Voici un nouveau chapitre ! Déjà 10 chapitres...

Merci aux copines pour leurs reviews, vous êtes les meilleures, toujours fidèles au poste ! Si vous n'étiez pas là, très honnêtement j'aurais laissé tomber...

Bonne lecture !


LA NUIT DES TEMPS

« Te montrer à l'univers, le temps d'un éclair, puis m'enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l'éternité. »

René BARJAVEL « La nuit des temps »

Vendredi 24 août 2012, 16h

Le paquet de pop corn éclata dans le four micro ondes et Caroline écarquilla grands les yeux, lâchant son crayon, et sursautant en même temps que ses deux amies.

« On a oublié le pop corn ! » s'exclama-t-elle avant d'éclater de rire.

Bonnie se leva et sortit le pop corn éparpillé en secouant la tête avant de disposer les morceaux encore mangeables dans un récipient qu'elle posa sur la table de la cuisine.

Caroline en prit une pleine poignée avec enthousiasme et passa le bol à Elena qui refusa avec une grimace. « Tu sais, ça aide de manger, ça fait oublier l'envie de sang, » poursuivit Caroline qui récita une nouvelle fois sa leçon sur la nourriture et ses vertus pour les vampires.

« Oui, et bien la seule chose qui me fait oublier l'envie de sang, c'est… le sang, » soupira Elena. « Cercle vicieux… » La brunette ferma les yeux, essayant d'oublier son estomac qui se nouait rien qu'à l'évocation du sang, et elle serra si fort son crayon qu'il se brisa entre ses doigts.

« Tu n'essaies même pas, » la gronda presque Caroline avant d'avaler une nouvelle poignée de pop corn sucré.

« On peut passer à autre chose ? » soupira à nouveau Elena. Les incessantes discussions concernant ses ajustements commençaient sérieusement à l'agacer et les leçons de Caroline n'aidaient pas, même si cette dernière voulait se montrer bienveillante. « Pourquoi est-ce qu'on ne disserterait pas sur les nouvelles vitres de Bonnie par exemple ! »

Les regards de Caroline et Bonnie convergèrent dans une parfaite synchronicité en direction des baies vitrées et Caroline leva un sourcil. « Ce sont des vitres quoi, » déclara platement la jeune vampire. « L'assurance a fonctionné au fait ? » poursuivit la blonde et Bonnie acquiesça.

« Oui, ça n'a posé aucun problème, » répondit la sorcière. « L'expert est venu et le remplacement a pu se faire dans les trois jours. J'ai de la chance, ma mère m'envoie régulièrement de l'argent. Beaucoup d'argent… Ne me demandez pas où elle le trouve, je préfère ne pas le savoir… »

« L'argent n'est a priori pas un problème pour les vampires, » marmonna Elena en pensant aux frères Salvatore. « Je pense qu'on se débrouille mal, Car'… »

Caroline haussa les épaules avec un petit sourire amusé, se sentant finalement peu concernée par la conversation.

« Je ne sais pas, » avoua-t-elle. « J'avoue que j'ai la chance de ne pas me soucier de ça. Je vis avec ma mère qui travaille. Contrairement à vous… »

« Oh, je ne m'en soucie pas outre mesure, » la rassura Elena. « Toute ma famille est morte. L'argent de mes parents me revenant a été débloqué à ma majorité. John m'a laissé quelque chose également et j'ai hérité de Jenna ! »

Un silence gêné s'installa à la suite de ces paroles et Bonnie fronça les sourcils alors que Caroline mâchouillait son crayon machinalement, le regard dans le vague.

« Bon ! » reprit la blonde en secouant la tête pour se remettre les idées en place. « On finit de le remplir ce fichu formulaire ?! Vous avez choisi quoi comme options ? »

« Arts plastiques, musicologie et sémantique, » répondit Bonnie sans conviction.

« Sémantique ? Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda Caroline en regardant Bonnie comme si elle venait de lui parler dans une langue étrangère. « Elena ? » poursuivit-elle en tournant son regard vers la brunette.

« Peu importe, » soupira Elena en repoussant son formulaire avant de poser son menton sur ses mains. « Mettez ce que vous voulez… Je n'ai aucune envie de retourner en cours, ça me semble inutile à présent. Je ne pense pas y aller les filles, honnêtement. »

« Ah non ! » s'exclama Caroline. « C'est notre dernière année ! On va avoir notre diplôme, notre bal de promo ! On en rêve depuis trois ans de ce bal ! »

Elena et Bonnie échangèrent un regard alors que Caroline avait croisé ses bras sur sa poitrine d'un air boudeur. La vision comique de Caroline et sa réaction largement disproportionnée firent pouffer Elena qui déclara forfait.

« Ok ! Vous m'aiderez à ne pas tuer l'école entière, je compte sur vous… » souffla Elena et Caroline leva les yeux au ciel.

« J'y suis bien arrivée, tu y arriveras ! » déclara la blonde qui avait instantanément retrouvé sa bonne humeur.

« Vous mettez quoi pour les options alors ? » demanda Bonnie, amusée par la situation et les réactions de ses amies.

« Comme toi ! » répondit Caroline qui recopiait le formulaire de la sorcière. « L'intérêt, c'est d'être ensemble, non ? »

Elena approuva d'un signe de tête en cochant les mêmes options et Caroline posa son crayon d'un air triomphant avant de s'étirer comme un chat qui vient de terminer sa sieste. Elle jeta un œil à l'horloge plaquée au mur et rassembla ses affaires lentement.

« Je vais y aller, » déclara-t-elle finalement, le regard soudainement voilé. « J'ai promis à Mme Lockwood de passer voir Tyler pas trop tard et ma mère ne travaille pas ce soir, donc j'ai aussi promis de passer la soirée avec elle… »

« Comment va-t-il ? » demanda Elena, concernée, et Caroline haussa les épaules, le regard fixé sur ses affaires qu'elle rangeait dans son sac.

« Toujours pareil, » répondit-elle laconiquement tandis que Bonnie s'absenta quelques instants pour revenir avec un livre relié dans les mains qu'elle tendit à Caroline.

« J'ai retrouvé un vieux livre de magie appartenant à Grams, » expliqua la sorcière et Caroline prit le livre en écoutant les explications. « Il y a beaucoup de mythologie, beaucoup de passages qui vont te sembler obscurs et peu passionnants, mais tu peux essayer de chercher dans la deuxième partie pour voir si tu ne tomberais pas sur quelque chose qui pourrait nous aider. De mon côté, je continue avec le codex. »

« Ok, » souffla Caroline, serrant le livre contre sa poitrine et priant pour que son contenu l'aide à sortir Tyler de ce cauchemar.

« Tu ne galères pas trop avec le latin ? » demanda Elena.

« C'est l'horreur, » confirma Bonnie en levant les yeux au ciel. « J'ai l'impression de ne pas avancer… On va y arriver, Caroline, je vais trouver un moyen, » poursuivit la sorcière et Caroline acquiesça avec un sourire reconnaissant. « Tu as pu voir Klaus ? Il faut l'interroger… »

La mention de l'hybride originel donna un frisson à Caroline et elle secoua la tête. « Non… Je n'ai eu aucunes nouvelles. »

Elle ne mentionna pas l'appel de Klaus datant de la soirée où il avait récupéré son corps mais elle ne se sentit pas pour autant coupable de ce léger mensonge par omission.

« Il ne répond pas à mes appels non plus, » se désola Bonnie.

« Il aurait apparemment quitté la ville, » intervint Elena d'un air détaché et Caroline jeta un regard perplexe à son amie.

« Il faut en être sûr, » martela Bonnie en fixant Caroline. « Il n'y a que toi qui puisses y aller, Caroline. Il faut que tu essaies d'aller voir s'il ne serait pas chez lui. »

« Je sais, » souffla Caroline avec un léger agacement dans la voix. « On verra demain, ok ? »

Bonnie acquiesça et Caroline prit bientôt congé de ses amies, quittant la maison des Bennett avec un relatif soulagement alors qu'elle monta dans sa voiture pour prendre la direction de la demeure des Lockwood. Elle resta un instant immobile, les mains tremblantes sur le volant, et posa son front sur ses mains dans un geste lent, respirant profondément alors que l'étau enserrant sa poitrine venait de refaire réapparition. Elle savait qu'elle devait interroger Klaus concernant Tyler mais la seule pensée de revoir l'hybride la rendait malade. C'était stupide, elle le savait, elle avait passé du temps avec Klaus ces derniers jours mais les échanges avaient été facilités alors qu'il avait l'apparence de Tyler. Maintenant, elle allait devoir réellement faire face à l'ennemi et elle était incapable de savoir comment elle allait réagir en voyant l'hybride dans son véritable corps après deux mois d'absence. De plus, elle ne comprenait pas son silence depuis ces dix derniers jours, depuis son dernier appel. Est-ce qu'il attendait que ce soit elle qui fasse la démarche de le contacter ? Elle grogna alors qu'elle était en train de rembobiner les moments passés avec Klaus et elle mit finalement la clé dans le contact, la tournant dans un geste sec qui fit démarrer l'engin.


Carol Lockwood accueillit Caroline avec la même chaleur et après quelques paroles échangées, Caroline grimpa au premier étage de la grande maison afin de rejoindre la chambre de Tyler. Elle trouva ce dernier dans la même position que la veille, allongé dans son lit, inerte mais paisible. Il semblait dormir mais Caroline n'était pas dupe et elle s'approcha lentement du lit avant de s'y asseoir et poser son dossier à côté d'elle.

« On a rempli les formulaires et on a choisi nos options, » déclara-t-elle se forçant à prendre un air enjoué et détaché. « J'ai vu avec ta mère et on a décidé que je déposerai ton dossier lundi, comme ça quand tu seras réveillé, tu pourras nous rejoindre en cours. » Elle fit une courte pause, écoutant le silence qui répondit à son monologue et elle poursuivit. « Je t'ai choisi les mêmes options que moi, comme ça on sera ensemble. J'espère que tu ne m'en voudras pas pour les arts plastiques, je sais que tu détestes tout ce bricolage comme tu dis, mais c'est Bonnie… » Une nouvelle pause et un nouveau silence occupèrent l'espace et suspendirent le temps alors que Caroline reprit avec une voix moins assurée. « Bonnie m'a prêté un livre de magie… Il y a peut-être la solution dans ce livre. Regarde… » Elle leva le manuscrit au dessus de la tête de Tyler et le reposa lourdement sur le lit. Elle regarda silencieusement Tyler durant de longues minutes et se leva du lit dans un soupir, reprenant son dossier et le livre, les tenant contre sa poitrine. « Je vais voir Klaus demain, » souffla-t-elle en baissant les yeux. « Ne m'en veux pas, il faut que je sache. » Et sur ces mots, elle quitta la chambre sur la pointe des pieds comme pour ne pas réveiller son petit ami.


Quand Caroline rentra finalement chez elle, elle relâcha la pression et posa ses affaires sur le meuble de l'entrée, jetant ses chaussures dans le placard et sa veste sur la première chaise qu'elle rencontra dans le salon. Liz adressa un large sourire à la jeune vampire qui rejoignit sa mère, assise sur le canapé. Il était rare de voir Elisabeth Forbes en jogging et tee-shirt, et Caroline lui rendit son sourire, comprenant que sa mère ne lui ferait cette fois-ci pas faux bond et qu'elle passerait réellement la soirée avec elle.

« J'ai commandé des pizzas, » déclara Liz alors que Caroline s'effondra sur le canapé. « Et j'ai loué Love Actually, » ajouta-t-elle en montrant la boîte du DVD à Caroline pour souligner ses paroles.

« Tu es une mère parfaite, » la félicita Caroline.

« Tu ne veux pas me le mettre par écrit ? » railla Liz, faisant pouffer la blonde. « Dure journée ? »

« Si on considère qu'on a mis deux heures à choisir nos options pour l'année prochaine, je crois qu'on peut dire ça, » répondit Caroline en se passant une main dans les cheveux.

« Je vois, » sourit Liz en levant les yeux au ciel. « Comment va Tyler ? »

« Toujours pareil… »

« Les pizzas ne vont pas tarder, tu devrais aller te changer, » la pressa Liz et Caroline grogna en se levant d'un air las. « Oh, un paquet a été déposé pour toi, je te l'ai mis sur ton lit. »

Caroline se retourna en levant un sourcil. « Un paquet ? De la part de qui ? »

« Je ne sais pas chérie, il n'y a pas le nom de l'expéditeur sur le paquet. »

Caroline fronça les sourcils et se précipita dans sa chambre. Elle trouva un petit paquet carré sur son lit qu'elle prit avec précaution, surprise de sa légèreté. Elle pensa instantanément à Klaus. Qui pourrait, à part lui, lui envoyer un cadeau ? Il était devenu expert dans la communication par cadeau interposé mais Caroline redoutait encore un présent hors de prix qu'elle serait obligée de lui retourner le lendemain avec une remontrance. Elle retint son souffle en ouvrant la boîte et s'autorisa à respirer normalement en dépliant un simple débardeur dans les tons bordeaux. Elle dut avouer que le top était joli, ceinturé au niveau de la poitrine par un discret élastique, avec de fines bretelles grises. Il était également parfaitement à sa taille et il marquait certainement des points pour ce détail alors que Tyler n'avait jamais été capable de lui offrir un vêtement à sa taille, même les sous-vêtements, et ce en deux ans de relation ! Le petit carton au fond de la boîte attira son attention et elle reconnut l'écriture de son prénom qui confirma l'expéditeur du cadeau. Elle le retourna pour lire le court message inscrit au dos dans la même écriture, fine et discrète.

Je suis sincèrement désolé. Klaus.

Bien sûr. La peinture qui avait ruiné ses vêtements. Un sourire s'étira sur le visage de la jeune vampire et elle se déshabilla rapidement avant d'essayer le débardeur comme un enfant découvrant ses jouets au pied du sapin.

« Caroline ! Les pizzas vont refroidir ! »

La voix de Liz la sortit de sa rêverie et elle enleva le top d'un geste rapide. « J'arrive ! » Elle enfila un bas de jogging et un tee-shirt assorti rapidement et se dépêcha de rejoindre sa mère qui avait commencé à découper les pizzas sur la petite table du salon.

« Alors ce paquet ? » demanda Liz.

« J'avais complètement oublié que j'avais commandé des vêtements sur internet pour la rentrée ! » s'exclama Caroline en se saisissant d'une part de pizza. Liz acquiesça avec un sourire et elle appuya sur le bouton de la télécommande, lançant le film qui accompagnerait leur soirée.


Samedi 25 août 2012

Il arrive un moment où on doit immanquablement baisser sa garde, rendre les armes et exposer nos faiblesses. Lorsque nos secrets ne peuvent plus rester cachés. Lorsque notre solitude ne peut plus être ignorée et notre peine plus soulagée. Des individus dangereux gravitent autour de nous tous les jours, à tout instant, à chaque coin de rue. Ils ne dissimulent derrière des sourires polis et une empathie forcée. Ils gardent leur distance pour s'assurer que leurs plus sombres pensées et leurs pires crimes sont à l'abri. Mais un jour au l'autre, eux aussi baissent leur garde alors que l'horreur surgit. Mais comment peut-on alors être sûr que nous sommes en sécurité ? Fraterniser avec l'ennemi… Une petite voix qui tourne en boucle. L'ennemi. Comment le reconnaît-on ? Représentant du Mal et de l'Immoral, il est hideux et abject. Mais quand il prend les traits d'un ange d'une beauté certaine mais funeste, alors la frontière s'étiole et le doute s'installe. Klaus le lui avait dit un jour quand elle lui avait répété qu'il n'était qu'un monstre, un meurtrier : « c'est bien plus compliqué que ça. La vie n'est ni blanche, ni noire. Comme les individus qui la construisent. » Et il avait ajouté avec un sourire enjôleur : « le Mal a deux façons de nuire : en faisant le mal, et en faisant le bien. »

Caroline hésita encore quelques instants et elle ferma finalement les yeux en même temps qu'elle actionna la sonnette du manoir signalant sa présence. Elle fut soulagée quand la porte s'ouvrit, dévoilant Elijah qui parut surpris de la trouver sur le pallier.

« Caroline ? »

« Bonjour, » répondit poliment la jeune vampire, forçant un sourire sur son visage qu'elle savait forcé et tendu. « Hmm… je suis venue voir si Klaus ne serait pas là en fait, » bafouilla-t-elle, fermant à nouveau les yeux et se maudissant de sa maladresse et de son manque d'assurance. Elijah lui répondit par un sourire entendu et il s'écarta, l'invitant à entrer d'un geste de la main. « A moins qu'il ait quitté la ville… » marmonna à nouveau Caroline en entrant d'un pas timide dans l'imposante demeure.

Pour toute réponse, Elijah lui sourit et elle comprit que Klaus était sûrement là et cette pensée la rendit à nouveau nerveuse.

« Ce n'est pas très poli mais je vais te demander de patienter quelques instants, » l'informa Elijah et Caroline acquiesça, regardant l'Original se diriger vers le salon.

Elle s'autorisa à respirer longuement quand elle fut seule dans le grand hall et s'émerveilla à nouveau en admirant le manoir. L'immense escalier menant à l'étage donnait presque le tournis. Caroline leva la tête, la hauteur de plafond était vertigineuse et les lustres en cristal absorbaient le soleil pour le redistribuer en prismes de lumière dans l'entrée. Un claquement de porte la fit soudainement sursauter et elle songea une seconde à s'enfuir. Elijah stoppa ses incertitudes en la rejoignant enfin. Elle nota un regard agacé de la part du vampire en direction du premier étage mais elle ne releva pas et le suivit dans les dédales de la maison.

« Comment va Elena ? » demanda Elijah alors qu'il escortait Caroline jusqu'à l'atelier de Klaus.

« Elle va bien, » répondit Caroline avec un sourire. « Elle est toujours en période d'ajustement mais elle gère plutôt bien. »

« Tu lui transmettras mes amitiés, » déclara Elijah, invitant Caroline à entrer dans l'antre de Klaus.

« Bien sûr, » souffla la blonde dont le regard croisa celui de l'hybride furtivement.

Un nouveau claquement de porte retentit et Klaus serra la mâchoire en se levant du haut tabouret sur lequel il était assis alors qu'il était de toute évidence en train de dessiner.

« Je m'en occupe, » le stoppa Elijah et il prit congé de Caroline non sans l'avoir salué poliment.

« Que me vaut le plaisir de ton agréable visite, amour ? » demanda Klaus, regardant Caroline avec un sourire contemplatif. Elle avait mis le débardeur qu'il lui avait offert et il apprécia le geste bien qu'il se garda bien de le lui faire remarquer. Il la devinait sur la réserve et n'avait aucune envie de débuter leur conversation en la mettant mal à l'aise. L'impression de l'hybride se confirma quand Caroline ouvrit la bouche.

« Je croyais que tu étais censé avoir quitté la ville, » répondit-elle sur la défensive d'un air détaché en observant les nouvelles toiles affichées autour d'elle, les bras croisés sur sa poitrine.

« Tu crois réellement que je vais te laisser ici en sachant qu'une bande de chasseurs rôde dans les parages ? » continua Klaus d'un air également détaché en faisant un pas en direction de Caroline. « Je suis déçu pour tout avouer, mon cœur, je pensais qu'avec tout ce qu'on a vécu, j'aurais eu de tes nouvelles… » Ses faux airs de chien battu n'eurent pas pour effet d'émouvoir Caroline qui leva les yeux au ciel. « Mais je comprends, tu as retrouvé ton petit ami, tu avais d'autres priorités… »

Alors que Caroline s'était efforcée jusqu'à présent de rester éloignée de l'hybride sans croiser directement son regard, elle s'arrêta nette et elle sentit la colère monter en elle. Elle fit, à son tour, un pas vers Klaus et pointa un doigt accusateur dans sa direction.

« Qu'est-ce que tu as fait ? » demanda-t-elle les dents serrées alors que le sourire de Klaus disparut en voyant le regard glacial de la blonde.

« Tu viens de me perdre là, chaton, » avoua-t-il, perdu, ce qui ne fit qu'agacer davantage Caroline.

« Ne joue pas, Klaus ! Je ne suis pas venue pour subir tes petits jeux de psychopathe séducteur, je veux des réponses ! »

Klaus se retrouva dans la seconde en face de Caroline et il lui attrapa le poignet avec un regard mauvais. « Je ne joue pas, » articula-t-il. « Je ne sais pas de quoi tu parles, Caroline. »

Ils se jaugèrent du regard pendant plusieurs longues secondes et Caroline se dégagea brutalement de l'emprise de Klaus, reculant de deux pas et massant son poignet douloureux. « Tyler ne s'est pas réveillé, » souffla-t-elle et Klaus leva un sourcil.

« Pardon ? »

« Tyler est dans une sorte de… de… coma ! Au moment du transfert de corps, il s'est effondré et ne s'est jamais réveillé ! » s'écria-t-elle presque. « Si c'est un de tes trucs tordus- »

« Si tu crois réellement que je suis responsable d'avoir mis ton petit ami dans le coma, je crois que tu ferais mieux de t'en aller, » la coupa froidement Klaus, les dents serrées.

Elle savait que l'attaque n'était jamais la meilleure façon de communiquer avec Klaus et elle était bien consciente d'avoir à cet instant perdu tout espoir d'avoir une quelconque aide de sa part. Elle baissa les yeux la première et elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Il fallait qu'elle résiste à l'envie de se sauver de cet endroit devenu tout à coup trop exigu. Elle était venue pour Tyler et elle se devait de rester forte pour lui.

« Est-ce que tu peux m'aider ? » demanda-t-elle doucement alors qu'une larme s'échappa de ses yeux. Klaus fit un geste dans sa direction mais elle fut plus rapide et essuya rapidement sa larme du revers de la main, empêchant l'hybride de l'atteindre.

« Viens… » souffla Klaus pour toute réponse en lui tendant une main. Elle lui retourna un regard interrogatif, mêlé de méfiance et de suspicion et il soupira. « Caroline… » insista-t-il et elle baissa sa garde, glissant sa main dans la sienne et il l'entraîna hors de son atelier.

Il la conduisit au premier étage de la maison et elle observa, curieuse, les couloirs et certaines pièces qu'ils traversèrent en silence. Son regard glissa sur sa main, enlacée dans la sienne, et ses yeux remontèrent sur son visage fermé mais déterminé. Ils arrivèrent enfin dans une immense pièce, aussi grande que son propre salon, et elle resta bouche bée devant les étagères de livres à faire pâlir la petite bibliothèque de Mystic Falls. Des canapés et fauteuils offraient la promesse d'heures agréables passées à rêver parmi les nombreux récits qu'avaient rassemblés Klaus durant des décennies et dans diverses langues. Un large piano blanc prenait la poussière près de la fenêtre alors que d'épais rideaux rouges en velours donnaient une touche baroque à l'ensemble.

« Woah, impressionnant, » dut reconnaître Caroline alors que Klaus lui retourna un sourire amusé.

« Je parie que tu n'as jamais mis les pieds dans une bibliothèque, » railla Klaus et Caroline lui lâcha la main en secouant la tête d'un air navré.

« Si c'est un moyen détourné pour me dire que je suis stupide, ne te fatigue pas, je le sais déjà, » soupira Caroline. Klaus ouvrit la bouche pour protester mais il la referma aussitôt, fronçant les sourcils alors qu'il semblait regretter ses paroles maladroites.

« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, crois-moi, je suis désolé, » souffla-t-il sincèrement et Caroline haussa les épaules, parcourant du regard les livres rangés dans un ordre alphabétique. « S'il y a un livre qui te plaît, il est à toi, » ajouta-t-il et Caroline ne répondit pas.

« Tu as raison, je ne lis pas beaucoup, » avoua-t-elle et il prit l'initiative de choisir un livre qu'il lui tendit.

« Je pourrais t'en conseiller des milliers mais celui-là est parmi mes préférés, » expliqua Klaus et Caroline prit le livre avec curiosité, passant sa main sur la couverture cornée, témoin de lectures et relectures passionnées.

« La nuit des temps, » énonça-t-elle lisant le titre et tournant le livre pour en lire le synopsis. « Science fiction ? » s'étonna-t-elle avec une grimace. « Je ne suis pas persuadée que ça me plaise… »

« Ne t'arrête pas à ça, » la rassura Klaus avec un sourire. « Ce livre est bien plus qu'un mauvais scénario de science fiction. C'est une épopée extraordinaire et une histoire d'amour intemporelle. »

« Je ne promets rien, » soupira Caroline. « Je n'ai pas vraiment le temps de lire et je préfère passer mon temps libre à… faire autre chose. »

« Comme regarder des émissions aussi niaises qu'inintéressantes à la télévision, » devina Klaus avec ironie. « J'ai remarqué. » Elle leva les yeux au ciel et il étouffa un petit rire.

« On est au 21ème siècle, Klaus ! » se défendit-elle. « Lire des trucs qui datent du Moyen-âge ou je ne sais… » bafouilla-t-elle en parcourant à nouveau la couverture du roman. « 1968… Oui, et bien en 1968 la télé était en noir et blanc et internet n'existait pas ! Ils avaient le temps de lire eux à cette époque ! »

Klaus se mit à nouveau à rire et elle ne put retenir un sourire amusé, le premier depuis qu'elle avait mis les pieds dans la demeure des Mickaelson.

« Je vais le lire, » déclara-t-elle presque solennellement et Klaus acquiesça. Ils se regardèrent quelques longues secondes pendant lesquelles l'air semblait s'être raréfié. Elle le savait, Klaus était un homme séduisant, doté d'un charme certain et d'un magnétisme électrisant. La blondeur de ses cheveux et le bleu profond de ses yeux faisaient de lui une véritable gravure de mode et quand il souriait, les fossettes creusant ses joues lui donnaient un air enfantin et malicieux. Elle cligna des yeux, revenant à la réalité, et elle s'éclaircit la gorge avant d'aborder la véritable raison de sa visite. « Je suis venue pour chercher de l'aide, Klaus. Pour Tyler. »

Le regard de l'hybride se voila, elle vit ses pupilles se dilater légèrement et ses yeux s'assombrirent pour prendre une couleur plus foncée. Il acquiesça sans un mot et elle le regarda chercher dans une niche de l'imposante bibliothèque. Il en sortit un manuscrit ancien à la couverture noire déchirée et il lui tendit comme on remet un talisman sacré. Caroline le prit avec précaution vu le très mauvais état du petit livre et elle interrogea Klaus du regard.

« C'est un livre qui appartenait à ma mère, » expliqua-t-il sombrement. « J'aurais dû le détruire mais j'ai toujours pensé qu'il pourrait s'avérer utile un jour. Bonnie y trouvera peut-être quelque chose d'intéressant pour Tyler. Mets-la en garde, cette magie qu'il contient est sombre, elle est ancienne et dangereuse. »

« Merci… » souffla Caroline qui prenait conscience qu'elle avait une véritable bombe entre les mains. « Pourquoi est-ce que tu fais ça ? » demanda-t-elle, confuse. « Je veux dire, c'est pour Tyler… »

« Tyler est mon hybride après tout, » répondit malicieusement Klaus qui reprit après un court silence. « Pour que tu sois heureuse. Et si récupérer ton petit ami te rend heureuse, alors c'est tout ce qui compte. »

La déclaration était surprenante et Caroline fut incapable de répondre. Tout comme elle fut incapable d'expliquer cette douleur qu'elle ressentit dans sa poitrine. Alors que son cœur aurait dû bondir de joie à la pensée de ce nouvel espoir concernant Tyler, il se serra à la vue de Klaus si vulnérable. « Merci, » répéta-t-elle à nouveau.

« Je veux juste savoir quelque chose, » ajouta Klaus. « Est-ce que tu penses réellement avoir un avenir avec Tyler ? » Elle s'était attendue à tout sauf à ça et ce qui l'effraya encore plus, c'est qu'elle n'avait aucune réponse claire et définitive à apporter à cette question.

« Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ? » répondit Caroline en fronçant les sourcils.

« C'est certainement de la curiosité déplacée mais je veux juste savoir pourquoi j'ai perdu, » expliqua Klaus avec une amertume perceptible.

« Perdu ? Tu n'as jamais rien eu, en tout cas pas comme tu l'aurais voulu, n'est-ce pas ? » rétorqua la blonde presque avec colère. « Je l'aime, » ajouta-t-elle alors que Klaus était resté silencieux.

« J'ai bien compris, mais pourquoi ? Pour quelles raisons ? » insista l'hybride, et Caroline marcha le long des étagères de livres pour se donner une contenance, soupirant longuement.

« Et bien, je l'aime parce que je suis bien avec lui, » commença-t-elle en haussant les épaules. « Tout me semble possible avec lui. Il m'a redonné confiance en moi, en l'amour, et il ne m'a jamais laissé tomber, même quand tout semblait… difficile. »

« Je vois, » déclara platement Klaus avec une amertume non dissimulée alors qu'il arborait à nouveau ce regard sombre. « Il y a pourtant eu des moments où tu ne semblais pas te soucier de tout ça… Où tu as dansé avec moi, où tu m'as suffisamment fait confiance pour me laisser te sauver la vie, où tu as gardé mon dessin, où tu m'as écouté… »

« Ca n'a rien à voir ! » s'exclama Caroline en levant les yeux au ciel, ses mains serrant les livres qu'elle portait jusqu'à ce qu'elles en deviennent blanches sous la pression.

« Et ces moments que l'on a passés ensemble alors que tu croyais avoir à faire à Tyler, c'est insignifiant, Caroline ? » continua Klaus en faisant deux pas vers la jeune vampire, se tenant proche d'elle, trop proche au goût de la blonde. « Je sais que tu m'en veux, mais ça ne signifie rien ? »

« Qu'est-ce que ça peut faire ? Il n'y a rien au monde qui pourrait me laisser entrevoir un tant soit peu de bon en toi pour faire en sorte que quelque chose puisse marcher entre nous ! » répondit Caroline et Klaus baissa les yeux un instant, avant de les lever à nouveau, les plantant dans le regard vert bleu de la vampire.

« Excuse-moi d'être aussi insistant, Caroline, » déclara-t-il avec une nouvelle douceur qui sonna faux. « J'ai l'esprit de compétition et je n'aime pas perdre, vois-tu. Je vais continuer à me battre pour toi. »

« Je ne suis pas un trophée ! » grogna Caroline, dont l'exaspération avait atteint son paroxysme.

« Non, tu es un joyau, mon cœur, et peut-être que tu m'en laisseras un jour ouvrir l'écrin pour le porter, » répondit Klaus avec un sourire à présent triste et résigné.

« Tu n'arrêtes jamais avec les flatteries ? » demanda Caroline en soupirant.

« Je suis un gentleman, Caroline, » lâcha Klaus en haussant les épaules. « J'ai été élevé comme ça. »

« Oui, et bien arrête, je t'ai déjà dit qu'on était au 21ème siècle ! Ca devient ridicule ! »

Klaus continua de sourire en voyant la mine désabusée de Caroline et il s'écarta afin de lui laisser l'opportunité de quitter la pièce.

« Tu es de toute évidence venue dans le seul but d'avoir des réponses concernant ton petit ami, » déclara Klaus de manière détachée. « La seule aide que je puisse t'apporter se trouve entre tes mains, tu peux t'en aller. »

Caroline soupira profondément, observant l'hybride rejoindre la fenêtre devant laquelle il se posta. Il semblait absorbé par la vue et elle comprit que leurs échanges étaient à présent terminés. Elle marcha jusqu'à la porte et s'arrêta, hésitante, dans l'embrasure, avant de se retourner vers Klaus, toujours de dos.

« Je ne sais pas si tu t'en souviens mais je t'ai déjà dit que ton problème de communication venait du fait que tu n'essayais pas de comprendre les gens. Que parce que ton père ne t'a jamais aimé, tu en déduisais que personne ne t'aimerait, » lâcha Caroline.

« Je m'en souviens... » souffla Klaus.

« Mais tu n'as pas écouté, » regretta Caroline. « Tu présumes des choses sans vérifier si elles sont vraies et tu anticipes les gens sans chercher à les comprendre. Tu fais toujours les mêmes erreurs et elles deviennent tellement prévisibles qu'échanger avec toi devient une épreuve. C'est dommage parce que ta compagnie peut se révéler plutôt agréable... Et je crois que je peux dire à présent que je sais de quoi je parle. »

« Caroline... »

Quand Klaus se retourna, Caroline était déjà partie, probablement en utilisant sa vitesse vampirique et il laissa échapper un juron entre ses dents.


La nuit était déjà bien entamée et elle arpentait sa petite chambre de long en large. Elles avaient parcouru les deux livres de magie et après des pages et des pages incompréhensibles pour certaines et inintéressantes pour d'autres, elle les avait refermés avec colère et frustration.

Elle laissa échapper un soupir et retourna s'allonger sur son lit, les bras en croix, laissant vagabonder ses pensées qui convergeaient toujours immanquablement vers Klaus. Elle grogna en fermant les yeux et sa main frôla le roman qu'il lui avait conseillé. Malgré l'heure tardive, elle n'était pas fatiguée et elle ouvrit les pages jaunies avec une nouvelle curiosité, se plongeant dans la lecture des aventures d'Eléa et Païkan.

« Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t'ai laissée là-bas au fond du monde… »

Typiquement Klaus. Elle comprenait aisément pourquoi cette histoire se révélait être une de ses préférées. Elle se plongea dans l'épopée sans idée préconçue et les pages se tournèrent presque frénétiquement, les mots défilant devant ses yeux avec une fluidité hypnotisante.

« Païkan voulut s'enlever d'Eléa. Elle le retint. Elle ouvrit les yeux. Elle le regarda. Elle était heureuse.

- Nous allons mourir ensemble, dit-elle.

Il glissa sa main dans l'arme abandonnée sur l'herbe, se retira, et se dressa. Elle eut le temps de voir l'arme braquée sur elle. Elle cria :

- Toi !

- Tu vas vivre, dit-il.

Il tira. »

Caroline referma le livre d'un geste sec et porta une main à sa bouche afin d'étouffer un cri. Sa respiration s'était accélérée et son sang battait contre ses tempes. Elle se releva et attrapa la bouteille d'eau sur sa table de nuit avant d'avaler de longues gorgées d'eau. Il fallait qu'elle sache comment l'histoire se terminait. C'était prenant, haletant, avec des passages magnifiques d'amour et d'espoir. Son réveil se moqua en lui indiquant qu'il était déjà trois heures du matin et elle renonça. Elle parcourut encore des passages qu'elle avait déjà lus et prit son téléphone. Elle hésita mais tapa tout de même les mots sur le clavier qui illuminait toute la chambre.

« Tu ne touches pas notre temps. Ton passé t'a suivie dans le conscient et le subconscient de ta mémoire. »

Elle hésita encore et pressa finalement le bouton d'envoi. Elle se glissa sous sa couette et bâilla, se frottant ses yeux fatigués. Elle n'espérait aucun retour vu l'heure insolente. Aussi, quand son téléphone vibra, elle le prit avec fébrilité, surprise et curieuse.

« Tu ne penses qu'à t'y replonger, à le retrouver, à le revivre. Le présent pour toi, c'est lui. »

Elle étouffa un petit rire et tapa un autre message rapidement.

« Tu possèdes un deuxième exemplaire ou tu le connais par cœur ? »

La réponse fut instantanée et elle leva les yeux au ciel, devinant son sourire moqueur et narquois.

« Bonne nuit Caroline ! »

« Bonne nuit Klaus. »


Si vous n'avez pas lu "La nuit des temps", je vous y encourage vivement ! J'ai lu une rumeur qui dit que Luc Besson adapterait le roman au cinéma. Je n'ose y croire. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi ce magnifique roman n'a pas été adapté avant...

Alors ? Ca vous a plu ?