
« Racontez moi tout, depuis le début. »
Sam croisa ses bras devant sa poitrine pour donner plus de poids à ses mots. Elle voulait savoir ce que cet homme avait à dire, et elle voulait le savoir maintenant.
« Samantha…Qu'est ce qui se passe ? »
Elle grinça des dents, cet homme avait une capacité d'adaptation impressionnante. En moins de cinq secondes, il avait reprit ses esprits et affichait un professionnalisme placide.
« Je suis prête à écouter votre version. »
Sam avala sa salive avec difficulté, le dire lui avait arraché la bouche.
« Pourquoi ? »
Ce calme…Ce calme lui tapait sur les nerfs. Si elle avait été moins habituée à maîtriser ses émotions, elle se serait fait un plaisir de lui faire avaler son petit air supérieur.
« Parce que. »
Elle ne comptait pas donner d'autre réponse, il devrait s'en contenter.
« Je vois. » Slymes haussa les épaules. « Dans ce cas, autant aller dans mon bureau, nous serons plus à l'aise pour parler. »
Sam observa le psychiatre s'approcher de la porte et appeler un homme habillé en blanc. Un infirmier. L'homme portait ce qu'elle reconnut aussitôt comme étant une camisole de force. Instinctivement, elle recula. L'infirmier était afro-américain, de taille moyenne et certainement assez costaud. Rien en comparaison de ce qu'elle avait déjà affronté, cependant. Elle pourrait probablement en venir à bout avec une facilité relative…Si elle savait effectivement se battre. Mais la dernière fois qu'elle avait essayé ici, le docteur lui-même n'avait eu aucun mal à l'arrêter.
« Je ne bougerai pas d'ici, si ça implique de porter ça. »
Slymes la considéra une minute, puis fit un geste vague vers l'infirmier.
« Ce ne sera pas la peine, Tom. Samantha ne posera pas de problème aujourd'hui, n'est ce pas ? »
Elle ne prit pas la peine de répondre et se dirigea vers le couloir, pleinement consciente que le dénommé Tom allait les suivre. Juste au cas où elle piquerait une crise et essayerait de démonter cet endroit pierre par pierre.
Le petit groupe traversa une salle où plusieurs personnes étaient rassemblées, divers infirmiers vaquant à leurs occupations, distribuant médicaments, réconfort et attention. Elle remarqua qu'il y avait très peu de femmes et que les seules présentes étaient plus que certainement aptes à se défendre seules. La décoration chaleureuse de la salle, en total contraste avec ce qui se passait à l'intérieur, la fit frissonner et elle se dépêcha d'avancer.
Ce ne fut qu'en arrivant devant la porte en bois sombre surmontée d'une plaque, indiquant que la pièce appartenait au docteur Slymes, qu'elle réalisa. Elle n'avait marqué aucune hésitation sur le chemin à parcourir, devançant le psychiatre et l'infirmier. Elle savait où elle allait.
Déstabilisée, elle attendit que l'homme ouvre la porte avant de pénétrer dans le bureau avec précaution. Là encore, elle prit le temps d'observer les lieux. Le même bureau en bois noir que la dernière fois, le même cadre en argent et la même Cassandra à la moue boudeuse.
Détournant le regard de la photo, elle avisa un miroir en face de d'elle et fit quelque pas vers lui. Aussitôt, Tom s'avança vers elle, menaçant. Un geste de Slyme l'arrêta, l'homme l'étudiait avec curiosité, analysant chacun de ses gestes. Agacée d'être ainsi observée, elle continua néanmoins son chemin vers la jeune femme qui lui faisait face dans le cadre doré. Sam resta quelques secondes interdite devant son reflet. Elle lui ressemblait. Elle avait la même couleur de cheveux, les mêmes yeux bleus…Mais ses traits étaient émaciés, tirés…A bien y regarder, ses cheveux n'avaient pas leur couleur dorée habituelle, mais une teinte jaune fade, et ses yeux…d'ordinaire lumineux et pétillants, étaient éteints.
Sam reporta son regard vers Slymes, les larmes aux yeux. Comme toute les personnes à qui l'admiration était acquise, elle n'avait jamais prêté une grande attention à son apparence. Ca ne l'empêchait pas de se savoir belle, de se sentir belle. Aujourd'hui, elle était laide. Elle n'avait plus rien de la jeune fille qui brisait les cœurs de ses camarades de classe, rien de la séduisante astrophysicienne qui faisait fondre ses collègues les uns après les autres, rien non plus du capitaine de l'Air Force qui avait réussi l'exploit de faire tomber dans ses filet l'homme le plus fermé de la planète.
Son assurance de façade venait de voler en éclat. On écoutait une femme séduisante, on lui prêtait attention, c'était sa force. C'était comme ça qu'elle s'était fait sa place, en sachant jouer sur son physique. Assez pour qu'on l'écoute, pas assez pour qu'on le lui reproche. Qui serait attiré par une femme semblable à celle qui se trouvait dans ce miroir ? Pas le colonel, certainement pas. Durant une folle seconde, elle se demanda ce qu'elle faisait là. Tout ça c'était forcément un délire ! Comment son apparence aurait-elle pu se dégrader en si peu de temps ? Pourquoi ne pas rester tranquillement assise dans son lit en attendant ce foutu antidote ? Pourquoi ne pas laisser Jack la rassurer et lui promettre que tout serait bientôt comme avant ?
« Vous semblez perturbée, Samantha. »
Un fou rire nerveux sortit avant qu'elle n'ait pu le retenir. Perturbée ? C'était le mot. Slymes la jaugea du regard un instant avant de lui désigner la chaise.
« Cela faisait longtemps que vous ne vous étiez pas vu dans un miroir, je le concède. »
Elle garda le silence. Son choix ne lui semblait plus aussi judicieux, à présent. Rien ne la poussait à écouter cet homme. Rien, sau, la mort d'Hailey et sa raison. Sa raison. Oui, sa raison l'incitait à l'écouter. Mais pas son cœur. Son cœur, lui, était resté dans une chambre, sur une planète éloignée, accrochée à l'ombre d'un homme qu'elle aimait plus que sa vie. Alors, oui, elle était sur ses gardes, à l'opposé de la sérénité que l'on est sensé ressentir quand on a pris la bonne décision.
« Bien. Que voulez vous savoir ? »
C'était une drôle de question. Que voulait-elle savoir ?
« Tout. »
Slymes leva les sourcils, visiblement pris au dépourvu.
« Puis-je demander, encore une fois, à quoi est dû ce revirement de situation ? »
« Hailey est morte. »
C'était une réponse stupide. Principalement parce qu'il ne connaissait pas Hailey.
« Je vois. »
C'était faux, il ne pouvait pas voir. Il ne pouvait pas imaginer la douleur.
« Vous vous appelez Samantha Carter, et… »
« Je suis folle, pas amnésique. »
La phrase claqua dans le petit bureau tranquille. Le sarcasme, l'arme favorite de Jack O'Neill. Bien manié, ça faisait plus de dégât qu'une bombe.
« Il faut bien commencer quelque part, non ? »
Elle haussa les épaules.
« Commencez à la mort de ma mère. »
Elle jugea le ton détaché assez crédible, même s'il ne trompait personne. Slymes tiqua.
« La mort de votre mère n'est que le déclencheur. Ce n'est pas le début. »
Sam leva un sourcil dans sa meilleure imitation de son ami Jaffa, elle était certaine que tout avait commencé avec la mort de sa mère. Elle n'objecta rien, cependant. Elle en avait vu assez de Slymes pour savoir qu'il ne lui renverrait qu'un sourire poli et attendrait qu'elle ait fini pour poursuivre.
« Vous étiez, comme je vous l'ai déjà dit, une enfant surdouée, au comportement à la limite de l'autisme, sans jamais, pourtant, qu'il s'y rattache tout à fait. Vous étiez en avance sur votre age et vous n'arriviez pas à vous intégrer. Une école spécialisée aurait sans doute été plus profitable mais ça ne se faisait pas à l'époque. »
Elle encaissa le choc sans broncher.
« Comme je viens de le dire, la mort de votre mère a été le déclencheur de votre maladie. Vous êtes restée apathique pendant des semaines, c'est à cette époque que je vous aie rencontré. »
C'était la seule partie du récit qu'elle reconnaissait.
« Au début, j'ai pensé que ces…absences, si on peut dire, étaient passagères. C'est là qu'a été mon erreur, puissiez vous me le pardonner un jour. Si vous aviez été traitée dès ce moment là, nous ne serions pas là aujourd'hui. Mais je pensais, à tort, au vu de votre histoire, que ce n'était qu'une réaction normale au deuil qui vous avez frappé. »
Le silence plana quelques instants sur la pièce, auréolant la confession de Slymes d'une aura funeste. Sam était figée, découvrant une histoire qui était la sienne sans vraiment l'être. Elle ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, puis décida de garder le silence pour le laisser poursuivre.
« Malheureusement, les absences n'ont pas cessé. Au contraire, leur fréquence a augmenté et lorsque vous en émergiez, vous racontiez à votre frère ou à votre père ce que vous aviez fait et vu. Le général était inquiet, parce que vous croyiez fermement avoir été au zoo ou au musée, alors que vous étiez restée enfermée dans votre chambre toute la journée. Là encore, je ne vous ai pas prise au sérieux. Lors de nos séances, ce que je retenais, c'était votre solitude.»
Slymes capta son regard et ses mots firent beaucoup de dégâts sur leur passage.
« Les enfants ne devraient pas être aussi seuls que vous l'avez été… »
Sam détourna le regard, trouvant plus sûr de le fixer sur le paysage, visible par la large fenêtre.
« Bref, quand je me suis aperçu que votre état était, en fait, dû a une psychose, il était déjà trop tard. Vous devez comprendre que le trouble que vous présentez est pratiquement unique. Les formes habituelles de psychose se composent d'une succession de phases brèves de délire et de phases prolongées de conscience. Or, vos hallucinations sont quasi-constantes. Les rares fois où vous reprenez contact avec la réalité, vous affichez un comportement violent en réaction au changement d'environnement. »
Sam renifla. Elle sentait sa gorge se serrer sous l'effet du sentiment de panique qui naissait dans son abdomen. La perspective que ce que Slymes dise soit vrai, la perspective que son existence ne se résume, en fait, qu'à quatre murs blancs matelassés, la perspective de devoir dire adieu à ce qu'elle croyait être sa vie…C'était trop.
« Vous êtes, actuellement, un cas unique aux Etats-Unis, Samantha. »
Un cas. Voilà à quoi elle se résumait : un cas.
« Les proportions qu'ont pris vos délires sont impressionnantes. Au début, il s'agissait d'hallucinations assez classiques. C'était votre façon de vous évader, en quelque sorte. Vous vous rêviez une autre vie. Une où votre enfance aurait été, sinon normale, plus traditionnelle. Dans votre imagination, vous étiez une élève douée au lieu de surdouée, vous avez intégré sans grande difficulté l'Académie et votre vie était assez banale. Ce qui est assez intéressant à relever, c'est que vous avez échangé votre place avec Marc. Vous avez fait de lui le vilain petit canard, qui ne parvient pas à pardonner à son père et qui fuit la structure familiale, alors que vous, l'enfant prodigue, vous suiviez les pas du glorieux général, dans la grande famille de l'US Air Force. »
Marc était dans l'Air Force. C'était ce que son père avait tenté de lui dire et qu'elle avait refusé d'écouter. Marc était dans l'Air Force…Ca ne voulait pas pénétrer son esprit. Marc et Air Force, c'était si contradictoire.
« Mais il y a neuf ans, le délire s'est aggravé. Vous avez commencé à parler de Porte des étoiles, et de voyages interstellaires…C'est aussi l'époque où vous avez créé le personnage de Jonas Hansen. Le manque d'affection devenait un problème auquel vous avez pallié du mieux que vous avez pu. Mais votre création vous a échappée. Le Jonas aimant que vous aviez imaginé s'est avéré être colérique et parfois violent. C'était sans doute une forme de punition, une manifestation de votre inconscient pour vous inciter à vous réveiller…Quoi qu'il en soit, ça n'a pas marché. »
Jonas…Un frisson violent la parcourut. Dieu, elle avait aimé et haï cet homme…Lorsqu'il avait manqué porter la main sur elle, pour la première fois, elle avait aussitôt plié bagages, malgré ses excuses et ses suppliques. Samantha Carter ne serait jamais une femme opprimée, elle se l'était promis. Elle n'avait jamais eu besoin de personne et elle avait décidé que ça continuerait ainsi…C'était jusqu'à ce qu'elle rencontre un drôle d'archéologue, un extra-terrestre idéaliste et un officier aux rêves déchus. Ils avaient tous bien changé depuis cette époque là…
Comme pour faire écho à ses pensées, Slymes enchaîna.
« C'est il y à peu près sept ans que c'est devenu ingérable. Vous avez intégré ce que vous appelez le Stargate Command, et vos hallucinations sont devenues incontrôlables. »
Il se tut. Sam devait se concentrer pour respirer. La sensation d'écrasement, d'insignifiance était trop puissante. Au bout d'un long moment, elle réussit à articuler une faible phrase.
« Pourquoi…Pourquoi maintenant ? »
Slymes se leva et prit place dans la chaise à côté d'elle. Sa main, se voulant réconfortante, se posa sur son avant bras.
« Si vous parlez de votre 'réveil', nous avons trouvé un traitement. »
Le psychiatre lui souriait, chaleureusement. Elle comprit confusément qu'il avait beaucoup d'affection pour elle, ce qui n'était pas étonnant après 25 ans de suivi.
« Je ne comprends pas. »
C'était la cinquième fois de sa vie qu'elle prononçait cette phrase. D'ordinaire, elle comprenait toujours tout.
« Vous êtes en train de guérir, Samantha. Le traitement marche. Vous devez vous battre contre vous-même, pour revenir vers nous. »
Tout allait trop vite, on était en train de lui demander de prendre une décision dont elle ne connaissait pas la portée. Elle avait l'impression d'être prise dans une spirale infernale. Sam passa une main sur son visage fatigué.
« Je ne peux pas revenir ici. »
Avait-elle dit revenir ? Elle ne devait pas penser comme ça…Elle ne savait pas si…Elle ne savait pas où…
« Pourquoi ? » Slymes la regardait à présent avec inquiétude. « Vous ne devez pas douter, Samantha. Ne doutez pas de moi. »
Les mots s'envolèrent pour venir se poser tout contre son cœur, réveillant l'écho de ceux qu'un autre homme avait prononcé, quelques heures plus tôt. N'était-elle pas en train de le trahir en envisageant la possibilité que, peut-être, elle n'appartenait pas à son monde ?
« Je ne peux pas les abandonner. Je ne peux pas… »
Les sanglots étaient là, maintenant. Elle était perdue. Elle voulait partir, elle voulait rester.
« Qui ne pouvez vous pas abandonner, Samantha ? Votre famille est ici, votre place est ici. Tout ce qu'il y a là-bas n'est pas réel. Ce ne sont que des chimères… »
Peut-être n'étaient-ce que des chimères, mais ces chimères, elle les aimait.
« Non ! »
Le cri se perdit dans ses larmes…Elle ne savait pas quoi faire.
« Samantha, vous ne devez pas céder ! On y est presque… »
Douleur…
Vive.
Fugace.
Incontrôlable…
« Samantha, écoutez moi, s'il vous plait… »
Sam se mordit la lèvre pour ne pas hurler, mais son regard azur se posa sur le médecin.
« Ce que vous ressentez, ce que vous croyez ressentir, pour ces gens…Posez vous la question, est ce que ces sentiments ont l'air vrai ? Ils ne sont pas réels ! Si vous réfléchissez suffisamment, vous verrez que ce sont des extrêmes ! Trop forts, trop puissant… »
Un léger gémissement s'échappa de sa gorge. Elle ne pourrait pas lutter davantage…
« Ils veulent que je prenne un antidote… »
Les traits de Slymes se figèrent un instant, puis sa main se serra plus fort sur son bras.
« A aucun prix, Samantha ! A aucun prix ! Si vous le buvez, votre inconscient reprendra le dessus, et nous vous perdrons ! Je vous en prie, prenez le temps de réfléchir ! Ne prenez pas ce qu'ils vous donnent !»
La phrase résonna à ses oreilles, puis ce fût tout. Elle se retrouva dans un brouillard cotonneux.
