Salut à vous ! Le chapitre 10, qui est un peu différent des autres puisqu'il n'y aura qu'un seul pov (tout comme le prochain). J'espère que ça vous plaira ! Laissez une review, ou un bisou !

Enjoy, Yelrak.


POV Quinn :

«J'aimerai tant qu'Ellen soit ma mère.»

Parmi toutes mes promesses, parmi toutes mes pensées, c'est sans doute celle-ci qui a le plus comptée pour moi, qui m'est le plus souvent revenu en tête.

Combien de fois me la suis-je répétée, en boucle, jusqu'à ce que ces mots perdent tous leur sens ? Sans doute à chaque sourire trop crispé, à chaque promesse manquée, à chaque mensonge mal dissimulé de la part de ma mère. A chaque occasion ratée aussi. A chaque occasion de faire bien, ou même simplement de faire mieux, que je la voyais louper, avec tant de talent que ça paraissait volontaire, je revoyais Ellen. Je revoyais son sourire doux et ses yeux bleus clairs, les mêmes que ce de Kurt, sa façon de me caresser les cheveux lorsque j'étais triste et de rendre malgré tout ma mère plus heureuse, plus détendue.

Je revoyais tout ces détails, ces petites choses qui me faisaient me demander ce que ça ferait si j'étais sa fille, comme je la vois maintenant, réveillée en première pour préparer le petit déjeuner, penchée au-dessus d'une casserole en train de grésiller.

Je connais cette image par cœur, pour m'être assise un nombre incalculable de fois, pour la regarder s'affairer, simplement pour que les autres soit un peu plus heureux. A un moment, je me levais même exprès pour pouvoir le faire, et je m'asseyais en pyjama sur un tabouret de la cuisine, et j'attendais qu'elle me demande de l'aide. Elle ne l'a jamais fait, pas une fois.

-Je suis contente que tu sois descendue Quinn.

Je me décolle du mur contre lequel je m'étais adossée, de peur de m'approcher trop d'elle et qu'elle s'apercevoir, si ce n'était pas déjà fait, de tout ce qui ne va plus chez moi.

-Vraiment contente.

Elle lève les yeux et me sourit.

Par «je suis contente que tu sois descendue», je comprends qu'elle entend beaucoup plus. Qu'elle est contente que je me sois réveillée avant midi. Qu'elle est contente que je nous offre un petit moment de solitude, comme avant. Qu'elle est contente que j'agisse enfin comme la Quinn qu'elle connait.

Mes muscles se tendent. Je ne veux pas qu'elle me voit comme ça. Qu'elle se rende compte que j'ai changé, au moins un peu.

Tu es prête à vivre la plus belle expérience de ta vie ?

C'est la voix de Sam qui résonne dans ma tête. Et je me force à me détendre, et à aller m'asseoir à la même place qu'avant.

J'ai promis. Je lui ai promis, même s'il ne le sait pas.

-Moi aussi.

Les mots ont du mal à sortir de ma bouche, et me paraisse empreint d'une grande hypocrisie. Mais au moins ils sont là, et s'envole doucement dans l'air.

C'est peu, deux mots. Mais ça peut changer beaucoup. Je le sais maintenant.

-Alors, comment va le lycée ?

Sa question me surprend. Plus par sa stupide banalité que par autre chose. Ellen a toujours su trouver des sujets de conversations intéressant. Elle ne m'a jamais donné l'impression de parler juste pour parler.

Pourtant, aujourd'hui, si. A tel point que j'ai envie de lui balancer la vérité à la figure.

Le lycée ? Ca va mal, comme à peu près tout. J'ai tout fait pour. J'ai tout fait pour me convaincre que de bonnes notes ne nous assuraient pas un avenir plus heureux. J'ai tout fait pour prouver que je n'attendais plus rien de la vie. Je me retrouve avec un taux d'absentéisme record et une moyenne des plus basses.

Comme s'il n'y avait réellement aucun moyen de revenir en arrière.

Je regarde Ellen, et la lueur d'intérêt qui brillait autrefois dans ses yeux n'est à présent plus qu'un simple souvenir parmi tant d'autres.

-Normal, dis-je simplement.

Je devrais arrêter de promettre des choses à torts et à travers, ou d'essayer de croire que la vie pourrait être différente de ce qu'elle est.

Le rire claironnant d'Ellen raisonne dans la pièce.

-On s'en fiche un peu de ça, non ?

Je l'interroge du regard, surprise. Parce que sa phrase ressemble tellement à ce qu'elle aurait dit il y a un an. Elle ressemble tellement à Ellen.

Elle rit encore, et ça me donne envie de rire aussi. De soulagement, surtout.

Je retrouve ce mécanisme de petite fille : «Si Ellen rit, il y a encore de l'espoir.», et ça ne me rebute pas, pour une fois.

-Bon d'accord, c'est important, l'école. Mais la vie, c'est tellement plus que ça.

J'aimerai tant qu'Ellen soit ma mère.

Je m'apprête à répondre quelque chose. Quelque chose qui aurait ressemblé à la Quinn que je suis.

Mais je suis interrompu pas des bruits de pas lourds, lents et réguliers. Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir de qui il s'agit.

Kurt entre dans la cuisine. Il pose ses yeux sur moi et parait surpris, le temps d'un instant. Le temps pour moi de me rappeler du Kurt qu'il était avant, et avec qui je me cachais pour espionner Sam et Charlie, en notant toutes nos observations sur un cahier à spirales.

Le temps de me rappeler de combien j'aimais ce petit Kurt, curieux, débrouillard et observateur.

Puis son visage se referme, comme s'il ne s'agissait que d'une illusion.

-Salut !

Il s'approche d'Ellen et l'embrasse rapidement sur la joue, avant de s'asseoir et de prendre un paquet de céréales.

Ellen ne réagit pas, faisant simplement tomber son pain perdu dans une assiette.

La tension depuis l'arrivée de Kurt est pesante. C'est le genre de choses qu'il fait. Il donne de la lourdeur, de la substance a des moments qui n'en ont pas

Ou peut-être simplement qu'il montre la face cachée des choses. Qu'il révèle l'importance d'instants qui paraissent anodins.

Je ne sais pas ce qui est le plus effrayant.

Probablement de me retrouver, après tant d'efforts pour l'éviter, assise en face de lui.

-Alors Q, y a eu un tremblement de terre ?

Q. Il ne m'a plus appelé comme ça depuis deux ans. Depuis notre rupture. Depuis que la vie a perdu son sens et son intérêt.

-Un tremblement de terre ?

Ellen nous regarde du coin de l'œil, je le sais. Comme si elle attendait que je me mette à hurler, a pleurer ou que je me jette sur lui. Je crois qu'il y a encore deux jours, j'en aurais été capable.

Tu es prête à vivre la plus belle expérience de ta vie ?

C'est impressionnant comme l'idée d'avoir quelque chose à gagner est rassurante. Et motivante.

-Pour que tu te lèves avant trois heures de l'après-midi, je ne vois pas d'autres raisons.

Je ne vais rien répondre. Ni à son ton acerbe, ni à son regard méprisant, ni à son attitude dans son ensemble, qui ne fait rien d'autre qu'alimenter ma colère et m'enfoncer un peu plus.

Kurt jette un coup d'œil pour vérifier qu'Ellen nous tourne le dos à nouveau et se penche vers moi pour ajouter à voix basse :

-A moins que ce ne soit l'idée de tomber sur moi qui t'ais fait hiberner dans ta chambre ?

Je m'étrangle, le foudroie du regard.

-Tu te prends vraiment pour le nombril du monde, je siffle entre mes dents.

Il faut que je sorte. Que je m'écarte de lui, le plus possible. Que je retrouve dans ma tête la petite voix de Sam.

Que je retrouve Sam.

Je fais mine de me lever, mais il pose sa main sur mon bras, les yeux toujours fixés sur le dos d'Ellen.

-Parce que c'est faux peut-être ?

Il sourit.

-Allez Q, avoue. Ce qui t'énerve, c'est que j'ai raison. Rien d'autre.

Je me dégage, en tentant d'ignorer les battements de mon cœur, et la colère disparue depuis quelques jours, revenue plus forte encore.

-J'en ai rien à foutre de toi. C'est clair ?

Il me regarde enfin, et la lueur que je décèle dans ses yeux m'effraie. Il joue. Rien de ce qui est en train d'arriver ne l'atteint. Il ne fait que s'amuser, peut-être pour me faire regretter de l'avoir envoyer bouler, ou de l'avoir ignorer, je ne sais pas.

-Toujours aussi honnête à ce que je vois.

Je n'ai jamais giflé personne. Bien sur, l'envie m'a parfois effleurée, amis je n'ai jamais trouvé ni le courage, ni le moment.

Quand ma main heurte la joue de Kurt, le bruit parait assourdissant après notre échange à voix basse. Ellen se retourne brusquement et nous regarde, horrifiée, moi la main toujours en suspend tant je suis incapable de faire le moindre mouvement, et Kurt, son sourire narquois enfin disparu de son visage et une trace rouge naissant sur sa joue.

-Quinn !

La voix d'Ellen laisse transparaitre toutes les émotions qu'elle ressent. La peur. La surprise. La panique.

La peur.

C'est cette nuance de peur, la façon dont mon prénom est prononcé, plein de tremblement, qui me fait réagir

Je me recule d'un bond, puis murmure :

-Désolée…

Ma voix est étranglée par le nœud formé par me gorge. Je sens les larmes me brûler les yeux, et il me parait clair que je vais pleurer.

Je fais donc ce que je sais maintenant faire de mieux. Je prends la fuite.

C'est seulement arrivé dans la salle de bain que je m'effondre. A nouveau.

Je me roule en boule, assise par terre sur le carrelage froid. Les sanglots me brûlent la gorge, m'empêchent presque de respirer, et les larmes dégoulinent sur mes joues, jusqu'à tremper presque entièrement le tissu de mon leggings.

J'ai merdé. Encore. Comme si j'étais incapable de faire quoique ce soit de bien. Je le suis sans doute.

Je me suis trompée. C'est moi, cette fille qui bouillonne de colère, qui enchaine les crises de larmes, et surtout qui gifle les gens quand elle ne voit plus d'autres issues.

Et Sam s'est trompé aussi. J'ai changé. Au point où je ne me reconnais plus. Au point où je me dégoute, dans tous les sens du terme.

Ma vie ne serait donc que ça ? Un enchainement de désillusions, d'espoirs écrabouillés par une ou deux remarques désobligeantes ?

Quinn, je sais ce que je veux.

Je crois que je sais ce que Sam veut aussi. Il veut la petite Quinn. Celle qui riait à toutes ses blagues. Celle qui n'avait peur que du noir.

-Désolée, je murmure à nouveau, entre deux sanglots, de plus en plus espacés.

Je voudrais disparaitre. Pour de bon. Pas seulement le temps d'une soirée à l'aide de quelques verres d'alcools. Je voudrais ne plus jamais ressentir de douleur, quitte à ne plus jamais ressentir quoique ce soit.

Je regarde les fines cicatrices blanches sur mon bras en passant mon doigt dessus. J'ai eu tort de croire que ça m'aiderai à obtenir ce que je veux. Une lame de rasoir contre la peau ne fait pas disparaitre la douleur des émotions. Elle la fait juste paraitre moins important, dissimilé derrière la douleur physique, et ce pour seulement un instant bien trop court.

J'entends des bruits de pas dans le couloir. Je retiens mon souffle. Les larmes continuent à couler en silence.

-…s'il te plait Cha' !

La voix de Sam, alliant fermeté et supplication. J'entends un soupir, puis encore quelques bruits de voix sans parvenir à identifier les mots.

Puis la porte s'ouvre dans un grincement, et Charlie apparait. Ses grands yeux bleus se posent sur moi. Elle hésite.

-Quinn…

Je voudrais qu'elle reste, je crois. Mais sans parler. Qu'elle me prenne simplement dans ses bras, que j'ai l'impression qu'elle m'aime encore un peu. Qu'il y a au moins ça que j'ai réussit à ne pas détruire entièrement.

-Casses-toi.

Ma voix tremble. Je m'en fiche. Je sais qu'elle ne fera pas ce que j'attends d'elle. Ellen ne me connait plus assez bien pour ça.

Au lieu de rester et de s'accroupir près de moi, elle soupire et se recule. Je la regarde quitter la pièce, puis refermer la porte.

Je le savais.

-Tu vois Sam. Ca ne sert à rien.

-Je pourrais peut-être…

-Ca ne sert à rien je te dis.

Je l'imagine poser une main sur son torse pour l'empêcher d'avancer, comme elle l'a toujours fait quand elle sentait qu'il était sur le point de faire une erreur.

Les bruits de pas reprennent, mais en s'éloignant cette fois. J'attends de les avoir entendus descendre les escaliers pour me lever.

Alors que je me dirige vers ma chambre, tel un automate, je ne pleurs plus.

Charlie me considère comme une erreur.

Je m'allonge sur le lit et pose la tête sur l'oreiller.

Je suis une erreur.

Et ironiquement, la dernière chose qui m'effleure l'esprit avant que je m'endorme est la suivante :

Cette fois il va me falloir bien plus qu'un tremblement de terre pour que je sorte.