Hello, hello, je suis toujours là!

Voici un nouveau chapitre. Désolée qu'il soit un peu plus petit que les autres, mais c'est un chapitre de transition, histoire de déplacer le navire d'Arthur vers sa prochaine destination. Mais mine de rien...


Chapitre 10 : une ville à l'horizon.

Deux jours s'étaient écoulés depuis la capture du navire El Peregrino et qu'Emile, Emma et Lovino avaient été emmenés sur le navire pirate. La surveillance sur les prisonniers s'était quelque peu relâchée. Emile avait à présent le droit de se déplacer sur le navire. Il pouvait sortir sur le pont quand il le voulait et même parler aux hommes. Cependant, il ne trouvait pas grand monde à qui parler. La plupart des marins savaient qui il était et pourquoi il était si bien traité. Dans la mesure où la plupart d'entre eux étaient issus de familles pauvres, ils ne cachaient pas leur mépris pour ce garçon privilégié. Emile se sentait donc particulièrement seul. Les rares personnes à lui parler étaient le capitaine et ses frères, plus Emma qui se trouvait souvent en la présence de Patrick. Emile avait ainsi appris qu'elle avait accepté d'assister le médecin de bord en tant qu'infirmière. Le deuxième soir, les prisonniers (mis à part Lovino, trop petit et très heureux en cuisine) avaient été « invités » à dîner avec le capitaine. Sur place, l'adolescent avait été passablement surpris lorsque qu'il l'avait vue dans sa nouvelle tenue. Il n'avait jamais vu de femme dans ce genre d'habit. Cela était particulièrement déroutant.

Emma Carriedo avait été beaucoup plus facilement adoptée par l'équipage. Apparemment, les deux premiers jours, les marins avaient considéré l'épouse de leur plus grand ennemi comme une précieuse ridicule tout juste bonne à réchauffer le lit de leur capitaine. Mais lorsqu'ils l'avaient vue à l'infirmerie, dans cet habit masculin si seyant et avec sa cascade de cheveux blonds, nettoyant consciencieusement les plaies de n'importe quel blessé, il n'avait pas fallu longtemps pour qu'ils ne la baptisent la « sirène » et lui vouent une profonde vénération. Un tel revirement de situation en était presque énervant. Emile se sentait un peu jaloux.

Arthur, lui-aussi, n'était pas sûr d'apprécier la situation. Tous ses hommes plaisantaient sur la présence de cette jolie fleur et faisaient la queue devant l'infirmerie pour pouvoir l'approcher. Bien sûr, l'avertissement d'Alistair tenait toujours et aucun d'entre eux ne se serait risqué à toucher la jeune femme qu'ils considéraient à présent comme la propriété du médecin de bord.

- « C'est tout de même bizarre, il y a encore deux semaines, ils faisaient tout pour éviter mes potions et mon bistouris, » fit remarquer l'intéressé lors du dîner. « A présent, ils se blessent presque volontairement pour venir à l'infirmerie ».

- « Il vous manquait juste un peu de publicité, » plaisanta Emma.

Elle déconcertait vraiment Arthur. Cette dame n'avait plus rien à voir avec l'aristocrate réservée et distante du premier jour. Il était devenu impossible de jouer à l'impressionner. Elle n'avait plus peur de ses geôliers. Au contraire, elle s'amusait à les provoquer. Elle testait la patience d'Alistair, le prétendu flegme d'Arthur (Il était beaucoup plus timide qu'il n'y paraissait et « c'était si drôle de le taquiner ») et les connaissances de Patrick. Emile s'affolait à chaque fois qu'elle ignorait un des ordres d'Alistair ou qu'elle se baissait pour ramasser un objet en présence du capitaine. Celui-ci devenait rouge et détournait le regard.

Au bout d'un moment, Patrick n'y tint plus et emmena son assistante dehors. Ils revinrent une demi-heure plus tard et la jeune femme cessa d'embêter le capitaine jusqu'à la fin de la soirée. Cependant, le lendemain soir, elle recommença de plus belle. Emile crut qu'Arthur allait tous les tuer lorsqu'elle osa l'appeler « petit lapin », ses frères y compris car ils avaient ri à la pique d'Emma. Cette femme était une véritable terreur. Elle était parfaitement intenable. L'adolescent commençait à croire que même son gouverneur de frère n'était pas de taille face à cette extravagante personnalité. Mais comment une pareille transformation était-elle possible ? Durant les sept semaines qu'ils avaient passées ensemble sur l'El Peregrino, elle avait toujours été douce et mélancolique. On ne changeait pas ainsi simplement parce qu'on se déguisait en garçon. C'était complètement puéril, d'ailleurs.

Ce fut alors que le garçon se retrouva en danger. Alistair, qui venait de reprendre son souffle après avoir rit pendant plusieurs minutes, fit mine de poser une main protectrice sur son épaule.

- « Arthur, le petit Khǿler me parait très timide. M'autorises-tu à le faire boire un peu, histoire de le décoincer ? »


- « Patrick, d'où venez-vous exactement ? »

- « Pardon ? »

C'était le matin du septième jour. Emma était seule avec le médecin de bord dans l'infirmerie. Elle profitait de cet instant où ils étaient seuls tous les deux pour lui poser la question qui lui trottait en tête depuis un ou deux jours.

- « Vos frères et vous n'avez absolument pas l'air de jeunes enfants de pêcheurs entrainés malgré eux dans la piraterie. Vous avez tous les trois reçu une éducation largement supérieure à la normale. Il ne suffit pas d'être un pirate pour apprendre à parler quatre langues, lire, écrire et avoir de telles manières… Et je ne parle même pas de vos connaissances en médecine. Vous avez appris tout cela à une université, pas seulement sur le terrain. On n'apprend pas le latin sur un navire remplis de loups de mer. »

Le rouquin sourit.

- « Je commence à comprendre votre attitude. Toutes ces fois où vous avez joué à chercher la petite bête… Arthur est trop naïf pour penser que vous cherchiez à faire autre chose que l'énerver. »

- « N'essayez pas de m'embrouiller avec vos paroles. Admettez-le. Vous venez du même monde que moi. »

- « Je ne répondrais pas à cette question. »

- « Pourquoi ? »

- « Vous savez que la curiosité est un vilain défaut ? »

- « C'est la principale qualité des femmes. »

- « Ca ne me fait pas rire. » La voix de Patrick devint subitement glacée.

Emma se tut, comprenant qu'elle avait trouvé la limite à ne pas dépasser avec le médecin. Mais cela n'avait fait qu'attiser sa curiosité. Ces trois frères avaient un secret. Il n'était plus seulement question de cette étrange « malédiction ».


- « Mon oncle Francis vous a déjà arrêté quatre fois ? »

Après six jours à partager leurs activités, le petit garçon avait commencé à nouer des liens avec les autres mousses et le cuisinier. Et entre eux, certaines informations commençaient à s'échanger.

- « Apparemment, il a reçu un ordre spécial de son gouvernement pour capturer notre capitaine et ses frères et les ramener vivants et entier en France, expliqua Matthew. »

- « Mais on a toujours réussi à s'échapper », affirma Alfred avec une grande fierté. La dernière fois, c'est grâce à moi ! »

- « Hey, je t'ai beaucoup aidé, » protesta l'autre mousse.

- « J'ai pris la clé », répliqua Alfred

- « J'ai détourné l'attention des gardes. »

- « Et vous êtes tous les deux venus nous libérer, » les calma le cuisinier.

- « Comment avez-vous fait pour prendre la clé ? » demanda Lovino.

- « On était enfermés dans une pièce à part, parce que l'amiral voulait nous interroger personnellement, » expliqua le garçon aux cheveux bouclés.

- « J'ai vu qu'un des types qui nous gardait avait la clé, » enchérit son compagnon. « Alors j'ai dit à mon frère de détourner son attention et j'ai chapardé la clé. Matthew peut berner tout le monde quand il fait ses yeux larmoyants de petit ourson. »

- « Tu n'étais pas obligé de préciser ça, » se plaignit son petit frère.

Car apparemment, les deux mousses étaient frères. Ils avaient un peu moins d'un an de différence. Ce qui faisait que durant trois semaines, ils avaient tous les deux 12 ans.

- « Mais attends, c'est génial. Ca marche même sur Alistair! Et ça nous a vraiment permis de nous échapper. Quand les méchants ont réalisé qu'on était en train de s'échapper, ils ont essayé de nous tirer dessus. Ensuite, Arthur et Francis sont arrivés, et le capitaine a dit à l'amiral que nous risquions d'être blessés. L'amiral a crié à ses hommes d'arrêter de tirer sur le champ. »

- « C'était vraiment terrifiant. Le capitaine a finit par négocié qu'on puisse partir. Mais l'amiral voulait que nous restions tous les deux sur le navire. J'ai pleuré et dit à Monsieur Patrick que j'avais peur et que je ne voulais pas rester avec ton oncle. »

- « Ouais, et la technique infaillible de « Crying-Teddy-Matthew » l'a fait craquer. Il a finit par tous nous laisser partir. »

« Ca doit être vraiment quelque chose, » pensa Lovino. « Ca peut toujours servir de l'apprendre. »

- « Tu peux me montrer ? » demanda le petit garçon.

Matthew acquiesça et fit une démonstration. En quelque secondes, Lovino eut l'impression de voir un petit ourson apeuré. Son cœur se serra. Rudement efficace, comme technique.

- « Mais il ne faut pas le dire à tout le monde. C'est un peu embarrassant pour un pirate de s'échapper en pleurnichant. »

- « Tout à fait », affirma Peter. « De plus, tu grandis et n'auras pas éternellement cette mignonne petite frimousse. »

- « Mais arrêtez un peut de dire que je suis mignon ! Un pirate n'est pas sensé être mignon ! Je ne suis pas mignon ! »

- « C'est ça, c'est ça. C'est pas grave, tu sais. Tu n'as pas besoin d'être laid et terrifiant comme le second… »

- « QUI est-ce qui est laid et terrifiant ? »

Les trois enfants hurlèrent de terreur à l'arrivée surprise d'Alistair. L'écossais eut un sourire sadique. Ca le défoulait, de faire peur aux gosses de temps en temps. Peter en conclut qu'il était plutôt tendu.

- « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

- « Oh, pour le moment tout va bien. C'est pour ce qui va arriver d'ici trois-quatre heures que je m'inquiète. »

- « Qu'est-ce qui se passe ? »

- « Nous arrivons en vue de Tranquebar. Nous y serrons dans maximum quatre heures. Et c'est à ce moment-là que les ennuis vont commencer. »


Je suis sûre que vous avez déjà une idée de quels personnages nous allons rencontrer dans le prochain épisode.