Bonjour à toutes et tous !

Voici un chapitre un peu plus long cette fois, et qui, je l'espère, vous fera patienter un peu... Je ne pourrai en effet pas poster la semaine prochaine, je m'en excuse.

Merci tout spécialement à LW . exe pour sa review et évidemment à tous ceux qui me lisent, suivent mes histoires et les placent dans leurs favoris ;)
C'est toujours un plaisir d'écrire et de partager !

Le vocabulaire de ce chapitre :

baka : crétin
sukebe : pervers
gomen : pardon
va bene : très bien
buona notte : bonne nuit

(n'hésitez pas à me signaler les erreurs !)

Bonne lecture !


Chapitre 10

De nouveaux combats

Des volutes de vapeur chaude, tout autour de lui, s'élevaient paresseusement et embuaient le miroir. Recueillant un peu d'eau dans ses mains, placées en coupe sous le jet du robinet, Shun s'aspergea le visage. Des cheveux humides lui collaient aux joues. Il écarta une mèche verte tombée devant ses yeux. Sa peau était encore tiède de la douche brûlante qu'il avait prise, quelques instants plus tôt. Il percevait les effluves du savon émaner à travers ses vêtements.

Le jeune garçon essuya le miroir du plat de la main et son reflet lui renvoya l'image d'Hadès.

Il vit les lèvres du dieu remuer, mais il ne comprit pas ses paroles. Pourtant, il sentait sa propre bouche esquisser les mêmes gestes silencieux.

... toi... !

L'urgence dans le regard d'Hadès surprit Shun, le pressant, l'implorant presque. Il se pencha un peu plus près.

... veille... !

Un cosmos étranger, profondément hostile, lui hérissa soudain les bras d'une chair de poule. Le cliquetis de ses chaînes, en alerte, lui parvint, de très loin.

... veille-toi !

Il bondit hors de la salle de bain, courut dans la direction d'où provenait l'aura ennemie – la chambre de Kay, qu'il ouvrit à la volée. Shun resta saisi par le spectacle qui s'offrait à ses yeux.

Les rideaux des fenêtres laissées grandes ouvertes flottaient, ondulaient, portés par le vent. Accoudée à la balustrade du petit balcon, les yeux perdus dans les étoiles, la jeune fille ne se retourna pas lorsque Shun prononça son nom. Elle murmurait quelque chose, que le garçon ne comprit pas tout de suite.

– ... connais... je la connais...

Elle tendit la main vers une ombre qui se matérialisait à hauteur de ses yeux, au-dessus du vide. La forme ondoyait doucement, déployant son aura menaçante, prenant l'apparence d'un homme. La lune et les étoiles faisaient jouer d'étranges reflets dorés dans sa chevelure. Shun, avec horreur, vit un sourire d'une intense cruauté étirer ses lèvres.

– Kay !

Mais la jeune fille, les yeux dans le vague, ne s'apercevait pas du danger. L'adolescent s'élança, tendit le bras pour attraper Kay... mais ses doigts ne rencontrèrent que les carreaux froids des fenêtres, brutalement refermées devant lui. L'ombre lui jeta à peine un coup d'œil sarcastique, saisit la main tendue de la jeune fille et la tira sans peine vers le haut.

Kay ! hurla Shun à nouveau.

Il frappa des deux poings sur la vitre, espérant la briser, ne parvenant même pas à y inscrire la plus imperceptible fissure. Au désespoir, alarmé, il martela le carreau si fort qu'il s'écorcha les mains, mais ne sentit pas la douleur.

Dehors, indifférente à ses cris, à ses coups contre la fenêtre, Kay, telle une poupée de chiffons, s'élevait dans les airs, soutenue uniquement par l'ombre... et puis celle-ci la lâcha, et le corps de la jeune fille bascula dans le vide.

Alors Shun se réveilla en sursaut.

oOo

Il eut à peine le temps de reprendre son souffle ; il percevait toujours la vague de cosmos terrifiant de son rêve, latente, non loin, attendant dans l'ombre.

L'armure d'Andromède, dans son caisson, émettait son aura rose familière, consciente du danger.

Sans réfléchir, Shun sauta hors de son lit, où il s'était endormi tout habillé, jaillit sur le palier et courut instinctivement vers la chambre de Kay, d'où émanait le cosmos de l'ennemi.

– Kay ! s'écria-t-il en ouvrant la porte.

Et il resta saisi devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux.

Il y eut un très, très bref instant de flottement, suffisant pour que Shun sentît le rouge lui monter aux joues et ait le temps de penser « Dieux ! Qu'elle est jolie... ». Puis Kay, cachant sa poitrine nue derrière le premier coussin à sa portée, lâcha un cri indigné.

– Shun ! Sors d'ici immédiatement !

L'adolescent entendit le choc mou du coussin qui s'écrasait contre la porte alors qu'il la refermait précipitamment derrière lui.

– Gomen, gomen... répéta-t-il.

Étonnamment, comme pour le narguer, la présence ennemie avait disparu.

Tout son visage lui donnait l'impression d'être en feu. Il se laissa glisser au sol, le dos contre le panneau de bois. Il discerna, dans la chambre, le léger froissement de vêtements qu'on enfile à la hâte.

– Qu'est-ce qui t'a pris, baka ? fit Kay à travers la porte.

Associé à la langue japonaise qu'elle retrouvait admirablement vite dans son accès de colère, son bel accent italien chantait comme un rayon de soleil.

– Je suis désolé, Kay... j'ai senti un danger et...

– Te fiche pas de moi... sukebe...

– Je te jure que je ne suis pas un pervers ! Il y avait un cosmos gigantesque et dangereux, à l'instant.

Le ton de sa voix dut la convaincre en partie de sa sincérité, car elle entrouvrit légèrement la porte, passant sa tête par l'embrasure et le toisant d'un œil sceptique.

– « Cosmos » ?

– C'est un noyau contenu dans le corps... En le faisant brûler et exploser, les chevaliers dégagent une énergie qu'ils utilisent pour combattre.

– Je n'ai rien senti, dit-elle avec une moue adorable. Je n'en ai pas.

– Tout le monde a un cosmos. Tu n'as pas été entraînée à développer le tien, c'est tout...

– Hm. Admettons. Mais maintenant, plus de menace ? Plus de « cosmos » dangereux ?

– Non.

Va bene. Je peux finir de mettre mon pyjama tranquille maintenant ?

– Euh...

Il rougit de plus belle au souvenir qu'il ne put empêcher de surgir dans son esprit.

– Génial ! fit Kay en prenant son silence pour un « oui ». Buona notte.

Et elle referma la porte.

La vague d'énergie revint aussi brutalement qu'elle était partie. Shun la perçut à travers son propre cosmos ; sinistre, hostile, promesse de cruelle férocité... et elle provenait de la chambre de Kay.

L'adolescent se releva d'un coup et se mit à frapper le panneau de bois de ses poings.

– Kay ! Ouvre la porte ! Vite !

L'urgence pressante dans sa voix inquiéta la jeune fille.

– Qu'est-ce que... commença-t-elle dans l'entrebâillement.

Mais ses mots moururent dans sa gorge ; en une fraction de seconde, Shun l'attrapa par la main, la tira vers lui, tourna le dos à la chambre et, entourant son amie de ses bras, lui fit un rempart de son corps. À cet instant, les grandes fenêtres de la pièce s'ouvrirent avec un claquement assourdissant. Une déferlante de puissance pure s'engouffra par l'ouverture et fondit sur eux, les enveloppant de sa noirceur. Kay hurla, de stupeur et d'effroi mêlés. Shun eut à peine le temps de déployer son cosmos pour mieux les protéger qu'il eut l'impression que des milliards d'aiguilles chauffées à blanc s'enfonçaient dans son dos. Il resserra un peu plus son étreinte autour de Kay. L'air claqua, comme sous l'effet d'ailes battantes. Une longue plainte stridente retentit, puis il y eut un choc sourd sur la rambarde du balcon. La pression autour d'eux diminua sensiblement ; Shun en profita.

– Viens !

Entraînant la jeune fille derrière lui, il courut vers le fond du couloir. Une seule idée lui martelait le crâne : il devait la protéger. Mais pour cela, il avait besoin de son armure.

Shun ouvrit la porte de sa chambre d'un mouvement, attira Kay à sa suite et la mena jusqu'à un coin, entre son bureau et le mur. Il l'obligea à s'y asseoir en appuyant sur ses épaules.

– Surtout, ne bouge pas d'ici !

Le garçon n'attendit pas son approbation et se redressa, dirigeant son attention vers le caisson de bronze. Il l'ouvrit, découvrant l'armure, enveloppée d'une scintillante aura pâle malgré ses multiples fêlures. Les chaînes ondulaient, cliquetaient, presque fébriles. Elles s'enroulèrent autour de ses poignets en une invite caressante.

La terre se mit alors à trembler.

oOo

Tatsumi ouvrit courtoisement la portière à Saori à sa sortie de l'hôpital. Hyôga grimpa à sa suite dans la limousine.

Dans un silence morne, le véhicule s'engagea sur la route.

Brutalement, un cosmos d'une puissance monstrueuse les écrasa, leur coupant le souffle. S'éteignit aussitôt.

Et le sol se convulsa violemment.

La limousine fit une embardée et dérapa sur la chaussée, Tatsumi la rétablit, non sans faire hurler les pneus. Il stoppa le moteur.

Plusieurs passants se cramponnèrent comme ils le purent pour ne pas tomber. D'autres véhicules s'arrêtèrent au milieu de la route, ou à cheval sur le trottoir.

Sous leurs yeux, l'asphalte se fissurait, craquait, s'ouvrait. Les réverbères pâlirent, clignotèrent.

La lumière recula à mesure que grandissaient les ombres surgissant des ténèbres, étouffant même les lueurs mortes.

Le châssis émit un bruit ignoble au moment où la route s'affaissait sous ses roues ; Saori cria. Stupeur et frayeur. Hyôga bondit hors de la voiture, arracha la portière de ses gonds et attrapa la jeune fille par la main, l'extrayant de justesse, à l'instant où une ombre saisissait l'arrière du véhicule et l'écrasait comme un simple fétu de paille. Tatsumi n'eut que le temps de sauter maladroitement de son côté, tomba sur les fesses dans un jappement de douleur.

Tétanisée, la foule contemplait la scène sans réagir.

L'ombre gagnait en force, massacrant, pliant, froissant la tôle. D'horribles bruits de succion leur parvenaient, comme si la créature informe de noirceur s'était mise à mâcher la voiture.

Autour de Saori, Hyôga et Tatsumi, les passants parurent réaliser ce qu'il se passait et commencèrent à fuir, hurlant de peur. Des automobilistes jaillirent de leur véhicule et les imitèrent. Plusieurs personnes laissèrent tomber leur fardeau ou agrippèrent des enfants, les tirant derrière eux sans douceur.

Hyôga attrapa Saori par le bras et la poussa vers l'avant, l'éloignant de la créature.

La route s'ouvrit en deux sur un gouffre de ténèbres, engloutissant la berline, qui disparut dans un dernier grincement de tôle. L'ombre se coula de nouveau sur l'asphalte fissurée, s'avança, se matérialisa.

« Depuis quand les ombres sont-elles tangibles ? » songea Hyôga avec inquiétude.

Tatsumi recula en se traînant sur les fesses, se releva en s'aidant des mains, frôla un homme qui était resté là, paralysé.

– Fuyez ! leur lança Saori.

Mais contrairement à Tatsumi qui prit ses jambes à son cou, l'homme, incapable de quitter la créature des yeux, était pétrifié de terreur. L'ombre se mit alors à siffler dans sa direction et larda des lanières couleur de nuit, qui s'enroulèrent autour de son cou dans un claquement presque soyeux. Et qui serrèrent. Saori étouffa un cri d'effroi dans ses mains. Hyôga fit un pas en avant, pour tenter de venir en aide au passant ; la créature réagit instantanément et d'autres lacets d'un noir sans fond chuintèrent vers lui. L'attaque fut si rapide que le chevalier du Cygne fut incapable de l'esquiver. Il sentit les tentacules se glisser sur sa peau et derrière sa nuque, l'enlacer dans une étreinte puissante. Hyôga, par réflexe, saisit les filaments à deux mains et tira, inspira une goulée d'air, et l'étau se referma brutalement, serra, l'étrangla. Il se sentit soulevé du sol aussi facilement que s'il ne pesait pas plus lourd qu'un flocon de neige.

Il entendit Saori crier son nom ; dans un brouillard sanglant, il vit l'homme retomber mollement, le cou tordu dans un angle étrange.

Aussitôt, l'ombre se désintéressa de lui et le lâcha. Hyôga se retrouva à genoux, une main crispée sur le sol, l'autre posée sur son cou, inspirant frénétiquement, des larmes douloureuses coulant sur ses joues. L'ombre se coula vers le cadavre de l'homme, le recouvrit complètement de sa noirceur – c'est alors que Hyôga le vit : un visage qui se profilait comme un masque et ondulait, affleurant à la surface de la créature.

« C'est une âme ! » comprit Hyôga.

L'ombre sembla aspirée par le corps encore chaud, disparut en fumerolles d'ébène. Alors le cadavre s'anima, les doigts du malheureux tressaillirent, puis ses bras, son torse, son visage. Une froide lueur écarlate apparut dans ses yeux. Il se redressa avec difficulté, secoué de gestes saccadés, se mit complètement debout. Un sourire effrayant remontait ses lèvres maculées de sang et découvrait ses dents.

– Monsieur ? appela le chevalier sans grande conviction.

L'interpellé éclata de rire. Un rire guttural, atroce, inhumain. Et il fonça sur Hyôga.

Il lui suffit d'une fraction de seconde pour faire imploser son cosmos ; Hyôga, enveloppé d'une aura glaciale, stoppa l'attaque en croisant les bras devant son visage, repoussa la créature un peu plus loin. Elle siffla de dépit, avisa Saori avec un sourire gourmand et fit mine de se jeter sur elle. Le chevalier plongea en avant, sa cosmo énergie se rassembla en un voile polaire autour de son poing, enveloppa ses doigts d'une atmosphère dense, compacte et froide.

Diamond Dust !

L'air humide se chargea de cristaux de givre, une torpeur glacée étouffait tous les sons. Une épaisse gangue à la transparence du verre emprisonna les pieds et les jambes du cadavre. La glace, mouvante, presque vivante, remonta le long des cuisses, figea ses hanches, ses bras, ses épaules, son torse. Bientôt, l'éclat rougeoyant des yeux morts s'éteignit. Le corps se désagrégea, petit à petit, en particules de poussière glacée, dispersées par le vent.

oOo

Son armure fendillée le revêtait telle une seconde peau, le protégeant tant bien que mal des coups portés par la harpie.

Elle avait semblé l'attendre, nonchalamment posée sur le balcon, avant de déployer ses ailes immenses et de plonger dans le jardin du manoir. En voyant le corps de femme recouvert de plumes noires, Shun, penché sur la rambarde, avait d'abord songé à un ange, si ce n'étaient les serres puissantes à la place des doigts et le rire caquetant, la vélocité invulnérable, et l'attaque sans pitié qui l'avait précipité dans le vide. Il tomba durement au sol, récoltant trois longues estafilades sanglantes sur le torse, là où l'avait touché la créature en se jetant sur lui.

Il hurla.

oOo

La fenêtre de sa chambre était restée entrouverte. Kay entendit un ricanement perfide, des battements d'aile, un bruit de chute, puis Shun cria. Le rire gloussant s'éleva de nouveau.

Elle devait aider son ami. Mais comment ?

La jeune fille s'obligea à réfléchir, à écarter la peur qui lui semblait suinter par tous les pores de sa peau.

Elle se rappela l'impression de vie qui s'était dégagée de l'armure aux pâles reflets roses, tandis qu'elle recouvrait le corps de Shun. Même parcourue de fissures, de craquelures et méchamment cabossée, elle était animée d'une énergie féroce, immuable, magnifique. Et les chaînes qui s'étaient enroulées autour de ses bras avaient paru douées de leur propre volonté.

Kay songea qu'il lui fallait une arme, n'importe quoi. Son esprit tournait en boucle. Elle se releva, fouilla la chambre des yeux – quelques magazines éparpillés çà et là, des livres sur une étagère, un cadre photo vide...

oOo

La harpie monta en chandelle vers les étoiles, gloussant de rire.

Elle se mouvait dans les airs comme un poisson dans l'eau, nullement gênée par ses ailes encombrantes ou par la pesanteur. C'était comme si elle se jouait de la gravité, évoluant dans l'air avec une certaine grâce.

Le cosmos qui avait fondu sur Kay et Shun tout à l'heure n'était pas le sien ; il avait laissé la place à cette femme ailée. Son aura dégageait toutefois des ondes néfastes et féroces. Elle effectua un mouvement rapide et se laissa tomber, piquant vers le sol, se redressa d'un geste agile et frôla les lueurs mortes à ras du sol, les étouffant entre ses griffes. Et toujours ce rire discordant, railleur. La harpie tendit ses serres vers Shun et se précipita sur lui. Il n'eut que le temps d'enrouler sa chaîne autour de son corps.

oOo

La jeune fille sortit sur le palier, regarda, de plus en plus fébrile, sur les murs, dévala les marches jusqu'au rez-de-chaussée. Dans le hall, entre le double escalier en hélice, étaient suspendus un grand arc et un carquois de flèches ayant appartenu à Mitsumasa Kido. « C'est vrai... » songea Kay, « il faisait du tir à l'arc... je crois qu'il s'entraînait, le jour de la photo... » Le bois luisant de l'arc et des flèches montrait qu'ils étaient soigneusement entretenus par Saori.

Kay n'avait pas le temps de chercher mieux. Elle se haussa sur la pointe des pieds et décrocha l'arme et son carquois, qu'elle essaya d'enfiler autour de son cou, avant de se rappeler que Mitsumasa Kido l'accrochait à sa hanche. L'arc, d'une longueur démesurée pour ses membres frêles et sa petite taille d'adolescente, était encombrant.

oOo

Rolling Defense !

La créature gronda de dépit lorsque ses griffes vinrent cliqueter sur les maillons de bronze. Elle repartit en vrille, s'éloigna un peu et resta en suspens dans les airs, à quelques centimètres au-dessus du sol, lui faisant face. Elle ricana.

– Quelle drôle d'armure, articula-t-elle d'une voix gutturale. Si mauvais état, si fragile...

Elle se jeta de nouveau en avant. Shun para l'attaque en croisant ses chaînes devant lui, mais la force de la harpie le propulsa en arrière. Il atterrit avec violence sur le dos, quelques mètres plus loin. Il hurla de nouveau. Le diadème, en miettes, alla cliqueter sur le gravier. La créature maintint le chevalier plaqué au sol. Ses serres labouraient son torse et sa cuisse, défonçaient le cuir et les pièces d'armure. Elle lui souffla son haleine fétide en plein visage.

– Hey, l'affreuse !

C'était Kay.

oOo

Elle sortit. L'air était chargé d'une atmosphère étrange, statique, illuminé de petites lueurs verdâtres qui lui firent penser à des feux follets. Les jardins portaient des traces de lutte ; des zones d'herbe écrasée, des crevasses laissées par des chutes, des arbres lacérés, écrasés comme sous l'effet d'un oiseau de proie impitoyable... Kay se dirigea vers les sons du combat. Elle vit une forme humaine parée d'ailes immenses se jeter sur Shun et le projeter plus loin. Le garçon cria de douleur lorsque la créature s'abattit sur lui et enfonça ses griffes dans sa chair. Sans réfléchir, la jeune fille saisit l'arc par la poignée, un morceau de tissu noir enroulé sur la fibre du bois. Elle tâtonna à la recherche d'une flèche et l'encocha.

– Hey, l'affreuse ! l'apostropha-t-elle une fois que la pointe de la flèche se trouva positionnée au niveau de la gorge de la créature.