La leçon du Parisien avait bien été retenue par Hermione, et la jeune femme hésitait franchement à se faire encadrer par des Aurors cette fois. Puis, elle décida de mentionner sa sortie avec Drago à Harry, en précisant ne pas vouloir être accompagnée. Évidemment et comme prévu, il fut nettement moins facile à convaincre.

-Mais tu n'y penses pas, enfin ! Seule, avec lui...sans protection...

-Vachement efficace, la protection l'autre fois, ironisa-t-elle. Et quand on est tous les deux, il ne me fait pas de mal...il m'en fera s'il sait que j'ai une unité à mon talon. Je te prévenais juste que j'allais prendre un localisateur magique, et en cas de souci, je t'enverrai un signal. D'accord ?

-Tu es irrécupérable.

-C'est comme ça que tu m'aimes.

.

Dotty ouvrit la porte de l'appartement de son maître sur une jeune femme aux cheveux pris dans un chignon faussement négligé et piqué de petites perles d'or, et portant une courte robe noire, sensuelle sans être provocante. Juchée sur des jolis talons dorés, elle salua timidement l'elfe de maison.

-Bonjour Dotty...euh...Drago est là ?

-Oui Miss, couina l'elfe avec emphase. Monsieur attendait fébrilement Miss. Miss est très belle, comme toujours.

-Merci, Dotty, lança-t-elle affectueusement.

-C'est la vérité Miss. Monsieur est au salon. Miss désire-t-elle que Dotty l'accompagne ?

-Non, merci. Je sais où se trouve le salon.

Elle s'avança prudemment jusqu'à l'entrée du salon. Drago était debout, accoudé au mur face à elle et sirotant un verre de gin, très élégant et magnifique dans un trois-pièces blanc de nacre avec une chemise noire. Il arborait un sourire narquois qui s'agrandit en la voyant, et ne se gêna pas pour la détailler des pieds à la tête d'un regard entendu, ce qui la fit rougir malgré elle.

-Je ne m'attendais qu'à moitié de te voir ici ce soir.

Elle leva lentement les yeux pour les planter dans les siens qui la guettaient d'une lueur avide et trancha d'une voix glaciale,

-Je suis franchement insultée de sous-entendre que l'on puisse mettre ma parole ou l'attachement pour mes amis en question. Après les menaces que tu m'as proférées hier, je pensais pourtant que le message était passé.

-D'où l'autre moitié de moi qui pensais que tu viendrais, rétorqua-t-il avec un sourire goguenard.

-Tu es horrible.

-Et toi, très belle.

Elle rosit et ajouta,

-Je ne parlais pas de ton allure...

Elle se gifla mentalement. Pourquoi lui avait-elle dit ça ? Comme si elle avait besoin de se justifier ! Mais en voyant le sourire crispé de Drago se détendre pour devenir beaucoup plus humain, elle se dérida. Il dit,

-Mains vides...n'as-tu pas ta baguette ?

Elle le regarda comme s'il était Voldemort qui venait de lui dire qu'il voulait rejoindre l'Ordre. Elle se tourna lentement sur le côté, pour être de profil face à lui, et souleva lentement sa robe, laissant voir une cuisse qu'il mourait d'envie de caresser ornée d'un ruban noir dans lequel elle avait glissé l'objet en question. Réprimant tout désir profond qui lui ordonnait de la prendre contre le mur derrière elle et la marteler à coup de boutoir jusqu'à ce qu'elle crie grâce, il ajouta :

-Et ton armada d'Aurors ? Poche arrière ?

Elle lui jeta un œil étrangement nerveux et se tourna tout à fait pour lui présenter son dos et dit d'une voix sourde :

-Je n'ai pas de poche arrière.

Avant de revenir lui faire face, toujours dans l'embrasure de la porte. Il cacha sa surprise. Ce qu'elle venait de lui dire, ils le savaient tous deux, cachait un aveu bien plus profond : il n'y avait, ce soir, personne d'autre qu'elle. Pas de défenseur dans l'ombre. Elle était seule. Et elle appuyait uniquement sa décision sur...sur quoi, d'ailleurs ?

-Pourquoi ?

-Parce que dès que j'invite un peu de monde à la fête, non seulement ça dégénère pour eux mais qu'en plus, tu essayes du même coup de me tuer. Pas juste pour me punir, mais de réellement m'assassiner.

-Je n'ai jamais réellement tenté de t'assassiner et tu le sais parfaitement bien. Je t'ai toujours laissé une échappatoire.

-Si je ne saisissais pas ladite échappatoire, tu le ferais.

-Mais tu es trop intelligente pour ne pas la saisir. Et qui te dit que je n'essaierai pas de te tuer cette nuit alors que tu es seule ?

Elle planta ses yeux dans les siens et approcha d'un pas.

-Parce que j'ai décidé de te faire confiance.

Il était véritablement estomaqué alors il lança un peu brusquement :

-Pourquoi cela ?

-Parce que je n'ai pas le choix, essentiellement et malheureusement. Et aussi parce que visiblement et grâce à tes soins, je suis appelée à te fréquenter un petit moment encore, donc autant faire des efforts. Et craindre que tu veux m'étrangler à chaque phrase n'est pas vraiment un effort. Je préfère croire que tu ne me veux que du bien.

-Je ne te veux que du bien, chérie, précisa-t-il avec un sourire lubrique.

À son étonnement, elle éclata de rire. Bon sang qu'elle était jolie à rire ainsi. Décidément, il ne cernerait jamais cette femme. Elle se calma et dit,

-Où allons-nous ?

Dans un petit restaurant sympathique.

En vérité, il avait prévu de l'emmener à l'Oiseau de Nuit, un restaurant huppé situé à York, mais il venait de changer de plan. Pour tester ce que valait sa petite tirade sur sa soit-disant confiance. Il s'approcha d'elle en posant son verre.

-Cela s'appelle la Baguette Noire. C'est à Londres.

Elle ne dit rien et hocha la tête. Il souffla intérieurement de voir qu'elle ne connaissait pas l'endroit.

En vérité, elle le savait. Elle le savait et cela ne lui disait rien qui vaille. La Baguette Noire, en plein territoire ennemi, était une fourmilière à Mangemorts. Tenue par l'un d'entre eux. Elle était donc seule, et entourée d'ennemis...elle savait que Drago la mènerait là-bas un jour ou l'autre, pour tester sa fiabilité. Donc elle fit mine de ne pas connaître l'endroit, et espéra que tout se déroule bien. Terrifiant.

Il la prit dans ses bras et appuya un baiser sur sa joue. Il fut content de voir qu'elle ne se dérobait pas et lui sourit.

Elle parvint à lui sourire en retour. Il lui prit la main et remarqua sa légère moiteur. Sans commentaires, il la mena à l'entrée, sortit, l'entoura de ses bras, l'embrassa brièvement sur la bouche et transplana.

La grande rue était éclairée et elle y remarqua un mouvement perpétuel de foule qui l'étonna. Elle éclata de rire et frôla même sa joue de ses doigts fins, joue qu'elle gratifia d'un baiser avant de reculer, comme honteuse. Il la rattrapa et la ramena à lui, occultant le fait qu'elle riait moins à ce geste, et murmura contre son oreille avant d'en mordiller le lobe.

-Pourquoi ce rire enchanteur, mon ange ?

-Sérieusement, je ne pensais pas que tu m'emmenais dans le Londres moldu !

C'était vrai. Elle avait entendu parler du restaurant, pas de son emplacement. À son tour il rit et dit,

-Ne t'en fais pas, le restaurant est bien sorcier, ma chérie. Viens.

Il voulut lui tirer la main, mais elle l'embrassa. Spontanément.

Si à chaque fois je l'emmène chez ces putains de Moldus elle me saute dessus, je veux bien y emménager. Quoi que.

Néanmoins, il répondit au baiser avec ardeur, glissant sa langue dans sa bouche, taquinant ses lèvres, et la serrant contre lui comme si sa vie en dépendait. Soudain, un sifflement s'éleva suivi de rires gras et une voix s'éléva :

-Eh, prenez-vous une chambre ! Elle en veut, la cochonne !

Ils s'écartèrent pour voir un petit groupuscule de cinq ados moldus non loin, de dix-huit ans environ, chacun une bouteille à la main. Celle de Drago vola à sa baguette, mais la main de Hermione l'étreignit avec un regard d'avertissement.

-Eh, ma belle ! poursuivit l'adolescent de tête visiblement ivre, quand t'as fini avec celui-là, m'oublie pas ! Moi aussi, je voudrais bien te sauter ! Et mes potes participeront même, si t'es sage ! Si t'es une bonne petite chienne et que tu te mettes à genoux...

Hermione amorça elle-même un mouvement vers sa baguette et Drago l'arrêta avec un regard narquois.

-Ne bouge pas, murmura-t-il.

En quelques enjambées, il fut devant le jeune homme et lui décocha un tel coup de poing dans la mâchoire qui celle-ci se brisa avec un craquement sinistre. Il s'écroula et ses comparses reculèrent précipitamment.

-Le prochain qui lève les yeux sur ma femme, je lui réserve le même sort, compris ?

À cet instant, l'un des jeunes laissa papillonner son regard jusqu'à la sorcière, apeuré, et son « mari » grogna,

-Trop tard, petit con.

Il lui porta un coup de poing et le gamin s'écroula à côté de son ami alors que les autres prenaient la fuite. Puis il revint vers Hermione qui le regarda mi-figue mi-raisin.

-Quoi ? Fallait bien que je défende ton honneur et tu n'es pas assez forte pour le faire sans baguette.

-Ta femme, hein ?

-Un jour ou l'autre, sans doute, s'amusa-t-il en se passant la main dans les cheveux.

-Oh ! Ta main ! Tu as eu mal ?

Il ne s'était pas rendu compte que ses phalanges saignaient, sous le coup de la colère, mais le regard de Hermione le poussa à minauder :

-Ah oui...oui, assez.

-Viens, je vais te soigner, répondit-elle. Et ne restons pas là, tous ces Moldus nous regardent, maintenant.

En effet, après la mise au point du jeune homme, les passants attroupés s'occupaient des ados et une femme pépia :

-Oh ! Appelez la police ! Cet homme est fou !

Grognant, Drago saisit le bras de sa belle et ils s'éloignèrent rapidement dans une rue parallèle où ils s'engouffrèrent dans ce qui devait être, pour les Moldus, un magasin vide. Et pour les sorciers, une grande pièce lumineuse où diverses personnes soupaient.

Drago la traîna au comptoir où un petit homme obséquieux se courba en six en voyant son client.

-Oh, Monsieur Malefoy...quelle joie...un honneur...

-Une table pour deux, et discrète, coupa Drago sèchement.

-Oui, Monsieur...la maison a toujours une table pour Monsieur Malefoy...

Toujours plié et soucieux de plaire au favori de Voldemort, il s'éloigna vers le fond, suivi de Drago qui ne lâchait pas Hermione. Il les emmena dans une petite salle à part, où d'épais rideaux séparant les tables étouffaient la conversation et conféraient une intimité certaine à la pièce. Il les mena à une table et dit,

-Monsieur Malefoy a le service à sa disposition...

Il lança un regard hostile à Hermione mais n'osa rien dire, car elle était justement l'invitée de Drago. Ce petit manège n'échappa pas au blond qui dit,

-Et vous vous plierez en quatre pour Mademoiselle Granger. Sinon...

Le maître d'hôtel parut à la fois effrayé et en colère mais il annonça froidement.

-Bien entendu, Monsieur Malefoy.

Drago le congédia d'un geste de la main mais tous deux entendirent franchement le petit homme marmonner en les quittant :

-Des Sang-de-Bourbe ici...tombés bien bas...quand le Maître le saura...

Hermione blanchit et Drago était fou de rage. Il le rappela.

-Viens ici, sale fourbe impertinent !

L'homme se figea et se retourna.

-Monsieur Malefoy désire...

-Il se trouve que Monsieur Malefoy n'a pas à justifier de ses choix devant un sous-fifre et qu'il invite qui lui plaît. Il se trouve également que le Maître sait que je fréquente Mademoiselle Granger et qu'il approuve. Il se trouve que Mademoiselle Granger sera un jour prochain certainement mon épouse et qu'elle a autant que le Seigneur des Ténèbres ou moi-même droit de vie ou de mort sur toi. Et que tu vas la servir comme si elle était le Maître en personne. La seule raison pour laquelle je te laisse en vie après cet affront est que je t'ordonne de répandre le message autant que possible autour de toi : Hermione Jean Granger est intouchable. Compris ?

L'homme parut terrifié et se tourna vers Hermione.

-Ma...Mademoiselle me voit à...à ses ordres et je...ses désirs sont mes ordres et j'espère...qu'elle aura la...la grande, très grande...bonté de pardonner à...

-A une merde comme toi, plaqua Drago.

-A...à...

-Dis-le.

-A une merde comme moi.

Hermione, silencieuse, hocha la tête et l'homme sentit visiblement l'épée de Damoclès disparaître d'au-dessus de sa tête.

-Mademoiselle est trop bonne...Mademoiselle désire-t-elle quoi que ce soit ?

-Oui. Des bandelettes et de la crème de Cicatrus.

-Tout ce que Mademoiselle désire, fit l'homme néanmoins étonné.

-Et votre meilleure bouteille, ajouta Drago qui hésita en se tournant vers Hermione. Vin ? Champagne ?

-Ce que tu préfères.

-J'aime beaucoup le Champagne, chérie.

-Va pour ça.

-Votre meilleure bouteille de Champagne.

L'autre s'éclipsa alors que Hermione se retourna et prit sa main boursouflé et sanguinolente dont elle caressa le poignet.

-Merci.

-Je n'allais pas laisser ce malotrus t'insulter, mon ange, s'indigna-t-il.

-Néanmoins il avait raison je suis une née-moldue...et ce restaurant est Mangemort, c'est cela ?

Il soupira. Cet idiot de maître d'hôtel avait malgré lui vendu la mèche.

-Tu ne crains rien, ici, ma chérie.

-Je sais, dit-elle simplement.

Il haussa un sourcil et elle ajouta en rougissant et en baissant les yeux.

-Je suis avec toi.

Il comprit. Ce n'était pas un « je suis avec toi et tu es leur patron », mais bien un « je suis avec toi et je te fais confiance ». Sans qu'il comprenne trop pourquoi, il sentit son ventre faire de violents mais agréables loopings et, d'un doigt placé avec douceur sous le menton de la jeune femme, lui releva la tête pour la pousser à le regarder, ce qu'elle fit.

-Tu peux me faire confiance, ma princesse. Pas par obligation. Mais par envie. Et je te montrerai pourquoi. Seulement...ne me mets plus en colère, d'accord ?

-Ne pas coucher avec toi te met en colère, c'est cela ?

-Non. Me fuir délibérément et essayer de me tuer me met en colère.

Ils rirent doucement et le maître d'hôtel revint en personne, portant la bouteille poussiéreuse et ancienne, un amas de bandelettes et tout un flacon de crème. Il déboucha la bouteille et voulut servir mais Drago l'en empêcha.

-Laissez cela. Je servirai ma compagne moi-même.

Aux mots « ma compagne », le pauvre homme ne put retenir une grimace que le couple remarqua. Pour le mettre encore plus à mal, et pour éviter que Drago ne commette un énième meurtre, Hermione se tourna vers le jeune homme en papillonnant des paupières.

-Oh, c'est trop d'honneurs, mon amour...d'autant plus que c'est un puissant aphrodisiaque, le vin de Champagne...

-Que ne ferais-je pas pour toi, ma chérie ? Me mettre à jouer les domestiques soumis et insignifiants...dit-il en rentrant dans le jeu.

-Oui, tu as raison, mon pauvre cœur, tu vaux bien mieux que cela...roucoula-t-elle en se penchant vers lui par-dessus la table. Et si vraiment c'est un aphrodisiaque, ce soir nous pourrons peut-être mettre en route un petit héritier Malefoy...

-Avec plaisir, mon ange.

-Je t'aime, dit-elle en l'embrassant légèrement par-dessus la table.

Puis, comme si elle remarquait quelque chose, elle se retourna vers le maître d'hôtel pétrifié et lança d'un ton sec,

-Merci. Vous pouvez disposer.

Sans se faire prier et traumatisé, le pauvre homme s'éloigna presque en courant alors que ses deux clients éclataient de rire. Drago servit le Champagne en essayant de refouler la pensée que la conversation lui avait plu bien au-delà des normes de leur relation. Son « mon amour » lui avait réchauffé le cœur, sa proposition hélas fausse de tenter de mettre en route un enfant l'avait presque laissé sans voix et son « Je t'aime » l'avait définitivement réduit au silence. Ah, si seulement cela pouvait être vrai ! Pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi voulait-il qu'elle l'aime ? Se pouvait-il qu'il l'aime, lui ? Puis il se gifla, non, il se mit une sacrée branlée mentalement. Un Malefoy n'aime personne hormis lui-même. Et sa mère. Accessoirement.

Hermione suivait à peu près le même cheminement de pensées. Les mots lui avaient franchi les lèvres avec un naturel déconcertant et le simple fait de suggérer l'héritier lui avait causé une faiblesse généralisée. Un petit Malefoy...bon sang. Et la déclaration d'amour lui avait paru tout sauf jouée. Non pas qu'elle soit amoureuse de lui-enfin, pas tout à fait- mais cela avait été si simple...comme un aveu réel masqué par la petite comédie. Et puis, il était ce qu'il était elle ne voulait pas l'aimer. Certainement pas. Il n'aimait personne hormis lui-même, en bon représentant de sa race. Et sa mère. Accessoirement.

Il leva son verre et elle en fit autant.

-A nos retrouvailles, dit-elle d'une voix mordante.

-Qui ne te sont pas si désagréables que ça, avoue, rit-il en retour.

C'était tout sauf désagréable, aussi elle hocha la tête en buvant avant de s'empourprer et de bafouiller.

-Mais ça ne veut rien dire hein ! Enfin, je veux dire...pas que je t'aime ou quoi que ce soit...mais c'est juste...enfin...ce n'est pas sexuel non plus et je...

Avec un sourire amusé, il se délectait de la voir s'embrouiller et rougir ainsi. Il posa sa coupe d'un geste délicat et se rapprocha d'elle par-dessus la table avant de la regarder, suave, et de dire d'une voix sucrée,

-T'ai-je demandé de te justifier, Hermione ?

Il fut ravi de voir qu'elle se raidit et semblait poser ses yeux sur tout, sauf lui. Pour la ramener à son attention, il abattit une main ferme mais légère sur la cuisse de la jeune femme à présent aussi délicatement teintée qu'une tomate. Avec un petit rire chaleureux, il entreprit de la caresser et en rajouta une couche non sans sadisme :

-Ou peut-être alors que tu me mens.

La voir se perdre encore plus était franchement délicieux et il la laissa marmotter dans sa barbe,

-Moi...mentir...propos de ça...t'aime pas...vrai quoi...arrogant...

-Ou alors, peut-être que tu me mens et que ton courage de Gryffondor appartient au domaine de la légende. J'ai déjà eu des maîtresses qui sortaient de ta maison à Poudlard...

Ce commentaire lui attira un regard noir et il fit semblant d'être étonné, en poursuivant ses caresses sur son genou et sa cuisse.

-Oups ! Te parler de mes amantes te fait de la peine ? Sincèrement désolé, mon ange...je finis donc : elles étaient beaucoup plus braves que toi quand elles m'avouaient leur amour profond et éternel...

Elle se redressa soudain, écartant sa main baladeuse et le fixa :

-Je ne t'aime pas Drago. Juste, note que j'ai du mal à te détester.

-C'est déjà un début, chérie.

-Début de rien du tout, mon ange.

-Non. Appelle-moi mon amour : c'est ce que tu as fait il y a cinq minutes.

Elle rosit et il ricana, mais elle parut mal supporter sa moquerie puisque elle lança :

-Tu me parais bien noter des détails que toute personne non amoureuse ne remarquerait même pas, Drago !

Tel qui est pris qui croyait prendre. Il remarqua toutefois qu'elle ne le démentit pas en disant qu'elle avait adopté ce petit nom pour le bien de la comédie devant le maître d'hôtel et cela lui réchauffa le cœur, si néanmoins il cessa de sourire.

Je suis observateur, dit-il simplement.

Mais bien sûr.

-Et bien, Monsieur l'observateur, votre main, répliqua-t-elle, parce que si tes grandes qualités d'observation te permettent de retenir ce détail, elles ne te font visiblement pas remarquer que ta main saigne encore.

Il la lui tendit et elle se leva en contournant la table pour s'agenouiller devant lui. Elle regarda la main et leva les yeux, neutre :

-Eau.

Il lui donna le pichet et elle parut irritée. Elle remonta sa robe en dévoilant innocemment ses cuisses pâles et prit sa baguette pour métamorphoser le broc en bol. Avant de ranger sa baguette. Drago avait la bouche sèche devant le spectacle. Mais il ne dit rien et la laissa nettoyer la plaie avec douceur. Comme s'il lui était précieux. Cette pensée fit que son cœur entama une salsa endiablée avec ses tripes. Elle passa la crème dessus et banda le main avant de déposer un baiser sur sa paume et de regagner sa place. Il ferma les yeux :

-Merci.

-De rien. C'était un plaisir de te voir souffrir. Pourquoi gardes-tu les yeux fermés ?

Pour éviter de voir ton décolleté qui était sous mon regard il y a un instant, et par la même d'éviter de mettre ce putain de restaurant en émoi en te prenant sur la table dans les secondes à venir.

-Pour rien, dit-il en les rouvrant malgré lui.

Ils passèrent une soirée somme toute agréable et légère. À la fin, après un digestif, il lui dit :

-Si nous allions danser ?

-Où ça ?

-En boîte de nuit.

Elle se tendit.

-Drago...tu en connais, des boîtes sorcières ?

-Oui, pourquoi ?

-Parce qu'il n'y en a pas une seule de neutre. Ou elles nous appartiennent, ou elles sont à vous.

-Nous irons dans une boîte Mangemort. Je crois que tu as eu la preuve que tu ne risquais rien. Alors que, chez le Phénix, moi...

-Je vois.

Hors de question de refuser cela bien évidemment. Elle savait, dès qu'il lui avait proposé de dîner ici, qu'il la testait. Son refus de le suivre aveuglément ou presque sonnerait comme un aveu.

-Je te suis, déclara-t-elle. Où veux-tu aller ?

-A la Death Seven, dit-il.

-Anciennement la Bluebird, je crois ?

-Oui.

-Charmant, ironisa-t-elle. Changer l'« oiseau bleu » pour la « mort sept »...je sais où je vais.

Il rit et ils s'engouffrèrent dans la nuit glaciale pour transplaner.

La devanture, un immeuble louche dans une impasse sale, n'étonna pas Hermione. Drago lui attrapa la main et l'entraîna dedans. Le videur, une colosse noire dans le couloir sombre, leva une baguette épaisse sur eux :

-Drago Malefoy.

-Mais bien sûr, répondit le noir d'une voix puissante. Argent.

Drago lui jeta une poignée satisfaisante de Gallions et l'homme eut un grand sourire.

-Carré VIP, Monsieur, comme toujours ?

-Bien entendu.

-Passez une bonne soirée.

Drago hocha la tête et entra par une porte sur leur gauche.

Ils se trouvaient dans un vaste espace aménagé avec un goût moderne. Le sol était lumineux, les fauteuils et canapés confortables, les tapis doux et les tables basses. Le carré réservé en mezzanine où ils se trouvaient était surélevé par rapport à la piste immense et bondée en contrebas. L'ambiance était à la fête. Dans le carré, environ une cinquantaine de personnes, et Hermione y reconnut quelques Mangemorts dont la mort aurait fait festoyer le Phénix durant une semaine. Drago la mena vers une table basse dont les canapés étaient déjà occupés. Tous s'écartaient devant lui, mais les canapés accueillirent le jeune favori avec empressement. Hermione reconnut ses meilleurs amis de Poudlard. Blaise Zabini, un noir de grande beauté Théodore Nott, un brun studieux Crabbe et Goyle, ces imbéciles Pansy Parkinson avachie sur les genoux de Goyle déjà ivre Millicent Bullstrode, sur ceux de Crabbe, se tortillant pour s'en libérer et deux sœurs très belles que Hermione reconnut pour être Daphné et Astoria Greengrass.

Celle-ci, d'ailleurs, salua Drago en plaquant ses lèvres parfaites directement sur celles du blond qui la prit sur l'instant dans ses bras et lui rendit le baiser.

-Toujours égale à toi-même, Stora. À me sauter dans les bras même quand je suis accompagné.

-Mais tu ne me repousses jamais, susurra-t-elle en tentant de l'embrasser de nouveau mais il détourna légèrement la tête.

-Chaque chose a un début, Astoria. Et quand je suis avec elle, évite.

Astoria, rouge de colère, se tourna vers Hermione qui la toisait avec mépris. Comme un signal, tout le groupe la fixa. Zabini et Nott avec intérêt et curiosité, Crabbe et Goyle ahuris, Parkinson comme quelqu'un qui vient d'apprendre qu'il lui reste quelques heures à vivre, Bullstrode avec dédain et méchanceté et Daphné en levant un sourcil mécontent et grimaçant. Astoria regarda Drago, folle de rage :

-Alors la rumeur dit vrai ?

-Dépend laquelle, dit-il en la lâchant la ravissante jeune femme pour venir attraper la main de Hermione.

-Que tu te sautes cette...cette...elle !

-Bien deviné, répliqua-t-il d'un ton narquois en passant dans le dos de Hermione pour l'enserrer de ses bras. Sinon je me demanderais ce qu'elle fait ici, avec nous.

-Nous ?

La belle blonde fulminait.

-Il n'y a pas de nous, Drago ! Il n'y a jamais cette créature et moi-même dans une phrase ! C'est elle ou moi ! Fais vite !

-Pour toute réponse, il déposa un baiser sur la nuque de Hermione. Astoria poussa un feulement et saisit son sac à main haute couture pour lancer à ses amis :

-Je ne reste pas avec ça ! Cette Sang-de-Bourbe et ce traître à son sang ! Qui me suit ?

Personne ne bougea. Tous, même sa sœur aînée, restèrent rivés sur place et Drago eut un sourire moqueur.

-Maintenant, si tu as fini ta petite comédie, casse-toi.

-Ne me donne pas d'ordres, cracha-t-elle.

-Tire-toi ou je te brise les os.

Elle partit, fulminant, et lança par-dessus son épaule :

-Tu sais où j'habite quand tu chercheras une vraie femme dans ton lit !

Elle disparut, et tout le monde s'assit. Drago poussa Hermione vers le grand canapé où il la fit asseoir entre lui et Zabini, avant de se pencher pour entamer une discussion avec Nott, n'omettant pas un regard d'avertissement que Hermione ne vit pas à tout le groupe.

-Tu veux boire quelque chose, Granger ?

Elle sursauta et se tourna vers Blaise Zabini qui la regardait de ses magnifiques yeux marrons.

-Quoi ? fit-elle assez sèchement.

-Je t'ai demandé ce que tu voulais boire, Granger.

-Rien du tout.

Zabini ferma les yeux en souriant d'un air plaisantin. Quand il les rouvrit elle y perçut l'éclair de menace.

-Plus de manières avec moi, petite puce, ou sinon...

-Sinon quoi, Zabini ?

-Écoute, Granger, je sais que tu n'aimes pas être là, avec nous et nous non plus, dis-toi.

Il baissa la voix et se pencha davantage vers son oreille.

-Mais je sais que notre ami Drago nous teste par rapport à notre réaction à ton encontre. Et je pense que pour toi c'est un peu idem, n'est-ce pas ?

Elle hocha la tête et il poursuivit,

-Alors faisons tous un effort, d'accord ? Demain, dans une semaine ou un an, on se battra à mort sur le terrain, mais ce soir, faisons semblant de ne pas nous haïr à nous torturer jusqu'à ce que mort s'en suive. Je sais que t'es intelligente, t'as compris le message.

-D'accord. Et la prochaine fois qu'il y a bataille, Zabini, je te tuerai en premier. Avec les intérêts.

Il éclata d'un rire qu'elle fut étonnée de voir spontané, comme tout le reste du groupe qui se tourna vers lui comme s'il venait d'annoncer qu'il possédait un caleçon de Merlin en soie et d'origine. Y compris Drago. Blaise se tourna vers lui et hocha doucement la tête avant de se reporter sur Hermione.

-T'es drôle comme nana, en faite.

-Pourquoi Drago a demandé à ce que vous me rencontriez et à ce que l'on fasse semblant de se mettre de grandes accolades ?

-Primo : Drago tient à toi. Deuzio : il veut que cela se sache. Pour que tu sois définitivement inatteignable.

-Et en quoi le fait de nous voir se sourire me rende inatteignable ? Bon sang, il n'a qu'à s'afficher avec moi !

-Si Drago est le favori du Maître, alors nous, nous sommes ses favoris à lui. Je te laisse en déduire l'enchaînement dans la hiérarchie sociale. À présent : que veux-tu boire, Granger ?