Chapitre 10
Harry avait finalement arrêté de pleurer. Il s'était endormi, lové dans les bras de Remus. Le jeune homme en était soulagé. Lorsque l'enfant avait repris connaissance, quelques instants seulement après la destruction de l'horcruxe, il s'était mis à sangloter de façon compulsive, et rien de ce qu'avait dit ou fait Remus n'était parvenu à le calmer.
Maintenant, Remus était épuisé, émotionnellement vidé. A moitié étendu sur le canapé du salon, il regardait Harry dormir, attentif. Il ne comprenait toujours pas ce qui lui était arrivé : pourquoi il avait quitté la chambre pour descendre au bureau, pourquoi il avait réagi d'une si étrange façon dans le hall, comme s'il avait senti ce qui se passait derrière la porte close. Pourquoi il s'était mis à convulser si violemment.
Il avait examiné Harry sous toutes les coutures, pour s'assurer qu'il allait bien, du moins, physiquement. Il n'avait rien trouvé d'anormal. Il aurait bien voulu l'aide de Kreattur, au moins pour maintenir l'enfant le temps qu'il fasse son examen, mais l'Elfe était occupé à soigner la main mutilée de Rogue. Et il semblait bien décidé à ne pas approcher de Harry. Remus aurait bien voulu savoir pourquoi.
Tout s'embrouillait, dans sa tête, et il y avait une bonne dizaine de questions dont il aurait bien aimé avoir la réponse.
Il tourna la tête vers Rogue, enfoui au fond d'un fauteuil, toujours aussi pâle. Il serrait sa main bandée contre sa poitrine. Et il tremblait, comme s'il ne s'était pas encore remis du choc. Jamais Remus ne l'avait vu ainsi. Jamais il n'aurait pensé éprouver pour lui un tel élan de compassion.
« Tu as toujours mal ? demanda-t-il à mi-voix, pour ne pas réveiller Harry.
- Ça va, répondit Rogue, laconique. Kreattur m'a donné une potion anti-douleur.
- Je suis désolé…
- Arrête ça, Lupin », coupa Severus d'un ton sec.
Remus soupira, mais ne releva pas. Il pouvait parfaitement comprendre que Rogue ne veuille pas s'étendre sur ce qu'il venait de subir.
« Le médaillon… poursuivit-il cependant. Est-il vraiment détruit ?
- Tu l'as vu, non ? »
A la vérité, non. Occupé à calmer Harry, il n'avait qu'à peine jeter un regard à l'horcruxe. De toute façon, même s'il l'avait examiné plus attentivement, Remus n'aurait peut-être pas su dire s'il était ou non définitivement détruit.
« Tu as réussi, murmura-t-il. La… chose… Le serpent… Il a disparu quand tu as percé le médaillon…
- C'était une simple apparition, destinée à protéger l'horcruxe, souffla Severus, visiblement à bout.
- Mais pourquoi Lily ? Pourquoi a-t-on vu Lily ? » demanda Remus.
Rogue garda le silence. Mais son regard était éloquent. Ne pose pas cette question. Ne m'oblige pas à répondre. Remus se mordit les lèvres, brusquement conscient d'avoir assisté à quelque chose de particulièrement intime. Quelque chose que Severus ne souhaitait certainement pas partager avec lui, même s'il lui avait sauvé la vie. Remus pouvait se passer d'une réponse. Il le ferait, parce que le jeune homme enfoncé dans le fauteuil en face de lui était au bord de l'effondrement, parce que lui-même se sentait rudement éprouvé, et parce qu'il n'avait tout simplement pas envie de creuser plus loin l'idée troublante qui venait de se former au fond de sa tête.
« Et pourquoi ce fichu serpent ne s'est-il pas concentré sur toi, au lieu de nous menacer, Harry et moi ? » demanda-t-il plutôt.
Rogue leva vers lui un regard particulièrement las.
« Je n'en sais vraiment rien, Lupin… Comme je ne sais pas pourquoi le gosse a réagi comme il l'a fait… Est-ce parce qu'il a vu sa mère ? C'est… »
Il haussa les épaules en geste d'ignorance.
« Tu devrais aller te coucher, proposa Remus.
- Toi aussi. Tu n'as pas l'air bien vaillant. Plus miteux que d'ordinaire, je dirais… »
Remus esquissa un sourire, tant il était évident que Rogue se forçait à le rabrouer. L'absolu manque de conviction dans le ton retirait tout ce que la remarque pouvait avoir de blessant.
« Je ne vais pas risquer de réveiller Harry en le portant jusque là-haut. S'il se remet à pleurer et crier…
- Tu devrais lui lancer un sort. Lui-aussi, a besoin de récupérer.
- Non. Je ne m'y risquerai pas. Je… Il se passe quelque chose de curieux, avec Harry. Et d'inquiétant. Je ne veux pas me risquer à lever ma baguette sur lui, même pour un sort anodin. Parce que je ne suis pas absolument pas certain que cela reste sans conséquence. »
Rogue ne releva pas. Il observa l'enfant endormi un moment, comme si ce qu'avait dit Remus avait suscité sa curiosité et l'avait détourné un court moment de ce qu'il venait de subir.
« On peut comprendre qu'il soit bouleversé, murmura-t-il. Après tout, il vient de voir ses parents morts se matérialiser devant lui…
- Il y a autre chose, Severus, coupa Remus. Nous l'avons déjà remarqué, Regulus et moi. Et Kreattur aussi, sent quelque chose.
- Quoi ?
- Je ne sais pas. Il semble incapable de nous éclairer. Il s'agit plus de ressenti que de faits avérés…
- Et Black ? Il n'a rien vu ?
- Non. »
Rogue eut un petit reniflement méprisant.
« Son filleul pourrait se transformer en veracrasse sous ses yeux, il ne le remarquerait même pas…
- Harry est parfaitement… normal… quand il est avec Sirius. Et tu n'avais rien remarqué non plus, Severus.
- Je ne le vois qu'aux repas… Il ne vient pas dans la bibliothèque.
- C'est vrai. »
Rogue étira ses jambes devant lui. Remus remarqua qu'il ne tremblait plus, même s'il était toujours aussi pâle. Le simple fait de parler lui avait redonné un peu de baume au cœur, apparemment. Même si Remus était persuadé qu'il ne l'admettrait jamais.
« Quand Regulus et Sirius seront de retour, il faudra qu'on s'inquiète vraiment de ce qui arrive à Harry, reprit-il.
- Ça, en plus du reste… Nous avons supprimé un horcruxe, mais il y en a d'autres.
- La coupe…
- Et tous ceux auxquels nous n'avons pas songé. Il y a aussi le journal.
- Le journal… Celui qui se trouve chez les Malefoy… Tu as une idée de la façon dont nous pourrions le récupérer ?
- Avec la cape de Potter ? C'est risqué…
- Pas plus que de retourner à Azkaban…
- Oui… Sûr que ton copain Black serait partant pour ce genre d'entreprise…
- Parfois, l'audace paye, Severus.
- Mmpppffff… »
Rogue frotta sa main bandée d'un air songeur.
« Regulus et Sirius ne devraient plus tarder, maintenant. Il est presque quatre heures du matin… remarqua Remus. Tu es sûr que tu ne veux pas monter te coucher ?
- Je n'ai pas tellement envie de… »
Il se tut et se mordit les lèvres. Remus se contenta d'acquiescer d'un signe de tête. Il n'allait pas se moquer de lui. Ce à quoi il avait assisté l'avait trop fortement marqué pour qu'il ose le faire. Lui-même n'avait pas tellement envie de se retrouver seul, même si cela signifiait passer le reste de la nuit avec Rogue.
Remus remonta la couverture de laine apportée par Kreattur sur les épaules de Harry et se cala un peu mieux contre les coussins du canapé.
« Bonne nuit, Severus. »
XXXXXXX
Regulus ne parvenait pas à détacher ses yeux de la montre. Il avait passé une bonne heure à scruter les ténèbres dans le vain espoir d'apercevoir quelque chose au milieu de la masse liquide qui l'environnait. Mais, rendu nauséeux par le mouvement perpétuel des vagues, il avait fini par se fixer sur les aiguilles de sa montre.
Bientôt quatre heures.
Il avait fait ce qu'il fallait pour ne pas dévier de sa position, à l'aide d'un solide sort d'ancrage qu'il avait renouvelé trois fois depuis le départ de Sirius. Il ne lui restait plus qu'à attendre. Et à s'inquiéter. Il ne savait même pas si son frère était parvenu à atteindre l'île.
Bientôt quatre heures, et toujours aucune trace de Sirius.
Que se passerait-il, ensuite, si Sirius ne revenait pas ? Il lui avait promis de rentrer au port. Ils savaient tous les deux que les Aurors surveillaient toujours de près l'activité de celui-ci. Le vol d'un bateau, même moldu, même en aussi mauvais état que celui-ci, attirerait immanquablement leur attention.
Oui. Mais si Sirius était arrêté, à quoi bon cacher aux Aurors qu'ils avaient tenté de revenir dans l'île… ?
A moins, bien sûr… A moins que Sirius disparaisse purement et simplement. Les Détraqueurs qui surprenaient un intrus sur l'île étaient-ils censés prévenir les Aurors ou pouvaient-ils agir à leur guise ? Regulus avait très vite écarté de son esprit l'image de Sirius vidé de son âme et abandonné aux vagues qui se fracassaient sur le rocher stérile qui abritait la prison.
Quatre heures du matin.
Regulus se força à lever les yeux de sa montre. Des nœuds de plus en plus serrés se nouaient dans son ventre. Il fallait que Sirius revienne, là, tout de suite. Il ne se sentait pas la force de prendre une décision.
Il ne distinguait rien d'autre que des paquets d'eau noire qui montaient et descendaient sur l'horizon. Si Sirius tentait de regagner le bateau à la nage, il lui serait sans doute impossible de l'apercevoir avant les derniers mètres, il y avait bien trop de vagues, et il faisait encore trop sombre. L'idée effleura Regulus que Sirius pourrait éprouver les mêmes difficultés, de son côté. Comment retrouverait-il le chemin du bateau ?
Un signal. Il fallait qu'il envoie un signal, quelque chose qui mettrait Sirius sur la voie du retour. Il était quand même absurde qu'ils ne se soient pas posés la question du retour avant… ! Mais Sirius avait eu l'esprit tellement préoccupé par son retour dans l'île et la perspective de se trouver de nouveau en présence des Détraqueurs… !
Brandissant sa baguette au-dessus de lui, Regulus envoya une gerbe d'étincelles vers le ciel. Elles restèrent un moment en suspension dans l'air, avant de retomber dans la mer, autour du bateau, éclairant la masse liquide qui l'environnait. Il renouvela l'opération deux fois, avant d'apercevoir quelque chose au sommet d'une vague. Un point qui surnageait péniblement. Son cœur se mit à battre plus vite et il se tendit vers l'horizon. Il était trop loin pour être sûr de ce qu'il avait vu. Peut-être n'était-ce qu'une ombre, sur la crête luisante de la vague.
« Allez, Sirius… » murmura-t-il.
Il lança une nouvelle pluie d'étincelles, concentrée sur ce point unique.
Il y avait bien quelque chose, là-bas, qui semblait avancer vers lui. Un profond soulagement envahi Regulus. Qui céda presque aussitôt à la panique, lorsqu'il perdit sa cible de vue. Une vague plus haute l'avait submergée. Ou peut-être Sirius – pourvu que ce soit bien Sirius ! – n'avait-il simplement plus la force d'avancer…
Les mains crispées sur le plat-bord du bateau, Regulus scrutait l'océan devant lui. Une tête velue reparut, loin, bien loin de lui. « Sirius ! appela Regulus. Tu y es presque ! »
Un instant, il se dit qu'il devait avancer à sa rencontre. Avant de réaliser qu'il serait incapable de démarrer le bateau. Il n'était absolument pas familiarisé avec ces engins moldus, leur fonctionnement était un parfait mystère, pour lui.
Il pouvait toujours se jeter à l'eau, et nager à la rencontre de Sirius. Mais pour quel bénéfice ? En admettant qu'il parvienne effectivement à le rejoindre, arriverait-il à le soutenir jusqu'au bateau ?
Il ne restait qu'une seule option. Il transplana.
L'eau glacée lui coupa presque le souffle. Battant des bras et des jambes, il remonta à la surface, soufflant et crachant, et jeta un regard éperdu autour de lui. Il ne distinguait Sirius nulle part, peut-être avait-il mal évalué la distance… ? Il leva bien haut sa baguette au-dessus de lui, et murmura un lumos.
Là, sur sa droite…
Le chien se débattait dans l'eau, comme s'il cherchait désespérément à ne pas se laisser sombrer. Il était à bout de force. Regulus mit sa baguette entre ses dents et nagea vers lui aussi rapidement que le lui permettaient ses membres engourdis par l'eau froide. Il atteignit l'animal, alors que celui-ci se laissait de nouveau submerger par une vague. Il l'attrapa par le cou, s'accrocha à lui aussi solidement qu'il le put, au risque d'être entraîner sous l'eau par son poids, prit sa baguette de sa main libre et transplana.
XXXXXXX
Lucius se redressa sur son lit, la poitrine oppressée, en nage. Il se passa une main tremblante sur le visage, tentant de reprendre ses esprits. Ce n'était qu'un cauchemar… Le cimetière, le cercueil, les Aurors qui attaquaient, avant de basculer dans les tombes ouvertes par une armée d'inferi… Ce n'était pas réel. Il était dans sa chambre, chez lui, en sécurité. Et Drago…
Son cœur se serra. Non, Drago n'était pas mort. Pas encore.
Une vague de tristesse le submergea, effaçant la peur irrationnelle du cauchemar. La santé de son fils déclinait de jour en jour. Ses moments d'éveil étaient de plus en plus rares. Et lorsqu'il ouvrait les yeux et les posaient sur ses parents… Lucius avait l'effroyable sensation que l'enfant ne les voyait même pas, comme si sa conscience l'avait déjà déserté.
Machinalement, il tendit la main vers le côté du lit où reposait Narcissa. Il ne fut pas surpris de le trouver vide. Sa femme se couchait bien près de lui, le soir. Mais elle n'y passait pas la nuit. Il la retrouvait invariablement dans la chambre de son fils, des cernes de plus en plus larges sous les yeux, le visage tellement défait qu'il la reconnaissait à peine. Si le chagrin minait Lucius, Narcissa, elle, basculait lentement vers le désespoir.
Il se leva, chaussa ses pantoufles, enfila sa robe de chambre et quitta sa chambre.
Tout était parfaitement silencieux, dans la maison. Et Lucius se demanda si lui dormait. Ils avaient mis une chambre à sa disposition, mais il ignorait s'il se couchait dans le grand lit confortable préparé pour lui. Lucius n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse. L'idée qu'il se promène la nuit dans son manoir, alors que tout le monde dormait, le dérangeait profondément.
Mais il n'avait pas son mot à dire, n'est-ce pas ? Lucius était chez lui, mais lui était le Maître…
Il poussa doucement la porte de la chambre de Drago. Comme il l'avait supposé, Narcissa était bien là, installée dans la bergère qu'elle avait tirée au chevet de son fils. Mais elle s'était assoupie. Sa tête reposait sur la soie brodée du fauteuil, si pâle que Lucius se demanda si elle non plus n'était pas malade. Elle lui paraissait tellement frêle, perdue sous la couverture qui la drapait…
Il se força à poser les yeux sur son fils.
Cela lui était de plus en plus difficile. Il était tellement petit, si jeune… La mort ne devrait jamais frapper les enfants, c'était trop…
Lucius inspira profondément. Ce genre de pensées n'était pas digne de lui. N'était-il pas le premier à reconnaître qu'il y avait parfois des nécessités qui légitimaient ce genre d'atrocité ? N'était-il pas prêt à mettre à mort Harry Potter, si d'aventure il parvenait à mettre la main sur lui ? Et pourtant, le petit Harry ne devait pas être plus âgé que Drago…
Faiblesse de parent… Orgueil du sang…
Drago aurait-il tant d'importance, pour lui, s'il n'était pas son unique héritier ?
Il effleura le front en sueur de son fils du bout des doigts. Il ne voulait pas songer à l'amour. S'il le faisait, s'il s'avisait de considérer cet enfant mourant comme autre chose que celui qui devait perpétuer son nom, il finirait par sombrer dans la folie qui rongeait son épouse.
Il devait rester pragmatique.
Il n'y avait qu'une chose à faire : trouver Harry Potter. Et Drago guérirait. Le Maître l'avait promis.
« Tu n'as plus beaucoup de temps, Lucius », remarqua une voix sifflante qui le fit sursauter violemment.
Le cœur battant, il se tourna vers le coin sombre de la chambre d'où était venue la voix. Sur la bergère, Narcissa remua et ouvrit les yeux. Il surprit son regard paniqué posé sur lui. Lui-même sentait une peur sourde s'insinuer en lui. Mais il devait se contrôler. Il était fondamental qu'il garde le contrôle.
« Nous faisons notre possible pour trouver Harry Potter. Mais Sirius l'a bien caché…
- Je croyais que Sirius Black était lui-même recherché par les Aurors… Comment cet homme parvient-il à vous tenir tous en échec ? »
La voix était méprisante. Et s'il y avait une chose que l'orgueil de Lucius ne supportait pas, c'était bien qu'on le méprise.
« Sirius n'est pas seul, il a des amis…
- L'Ordre du Phénix ? Faut-il que j'aille défier Dumbledore moi-même ?
- Vous n'êtes pas… »
Il se mordit la langue pour ne pas poursuivre. Il n'était jamais sage de mettre le Lord Noir face à ses faiblesses.
La silhouette perdue dans l'ombre de la chambre bougea légèrement, et Lucius frémit.
« Ton fils mourra par ta faute, Lucius…
- Non. Je retrouverai Harry. J'ai… j'ai un plan…
- Aussi utile que d'envoyer ce monstre de Greyback sur sa trace ?
- J'ai compris mon erreur ! Je vais m'attaquer au problème moi-même !
- Comment ?
- La fille… La guérisseuse d'Azkaban. Je suis sûr qu'elle sait quelque chose. »
Il y eut un reniflement méprisant.
« Elle est amoureuse de Regulus Black ! Et je suis sûr qu'elle sait où il se cache ! Ou du moins, qu'elle a un moyen pour entrer en contact avec lui ! » insista Lucius.
L'espoir qu'il vit s'allumer dans les yeux de sa femme lui fut brusquement insupportable, et il se détourna pour ne plus le voir.
« Je vais la faire parler, promit-il.
- Pourquoi ne pas l'avoir déjà fait, si tu es aussi sûr de ton fait, Lucius !
- Elle était sous la garde de Scrimgeour… Mais maintenant qu'elle est libre, et libre grâce à moi, j'ai bon espoir de la faire parler.
- Si elle est l'alliée de Regulus, elle doit savoir à quoi s'en tenir sur toi !
- Elle se méfie de moi. Mais… J'ai du veritaserum. Je compte le lui faire prendre. Et elle me dira tout ce qu'elle sait.
- Tout ?
- Tout ce que je veux savoir. »
Lucius retint son souffle. Il avait senti une pointe d'intérêt, dans la voix froide et sifflante.
« Demande-lui ce que Regulus a fait du médaillon. »
XXXXXXX
Regulus grelottait. Mais il était trop inquiet pour songer à se réchauffer. Le chien gisait sur le flanc, parfaitement inerte. Seule sa respiration laborieuse indiquait qu'il était bel et bien vivant.
« Allez, Sirius ! s'exclama Regulus, frictionnant l'animal de ses membres gourds. Réveille-toi ! »
Il ramassa sa baguette et lança un sort de séchage sur le chien. Celui-ci ne réagit même pas, lorsque le vent chaud lui ébouriffa le poil. L'inquiétude de Regulus monta encore d'un cran.
« Bon sang, Sirius ! Ouvre les yeux ! Reprends ta forme humaine ! Ne te laisse pas aller comme ça ! »
Il le secoua une nouvelle fois. Le chien laissa échapper une plainte, à peine un geignement.
« Debout ! ordonna Regulus. Redresse-toi ! Tu ne veux pas que je dise à Harry que son parrain a préféré abandonner que de se battre ?! Secoue-toi ! »
Le chien ouvrit les yeux. Il est épuisé, songea Regulus. Il n'est pas blessé, il est juste épuisé… Il se pencha sur l'animal et caressa sa grosse tête trempée. « Là… murmura-t-il. Ça va aller, maintenant, nous sommes sur le bateau… Est-ce que ça va ? »
Le chien remua légèrement. Il ne tremblait plus, mais il semblait prêt à s'endormir. Regulus n'était pas certain que ce soit une bonne chose.
« Tu peux reprendre forme humaine ? » demanda-t-il.
Après un temps qui lui parut infiniment long, le chien se releva sur ses pattes chancelantes. Un instant plus tard, il avait disparu, laissant place à un Sirius complètement épuisé. Soulagé, Regulus le serra contre lui.
« Arrête-ça ! marmonna Sirius, cherchant à le repousser. Tu es trempé… » Eclatant d'un rire qui était surtout un rire de soulagement, Regulus tourna sa baguette vers lui-même pour se sécher à son tour. Ensuite, seulement, Sirius se laissa aller dans son étreinte.
« Tu m'as fait une peur bleue, avoua Regulus.
- Mmmhhh… Merci d'être venu me chercher…
- L'eau était sacrément froide…
- Ouais… »
Ils restèrent ainsi de longues minutes, reprenant leur souffle, puisant chaleur et réconfort l'un de l'autre.
Quand le cœur de Sirius se mit à battre moins violemment dans sa poitrine, lorsque sa respiration fut moins laborieuse et saccadée, Regulus s'écarta de lui. « Alors ? demanda-t-il, nerveux.
- Alors… ?
- La coupe ? Tu sais où elle se trouve ?
- Non. »
Regulus sentit son cœur se serrer. Tout cela pour rien… ?
« Ces imbéciles de Lestrange ont perdu la coupe, ajouta Sirius avec amertume. Elle a été volée !
- Volée… ?! Par qui ?
- Ça… je ne sais pas. Pas encore. Mais j'ai une idée pour le découvrir. »
Regulus ne releva pas. Il n'aimait pas les idées de Sirius. Elles le menaient toutes aux portes de la mort…
« Rentrons, dit Sirius, feignant de ne pas avoir remarqué sa subite réticence. Remus doit être inquiet. Et puis… j'ai besoin de quelques heures de sommeil ! »
