Rien n'est à moi : Harry Potter et tout son univers, c'est à Rowling, "El Desdichado" à Gérard de Nerval (les vers des quatrains de ce sonnet sont répandus au long du chapitre, dans l'ordre quand même), et "Spleen" à Charles Baudelaire (les strophes au début de chaque "scène" : quand j'ai lu la deuxième, je me suis dit qu'il fallait utiliser ce magnifique poème...)


Chapitre 9 : El Desdichado

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Severus ouvrit les yeux et les referma aussitôt. Quelque chose n'allait pas. Ses appartements n'auraient jamais dû être aussi clairs et lumineux ! Il fit une autre tentative, un peu plus longue, et se rendit compte qu'il n'était pas dans sa chambre. Saisi d'une forte inquiétude, il se redressa vivement. Un soupir de soulagement s'échappa de sa poitrine. Tout allait bien, il était simplement à l'infirmerie.

Il jeta un regard à ses bras. Les longues manches de sa chemise de nuit les protégeaient comme il fallait. Qui l'avait changé ? Pomfresh ignorait sa condition de Mangemort, et il en avait assez que des défaillances physiques le trahissent sans cesse. Il espérait que Dumbledore s'était arrangé pour s'occuper de lui en personne, même si l'infirmière avait dû trouver cela curieux.

— Ah, Professeur Rogue, entendit-il justement l'alerte dame s'exclamer. Comment allez-vous ?

— Nettement mieux, merci, Madame Pomfresh. Que m'avez-vous donné ? demanda-t-il avec son ton de Maître des Potions.

— Rien du tout, Professeur. C'est le professeur Dumbledore qui vous a amené ici et s'est occupé de vous. J'avais trois victimes de crises d'angoisse à ce moment-là, ajouta-t-elle en manière d'excuse. Vous avez eu de la fièvre toute la nuit, mais elle est tombée au lever du jour. Ça n'était pas bien grave !

— Oh, fit simplement Severus. Eh bien, je vais aller voir le directeur, alors.

— Il n'est pas là aujourd'hui, Professeur. Minerva non plus, d'ailleurs. Et vous avez encore besoin de vous reposer, ajouta-t-elle avec une légère menace dans la voix.

— Comment cela ? Pourquoi sont-ils partis ? Que se passe-t-il ? demanda Severus très inquiet soudain.

— Rassurez-vous ! s'écria-t-elle. Tout va bien ! Tout va même très bien, croyez-moi ! Vous-savez-qui a été vaincu !

— QUOI !

— Oui ! C'est la meilleure nouvelle depuis des années, n'est-ce pas ?

— Mais… mais…

Severus ne trouvait plus ses mots. Le Seigneur des Ténèbres, vaincu ? Même dans ses rêves les plus fous, il n'avait jamais imaginé de se réveiller un beau matin pour apprendre un tel bonheur. Sa nature pessimiste lui fit craindre que cette joie ne fût pleine d'amertume d'une manière ou d'une autre.

— Ça vous laisse sans voix, hein ? commenta l'infirmière. Je dois dire que je n'en reviens pas moi-même ! D'ailleurs, Minerva est partie ce matin pour trouver le professeur Dumbledore et avoir le fin mot de l'histoire. On raconte des choses tellement incroyables !

— Que s'est-il passé ?

— Apparemment, Vous-savez-qui a tenté de tuer les Potter. Vous devez vous rappeler de James : la moitié du temps que vous avez passé ici quand vous étiez élève est dû à ses farces…

— Que s'est-il passé ? répéta Severus plein d'angoisse.

— Pardon, Professeur. Eh bien, on raconte que Vous-savez-qui a réussi sans problème à tuer ce pauvre James et sa malheureuse femme, vous savez, Lily Evans.

Madame Pomfresh se moucha, attristée par la mort du jeune couple. Severus se sentait complètement abattu. Lily ? Morte ? NON ! hurlait silencieusement en lui une voix désespérée…

— Enfin bref, reprit l'infirmière, quand il a essayé de tuer aussi leur petit garçon, vous n'allez pas le croire, mais ça n'a pas marché !

— Comment cela ? demanda Severus d'une voix atone.

— Je ne sais pas et personne ne semble avoir d'explication. Ce qui est sûr, c'est que le bébé va très bien, sauf qu'il paraît qu'il a une cicatrice au front, alors que Vous-savez-qui a disparu. Ses pouvoirs ont disparu, surtout. On en est débarrassé !

— Quelle joie, murmura le jeune homme sans aucun enthousiasme.

— N'est-ce pas ? répondit Madame Pomfresh sans se rendre compte de la détresse bien dissimulée de son patient. C'est tellement dommage que Lily et James soient morts ! soupira-t-elle. Mais le petit Harry nous a délivrés de Vous-savez-qui ! Tout le monde le surnomme déjà « le Survivant »… Pauvre gosse, il préfèrerait sans doute avoir encore ses parents… Des gens si charmants !

La douleur qui avait saisi Severus se mêlait de nouveaux sentiments. Il éprouvait une violente haine envers son Maître qui n'avait pas tenu parole et n'avait pas épargné Lily. Il haïssait James Potter qui n'avait pas su protéger la femme merveilleuse qui avait consenti à l'épouser. Il haïssait Lily qui avait si mal choisi son mari. Il haïssait Dumbledore qui leur avait fait confiance. Il haïssait par-dessus tout le petit Harry qui avait survécu alors que sa mère était morte. Une idée le frappa soudain. Il interrompit le bavardage de Madame Pomfresh.

— Mais, comment Vous-savez-qui les a-t-il trouvés ? Dumbledore les avait protégés avec des sorts extrêmement puissants !

— Eh bien, c'est tout le mystère ! On n'en sait rien !

— Ils ont dû être trahis, dit lentement Severus. C'est la seule explication…

— Oh ! Vous croyez, Professeur ? demanda l'infirmière tristement. Mais qui aurait pu trahir Lily et James ? Il faudrait être un monstre pour cela !

— Oui, un monstre, confirma sombrement Severus. J'ai besoin d'air, dit-il brutalement. Si vous voulez bien, je vais m'habiller et sortir.

— Je ne sais pas si c'est vraiment prudent… commença Madame Pomfresh.

Le regard que jeta sur elle le Maître des Potions la fit renoncer à s'opposer plus longtemps à lui.

— Oh, et puis, faites comme vous voulez ! Vous n'êtes plus un petit garçon, après tout !

— Content de vous l'entendre dire, commenta Severus avec une once de sarcasme dans la voix.

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Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Une heure plus tard, Severus, habillé comme d'habitude, se tenait silencieusement sur la rive du Lac. Les cours étaient annulés, comme prévus. Mais la sortie à Pré-au-Lard aussi, car personne ne voulait prendre la responsabilité de laisser les élèves quitter Poudlard alors que le directeur et son adjointe étaient tous deux absents. En passant ses vêtements, Severus avait constaté que la Marque des Ténèbres ne se voyait presque plus sur son bras. Il n'avait pas réussi à s'en réjouir.

Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,

C'était horrible. Depuis plus d'un an, il luttait de toutes ses forces pour contribuer à la chute du Seigneur des Ténèbres. Il avait toujours pensé qu'il mourrait avant d'avoir vu la fin de la guerre, même si une petite part de lui espérait quand même qu'il aurait la joie de goûter, ne serait-ce que quelques instants, à la liberté que lui donnerait la mort de son Maître.

Mais les Parques impitoyables lui avaient assigné le plus cruel des destins, celui auquel il n'avait pas pensé. Potter était mort, Lily était morte, le Seigneur des Ténèbres était pour ainsi dire mort, et lui, comme si de rien n'était, il était toujours là.

Curieusement, si la mort de Lily lui avait arraché le peu qui lui restait de cœur, comme il s'y attendait, celle de Potter ne le satisfaisait pas du tout, ce qui l'étonnait beaucoup plus. Il avait toujours cru que ce serait une bonne nouvelle, et ça n'en était pas une.

Le Prince d'Aquitaine à la tour abolie

Le vent fit apparaître de légères rides à la surface de l'eau. Severus suivit des yeux le mouvement d'une feuille morte qui flottait gracieusement, portée par les vagues, mais il ne la vit pas, trop obnubilé par ses sinistres pensées.

Était-ce le fait que Potter lui avait sauvé la vie ? Depuis presque cinq ans — mon Dieu, il n'y avait même pas cinq ans d'écoulés depuis sa sixième année ! — il avait toujours refusé d'admettre qu'il devait la vie à son pire ennemi. Il avait considéré que Potter voulait sauver avant tout les intérêts de ses précieux amis, le monstrueux loup-garou et l'infâme traître qui l'avait finalement livré au Seigneur des Ténèbres. Mais au fond, il savait qu'il devait réellement sa vie à Potter. Et il ne pourrait jamais s'acquitter de sa dette, maintenant. Au contraire, il faisait partie des responsables de sa mort, même si le véritable coupable était et serait toujours cette immonde crapule de Sirius Black.

À la pensée de Black, il fut à nouveau rempli de fureur. Black était leur Gardien du Secret ! Lui seul pouvait les trahir ! Et il n'était pas étonnant que personne chez les Mangemorts n'eût mis Severus au courant de l'identité du traître : il haïssait Black avec autant de force qu'il haïssait Potter, tout le monde le savait. On ne pouvait pas imaginer de les faire collaborer…

Severus voulait bien admettre qu'il était un monstre repoussant de laideur, tant extérieure qu'intérieure. Mais Black était pire que lui. Jamais le jeune Mangemort n'avait révélé ce qu'il savait des secrètes ambitions de Lucius au Maître, jamais il n'avait trahi la confiance de Regulus (si limitée fût-elle), jamais il n'avait voulu livrer les Potter à la mort. Mais Black, lui, n'avait pas hésité à offrir sur un plateau la tête de son meilleur ami au Seigneur des Ténèbres. Bon sang ! Les parents de Potter avaient accueilli cette ordure comme un second fils ! Il avait été témoin à son mariage ! Il était le parrain de son enfant !

Aucun Mangemort n'avait jamais atteint une telle noirceur, à part, peut-être, Bellatrix. Et encore, Bellatrix ne pouvait pas trahir d'ami proche : elle n'en avait pas. Severus ferma les yeux. Il espérait sincèrement que les Aurors n'hésiteraient pas à faire longuement souffrir Black avant de le tuer… ou plutôt, avant de laisser un Détraqueur l'embrasser. Ce sont les seuls baisers que tu mérites, sale rat, songea-t-il.

Le jeune homme ferma les poings, ses ongles entaillèrent ses paumes ; il ne s'en rendit pas compte. Il laissa la haine l'envahir et le sang couler le long de ses doigts. La violence de ses sentiments et de ses gestes lui donnait presque l'impression d'être vivant… Fixant l'horizon de ses yeux noirs, il murmura entre ses dents qui grinçaient tant il les serrait :

— Je te tuerai, Sirius Black, je te jure que je te tuerai.

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Depuis un couloir de l'école, Stella Sinistra observait son professeur de potions, perplexe. Elle avait pensé que la chute de Vous-savez-qui le réjouirait, puisque cela le libérait de sa tâche d'espion. Mais apparemment, il avait l'air encore plus déprimé. C'était vraiment étrange… Soudain, quelqu'un l'appela et elle se retourna pour se trouver face à une préfète de Serpentard.

— Qu'est-ce que tu veux, Greengrass ?

— Eh bien, je vois que tu observes Rogue. Tu sais pourquoi il est comme ça ?

— Non, répondit-elle en haussant les épaules. Pourquoi le saurais-je ?

— Aucune idée, mais d'après Baddock, en dehors des Serpentard, tu es la seule à ne pas le haïr complètement. Je me disais que tu en savais peut-être plus sur lui que les autres…, insinua la jeune fille.

— Et en quoi ça peut t'intéresser, ce que je sais ou non de Rogue ? Tu flashes sur lui, ou quoi ?

— Pff… Vous autres, Poufsouffle, vous avez toujours les idées les plus débiles qu'on puisse imaginer…

— Débile ou pas, je suis Préfète en Chef, dit Stella d'un ton sévère. Alors fais un peu attention à la façon dont tu me parles !

— D'accord, ça va ! Bon, j'ai quand même un truc sérieux à te dire.

— Ah oui ?

— Tu devrais aller voir Rogue pour lui dire d'arrêter de faire cette tête. Déjà que la moitié du collège pense que c'est un partisan de Tu-sais-qui… S'il a l'air de pleurer sa fin, ça ne risque pas de s'arranger !

— Vas-y toi-même ! Non mais sans blague ! C'est ton directeur de maison, je te signale, pas le mien !

— C'est toi la Préfète en Chef, comme tu viens de le rappeler ! Et je suis sûre que tu en sais plus long sur lui que tu ne veux bien l'admettre !

Stella lança un regard noir à sa camarade, sans aucune efficacité. Ce qui l'énervait le plus, c'était que Greengrass avait raison. Elle seule savait quel était le lien exact de Rogue avec les Mangemorts. Elle seule parmi les élèves pouvait aller le prévenir. Mais vu l'air meurtrier qu'il avait, l'idée lui paraissait complètement suicidaire.

— Et qu'est-ce que ça peut faire, si tous les élèves croient que c'était un partisan de Tu-sais-qui ? finit-elle par demander. De toutes façons, tout le monde le déteste déjà… et la guerre est finie !

— Tu sais combien il y a d'enfants de juges et d'Aurors, ici ? remarqua Greengrass avec colère. Tu as vraiment envie qu'ils dénoncent Rogue ? Qu'ils le fassent envoyer à Azkaban ?

— Ne sois pas ridicule, Greengrass. Le Magenmagot n'a pas besoin des élèves de Poudlard pour savoir où sont les suspects ! S'ils veulent arrêter Rogue, ils le feront, même s'il danse tout nu sur la Grande Table, complètement ivre, en chantant des chansons paillardes pour fêter la chute de Tu-sais-qui !

Il y eut soudain un moment de silence. Les deux filles se regardèrent, imaginant leur sombre professeur de potions, si sévère et si digne, danser tout nu sur la Grande Table une bouteille vide de whisky pur-feu à la main. Elles éclatèrent de rire. L'image leur paraissait tellement absurde ! Elle n'avait bien sûr aucun moyen de savoir que c'était à peu près ce que Severus avait fait trois ans plus tôt, lors d'une de ses premières orgies avec les Mangemorts… Il ne s'était plus jamais enivré par la suite.

— Écoute, Greengrass, dit finalement Stella. Je ne peux vraiment pas aller voir Rogue pour lui dire ça. Je n'ai aucune idée de ce qui l'afflige comme ça, mais je ne crois pas que ça ait de rapport avec Tu-sais-qui, à moins que…

Ses yeux s'agrandirent en pensant à une nouvelle possibilité.

— À moins que quoi, Sinistra ? demanda impatiemment la Serpentard.

— À moins que ce ne soit pas la mort de Tu-sais-qui mais celle des Potter… Je crois… je crois qu'ils étaient dans la même année que lui, à Poudlard.

— Hein ! Mais attends, Potter et Evans, — c'est bien elle sa femme ?

Stella hocha la tête pour confirmer.

— Ils étaient Préfets en Chef à un moment, non ? reprit Greengrass. Quand j'étais en deuxième année ?

— Ça doit être ça, dit simplement Stella.

— Mais alors, Rogue, c'est bien Servilus !

— Tais-toi ! souffla Stella, terrorisée.

Le surnom méprisant donné à Rogue par les Maraudeurs la faisait toujours frissonner de peur. La crainte que le jeune homme avait fait naître en elle alors qu'elle n'avait pas encore tout à fait douze ans ne s'était jamais effacée. Et tout ce qui évoquait ce souvenir la faisait renaître de plus belle. Elle avait même failli renoncer à passer son ASPIC de potions en voyant que c'était lui, le nouveau professeur.

— Si tu veux mourir, je te conseille de dire ça encore plus fort, ajouta-t-elle pour se justifier. Rogue déteste tout ce qui lui rappelle cette période.

— Et comment tu sais ça ? demanda Greengrass avec curiosité.

— Pas besoin d'être aussi futé que Dumbledore pour le deviner ! Si tu te rappelles de ce qu'il était il y a quatre ans…

— C'est vrai qu'il s'est pas mal amélioré, le pauvre ! pouffa Greengrass. Mais tu lui diras quand même de faire attention à son attitude, d'accord ?

— OK, je lui dirai, mais tu n'as pas intérêt à répéter un seul mot de cette conversation à qui que ce soit ! N'empêche que tu me le revaudras !

— Quand tu veux ma poule ! dit l'autre dans un éclat de rire : elle avait fini par obtenir ce qu'elle voulait, en bonne fille de Serpentard…

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Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Au bord du lac, Severus Rogue s'était laissé gagner par les souvenirs. Ses yeux sombres fixaient un horizon lointain et informe. Sans espoir et sans joie, il revoyait Lily Evans… elle avait toujours été un tel mystère pour lui !

Le petit garçon se précipitait dans les escaliers, désespéré. Son premier cours de magie, et il allait être en retard ! Mais pourquoi cette élève de septième année lui avait-elle donné un faux renseignement ? Elle avait pourtant l'air de détester Sirius Black, et l'avait félicité de s'être battu contre lui dans le Poudlard Express… Apparemment, ça ne suffisait pas à mériter la considération de Bellatrix Black…

Il donna un petit coup à la porte de la salle de cours et entra, le souffle court, les joues rouges.

Ah, dit le professeur de Potions, un gros sorcier déjà assez vieux qui répondait au nom de Slughorn. Vous devez être Mr Rogue, je présume ?

Severus hocha la tête, encore plus rouge, trop honteux de son retard pour pouvoir articuler sa réponse.

Eh bien, prenez place rapidement, mon garçon, dit gentiment le professeur. Nous allons commencer.

Severus leva les yeux vers ses camarades. Il n'avait pas très envie de s'asseoir à côté d'un des garçons de son dortoir : ils avaient passé la soirée à se moquer de la pauvreté de sa tenue, que Maman avait achetée d'occasion… Et ils le regardaient avec un tel dédain ! Severus avait décidé qu'il les détestait. Quant aux Gryffondor, n'en parlons pas : il s'était battu contre deux d'entre eux la veille… C'est alors qu'il vit une fille de Gryffondor, assise seule à une table. Elle lui faisait un large sourire et l'invitait de la main à venir la rejoindre. Dans ses grands yeux verts pleins de douceur, il ne vit ni le mépris ni la pitié auxquels il était habitué. Il prit place à côté d'elle, étonné et un peu inquiet.

Je m'appelle Lily Evans, et toi ?

Severus Rogue, répondit-il sans réfléchir.

Severus ? s'étonna sa voisine. C'est spécial, ça, comme prénom ! Tes parents doivent être sorciers, non ?

Oui, approuva le garçon qui ne tenait pas à souligner qu'il n'était qu'une « demi-portion de demi-sorcier » comme le lui avait aimablement fait remarquer la veille Evan Rosier…

Tu en as de la chance ! Chez moi, tout le monde est moldu… J'aurais bien aimé connaître plus tôt le monde magique, c'est tellement formidable !

Ce fut le début de leur drôle d'amitié. Severus n'était pas un garçon très sociable, Lily se moquait éperdument des préjugés en vogue dans le monde sorcier : il leur était égal de déplaire. À chaque cours de potions, ils se retrouvaient et travaillaient ensemble avec plaisir.

Mais chacun de leur côté, ils nouèrent d'autres liens. Severus devint le petit prodige de Lucius Malefoy, Lily se fit des amis (et des amoureux) en grand nombre. Eux deux ne se voyaient pour ainsi dire que pendant le cours de Potions. Lily était très douée, et Severus très studieux : ils faisaient une excellente équipe, même si Slughorn semblait croire que tout le mérite en revenait à la vive et charmante jeune fille qui était sans aucun doute son élève préférée.

Le jeune homme se rappelait avec nostalgie les moments de bonheur insouciant qu'il avait partagés avec Lily. Le jour où elle avait raté magistralement sa potion en quatrième année faisait partie de ses souvenirs mémorables.

Lily était horriblement enrhumée. Le puissant antidote qu'ils devaient réaliser n'était pas simple que cela, et Severus s'était concentré sur son chaudron au lieu de bavarder avec sa voisine. Quand il se décida à lui jeter un coup d'œil, il s'aperçut avec horreur qu'elle avait réussi à concocter une espèce de mixture étrange et gluante, dont l'odeur n'avait rien d'engageant.

Elle lui fit un sourire désolé.

Je dois vraibent être balade, renifla-t-elle bruyamment.

Oui, vraibent, approuva-t-il d'un ton moqueur.

Lily poussa un soupir faussement exaspéré et jeta une racine dans son chaudron. Severus se rendit compte une seconde trop tard de ce qu'elle venait de faire. Il n'eut même pas le temps de protéger son visage et se retrouva couvert de la substance indéfinissable qui reposait auparavant dans le chaudron de sa camarade. Il lui lança un regard assassin et ne reçut en réponse qu'un éclat de rire d'une franchise déconcertante.

Il voulut la faire taire, vexé, mais il ne le put. Lily ne se moquait pas de lui, elle trouvait simplement la situation tellement drôle ! Peu à peu, la gaieté communicative de son amie le gagna malgré lui. Il faut dire qu'elle était vraiment ridicule, avec toute cette matière gluante répandue sur elle tandis que son rire la secouait…

Soudain, pour la première de sa vie, Severus Rogue fut saisi d'un fou rire inextinguible, à la grande surprise du reste de la classe et du professeur. Les deux jeunes sorciers ne pouvaient plus s'arrêter : il leur fallut plus d'un quart d'heure pour se calmer. Slughorn, un large sourire aux lèvres, les avait envoyés dans le couloir pour qu'ils ne dérangent pas le reste des élèves.

Une fois qu'ils eurent enfin repris leurs esprits, Severus fit disparaître toute trace de la mixture. Il avait repris son air sérieux, mais une lueur nouvelle brillait dans ses yeux. Lily fit alors une chose qu'elle n'avait jamais fait et ne refit jamais : elle déposa un léger baiser sur la joue pâle de Severus.

Tu devrais rire blus souvent, Rogue. Ça te rendrait bresque boins laid, dit-elle avec la taquinerie amicale dont ils usaient l'un envers l'autre.

Cet épisode avait été l'apogée de leur amitié. Aux moments les plus sombres de sa vie de Mangemort, Severus s'était souvent demandé si ce souvenir n'était pas un simple rêve. Il n'arrivait pas croire qu'il sût rire.

Lily était tout ce que Severus ne pourrait jamais être : heureuse, vive, toujours prête à rire de tout, toujours attentive à ceux qui l'entourait… Elle n'avait pour ainsi dire aucune ambition personnelle : elle n'était pas en tête de classe et s'en fichait, alors que la concurrence était rude entre Potter, Black et Severus.

En fait, Severus ne lui trouvait qu'un seul véritable défaut : elle faisait trop facilement confiance et accordait son amitié à des imbéciles qui ne méritaient que son mépris. À commencer par le crétin qu'elle avait fini par épouser, d'ailleurs…

Severus soupira. Il ne comprenait pas un monde où il était possible que Lily Evans fût morte. Une bise glaciale soulevait gracieusement sa cape et faisait délicatement tournoyer sa robe. Quelques mèches de cheveux se soulevaient dans le vent. Il avait vraiment tout du héros romantique sombre et désespéré…

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé

Agacé par cette idée grotesque, le Mangemort poussa un nouveau soupir, plein de dédain cette fois, et fit brutalement demi-tour. Il ne savait pas où il allait ni ce qu'il pourrait y faire, mais il ne voulait plus rester là, comme une âme en peine.

De son pas rapide, il regagna l'entrée du château, en se demandant s'il serait très en retard au déjeuner. Il observa le ciel un moment et s'aperçut avec stupéfaction que l'après-midi tirait déjà sur sa fin : il avait donc passé tant de temps au bord du lac ?

Porte le soleil noir de la mélancolie.

Furieux contre lui-même et ses débordements ridicules et incontrôlés d'émotion, il secoua la tête. Par Merlin, qu'il était fatigué ! Il se sentait totalement vidé. Une partie de son esprit lui souffla que Pomfresh lui avait bien dit de rester allongé… Il décida de regagner sa chambre et de se coucher. Peut-être le sommeil lui apporterait-il un oubli consolateur ?

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Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Dans le Hall, il marcha sans rien regarder autour de lui. Aussi fut-il très surpris de s'entendre appeler.

— Professeur ? Professeur Rogue ?

Il se retourna, résigné, vers la petite Sinistra.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,

Stella, morte de peur, fut bouleversée en croisant le regard du Maître des Potions. Jamais elle n'avait rien vu de si sombre, de si noir, de si vide. C'était comme si l'homme en face d'elle n'avait plus eu le moindre sentiment en lui. De fait, elle aurait préféré subir sa fureur, comme elle s'y était attendue : il lui paraissait bien plus effrayant de devoir affronter quelqu'un qui ressemblait plus à un zombie qu'à un être vivant. Elle en oublia ce qu'elle voulait lui dire.

— Eh bien, Miss Sinistra, que voulez-vous ? demanda Severus sèchement.

Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,

La voix froide et doucereuse de son professeur ramena la jeune fille à la réalité. Si elle n'avait pas été terriblement angoissée à l'idée de ce qu'elle voulait lui dire, elle en eût été presque rassurée : Rogue était encore Rogue. Elle eut besoin de tout son courage pour oser prononcer sa prochaine phrase.

— C'est-à-dire, Professeur, enfin, vous comprenez, vous avez l'air — euh, comment dire ? — pas très content, alors…

— Miss Sinistra, mon humeur ne vous concerne pas, que je sache, répondit Severus avec une froideur qui laissait sentir sa colère naissante.

— Bien sûr, monsieur, mais vous voyez, certains se disent du coup que… quevousêtesmalheureuxqueVous-savez-quisoitmort, acheva-t-elle dans un souffle, les joues rouges, les yeux baissés.

— Excusez-moi ? répondit Severus de plus en plus mécontent. Si vous avez l'intention de me dire quelque chose, Miss Sinistra, ayez au moins l'intelligence de me permettre de l'entendre. Vos borborygmes n'ont pas le moindre rapport avec le langage articulé.

— Certains pensent que vous avez l'air de beaucoup regretter la disparition de Vous-savez-qui, reprit la jeune fille sans oser croiser le regard de son professeur.

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,

Severus, interdit, fixa un bon moment son élève. Son désespoir était si grand qu'il troublait son raisonnement et l'empêchait de comprendre où elle voulait en venir. Elle dut le sentir car, toujours sans le lever les yeux sur lui, elle précisa sa pensée.

— Tout le monde est content, vous voyez, sauf ceux qui espéraient la réussite de Vous-savez-qui, alors, vous comprenez, certains se posent des questions…

— Si je vous suis bien, Miss Sinistra, vous êtes en train d'insinuer que vos camarades me soupçonnent de faire partie des partisans du Seigneur des Ténèbres ?

Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

— Je pense que c'est exactement ce que Stella voulait dire, Rogue. Et je dois avouer que les élèves ne sont pas les seuls à s'interroger au sujet de votre comportement d'aujourd'hui.

Sinistra avait sursauté en entendant la voix de son Professeur de Défense contres les Forces du Mal. Severus fut touché de voir combien l'intervention de cette crétine de Tonks semblait gêner sa jeune interlocutrice. Il commençait à entrevoir son intention — elle voulait lui donner un conseil amical pour lui éviter de désagréables soupçons — et cette attention complètement inattendue lui faisait bien plus plaisir qu'il ne l'admettrait jamais. Il fut encore plus surpris de la voir prendre sa défense.

— Évidemment, je leur ai dit que le professeur Dumbledore savait ce qu'il faisait, et que sa confiance en vous devez leur suffire… lui dit-elle, négligeant son autre professeur qui l'interrompit.

— Le professeur Dumbledore n'est pas infaillible, remarqua Tonks.

— Professeur Tonks, déclara simplement Severus de sa voix la plus glaciale en manière d'avertissement.

Quelle idiote ! Elle lui tenait ce genre de propos tous les jours ou presque depuis la rentrée. Mais devant les élèves ! C'était inadmissible. Une idée cruelle frappa Severus et un dangereux semblant de sourire apparut au coin de lèvres.

— Voyez-vous, Miss Sinistra, il se trouve que je connaissais personnellement les Potter, comme d'ailleurs vous devez vous en souvenir.

— Rogue, vous détestiez James ! N'essayez pas de me faire croire que vous regrettez sa mort ! s'indigna Tonks, tandis que Sinistra le regardait avec surprise.

— Ah, professeur Tonks ! Vous savez bien qu'il y a une différence entre l'inimitié profonde et le désir de mort ! De fait, je n'ai jamais eu à me… féliciter d'avoir rencontré James Potter. Mais voyez-vous, cela ne signifie pas que voulais le voir finir d'une façon si cruelle…

— Que voulez-vous dire, Rogue ? Que pouvez-vous savoir de la façon dont les choses se sont passées ?

— Je ne sais rien avec certitude évidemment, Professeur, si ce n'est qu'on n'est jamais trahi que par ses amis.

Sinistra avait visiblement du mal à suivre la conversation. Elle avait l'air horriblement gêné des gens qui se trouvent là où ils ne devraient pas se trouver sans pouvoir s'en aller. Tonks avait froncé les sourcils, essayant apparemment de décrypter les paroles de Severus. Celui-ci décida de lui mettre les points sur les i.

— Voyons, Professeur Tonks, comment croyez-vous que Vous-savez-qui aurait retrouvé les Potter si l'un de leurs plus proches amis ne les lui avait vendus ?

— Rogue ! Je vous interdis d'insinuer des telles horreurs ! Jamais Sirius…

— Je n'insinue rien, Tonks, la coupa-t-il avec une froide colère. J'affirme. Votre cousin était le seul à savoir où se trouvaient les Potter

— Ce n'est pas vrai ! Vous mentez !

— Demandez donc à Dumbledore quand il rentrera, dit Severus en haussant les épaules. Il vous confirmera que les Potter avaient eu recours au sortilège de Fidelitas, et que leur Gardien du Secret était cette infâme crapule de Black. Bonne journée ! acheva-t-il en leur tournant le dos dans un mouvement élégant pour rejoindre l'escalier qui menait à ses cachots.

Il regrettait de ne pas avoir des yeux derrière la tête. Il aurait tant voulu pouvoir savourer sa victoire en se délectant de l'air horrifié et ahuri que devait arborer en cet instant sa collègue ! Mais il dut sacrifier ce plaisir à l'effet théâtral qu'il avait mis en place par sa sortie exagérément dramatique.

Severus se sentait beaucoup mieux. Blesser les autres était sans aucun doute une excellente méthode pour se remonter le moral ! La tentative maladroite de Sinistra pour lui signifier d'une part qu'il avait une attitude stupide, d'autre part, qu'elle se souciait de son sort lui paraissait désormais légèrement pathétique. Ah, ces Poufsouffle ! Ils étaient encore plus sentimentaux que les Gryffondor…

Il arriva devant le bas-relief du Léviathan, et d'un ton joyeux, lui donna le mot de passe :

Jormungandr !

Le Léviathan, un peu surpris, de cette bonne humeur exceptionnelle, le regarda avec un air soupçonneux avant de le laisser entrer, finalement bien obligé de reconnaître que c'était bien le sinistre directeur de Serpentard qui s'adressait à lui.

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— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Tout en soignant ses mains blessées — il s'était rendu compte avec surprise et dégoût des égratignures qu'il s'était infligées à lui-même sans s'en apercevoir —, Severus, pour la première fois de sa vie, envisagea l'avenir qui s'offrait à lui sans le Seigneur des Ténèbres.

On allait sûrement l'accuser d'avoir fait partie des Mangemorts. D'ailleurs, il pouvait compter sur ses chers « camarades » pour le dénoncer. Dumbledore arrangerait sans aucun doute les choses : il n'irait pas augmenter la population d'Azkaban. Par contre, selon toute vraisemblance, il ne pourrait pas quitter Poudlard. Il n'avait pas réussi à trouver un travail correct à la fin de ses études, il ne rencontrerait pas plus de succès maintenant, avec les lourdes accusations qu'on aurait fait porter sur lui.

Mais l'enseignement ne lui déplaisait pas, et somme toute, il ne s'était jamais senti aussi heureux qu'à Poudlard. Malgré les Maraudeurs, sa scolarité était la partie la plus heureuse de sa vie. Il avait acquis à cette époque tant de connaissances ! Il aimait tellement apprendre, étudier, expérimenter les théories qu'il mettait au point…

C'était aussi à Poudlard qu'on avait commencé à le respecter. Il avait dû gagner ce respect par la démonstration de ses talents, et il savait que les sorciers qui tenaient vraiment à la pureté du sang ne lui accorderaient jamais leur pleine estime, mais pour les autres, il était devenu quelqu'un de considérable. Quand les Maraudeurs n'étaient pas à proximité, personne n'osait se moquer ouvertement de lui. Maintenant qu'il était professeur, la peur qu'il inspirait avait encore augmenté, puisqu'il avait plus de pouvoir (et cette fois-ci, c'était un pouvoir légal !).

Il resterait donc à Poudlard, et d'ici quelques années, Dumbledore lui donnerait peut-être le poste qu'il désirait tant à la Défense contre les Forces du Mal…

Il eut un ricanement sinistre. Quelle ambition pitoyable que la sienne ! Que ses prétentions avaient diminué depuis sa jeunesse ! Mais il ne méritait sans doute pas mieux…

Pour s'occuper et éviter de retomber dans son deuil pathétique, il sortit les nombreuses notes qu'il avait prises au cours de ses recherches. Que devait-il en faire ? Tout ce qu'il avait inventé n'avait servi qu'à causer plus de malheur et de désespoir… Il eut envie de tout brûler. Mais c'était impossible : Lucius avait le double de tous les documents, il fallait conserver les descriptions des sorts et des potions, ainsi que leurs antidotes.

Severus prit un coffret de bois ouvragé et commença un tri méthodique. Il donnerait tout ce qui serait nécessaire à Dumbledore et brûlerait le reste. Certaines fiches étaient réellement obsolètes ou inutiles. En dix ans, il avait eu le temps de revenir sur ses premiers essais, pour les améliorer considérablement. Il avait créé plusieurs sorts plus ou moins nocifs, sans jamais oublier de développer le contre-sort correspondant. Il avait un peu moins de nouvelles potions : il avait toujours préféré les sortilèges, même si la beauté d'un chaudron où se constitue lentement une concoction aux effets puissants ne l'avait jamais laissé indifférent.

Avec un soupir, il regardait ses notes disparaître dans le coffret : il ne les publierait pas, il ne deviendrait jamais un de ces enchanteurs renommés dont tous reconnaissent avec admiration et envie le talent… Il préférait l'anonymat à la honte d'avoir si bien servi le Seigneur des Ténèbres.

Soudain, il aperçut dans la pile un vieux livre en assez mauvais état. Il le reconnut aussitôt. En apparence bien sûr, ce n'était que le manuel de potions de sixième année, par Libatius Borage. En réalité, il avait pour Severus une valeur inestimable. C'était le dernier cadeau de sa mère, son livre de prédilection, celui sur lequel il avait le plus travaillé.

Le jeune homme, serrant convulsivement l'ouvrage contre son cœur, se leva et se mit à marcher. Il ne voulait pas laisser ce livre n'importe où ! Il ne pouvait pas le montrer à Dumbledore, car trop de sorts dangereux y figuraient, mais il refusait de s'en séparer. Ses pas le portèrent vers sa salle de classe. Là, guidé par son souvenir, il ouvrit un placard et se pencha délicatement : il contenait bien des manuels oubliés et perdus. Severus posa le sien avec déférence. Personne ne le trouverait jamais dans une telle cachette !

Il regagna la pièce principale de ses appartements. Assis face au feu qui s'éteignait doucement, il se laissa à nouveau emporter par le deuil, et, immobile, il regarda toute la nuit sans les voir les braises rougeoyantes mourir l'une après l'autre.


Je suppose que je dois m'excuser : une si longue attente, un si long chapitre, et si peu d'événements...

Juste pour votre gouverne, le Pausilippe est le mont italien où Virgile (le plus célèbre des poètes latins) est enterré.

Quant à Jormungandr, son nom signifie "la grande baguette magique" : c'est le serpent marin géant qui entoure le monde des hommes dans la mythologie nordique. Thor le tue à grand coups de marteau lors du Grand Comabt de la fin du monde (le ragnarök) et lui tue Thor en le mordant de ses crochets venimeux.

Si vous trouvez Severus en deuil crédible, rassurez-moi : dites-le ! Si au contraire vous m'en voulez de l'avoir rendu ridicule, insultez-moi ! Si tout cela vous ennuie ou vous indiffère, plaignez-vous ! En un mot comme en cent : laissez-moi votre avis sur ce chapitre ! (siouplaît...)