Chapitre 9
Brûle

« Si seulement j'avais eu ma baguette, j'aurais pu la réduire, murmura Hermione en effleurant l'hématome qui colorait la tempe de l'homme.

A son grand étonnement, une décharge électrique secoua sa colonne vertébrale et se déversa dans son bas-ventre. Il serra les dents. Il s'en voulait de réagir ainsi, mais le manque de contacts humains entraîné par son isolement n'était définitivement pas sans répercussions.

« - Si l'infirmière n'y est pas arrivée, qu'espérez-vous pouvoir faire, espèce de sotte !

« - J'ai passé un Brevet Magique de Premiers Secours, répondit-elle avec patience. Et si votre hématome n'a pas disparu, c'est parce que l'infirmière n'a pas daigné le soigner et s'est contentée de refermer la plaie. Sans doute pour vous décourager des bagarres.

Il eut un soupir agacé.

« - Vous devriez vous en aller, miss Granger. Si vous attendez que Lucius Malefoy sorte d'isolement, vous pouvez planter une tente dans la cour d'Azkaban. »

Elle se pencha sur sa blessure et une mèche de ses cheveux vint chatouiller sa joue. Il tressauta avec violence. Il fallait qu'elle déguerpisse avant que son ventre ne le trahisse. Révéler son trouble de cette façon lui était insupportable, mais de fait d'être troublé par cette jeune idiote lui semblait pire que tout.

« - Avez-vous fini ?

Il détestait être allongé, immobilisé et vulnérable face une personne qui devait le mépriser presque autant lui la méprisait.

« - Je serai au tribunal, demain, dit-elle en s'éloignant du lit.

Severus ne daigna pas répondre. Elle sortit de la pièce, traversa une série de couloirs, franchit un nombre incalculable de portes, signa le registre des visiteurs et récupéra sa baguette magique.

***

Rogue et Malefoy avait d'étranges de sujets de conversation. Jamais elle n'aurait pensé être au centre d'une telle bagarre, d'autant plus qu'aucun des deux hommes ne l'avait en estime. L'emprisonnement avait dû mettre leurs nerfs à vif, et une sorte de compétition avait dû s'installer entre eux : Rogue sortirait bientôt de prison et Lucius Malefoy se démenait corps et âme pour une réouverture de son procès.

Le monde extérieur leur semblait à portée de main, sans toutefois y avoir vraiment accès. Leur torture devait prendre ses racines dans cette frustration.

***

Il était difficile de définir à qui il en voulait le plus de se trouver ici. Le premier était Severus, bien entendu. Et il s'en voulait également de s'être laissé provoquer. La Granger avait aussi sa part de responsabilités : c'était à cause de cette souillon que Severus l'avait poussé à bout. Il était possible que ce bâtard au nez crochu soit jaloux de l'intérêt qu'elle lui portait. Et d'un point de vue plus basique, de l'intérêt qu'une femme pouvait lui témoigner alors que lui devait compter ses conquêtes sur les doigts d'une seule main.

La vie en prison se chargeait de vous rappeler les besoins essentiels d'un homme : manger, dormir, faire l'amour. L'aile destinée aux femmes était strictement séparée de celle des hommes, et jamais ils ne se rencontraient. Certains prisonniers, il le savait, se contentaient leur condition et s'y adaptaient parfois : lui n'avait jamais pu se résoudre à toucher un autre homme. Cela lui semblait contre-nature et pourtant…

Il avait connu Arthur, autrefois. Lorsqu'il y pensait il l'appelait Arthur, non plus 'Weasley', et l'image qui venait se fixer dans sa tête n'était pas cet employé du Ministère à la mine rêveuse et à la progéniture exponentielle, celui qu'il haïssait. Oh non.

Il revoyait le jeune homme à la crinière d'un rouge indiscipliné lui tombant jusqu'aux reins, à la peau laiteuse, à la silhouette fine et souple, au regard provocateur derrière ses cils miroitants et cuivrés.

Un seul de ces regards…et il se revoyait, de sa bouche, suivre le sillon de sa colonne vertébrale constellée de taches de son. Sur sa langue lui revenait comme un goût de sucré-salé, et il sentait dans ses mains l'arrondi presque obscène de ses fesses, il entendait ses soupirs provocants, et cette cambrure démesurée pour l'inciter davantage, oh oui, il n'oubliait pas. Jamais.

Il y avait une violence exquise, et aussi une tendresse épouvantable, quelquefois. Il y avait le visage étoilé de son amant, plaqué sur l'oreiller. Et lui, guidant le mouvement des hanches sous les siennes. De ses approbations rauques il se souvenait, oui, et les choses allaient toujours croissant, jamais ne s'apaisaient. Le garçon sous lui réclamait toujours plus de violence, tout comme lui, tout comme lui.

Il n'y avait aucune limite. Le corps qu'il touchait était comme le sien. Avec lui il avait tout fait, et si les choses avaient duré, si la vie ne les avait pas séparés, ils en auraient fait encore davantage.

Les entraves magiques qui le retenaient lui sciaient les articulations et alourdissaient son corps. Il avait l'impression de se liquéfier. Il allait devenir une masse de boue qui finirait par se fondre dans le sol argileux de la cellule d'isolement.

Mais pas question de supplier.

***

Lucius, le 13 Décembre

C'était une expérience à part entière. Je l'ai vécue (nous l'avons vécue) en allant jusqu'au bout, à chaque minute. Tout sorcier devrait connaître cela. Après cela, la mort devient acceptable. Car après cela, rien de mieux ni de pire ne peut arriver.

La seule chose qui pourrait rivaliser est le pouvoir. Mais j'ignore si au bout de mes doigts, l'or et la puissance me satisferaient autant que les cris qu'il m'adressait, ou que ma chair meurtrie par la sienne.

Miss Granger, petite Hermione, souillure du monde sorcier, sauriez-vous répondre à cette question ?

***

1977

Sa main s'agrippa à son cou, comme pour contrôler sa respiration, et Lucius se laissa faire. Il rejeta même la tête en arrière afin de démontrer sa soumission, sans toutefois le quitter des yeux. Il voyait la force de ses ambitions pour ce soir, et souhaitait de ton son cœur les provoquer.

Arthur desserra sa prise et d'un index assuré, descendit le long de sa poitrine, son ventre, contourna le fin nombril, et vint se saisir sans détours de son sexe déjà érigé.

« - Qu'est-ce que tu attends, Lucius. Baise-moi.

Il n'espérait pas une invitation aussi brutale. Il saisit son bras qu'il griffa au passage, le fit se retourner, et le poussa sur le lit. Sous lui, l'autre se tordit, se cambra, souleva son bassin, offrant les profondeurs de sa chair que Lucius s'appropria sans préambule. Sous lui, l'homme hurla, mais Lucius savait qu'il aimait que les choses se déroulent ainsi. Dans la fournaise que son amant lui offrait, il se sentait de plus en plus à l'aise. Il commença une série de vas et viens, lents et mesurés.

« Plus fort, fit l'autre dans un gémissement rauque.

Il planta ses ongles dans la peau de ses hanches, et s'engouffra plus violement, plus rapidement. Sous lui, l'homme suppliait : encore…encore…creusant son dos de façon surnaturelle.

Il s'autorisa à plonger en lui avec toute la brutalité dont il était capable. Son sexe était entièrement perdu dans sa chair brûlante, mais il donnait encore de rapides impulsions, avec un acharnement proche de la barbarie. Arthur criait, plaisir et douleur mêlés, et Lucius savait combien cette combinaison de sensations était puissante, élévatrice.