Notes de l'auteur :
Je remercie Laeti93, Alixe, Alana Chantelune,'Clochett', Zazaone, Love-pingo, clodina,tchingtchong, pitch, chrys63, cram etKaKa la Zen pour leurs reviews. Vous trouverez des réponses sur mon Livejournal à une entrée datée du 6 février 2008. Merci beaucoup à tout le monde.
Vous aurez peut-être (ou non) constaté le changement de rating de cette fic. La fin de ce chapitre étant, disons les choses franchement, macabre, j'ai préféré passer au rating M pour m'éviter des ennuis avec l'administration du site. J'en profite donc pour vous prévenir : ne pas lire ce chapitre juste après un repas, ou alors, à vos risques et périls.
Merci à Alixe pour la relecture.
Ce chapitre est dédié à Mathilde.
Bonne lecture à tout le monde.
Chapitre 9 : Poèmes sanglants.
Visiblement, Remus nous attendait. Il était assis devant la cheminée, sur un canapé un rien élimé. Je n'avais pas vu le vieil ami de mon père faire une tête pareille depuis la guerre : les cernes sous ses yeux étaient de plus en plus prononcés, il avait la pâleur d'un vampire, et ses cheveux gris étaient ébouriffés sur sa tête, sans doute à force d'y passer les mains. Il eut un soupir de soulagement en nous voyant arriver :
— Ah, vous voilà, dit-il. Harry, je suis heureux que tu aies pu venir maintenant.
— Qu'est-ce qui se passe, demandai-je.
— Avant d'en venir au fait, j'ai des choses à vous demander. Je dois parler à Harry seul à seul. Les enfants ne sont pas encore au courant de ce j'ai découvert ce matin, mais ils se doutent de quelque chose. Dora essaie de s'occuper de Lycénia, mais ce n'est pas facile. La pauvre petite ne va pas bien du tout. Ginny, ce serait gentil si tu allais les rejoindre. Et toi, Alice, tu devrais aller voir les garçons. Ils seront contents de te voir, et ça leur fera un peu de bien vu que ce qui est arrivé à Andréas Smith les rend encore plus insupportables que d'habitude.
Alice rougit un peu, et Ginny fronça les sourcils :
— Remus, je ne sais pas ce qui se passe, mais je peux éventuellement comprendre que tu ne veuilles pas en parler à tes enfants, mais…
— Harry t'en parlera s'il le souhaite.
Remus semblait de plus en plus agité, et ma femme et ma fille quittèrent rapidement la pièce. Nous nous retrouvâmes donc seuls. L'ancien Maraudeur se leva, et alla chercher une bouteille de whisky Pur Feu dans un placard :
— Tu en veux un verre ?
J'acceptai d'un signe de tête. Remus nous servit une ration d'alcool, puis il se rassit avant de sortir une enveloppe de la poche de sa robe de sorcier.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?, demandai-je.
— Tu n'as pas idée, répondit Remus d'un ton sombre. J'ai trouvé ça ce matin, et ça m'a mis dans un état pas possible. J'en ai parlé à Dora, ça ne m'a pas calmé, et c'est elle qui m'a conseillé de te faire venir, parce que tu saurais sans doute quoi faire, et je ne voulais pas inquiéter les enfants. J'ai tendance à paniquer quand quelque chose les concerne. Et cette lettre… Cette lettre est adressée à Lycénia. Elle a dû la recevoir hier. Je l'ai trouvée sur sa table de nuit en allant aérer sa chambre ce matin. Ça n'a l'air de rien, mais il y a quelque chose de caché dans ce message j'ai repéré immédiatement.
J'adressai un regard interrogateur à Remus qui me tendit l'enveloppe en disant :
— Lis, je t'explique après.
Le message contenu dans l'enveloppe était en fait un poème. Il était écrit avec une encre rouge foncé dont, curieusement, la couleur et l'aspect me rappelèrent quelque chose.
Vous êtes belle comme un lys
Vous avez encore la douceur de l'enfance
Le rouge de l'impureté
Ne souillera pas votre innocence
Il vous protègera
Que ceci soit mon serment.
— C'est mal écrit, dis-je. Vraiment bas de gamme.
— Ce n'est pas l'important, répliqua Remus. Ce poème a été écrit avec du sang.
C'était donc ça, pensai-je. Je comprenais à présent pourquoi ça m'évoquait quelque chose. Je me souvins de mes quinze ans, ma cinquième année à Poudlard, quand cette vieille truie sadique d'Ombrage s'amusait à me faire écrire des lignes avec mon propre sang pour que le message s'imprime sur ma peau.
— J'ai senti l'odeur quand je suis entré dans la chambre de Lycénia, expliqua Remus. Elle n'était pas très forte, mais pour un loup-garou, même hors des périodes de métamorphose, ça se remarque. J'ai cherché partout d'où ça pouvait venir, pour finir par le sentir sur le papier. Je suis très inquiet, Harry. Qui peut envoyer des lettres écrites avec du sang à ma fille ? Et d'où peut venir ce sang, d'abord ?
J'avais un léger doute sur la question, mais l'idée était trop farfelue, il y avait trop de choses à vérifier pour que je puisse l'exposer maintenant. Je me contentai donc de répondre :
— Pour le savoir, il faudrait que j'emporte cette lettre. Le service de médicomagie légale du ministère s'en occupera très rapidement. Tu veux bien me confier ce poème ?
— Bien sûr. Lycénia ne sait pas que je l'ai pris. J'en ai fait une copie que j'ai mise sur sa table de nuit à la place de l'originale, elle a certainement pris le sang pour de l'encre rouge ordinaire, et elle se s'est rendue compte de rien.
Je rangeai donc la lettre à l'abri dans ma cape en disant :
— Je prends l'affaire en charge, mais tu as bien fait de m'en parler. Je ne peux pas t'en dire plus, mais il est possible que cette lettre soit liée au meurtre d'Andréas Smith, vu que Lycénia était sa petite amie.
— C'est bien ce que je pensais. D'ailleurs, comment avance ton enquête ?
— On est tombés sur une fausse piste. La prostituée que fréquentait le gamin était innocente. Ils se rencontraient juste de temps en temps pour des siestes crapuleuses.
— Ça me rend malade que cette petite saleté ait pu faire ça à ma fille. Enfin bon, il est mort, ça ne sert à rien de revenir dessus, j'espère seulement que Lycénia s'en remettra le plus vite possible…
La conversation dériva alors sur autre chose. Quelques instants plus tard, Tonks débarqua dans la pièce avec Ginny et Lycénia. La gamine avait les yeux rouges, Tonks avait l'air fatiguée, et ma femme semblait vouloir rentrer. Remus nous invita à rester dîner, mais nous refusâmes poliment. Ginny remonta l'escalier pour chercher Alice, et je sentis peser sur moi le regard soupçonneux de Lycénia. Je m'efforçai de l'ignorer.
Après avoir salué la famille de Remus, je regagnai mon logis par cheminée avec ma femme et ma fille. Je me sentais épuisée, mais en même temps, cette histoire de lettre de sang me préoccupait énormément.
oOØOo
Le reste de la soirée se passa en douceur. Nous dînâmes rapidement, et Alice ne tarda pas à monter dans sa chambre. Elle s'était montrée pensive pendant tout le repas, et Ginny et moi nous doutions parfaitement qu'un des fils jumeaux de Remus y était pour quelque chose. Elle ne me posa même pas de question sur les avancées de la Grande Enquête ou sur la discussion que j'avais eue avec l'ami de mon père. Elle était ailleurs, au pays des jeunes adolescentes amoureuses. Ça me fit presque un peu de chagrin.
Lorsqu'Alice fut montée se coucher, je me retrouvai donc seul avec ma femme. Je lui montrai la lettre que Remus m'avait donnée. Comme moi, elle trouva le poème ridicule, et lorsque je lui expliquai avec quoi il avait été écrit, elle eut un frisson.
Ça me rappelle cette peste d'Ombrage et ses punitions infâmes, dit-elle.
— J'ai pensé exactement à la même chose.
— La fois où elle m'a forcée à écrire des lignes avec mon propre sang et une de ses maudites plumes, j'ai souffert le martyre. Je me suis mise à pleurer, et cette vieille horreur a trouvé ça drôle…
— Tu as été punie par Ombrage ?, m'étonnai-je. Je n'étais pas au courant.
— Harry, à cette époque, on ne se parlait pas beaucoup, tu t'en souviens ? Je sortais avec Michael Corner, et tu étais amoureux de Cho Chang. Et tu avais autre chose à faire que de te préoccuper de moi…
— Et qu'est-ce que tu avais fait pour qu'elle te punisse ?
— Hum… J'avais malencontreusement laissé échapper pendant son cours que les compétences de Dumbledore pour diriger Poudlard étaient supérieures aux siennes, c'est tout…
Je méditai sur le sujet pendant un instant. C'était une drôle d'époque. Les souvenirs qui s'y rattachaient étaient pour la plupart franchement sinistres, mais j'ignorais à ce moment-là que le pire était encore à venir. Ginny me tira de mes pensées en me remettant la lettre sous le nez :
— Harry, as-tu fait attention à ce que disait ce poème ?
— Quelle importance, il est complètement pourri. Il n'y a même pas de rimes.
— Si, justement, c'est important. Relis bien le troisième vers…
— Le rouge de l'impureté…Le rouge… Le rouge du sang ?
— Et ça se prétend Auror… Tu en as mis, du temps.
— Mais-euh, pleurnichai-je d'un ton vexé, étrangement semblable à celui d'Olivier, qu'est-ce que les Aurors ont à faire avec la poésie, surtout quand elle est aussi minable ?
— Les indices peuvent être partout, c'est pas ce qu'on t'a appris à l'Académie ?
— Ben si…
Je me sentais tout penaud. Ma propre femme venait de me damer le pion.
— Ne fais pas cette tête-là, dit doucement Ginny en posant sa tête sur mon épaule. Je suis sûre que tu aurais fini par le deviner. Tu es fatigué, c'est tout…
— J'aime bien quand tu joues les flatteuses, répliquai-je en souriant.
Son regard se fit un peu — si peu — lubrique.
— Ça vaut bien une petite récompense, qu'en penses-tu ?
oOØOo
Après un petit intermède à l'horizontale fort agréable et dont la teneur ne vous regarde absolument pas, je reposais étendu sur le dos à côté de Ginny lorsqu'elle me murmura :
— Harry, le rouge n'est pas seulement la couleur du sang… C'est aussi celle de la passion.
— Comment tu sais ça ?, demandai-je en fronçant les sourcils.
— C'est de la symbolique de base…
— Hein ? Et comment tu connais ça, toi, la symbolique de base ?
— Moi aussi j'ai écrit des poésies…
— Oui, c'est vrai. Tes yeux sont verts comme le crapaud frais du matin, et blablabla…
— Tu vas te taire, oui ?
Ginny me tapa sur le bras pour rire, puis elle se cala contre moi pour dormir. J'entendis un vague « bonne nuit », auquel je répondis d'un ton absent.
J'ignorais que, en dehors de ce truc enfantin et un peu niais sur les crapauds frais du matin, Ginny avait écrit des poèmes. Visiblement, c'était monnaie courante chez les adolescents. Puisqu'Andréas Smith lui-même…
Nom de Dieu, pensai-je. Le môme Smith avait écrit de la poésie. Lycénia avait reçu un poème écrit en lettres de sang. Voilà le lien qui avait fait naître mes doutes quand Remus m'avait montré sa trouvaille. J'aurais donné ma main à couper que ce message était l'œuvre de l'assassin. Et j'étais persuadé que le sang était soit le sien, soit celui de la victime. Il devait s'agir d'un genre de rite mystique de taré, comme dans les romans policiers bas de gamme. Je me dégageai de la douce étreinte de Ginny, et tendis le bras pour attraper la lettre posée sur ma table de nuit. Je relis le poème plusieurs fois, et essayai d'en comprendre le sens caché.
Vous êtes belle comme un lys
Vous avez encore la douceur de l'enfance
Ça, c'était du compliment bête et bateau, voire un peu malsain. Une façon ampoulée de dire que Lycénia était une jolie gamine innocente à la peau blanche.
Le rouge de l'impureté
Ne souillera pas votre innocence
Le rouge de l'impureté, celui du sang, comme l'avait fort justement fait remarquer ma femme. Celui du sang de Smith qui l'avait trompée avec une prostituée, l'assassin devait le savoir. D'ailleurs, n'avait-il pas commis son crime à Pré-au-Lard, juste après que le gamin ait quitté Sheryl ?
Il vous protègera
Que ceci soit mon serment.
Je compris à la lecture de ces derniers vers que l'assassin se prenait pour l'ange gardien de Lycénia. Il avait voulu « punir » Smith pour lui avoir manqué de respect. Pour avoir couché avec une autre, une putain de surcroît, juste parce qu'elle voulait attendre avant de coucher avec lui. Il avait écouté ses pulsions plutôt que les sentiments de sa copine, et il en avait payé le prix.
À présent, restait à découvrir son identité. Et vite, parce que Lycénia était en danger. La pauvre gamine était toute éplorée à cause de la perte de son petit copain, mais tôt ou tard, l'eau coulera sous les ponts, et elle finira par s'attacher à un autre garçon. L'assassin le tuera-t-il aussi à ce moment-là ? Et qu'est-ce qui l'empêchera de s'en prendre à Lycénia ? Il faudrait que j'en parle à Remus et à Tonks. Ils se feront un sang d'encre, mais je n'avais pas vraiment le choix. Et il faudrait aussi que je pose des questions à la gamine. Il fallait que je sache si elle avait reçu d'autres poèmes de ce taré. Bien sûr, il faudrait la jouer serré. Car elle n'était pas au courant que son père avait chipé la lettre et que je l'avais lue. Et il faudrait que je fasse un rapport à Kingsley sur ce poème, que je le porte au service de médicomagie légale pour que le sang soit analysé, et…
Par les bretelles de Merlin, entre ça, l'histoire du Déversoir des Âmes qui était du flan, et le frère et le pote d'Andréas Smith à interroger, je ne savais plus du tout où j'en étais.
Je reposai la lettre, soufflai la dernière bougie près du lit, et m'étendis pour dormir. Mais le sommeil mit très, très longtemps à venir.
oOØOo
Ginny se leva en même temps que moi le lendemain matin. Cela lui arrivait rarement. Tandis que nous buvions notre café, elle me demanda ce que je souhaitais faire pour le nouvel an. Je restai un moment la bouche ouverte comme un idiot avant de me rendre compte que nous étions le 30 décembre, déjà. La Grande Enquête avait surgi dans ma vie le surlendemain de Noël, et la pression et l'excitation m'avait complètement fait sortir tout ça de l'esprit. Pour le coup, je ne me sentais carrément pas d'humeur à faire la fête. La Saint-Sylvestre m'apparaissait même comme un obstacle dans mon travail. Mais pour ne pas vexer Ginny, je ne dis rien, me contentant de lui dire que je préférais passer une soirée tranquille avec elle et Alice, voire ses frères si elle y tenait, et que je ne voulais pas aller chez sa mère. Ma femme pinça les lèvres. Molly comptait sans doute sur notre présence à l'inénarrable et ennuyeux banquet Weasley au Terrier avec toute la famille, les gamins qui piaillent et tout le fourniment. J'avais mal à la tête rien que d'y penser. Et je me rendis compte que j'avais raison quand Ginny soupira :
— Très bien. Je vais envoyer un hibou à Maman pour lui dire que tu as du travail et que nous ne pourrons pas venir. Mais tu devrais faire un effort, Harry, ce sont mes parents…
— Je sais, Gin. Mais je n'ai pas la tête à ça. Je suis fatigué, j'ai envie d'avoir la paix, et si nous allons là-bas, je penserai à l'enquête tout le temps, je ne m'amuserai pas, et donc toi et Alice non plus.
Ma femme poussa un nouveau soupir, et je lui pris la main en m'excusant platement, même si je n'en pensais pas un seul mot. La Grande Enquête était l'excuse idéale pour échapper à ma belle-mère. Je n'osai imaginer la dispute épouvantable qui aurait eu lieu entre Ginny et moi s'il n'y avait pas eu cette affaire.
Je partis travailler quelques instants plus tard. Une nouvelle journée surchargée se pointait à l'horizon. Lorsque j'embrassai Ginny avant de transplaner pour le Ministère, j'eus un très mauvais pressentiment.
J'avais l'impression qu'il allait encore se passer des trucs.
oOØOo
Kingsley était occupé à lire le rapport d'enquête d'une autre équipe d'Aurors quand je débarquai dans son bureau un peu plus tard. Je me tins poliment à l'écart de mon supérieur pour lui laisser le temps de terminer, mais il me posa ses papiers dès qu'il me vit. Je lui montrai alors le poème sanglant que j'avais apporté avec moi, et lui expliquai les conclusions que j'avais tirées de cette histoire.
— Tes idées sont intéressantes, approuva Kingsley. Maintenant, il faut vérifier si elles sont justes. Rappelle-moi qui s'est occupé de l'autopsie du môme Smith.
— C'est Susan Bones, du Département de la Justice magique, répondis-je.
— Très bien. Envoie-lui une note de service pour lui dire de venir. Tu lui expliqueras tout ça et tu lui donneras ce poème. Si c'est le sang de Smith, elle le reconnaîtra, puisque c'est elle qui l'a analysé. Par contre, si c'est celui de quelqu'un d'autre, toutes les pistes restent ouvertes.
— Cette analyse prendra combien de temps ?
— Comment veux-tu que je le sache, je ne suis pas médicomage, moi.
— Et pendant ce temps, on fait quoi ?
— Tu t'assieds, tu bois un café, et on attend ton paresseux de coéquipier. Après ça, vous allez à Pré-au-Lard rendre visite au frère de Smith. Pour son pote à Poudlard, je vais vous remplir les papiers. Il vous faut une autorisation pour interroger un élève, que vous montrerez au professeur McGonagall quand vous serez sur place.
J'inclinai la tête avant de m'asseoir gentiment et de me faire apparaître une tasse de café, comme un bon garçon obéissant. Pendant que mon breuvage refroidissait, je rédigeai une note de service à Susan. Puis je bus mon café, et le temps qu'Olivier arrive, Kingsley avait pris une feuille de parchemin où il avait rédigé ceci :
Je, soussigné, Kingsley Shackelbolt, chef de la Brigade des Aurors, ai chargé par la suivante les Aurors Harry Potter et Olivier Leroy à interroger l'élève Patrick O'Donnell dans le cadre de l'enquête sur la disparition d'Andréas Smith.
En attendant la venue de Susan, je racontai à Olivier l'histoire de la lettre et l'emploi du temps de la journée. Mon coéquipier demanda à lire le poème, et il le trouva complètement stupide. Puis il se fit apparaître à son tour une tasse de café, et Susan arriva. On lui expliqua à nouveau le problème, et elle partit avec la lettre en disant qu'elle nous communiquerait les résultats dans la journée.
Cette affaire réglée, je pus transplaner avec Olivier pour Pré-au-Lard.
oOØOo
Le jour était à peine levé quand nous arrivâmes au village. La matinée avait beau être bien entamée — il était un peu plus de dix heures du matin — les nuits écossaises étaient incroyablement longues, et je me demandai vaguement comment j'avais pu tolérer ce manque de lumière du temps de mes études. Ça devait être le cadet de mes soucis. Les préparations pour la Saint-Sylvestre battaient leur plein. Les sorciers employés de la municipalité retiraient à l'aide de leur baguette magique les Pères Noël gambadant et les traîneaux des guirlandes pour les remplacer par des Happy new year de toutes les couleurs. Les boutiques d'alimentation étaient prises d'assaut par les restaurateurs, et en passant devant les Trois Balais, nous vîmes quantité de hiboux fondre sur le remplaçant de Madame Rosmerta, portant des messages de réservation de tables pour la soirée.
Le quartier où se trouvait la petite librairie, dans le centre du village, était un peu plus tranquille. Lorsque j'étais à Poudlard, j'étais allé une ou deux fois dans ce magasin, traîné par Hermione bien entendu. À l'époque, la boutique était gérée par une femme. Elle avait dû prendre sa retraite depuis, puisqu'à mon époque, elle était déjà âgée, et céder son fond de commerce à Tobias Smith.
Nous vîmes d'ailleurs ce dernier dès notre entrée dans la boutique. Planté au milieu de son local, il agitait sa baguette magique en tout sens, jetant des sorts de dépoussiérage sur ses étagères de bouquins.
Il ressemblait à une femme. La longueur de ses cheveux d'un blond criard atteignait le milieu de son dos. Il en avait relevé une partie en une sorte de queue de cheval perchée au sommet de son crâne. Il était plutôt grand, et il portait une robe rouge vif. Quand il se retourna pour nous regarder, je pus constater que ses yeux perçants en amande étaient bleu vif, du moins le droit, parce que le gauche était voilé par une mèche de cheveux. De dos, on aurait vraiment dit une gonzesse, mais de face, on constatait que sa morphologie était bel et bien celle d'un homme.
Il cligna des yeux, et demanda d'un ton aimable :
— Bonjour, je peux vous aider ?
— Vous êtes bien Tobias Smith ?
— Oui, c'est moi, qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
— Je suis l'Auror Potter, dis-je, et voici mon collègue Leroy. On voudrait vous poser des questions concernant la disparition de votre frère Andréas.
— Potter, répéta Tobias Smith. HarryPotter ?
Je ne me donnai même pas la peine de répondre. L'homme plissa les yeux, et fixa un moment ma cicatrice. Je m'étais habitué depuis toutes ces années à ce qu'on observe cette partie de moi, mais le regard de Smith ne me plaisait pas, je n'eus su dire pour quoi. Il rangea sa baguette magique dans la poche de sa robe, et alla s'installer derrière son comptoir.
— J'ai reçu hier un hibou de mes parents, dit-il. Ne me parlez pas de disparition. Mon frère est mort.
— Toutes nos condoléances, dit Olivier, toujours à cheval sur la politesse. Nous ne savions pas si vous étiez au courant. Nous avons parlé à vos parents hier, et ils nous ont dit que vous étiez très proche d'Andréas.
— C'est vrai, répondit Tobias Smith, la gorge serrée. Nous avions beaucoup de choses en commun, lui et moi. S'il avait obtenu ses Aspics, on aurait travaillé ici tous les deux, je l'aurais engagé. Sa mort a été un tel choc que j'ai dû fermer mon magasin un peu plus tôt, même si je fais de bonnes ventes en ce moment. Je ne vous cacherai pas, Messieurs, que la perte de mon frère me fait énormément de chagrin. Et j'espère sincèrement que vous retrouverez le coupable très vite.
— Nous y travaillons, répondit Olivier. Vous avez connu les amis de votre frère ? Vous savez s'il avait des ennemis ?
— Il n'avait pas beaucoup d'amis. Je ne les ai jamais vus. La plupart du temps, quand il venait ici, il était tout seul. Quant aux ennemis, je ne sais pas. Il a écrit à une époque une petite annonce dans la presse pour rencontrer d'autres gens. Je lui ai dit de faire attention, parce qu'il pourrait tomber sur un malade. Vous devriez chercher de ce côté-là.
— C'est fait, répliquai-je brièvement. Cette piste n'a rien donné.
— Hum.
— Avez-vous connu sa petite amie ?, demandai-je.
— La petite qu'il fréquentait à Poudlard ? Oui, il me l'a présentée. Quand il ne venait pas me voir seul, il était avec elle. Une adorable jeune fille. Quel est son prénom, déjà ?
— Lycénia, répondis-je.
— C'est ça. Très gentille, très cultivée. Elle et mon frère étaient vraiment amoureux, c'était mignon comme tout.
Nous lui posâmes encore quelques questions, mais qui ne nous apportèrent aucune information de plus. Du moins, rien d'intéressant. Nous partîmes au bout d'un moment, mais au moment où Olivier allait pousser la porte, une idée me vint :
— Mr. Smith, étiez-vous au courant que votre frère écrivait de la poésie ?
— Bien sûr, répliqua-t-il en souriant. Ses poèmes étaient très beaux, en plus.
— Et vous, vous en écrivez ?
Il éclata de rire :
— Moi ? J'en ai écrit quelques uns quand j'étais plus jeune, mais ils se situaient du côté le plus nauséabond de la littérature. Je ne suis pas un artiste, moi. Je suis un commerçant.
Cette réponse me surprit un peu. Jonas et Tiffany Smith nous avaient dit qu'il adorait les livres, ce qui sous-entendait une certaine culture. Se décrire uniquement comme le gérant d'un magasin était assez étrange…
Et puis cet individu me semblait curieusement assez hypocrite. Mais ce n'était qu'une impression.
oOØOo
Olivier semblait un peu défait quand nous quittâmes la librairie :
— On ne trouvera jamais ce putain d'assassin, râla-t-il. On interroge des tas de gens, et tout ce qu'on apprend, c'est de la bouse de dragon. Ce môme, même s'il courait deux hippogriffes à la fois, avait tout du mec parfait, pourquoi on l'a descendu, alors, bon sang ? Et qui a fait ça ?
Je ne pus répondre à cette question. Moi-même, sans dire que je commençais à désespérer, voyais l'enlisement de notre enquête d'un mauvais œil. De plus, le temps nous était compté : les fêtes passées, il faudrait révéler l'affaire aux médias. Et là, Merlin seul savait ce qui allait se passer. Nous n'étions pas dans la merde.
Tout à nos pensées, nous nous dirigions vers le centre du village quand un hibou venu de je ne sais où fondit sur nous.
— C'est quoi, ça ?, s'écria Olivier en bondissant pour éviter l'oiseau qui semblait bien décidé à l'attaquer.
J'immobilisai tant bien que mal le volatile agité, et détachai le parchemin attaché à sa patte. Il était adressé à Harry Potter et Olivier Leroy, quelque part entre Poudlard et Pré-au-Lard.
En fronçant les sourcils, nous lûmes le message avant de bondir :
Harry et Olivier, cessez immédiatement ce que vous êtes en train de faire et filez immédiatement au Jardin de Phyllis. Un crime a eu lieu là-bas. Il semble que ce soit lié à l'affaire Smith. Prenez toutes les dépositions que vous pouvez et rentrez tout de suite au ministère. Kingsley.
Olivier et moi échangeâmes un regard avant de transplaner sur place.
oOØOo
La grosse matrone qui dirigeait l'endroit semblait nous attendre. Du fait du sort d'Amnésie que je lui avais jeté lors de ma première visite, elle ne me reconnut pas. Plus curieux, la présence d'Olivier, qui lui avait pourtant donné une petite fortune pour interroger Sheryl, ne lui fit ni chaud ni froid. Elle semblait en état de choc. Pâle comme un linge, transpirant à grosses gouttes, elle n'avait plus rien à voir avec la maquerelle rougeaude que nous avions rencontrée la veille. Dès que nous nous fûmes présentés, elle nous fit entrer dans son boui-boui sans un mot, et nous conduisit à son bureau.
— Messieurs, je suis ravie que vous ayez pu venir si vite, dit-elle. On a tué une de mes filles.
— Peut-on savoir son nom ?, demandai-je, quoiqu'il n'y ait aucun doute là-dessus.
— Sheryl Reuters.
Nouvel échange de regard avec Olivier. Sans dire que la chose était prévisible, c'était à peine surprenant.
— C'est une autre fille qui l'a retrouvée ce matin, expliqua la matrone. Elle est… dans les vestiaires. C'est horrible à voir. Je… J'ai renvoyé mes filles chez elles, ce spectacle est épouvantable, elles étaient toutes choquées. J'ai bien fait, dites ?
— Vous auriez dû leur demander de rester, répliquai-je. Mais ce n'est pas grave. Vous nous donnerez le nom des témoins, et on ira les interroger. En attendant, pouvons-nous voir le corps ?
— C'est au fond du couloir à gauche en sortant de ce bureau. Permettez-moi de ne pas vous accompagner, je ne veux plus jamais voir ça de ma vie.
— Ne bougez pas, avertit Olivier. On va voir ça, et on revient après pour vous interroger.
La femme inclina la tête, et sortit sa baguette magique pour se faire apparaître un verre d'alcool.
oOØOo
La porte du « vestiaire » était restée entrouverte. Avant même de regarder à l'intérieur, Olivier jeta le sort pour figer la scène du crime. Puis nous vîmes ce qu'il en était.
Les murs et le mobilier de la pièce — plusieurs lavabos et une cloison entière de petits placards — avaient dû être beige clair jadis. Car tout était couvert de sang. Le sol, les meubles, tout était souillé d'éclaboussures macabres. Et assise sur un lavabo se tenait un cadavre qui s'était appelé Sheryl. Ses cuisses étaient largement écartées dans une pose obscène. Et tout son tronc, de la base du cou à l'entrejambe, était ouvert, les entrailles et autres joyeusetés se baladant en liberté. Son visage, à demi caché par des mèches de cheveux collés de sang, avait été tailladé. Je m'approchai, en respirant lentement pour ne pas me trouver mal, et je constatai qu'on lui avait coupé les mains et arraché les yeux.
J'appliquai mes deux mains sur ma bouche. Je ne me sentais vraiment pas bien.
Olivier était resté en retrait, et d'une oreille, j'avais à nouveau entendu son chapelet de gros mots dans sa langue natale. Il s'approcha du cadavre en titubant, visiblement en état de choc, et ses jambes tremblaient tellement qu'il dut s'accrocher à la porte d'un placard restée entrouverte, et…
Et il se retrouva devant un poème.
Un poème écrit avec de l'hémoglobine à l'intérieur de la porte. Le sang était encore tout frais :
C'est du fond de l'enfer que je chante pour vous
Mon amant, mon assassin,
Vous m'avez désirée, puis vous m'avez tuée
Un poignard enfoncé jusqu'au fond de mon cœur.
Envers ce que vous fîtes, je n'ai pas de rancune
Là où je suis, je ne connais plus le chagrin
La douleur, les blessures, la couleur de mon sang
La mort m'est belle et douce, fragilité étatique
Je vous aime de m'avoir tuée
Et pour, dans votre action, m'avoir fait oublier
Les chagrins et les heurts qui détruisirent ma vie.
Et merde…
(à suivre)
