Salut tout le monde ! La journée n'avait pas commencé glorieusement avec mes deux bestiaux qui ont trouvé marrant de se battre à 7h du mat et foutre du sang partout dans le couloir, et la corvée ménage qui s'annonçait après, mais il suffit de peu pour transformer la journée la plus banale en journée géniale, quelques reviews adorables et LE BLOG DE JOHN QUI A ÉTÉ UPDATÉ OMG OMG OMG.
Sans compter qu'on en est dorénavant à J-22 avant l'avant-première de Sherlock. J'ai commencé à manger mon calendrier de l'Avent en fonction de la date.
Donc voilà. Pour fêter ça, et ma veine d'inspiration de ces derniers temps, je vous mets un nouveau chapitre.
Bonne lecture !
Chapitre 10
xXxXxx
Si Sherlock avait été d'un tempérament un peu plus contemplatif, un peu plus philosophe, il se serait émerveillé de voir comment, en trois ans, tant de choses pouvaient changer en restant toujours singulièrement semblables. L'appartement n'avait pas changé, mais John n'y était plus. Speedy était toujours là, mais un nouveau propriétaire avait succédé à l'ancien. Baker Street était toujours la même, et pourtant sa vie entière était différente.
Mais Sherlock n'était ni contemplatif, ni philosophe, et en cet instant précis, il se demandait simplement pourquoi Anderson et Donovan étaient toujours là, à Scotland Yard. Trois ans, bon sang ! Même Lestrade avait réussi à obtenir une promotion en tant que commissaire divisionnaire, à la place de l'homme que John avait frappé parce qu'il avait insulté Sherlock – ce qui lui avait valu de se retrouver menotté à ses côtés. Si même Lestrade avait pu monter en grade, quelqu'un aurait pu trouver un moyen d'éloigner ces deux abrutis – rien qu'à voir leurs têtes, il se sentait monter des envies de suicide (des vraies, cette fois).
- Alors ? demanda Lestrade.
Théoriquement, en tant que nouveau commissaire divisionnaire, sa place n'était pas sur la scène de crime, mais au bureau, pour régler tous les problèmes qui incombaient à un chef de la police. Mais lorsque Sherlock était réapparu au grand jour, les mauvaises langues s'étaient lâchées – surtout Anderson et Donovan, qui n'avaient jamais pu le supporter. Alors, lorsque Lestrade avait repris les bonnes vieilles habitudes et l'avait contacté pour lui demander son aide sur une enquête, un vent de protestation avait soufflé.
- Vous n'allez pas faire ça !?
- Il a quand même été accusé d'imposture !
- C'était de la diffamation, avait affirmé Lestrade, péremptoire. Sherlock Holmes était innocent.
- Mais quand même, avec ce taré, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Ce serait vraiment suicidaire de l'intégrer à nouveau aux enquêtes, avait insisté Donovan.
- On a tous cru que Sherlock avait engagé cet acteur, et avait résolu des enquêtes prédéterminées pour le plaisir de frimer. Or, il a été rendu clair que toute cette histoire n'était qu'un mensonge, ce qui implique donc que Sherlock Holmes nous a aidés à chaque fois, avait rétorqué Lestrade. Maintenant, si vous avez une meilleure solution pour résoudre cette affaire, allez-y, je serais heureux de l'entendre. Si vous n'en avez pas, j'appelle Sherlock Holmes pour lui demander de l'aide.
Bien heureux était Lestrade d'être le chef des chefs – maintenant, s'il décidait d'impliquer à nouveau Sherlock dans ses enquêtes, il pouvait mettre tous ses subordonnés devant le fait accompli ; et c'était ce qu'il avait fait sans tarder.
- Il va encore nous prendre pour des abrutis, avait maugréé Anderson.
Pour pallier à tout problème qu'aurait pu rencontrer Sherlock sur les scènes de crime, Lestrade avait décidé de venir chaque fois que le détective consultant était présent. Ce qui le réjouissait secrètement – sa place était sur le terrain, et pas dans un bureau.
Pour l'instant, il était posté d'un côté de la victime, tandis que Sherlock examinait le corps avec sa loupe, faisant un pas à droite, puis à gauche, s'agenouillant, se relevant, se reculant, enjambant le corps, le tout sous le regard exaspéré de Donovan et d'Anderson, qui s'échangeaient des commentaires sous cape – mais en s'assurant de le faire d'une voix assez forte pour que Sherlock l'entende.
- Toujours aussi taré.
- Je l'ai vu sauter de joie, tout à l'heure…
- Au moins, maintenant, il vient tout seul. John Watson a fini par prendre au sérieux mes mises en garde…
- Oui, il a dû enfin comprendre à quel point ce type est un psychopathe.
- Pas trop tôt, entre nous.
- Je comprends pas qui peut être aussi enthousiaste à la vue d'un cadavre. Ça me dépasse.
- Comme beaucoup d'autres choses, Anderson, intervint Sherlock, montrant par là qu'il n'avait pas perdu une miette de leur dialogue. Maintenant, si vous voulez bien arrêter de cancaner comme des commères au marché pendant que j'essaie de me concentrer sur ce cadavre, vous m'en verrez ravi.
Lestrade jeta un regard d'avertissement à Donovan et Anderson, qui froncèrent les sourcils et se turent enfin, pour le plus grand bonheur de Sherlock. Quelqu'un rendrait service au monde entier en les rendant muets pour de bon.
- Alors ? répéta Lestrade, estimant que dix minutes d'observation du cadavre étaient largement suffisantes pour que Sherlock Holmes puisse reconstituer toute l'historique du meurtre.
- Alors, notre victime, âgée de 35 à 40 ans, était célibataire, apparemment divorcée, accro aux jeux d'argent et probablement alcoolique. So far, so obvious. Elle est descendue hier dans un hôtel, arrivée de Bristol hier après-midi. Tuée dans sa chambre, mais pas de signes d'effraction de la porte, pas de traces de lutte ; elle connaissait son agresseur, soit elle l'attendait, soit elle est rentrée avec lui. Peut-être qu'elle l'a rencontré au casino où elle est allée après avoir tenté de voir son mari, peut-être qu'elle l'a rencontré au bar du casino quand elle est allée prendre un verre après ses pertes.
« Il a dû se dire qu'elle était vulnérable et qu'il ne serait pas difficile d'en tirer avantage. Il la voit dépenser son argent sans compter au casino, il ne remarque pas qu'elle vit presque dans la misère depuis son divorce, l'ourlet de son pantalon décousu, ses chaussures dont la semelle commence à se décoller, il voit juste la broche accrochée à son chemisier, évidemment offerte par quelqu'un, son ex-mari peut-être, et il s'imagine qu'elle est riche. Il l'invite à prendre un verre, la noie dans l'alcool, la ramène chez elle, et l'assassine en toute tranquillité. Il cherche ensuite toutes ses possessions, et se rend compte seulement à ce moment qu'elle n'a rien : il réunit donc tout ce qu'il peut, et s'éclipse de la chambre.
Comme d'habitude, les autres le fixaient bouche bée, l'air très largement suspicieux pour Donovan et Anderson – visiblement, pour eux, il était en train de tout inventer. Pour Lestrade, c'était plus mitigé (il l'avait déjà vu faire d'incroyables déductions), mais c'était presque absurde d'entendre cet homme raconter la dernière journée d'une femme, morte sur un lit, qu'il étudiait depuis moins de dix minutes.
- Célibataire ? Alcoolique ? Casino ? répéta-t-il, incrédule.
- Évident. Pas d'alliance au doigt, mais une marque d'anneau sur l'annulaire de la main gauche, une alliance passée à un collier autour du cou ; divorcée, donc, depuis peu de temps, encore attachée à son mari. Alcoolique, les yeux aux vaisseaux sanguins éclatés, l'haleine alcoolisée, les dents en mauvais état, les cheveux et ongles abîmés. Accro aux jeux d'argent, sa tenue de femme propre sur elle, mais ses ongles sont complètement rongés, ses doigts sentent l'odeur du plastique des cartes à jouer neuves utilisées dans les casinos et celui des jetons.
« Arrivée de Bristol dans l'après-midi, le train a eu du retard. À la gare, un agent lui a distribué ainsi qu'aux autres passagers un papier pour lui permettre de signaler ce retard et de se faire rembourser son billet au besoin, qu'elle a roulé en boule et mis dans sa poche. Ces papiers ne sont donnés qu'en cas de retard de plus d'une demi-heure. Après vérification, les deux seuls trains à destination de Londres hier ayant eu plus d'une demi-heure de retard sont ceux en provenance de Bristol et de Douvres, or il pleuvait hier matin à Bristol et elle a un parapluie avec elle, alors qu'il faisait beau à Londres et à Douvres. Donc Bristol. Arrivée hier car elle a pris une valise pour plusieurs jours, mais ne l'a même pas défaite.
« Elle a un reste d'adresse sur la main, écrite au stylo, à moitié effacée par la sueur. L'adresse d'une personne qu'elle voulait voir. Mais le portier de l'hôtel a indiqué qu'elle avait réservé la chambre à 16h, c'est-à-dire peu de temps après être arrivée de la gare. Elle avait donc déjà prévu de rester à l'hôtel, malgré le fait qu'elle soit venue voir quelqu'un, ce qui indique que l'autre personne ne pouvait ou ne voulait pas la recevoir. L'adresse sur sa main est difficilement lisible, mais on voit clairement qu'il y a le lieu mais pas de nom, donc quelqu'un qu'elle connaissait. Une connaissance qui refuserait de la loger ? Des dissensions, des désaccords. Ça pourrait être quelqu'un de sa famille qui désapprouverait ses habitudes de vie, mais alors elle serait plus susceptible de connaître l'adresse, sans avoir à la noter. Non, nouvelle adresse et connaissance qui refuse de l'héberger ? Plus probablement son mari, qui l'a quittée quelques semaines auparavant.
« Dans sa poche de pantalon, un reçu de taxi qui date de 18h, pris en face de la maison du mari à Kensington, jusque Piccadilly. Pas assez de temps pour une explication ou une discussion entre divorcés. Non, soit il était absent, soit il a refusé de la recevoir, et elle a décidé d'aller passer sa soirée au casino plutôt que de rentrer dans sa triste chambre d'hôtel. Ticket bancaire, elle a retiré de l'argent à un distributeur automatique sur Shaftesbury Avenue, près des casinos, avant d'entrer dans l'un d'entre eux et de se faire remarquer par son meurtrier, par l'argent qu'elle a flambé et la broche accrochée à son chemisier.
- Quelle broche ? Il n'y a rien…
- Oui, parce qu'il lui a volée après l'avoir tuée, mais les deux trous dans le tissus qui sont ici montrent très clairement qu'il y avait une broche, et si elle a été volée, c'était que le meurtrier la considérait comme un objet de valeur. Je continue ou ça vous suffit ?
Le silence qui accueillit sa question montrait très clairement que ça suffisait, et Sherlock jeta un regard à Anderson, comme pour lui signifier la différence qu'il y avait entre leurs deux niveaux de Q.I., et la vision d'Anderson en train de détourner le regard, mal à l'aise, fut comme une petite victoire.
Mais il y avait plus important, et c'était dans ces moments-là qu'il souhaitait que John soit là. Sherlock pouvait bien déduire le contexte, en ce qui concernait l'heure et la cause de la mort, il ne pouvait faire que des suppositions. Il lui fallait un docteur, un assistant, et John s'était toujours acquitté de cette tâche avec brio, jusque là.
Et, au fond de lui – mais ça, il ne l'avouerait pas – ça lui manquait de ne plus entendre personne s'exclamer "incroyable ! Fantastique !" devant ses déductions. Au lieu de ça, il avait les murmures troublés des agents de police, les regards suspicieux d'Anderson et Donovan, et même l'air dubitatif de Lestrade. Sherlock n'était pas du genre à s'en soucier, c'était à ça qu'avait toujours ressemblé sa vie avant John, mais c'était quand même plus agréable d'avoir un admirateur dans son environnement de travail plutôt que d'être seul avec une flopée d'éléments hostiles. Il fallait croire qu'il s'était un peu trop habitué à John.
Bon sang. John lui manquait.
Juste alors qu'il se disait ça, son portable vibra dans la poche de son manteau, et il l'extirpa, un peu étonné ; personne ne lui envoyait de messages, à part Molly – et il l'avait vue le matin même – ou Lestrade – et il était avec lui en cet instant. Mycroft préférait appeler.
Mrs Hudson, peut-être ? Elle avait récemment appris à se servir de la fonction SMS de son téléphone…
Non.
J.W. : Libre aujourd'hui pour prendre un verre ensemble ?
Sherlock dut relire la phrase trois fois pour être certain qu'il ne se trompait pas, sous les yeux intrigués des agents de police, qui se demandaient pourquoi il venait subitement de déconnecter de la scène de crime.
Qui n'avait plus d'importance, puis John venait de lui envoyer un message.
IOU : Erreur de destinataire ?
J.W. : Non.
IOU : Oh.
Mycroft avait fait le modeste – Sherlock ne savait pas de quelle façon il lui avait raconté ce qu'il savait, mais visiblement, ça avait donné du résultat. Ça valait la peine d'avoir résolu pour lui cette sordide affaire de vol de bijoux au sein du palais royal, une affaire censée rester un secret d'état et pour laquelle Mycroft avait réquisitionné son aide en échange du service que lui avait demandé Sherlock à propos de John.
IOU : D'accord. Angelo, 19h ?
J.W. : Ça me va. À ce soir.
IOU : À ce soir.
Sherlock remit le portable dans sa poche et se tourna à nouveau vers la scène de crime, un tel sourire aux lèvres qu'il fit reculer Anderson d'un air terrifié – ce qui n'assombrit pas un instant son humeur (au contraire). Là, en cet instant, il se sentait prêt à résoudre tous les crimes du monde en moins de trois minutes.
xXxXx
Sherlock n'avait jamais été particulièrement à cheval sur les horaires – il allait, il venait, et en général, on ne lui fixait pas de rendez-vous, parce qu'il se montrait toujours de façon inattendue. Si cependant on était censé le voir à 20h et qu'à 20h30 il n'était toujours pas là, on comprenait que c'était parce qu'il avait trouvé quelque chose de plus intéressant à faire entre-temps, et dans ce cas, ce n'était même pas la peine d'espérer sa présence.
Mais ce soir-là, rien n'aurait pu le détourner du rendez-vous chez Angelo, et bien qu'il ait été fixé pour 19h, à 18h30, Sherlock était déjà installé à leur table, celle de sa première soirée avec John – celle où la bougie avait été posée entre eux à côté des assiettes, et son orientation sexuelle si audacieusement mise sur le tapis.
Bon. On était en juin, ce qui voulait dire que ça faisait six mois que John lui faisait la gueule depuis qu'ils s'étaient revus – oui, il lui faisait la gueule, et Sherlock n'en démordrait pas, même si Mycroft lui avait répété les paroles de John, à savoir que pour lui, leur amitié était terminée.
Balivernes. Comme si leur amitié pouvait être terminée ! John ne le savait pas encore, mais il ne pouvait pas vivre sans Sherlock. Tout comme la réciproque était vraie.
Quoi qu'il en soit, c'était l'occasion à ne pas manquer pour s'excuser – même si, comme il le pressentait déjà, ça n'allait pas être très facile. Le fait que John ait pris les devants en lui envoyant un sms voulait simplement dire qu'il lui donnait une deuxième chance, et pas qu'il le pardonnait. Et s'il en avait assez en réserve pour pouvoir refuser de lui parler pendant six longs mois, Sherlock avait plutôt intérêt à faire attention aux paroles qu'il allait prononcer, ce soir.
Enfin, si John venait. Parce qu'il était déjà 19h10, et toujours pas trace de son ex-colocataire. Coincé dans un embouteillage ? Possible. Ou alors retenu au travail. C'était comme ça, les malades ; il y en avait toujours un pour se pointer au moment où on s'apprêtait à partir, et Sherlock subodorait que les malades de John n'étaient pas différents des autres. Et il détestait ces imbéciles, qui retardaient l'heure de leur dîner, de leurs explications, et de leur réconciliation.
À 19h30, il attendait déjà depuis une heure, et l'inquiétude commençait à se frayer un chemin dans ses pensées. Sherlock n'était que rarement inquiet, parce qu'il n'avait pas beaucoup de personnes dans sa vie qui valaient la peine qu'il s'inquiète pour elles ; mais quand il l'était, ce n'était pas un beau spectacle. Il avait mis deux patchs pour supporter la soirée sans problème, mais là, l'envie de cigarette lui rongeait les sangs, et les cafés qu'il buvait coup sur coup depuis son arrivée au restaurant n'arrangeaient rien. Une demi-heure, c'était trop pour un embouteillage, et John aurait prévenu du retard. Le malade qui le retenait au cabinet, c'était plus probable, mais les chances s'amenuisaient à chaque minute qui passait.
IOU : Il est 19h30. Je suis censé continuer à t'attendre, ou tu as unilatéralement décidé d'annuler notre rendez-vous ?
Soit, le ton était un peu sec, mais s'il y avait une chose que Sherlock détestait, c'était l'attente.
À 19h48, il revit son jugement. S'il y avait une chose que Sherlock détestait, c'était de ne pas recevoir de réponse à un message important. Il envisagea d'envoyer une relance, ou de lui annoncer qu'il rentrait chez lui, mais son téléphone se mit à sonner dans sa main au même moment, et il sursauta.
Ce n'était pas John.
- Lestrade ?
- Sherlock. Laisse tomber ce que tu es en train de faire et viens tout de suite.
Pour sa défense, Sherlock était dans un certain état de nervosité, en manque de cigarette et en surdose de caféine – ce fut peut-être pour cette raison qu'il ne détecta pas tout de suite la tension dans la voix de son interlocuteur.
- Je suis occupé. Si c'est à propos de la scène de crime d'aujourd'hui, je…
- Non, coupa Lestrade. C'est autre chose. Viens tout de suite. Hôpital St Mary's.
Cette fois-ci, c'était impossible de la manquer, et Sherlock se raidit.
- Qu'est-ce que…
- John, répondit simplement Lestrade.
- J'arrive, coupa Sherlock.
Il était 19h52, et il revit son jugement. S'il y avait une chose qu'il détestait, c'était de recevoir un appel inquiet de la police à propos de son plus cher ami.
xXxXx
Le taxi qui l'emmena à destination lui sembla prendre une éternité. Il n'aurait peut-être pas dû couper la parole si brusquement à Lestrade, parce qu'au fond, il n'avait que peu d'éléments. John était blessé, mais il ignorait la gravité de la blessure. La police était au courant, et en particulier Lestrade, donc ce n'était pas un accident dans la rue, une voiture qui aurait roulé trop vite, non ; c'était d'un fait criminel. Probablement un tir de balle ; il avait rendez-vous avec John à 19h, la police l'avait prévenu à 19h50, plutôt rapide : on appelait plus facilement la police pour un tir de balle que pour des blessures à l'arme blanche, plus discrètes.
Donc, John, sur le chemin, s'était pris une balle.
Ça aurait pu être une balle perdue dans un règlement de compte qui n'avait rien à voir, mais il y aurait eu une chance sur mille, et Sherlock ne croyait pas vraiment aux coïncidences. Sa deuxième solution semblait plus probable : John était la cible. Quelqu'un, à travers lui, cherchait à atteindre Sherlock. Mais il n'était pas mort – du moins pas encore – ce qui signifiait qu'il s'agissait donc d'un avertissement.
Si John mourait pendant qu'il était en chemin, il reverrait peut-être sa théorie.
Mais si John mourait pendant qu'il était en chemin, il y aurait beaucoup de choses qui n'auraient plus d'importance à ses yeux.
Avec stupéfaction, Sherlock constata que ses mains étaient en train de trembler. Il tenta d'analyser le phénomène avec logique, calmement, mais tout semblait fonctionner à l'envers dans son cerveau, et il n'arrivait pas à se concentrer. Et ses mains continuaient à trembler. Étonnant.
Quand il arriva à l'hôpital, il s'échappa si rapidement que le chauffeur de taxi dut lui hurler des insultes bien senties pour qu'il se rappelle qu'il n'avait pas payé sa course, et il jeta à l'homme un billet de vingt livres, accompagné en bonus d'un regard meurtrier qui fit frissonner le conducteur.
Lestrade l'attendait dans le hall de l'hôpital.
- John…
- Vivant. En salle d'op pour l'instant. Mais le pronostic vital n'est pas engagé, d'après les médecins.
- Que s'est-il passé ?
- Pour l'instant, on ne sait pas trop, on en apprendra plus une fois qu'il sortira de là, mais il y a eu des tirs de balle. On a été alertés par un témoin qui a vu John tomber et qui a appelé la police, mais personne n'a vu le tireur. Apparemment, il était embusqué quelque part, derrière une fenêtre, peut-être. On a lancé des recherches, mais pour l'instant, ça n'a rien donné.
Ses mains tremblaient toujours. Il regretta de ne pas avoir son long manteau pour les cacher dedans – et Lestrade le fixait d'un drôle d'air. Probablement que ça lui faisait bizarre de voir le détective consultant, le sociopathe, dans un tel état de nervosité. Mais il ne fit aucune remarque, et demanda à Sherlock :
- Une idée de ce qui a pu se passer ?
- Plusieurs, répondit Sherlock d'une voix qu'il voulait maîtrisée (mais qui sonnait plutôt tendue), mais il faudra attendre que John sorte du bloc pour en être sûr.
- Et… Ça va ?
- Moi ? Ça va, oui. Pourquoi ça n'irait pas ? Ça va très bien.
Lestrade leva les mains en signe d'abandon – aller bien ? C'était John sur le billard, là ! Normal qu'il n'aille pas bien – et pointa le menton vers des sièges où ils étaient censés s'asseoir en attendant d'avoir des nouvelles. Sherlock remarqua qu'il avait eu la délicatesse de ne pas emmener Donovan et Anderson avec lui. Tant mieux. Dans son état de stress, il n'aurait pas été sûr de parvenir à ne pas leur mettre un coup de poing ou deux à la moindre remarque déplacée.
Une fois assis, Sherlock fit répéter une nouvelle fois à Lestrade tout ce qu'il savait, mais au final, le commissaire en savait très peu, sinon que la balle lui avait été tirée dans le bras, et que son réseau toujours en recherche d'indices ne lui apprenait rien de nouveau. De toute façon, Sherlock avait déjà une idée sur la question. Si John avait effectivement été visé pour l'atteindre lui… Eh bien, Moriarty était mort, mais il n'était pas son seul ennemi.
Amusant, tout de même, comme John se débrouillait parfaitement pour survivre durant ces trois ans sans Sherlock, et qu'il se faisait tirer dessus le jour-même où il décidait de lui donner une seconde chance. Le hasard était vraiment très friand d'ironie.
Au bout d'une éternité ou deux, un médecin vint se planter devant eux, visiblement peu impressionné à l'idée d'avoir en face de lui le chef de la police londonienne et le plus brillant cerveau d'Angleterre, et leur annonça :
- L'opération s'est terminée, le patient a été transféré dans une chambre. Il a refusé l'anesthésie générale, nous avons donc extrait la balle sous anesthésie locale. Par conséquent, il est réveillé, et vous pouvez aller lui rendre visite, mais je vous recommande fortement de ne pas le brusquer.
Pas d'anesthésie générale – c'était bien John, ça, de parvenir à imposer ses volontés même avec une balle dans le bras… Sherlock secoua la tête d'un air désapprobateur, et se dirigea sans attendre vers la chambre que lui indiquait le docteur.
xXxXx
Au moment d'ouvrir la porte, les mains de Sherlock avaient arrêté de trembler, mais maintenant c'était son cœur qui prenait la relève, de façon tout à fait singulière, en battant sourdement. Des réactions en chaîne auxquelles Sherlock était très peu habitué, et qui lui firent hausser un sourcil, mais John tourna la tête vers lui, et il ne s'en soucia plus.
Il était bardé de bandages et avait le bras immobilisé par une sorte d'écharpe, et il était plus pâle que Sherlock ne l'avait jamais vu – à part peut-être quand il avait découvert la tête décapitée dans le frigo. Lorsque leurs regards se croisèrent, Sherlock pensa que John allait dire quelque chose, et John sembla se dire la même chose ; le silence qui en résulta compta parmi les plus embarrassants qu'ils avaient jamais vécus.
- John, finit par lancer Sherlock, avant de se taire abruptement, sans savoir quoi dire.
- Salut, Sherlock, répondit John.
Son ton était calme, quoique légèrement fatigué par l'opération, mais la sensation de distance que ressentit Sherlock n'avait rien à voir avec la blessure, tout comme son regard légèrement froid, et son absence de sourire. Même assis dans son lit, immobile, John arrivait parfaitement à lui rappeler que leurs problèmes n'étaient pas enterrés, et que ce n'était pas parce qu'il venait de se faire blesser que ça les rapprochait pour autant.
Sherlock fit un pas en avant, se grattant la tête – une manie qu'il avait quand il était nerveux. Heureusement, cette fois, ce n'était pas avec un pistolet chargé.
- … Ça va ?
- Parfaitement bien. Je suis assis sur un lit d'hôpital, on vient de m'extraire une balle du bras, tout va magnifiquement bien.
Eh bien il n'avait pas perdu de son cynisme, c'était déjà ça.
- Je… Comment c'est arrivé ?
Sherlock avait l'impression qu'il ne serait plus jamais capable de parler normalement devant lui – depuis quand les mots lui manquaient à ce point devant John ? C'était intolérable. Il se sentait stupide, et c'était une première dans la vie de Sherlock Holmes.
- J'étais dans la rue en sortant du boulot, pour aller au resto. On m'a tiré dessus. Voilà comment c'est arrivé.
- John, je…
John se mit à rire, ce qui coupa net Sherlock dans sa phrase. Mais ce n'était pas un rire amusé, et Sherlock en était bien conscient. C'était un rire amer et désabusé.
- C'est pas la première fois que je me fais tirer dessus. Peut-être pas la dernière. Mais tu sais ce que je me suis dit, cette fois, quand j'ai senti la balle ? Je me sens stupide, quand j'y pense. Un instant, j'ai pensé, "Si je meurs, comme ça, il saura ce que ça fait". Mais c'est débile. Si tu as pu me laisser trois ans sans nouvelles, je ne dois pas compter suffisamment à tes yeux pour que ça te fasse quoi que ce soit.
Ah, voilà – les hostilités étaient lancées. Et John n'était pas mauvais ; la flèche qu'il venait de lancer atteignit Sherlock en plein cœur.
- Je suis désolé.
Il ne se retourna pas pour voir si Lestrade l'avait suivi dans la pièce, tout en espérant que l'autre aurait eu la délicatesse de les laisser seuls pour ces deuxièmes retrouvailles qui s'annonçaient sous de mauvais auspices ; de son côté, John plissa les yeux.
- Pardon ?
- Je suis désolé, répéta Sherlock d'une voix plus audible. Je suis… vraiment désolé, John. De t'avoir fait croire tout ça, de t'avoir laissé sans nouvelles pendant tout ce temps. Je… pensais que je le faisais pour ton bien, mais il s'avère qu'apparemment… je me suis trompé. Je ne croyais pas… Je suis vraiment désolé de t'avoir fait passer par là. Je sais que j'aurais dû m'excuser plus tôt, mais…
Il s'avança encore d'un pas vers le lit, et John s'agita, l'air mal à l'aise devant la nervosité de son ami.
- Je ne suis pas doué, je le sais. Je… Tu es… mon unique ami, et… je ne sais pas trop…
Bon sang, pourtant il avait tellement bien préparé ça dans sa tête, quand il répétait chez Angelo ! Dans ses prévisions, les phrases sortaient claires, fluides, et John l'écoutait gravement, un peu ému, avant de hocher la tête et dire qu'il lui pardonnait – mais là, les mots s'embrouillaient, les phrases s'entremêlaient, il était incapable de s'exprimer correctement. C'était mal parti.
- Si j'ai fait ça, c'était pour… Enfin, je voulais que…
- Ça suffit, Sherlock, coupa finalement John, les joues un peu plus rouges que quand Sherlock était entré dans la chambre dix minutes plus tôt. J'ai compris.
- … Je suis désolé, termina Sherlock dans un souffle.
Un nouveau pas, et il était près du lit, sans savoir quoi faire, avec l'étrange envie d'avancer la main et de toucher John, n'importe où, la poser sur son épaule, sur ses cheveux, juste de quoi avoir un contact avec lui – et l'incongruité de ce désir inexpliqué le laissa paradoxalement incapable de faire le moindre mouvement.
John, toutefois, sembla comprendre ce qu'il traversait – à moins qu'il ait ressenti également cette envie de contact de son côté – et sa main gauche se referma brièvement autour de celle de Sherlock. La rapide pression de ses doigts contre sa peau lui signifiait qu'un mur venait d'être abattu entre eux, et lorsque Sherlock leva le regard vers lui, surpris, l'expression de John avait changé – ses yeux souriaient.
- T'es vraiment un con, tu le sais, ça ? dit-il avec calme.
- Je sais, répondit Sherlock lentement.
- J'ai cru que tu ne t'excuserais jamais.
- Je sais.
- Si tu me refais un coup pareil, je te tue.
- Je sais.
Un sourire naquit sur les lèvres de Sherlock, et il y eut un instant de silence bizarre, pendant lequel ils se regardèrent, avant que John ne baisse les yeux sur leurs mains toujours jointes, et lâche celle de Sherlock brusquement, comme s'il venait de se brûler.
Il fallut quelques instants, pendant lesquels Sherlock s'interrogeait sur ce qui venait de se passer, avant que John ne reprenne, l'air mal à l'aise :
- Bon, hum… Le tireur…
Deux coups résonnèrent à la porte – et Lestrade passa la tête ; Sherlock ne put s'empêcher de se sentir soulagé à l'idée qu'il soit resté dehors. Il n'aurait pas voulu que Lestrade voie ce qui venait de se passer, même si théoriquement il ne s'était rien passé de spécial, ils avaient juste discuté, et Sherlock s'était excusé, c'était normal de s'excuser, et il avait dit à John qu'il était son unique ami, et tout le monde était au courant que John était l'unique ami de Sherlock, et John lui avait légèrement tenu la main, pour le réconforter, et ce n'était rien de particulier –
- John, comment tu te sens ?
Et Lestrade n'en avait visiblement rien à faire des états d'âme de Sherlock, et puisque le chef de la police était là, autant qu'ils arrêtent les violons et le pathos et qu'ils passent aux choses sérieuses. Sherlock se donna une gifle mentale (il était quoi, une adolescente de quatorze ans ?) et retrouva une expression de convenance – ses joues avaient peut-être été un peu trop rouges pour son bien, ces trois dernières minutes.
- Ça va, répondit John. J'irais pas faire du bowling, mais je suis vivant, c'est déjà ça.
- Le médecin vient de me dire qu'ils avaient prévenu le psychologue de l'hôpital, tu es censé aller le voir en consultation quand tu te sentiras mieux.
- Je me sens bien, affirma John, péremptoire. J'ai été soldat. Ce n'est pas une blessure de plus qui va me traumatiser.
- Tu verras ça avec le médecin, coupa Lestrade, désireux de ne pas énerver le malade. Mais si tu te sens bien, tu pourrais peut-être nous donner quelques détails… Mes hommes cherchent la trace du tireur, si tu avais quelque chose pour nous aider…
- Pas grand-chose, répondit John, pensif. Rien du tout, même. Je marchais dans la rue et on m'a tiré dessus. Un seul tir. Fin de l'histoire. Je n'ai pas vu le tireur, je n'ai pas vu d'où venait la balle – mais je l'ai reçue par devant, donc ça élimine tout le côté de la rue derrière moi. J'ai demandé aux médecins de garder la balle, si vous voulez la passer à la police scientifique pour la balistique.
- On essayera cette piste, répondit Lestrade, même si je doute qu'elle nous mène quelque part. Sherlock, des idées ?
- Des suggestions. Le tireur n'était pas au niveau de John dans la rue ; à cette heure-ci, quelqu'un l'aurait repéré, sinon. Donc, tir depuis une fenêtre. John marchait, donc cible en mouvement, mais pas une allure très rapide, le tireur aurait été probablement capable de l'abattre si c'était ce qu'il souhaitait. Mais non, il l'a blessé au bras, et n'a pas tiré d'autres balles pour le tuer, ce qui veut dire que ce n'était pas son but, il voulait simplement le blesser.
« Maintenant, pourquoi blesser John ? Il a été militaire certes, mais il mène maintenant une vie calme, médecin dans une clinique, sur le point de se marier.
Sherlock ignora l'air interloqué de Lestrade et le regard stupéfait que lui jeta John, et continua :
- Il me semble donc clair que s'il est la victime du tir, il n'est pas la cible principale, et que cette blessure est un avertissement… Pour qui ? Sa petite amie ? Peu probable. Non, plutôt pour moi. Je suis la personne que le tireur cherche à atteindre.
- Mais, commença John, Moriarty…
- Moriarty est mort. De ça, j'en suis sûr. Mais ces trois ans que j'ai passés à essayer d'assurer mes arrières et celles de mes amis m'ont permis de me rendre compte que Moriarty n'était pas seul. Et je peux penser à un de ses proches amis qui pourrait m'en vouloir pour sa mort…
- Un de ses amis ? pressa John, dont le visage avait à nouveau pâli. Qui ?
- Un homme nommé Sebastian Moran. Je n'ai pas réussi à rassembler beaucoup d'informations sur lui, il est plutôt fuyant, mais quelqu'un cherche qui à m'atteindre à travers John… Sans aller jusqu'à dire que c'est lui, je pense qu'il y a des chances pour qu'il soit mêlé à l'affaire.
- Moran, répéta Lestrade, songeur. J'ai déjà entendu ce nom quelque p…
Il fut interrompu par un cri strident à la porte, qui les fait tous sursauter.
- JOHN !
Lestrade se retourna, surpris, tandis que le visage de Sherlock se fermait instantanément.
- Mary, répondit John, étonné. Qu'est-ce que…
- La police a averti Mrs Hudson, qui a eu la gentillesse de me passer un coup de téléphone… Oh mon dieu, John ! Que s'est-il passé ?
Sherlock ne prêta pas attention au reste de la conversation. C'était la première fois qu'il voyait Mary en vrai, en dehors des photos envoyées par son réseau de sans-abris, et à dire la vérité, il n'était pas très pressé de faire la connaissance de la femme qui lui avait piqué son blogueur personnel. Estimant donc qu'il avait eu de John tout ce qu'il pouvait attendre pour ce soir, il interrompit sans vergogne la conversation des deux amoureux pour dire :
- Il faut que j'y aille. Lestrade, avertissez-moi si vous avez du nouveau. John, à bientôt.
- Ah euh… d'accord, répondit John, déconcerté, pendant que Lestrade hochait la tête.
Sans daigner saluer Mary, Sherlock sortit de la chambre d'hôpital.
Bon. Il y avait de quoi réfléchir, et il avait plutôt intérêt à être rapide, s'il ne voulait pas qu'une deuxième personne lui enlève son John Watson, et cette fois à tout jamais. Tant mieux, ça le tiendrait éloigné de l'ennui pendant un moment.
À grands pas, il sortit de l'hôpital.
xXxXx
J.W. : Merci d'être venu me voir à l'hôpital.
IOU : Pas de quoi.
J.W. : Hum… Ils vont me garder en observation un jour ou deux, et je pourrai partir. Est-ce que ça t'ennuierait que je… participe à ton enquête ? Sur Moran.
IOU : Tu veux enquêter avec moi ?
J.W. : Oui. Comme… assistant, tu sais. Tu pourrais avoir besoin de moi.
IOU : … D'accord. Comme tu veux.
J.W. : Merci. Et, Sherlock… Le mariage… Désolé de ne pas t'en avoir parlé.
IOU : Aucune importance.
J.W. : Si je t'invitais, tu viendrais ?
J.W. : Tu as reçu mon denier message, Sherlock ? Celui que je t'ai envoyé il y a trois heures ?
IOU : Oui.
J.W. : Ah… Je suppose que ça veut dire non, alors.
IOU : Je vais y réfléchir.
J.W. : D'accord… Merci.
IOU : De rien. Bonne nuit.
J.W. : Bonne nuit, Sherlock.
xXxXx
Et voilà mes loulous. Vous aviez aimé la preview du chapitre précédent ? En voici une autre du chapitre suivant !
Chapitre 11 - There for IOU
C'était le Choix. Il n'aurait pas pensé que ça viendrait aussi vite, à vrai dire ; il croyait que ça viendrait de Mary. Il ne s'était pas rendu compte que Sherlock aussi tenterait de faire pencher la balance en sa faveur, et pour dire la vérité, ça ne l'arrangeait pas du tout. Il n'avait pas eu le temps d'y réfléchir. C'était le Choix, et ça ne se décidait pas en trois secondes.
Mais Sherlock eut un sourire ironique, et John sut que trois secondes, c'était la limite du délai maximal pour lui, et qu'il se disait que si John ne l'avait pas encore choisi, c'était qu'il ne le choisirait pas.
- Je ne te blâme pas, John. Je veux juste que tu te rendes compte que ce n'est plus comme avant, quand on était libres de tout faire sans rendre de comptes à personne. Toi, à présent, tu as des comptes à rendre à quelqu'un, et je ne jouerai pas les trouble-fêtes.
Tadam ! See you next time les cocos ! Allez lire le blog de John ! Partageons l'hystérie !
