Chapitre 9
Le lendemain matin, Roy fut soudain réveiller en sursaut par... des sauts, dans son lit. Il se redressa brusquement, faisant peur à l'enfant, qui se figea sur place. Ils passèrent un moment à se regarder dans les yeux, l'un stupéfait, l'autre amusé ; puis Edward sourit, et l'adulte entendit enfin la sonnerie du téléphone, dans l'entrée. Poussant un grognement de mécontentement, il enfila rapidement sa robe de chambre, et descendit bien vite répondre, le gosse sur les talons.
"Allô ?" fit-il, encore un peu endormi.
"Colonel, c'est moi."
"Lieutenant ? Pourquoi m'appelez-vous à cette heure ?"
"Nous avons des nouvelles des autres. Je pense que ce qu'ils ont à dire est encore plus intéressant que la dernière fois..."
"Et bien, passez-les moi."
Après quelques déclics, ce fut la voix de Falman qu'il entendit.
"Colonel ? Il s'est passé quelque chose... !"
"Allez-y."
"Le chef de gare a appelé l'hôpital hier soir : il y avait un homme blessé sur le pas de sa porte."
"Un survivant ?"
"Non, il venait d'arriver ; il n'était pas dans le train lors de l'accident. Mais le plus intéressant, c'est que... il vient de Xing !"
"Xing ? Vous en êtes sûr ?"
"Il ne parle pas très bien notre langue, mais après qu'il ait repris connaissance, tôt ce matin, nous sommes allés l'interroger, et il nous a fait comprendre qu'il avait traversé le désert. Il n'est pas étonnant qu'on l'ait retrouvé dans cet état."
"Vous a-t-il dit d'où venaient ses blessures ? Est-ce que c'était grave ?"
"Vous n'avez qu'à venir voir par vous-même, Colonel : il demande à vous parler."
Silence choqué dudit Colonel, tandis que l'enfant à ses pieds affichait un grand sourire.
"Colonel ?"
"Euh... oui. Je vais venir, laissez-moi un moment pour me préparer, et je prendrai le premier train pour Ten'i."
"Colonel, il demande aussi que vous lui rameniez l'enfant..."
"... !? ... oui, très bien."
Roy raccrocha rapidement. Edward souriait largement, visiblement ravi. Après une minute de réflexion, Roy décrocha de nouveau, et appela le QG.
"Oui ?"
"C'est le Colonel Mustang, passez-moi le Lieutenant-Colonel Hugues."
"Un instant, il vient de passer, je le rappelle..."
Deux secondes plus tard, Hugues répondit :
"Quoi de neuf ?"
"Tu n'as pas encore parlé à Hawkeye ?"
"Non, pourquoi ?"
"Les autres viennent d'appeler, il ont trouvé un homme, apparemment venant de Xing, qui dit vouloir me parler. Et d'amener Edward avec moi."
Un silence.
"Un piège des terroristes, tu crois ?"
"Je ne sais pas, mais c'est étrange, non ?"
"Tu vas retourner à Ten'i ?"
"Oh que oui. Et j'emmène Edward parce que je ne peux pas le laisser seul à Central alors qu'il nous reste moins de quatre jours pour attraper ces terroristes. Je pars directement, l'équipe qui est avec moi suffira à nous escorter jusqu'à la gare."
"Oui, tu peux faire confiance à Armstrong pour ça... !"
"Je t'appelle dès que je suis arrivé."
"Très bien. Sois prudent."
"Oui..."
Il raccrocha.
Dans la demi-heure qui suivit, il s'occupa de remplir les deux valises, faire déjeuner Edward, et envoyer un soldat acheter leur billet. Une fois à la gare, il laissa monter le garçon, surexcité, et se tourna vers Armstrong :
"Je suppose que si je vous dis de rester ici, pour donner l'illusion que je ne suis pas parti, vous allez refuser ?"
"Tout à fait !" fit le Commandant en sortant d'on-ne-savait où sa propre valise de voyage.
"... vous l'avez faite quand... ?"
"Avant de venir avec l'équipe de surveillance ! J'avais le pressentiment qu'elle servirait... !"
" ... "
Les deux militaires montèrent à bord, et retrouvèrent l'enfant à genoux sur une banquette, regardant par la vitre. Ils s'installèrent, et un peu plus tard, le train partit.
Le voyage ne dura pas longtemps, peut-être en raison du fait qu'Armstrong passa son temps à faire rire le petit blond en exhibant ses muscles. Edward semblait grandement apprécier la voltige, également... Sous le regard presque désespéré de Mustang, il joua tout le temps du trajet avec le géant chauve, qui semblait lui aussi bien s'amuser... au grand désespoir du Colonel...
Lorsque le train arriva, quelques heures plus tard, à Ten'i, ils constatèrent que les autres les attendaient. Il y avait également le chef de gare à leur côté, qui raconta à nouveau ce qui s'était passé la veille au soir. Pendant que les adultes discutaient, Edward s'accrochait à la manche du Colonel, et cherchait autour de lui la direction de l'hôpital. À un moment, il tira si fort que l'homme partit sur le côté, ne s'y attendant pas ; Roy se rattrapa de justesse, et reprit la main du garçon.
"Dis-donc, tu peux attendre un peu ? On est en train de discuter... !"
"Kare wa watashi wo machikogarete imasu !"(1)
"... hein ?"
Edward tira encore sur la manche, et Roy capitula, suivi par les autres. Ils se rendirent donc tous ensemble à l'hôpital ; à la réception, Breda indiqua qu'ils allaient voir le nouveau patient, et ils montèrent sans problème. Arrivés devant la chambre, Falman reprit :
"Il ne nous a dit ni son nom, ni d'où il venait exactement ; juste qu'il avait traversé le désert et qu'il devait vous parler. Nous n'en savons pas plus. Il se pourrait très bien que ce soit un piège, comme vous le disiez. Il est vraiment étrange qu'il vous connaisse, n'est-ce pas ?"
"Pourquoi ? Le Flame Alchemist n'est-il pas célèbre ?"
"Non-non-colonel-ce-n'est-pas-ce-que-je-voulais-dire !!"
"Du calme, Falman... Restez là, je vais lui parler seul à seul."
Roy poussa la porte, laissant les autres derrière lui. L'homme était allongé dans le lit aux draps blanc ; son crâne était recouvert de bandages, ainsi que son flanc droit ; son bras droit était plâtré, et il avait de nombreuses autres coupures un peu partout, pansées. Plusieurs perfusions s'écoulait dans l'unique aiguille planté juste avant le plâtre, et il avait les yeux fermés, comme s'il dormait. Roy s'avança dans la pièce, mais au moment de refermer la porte, un éclair blond jaillit à sa suite, et cria :
"PAPA !!"
L'homme releva aussitôt la tête, et eut un large sourire ; Roy, planté devant la porte, la main sur la poignée, regarda l'enfant grimper sur le lit, et l'homme l'enlacer de son bras valide...
"Alors, vous êtes le père du gamin... ?"
Assis sur l'unique chaise de la pièce, les bras croisés, Roy fixait l'homme blond d'un regard suspicieux ; Edward était couché contre lui, les yeux fermés et un doux sourire sur son visage.
"On peut dire ça, oui..."
"Vous parlez plutôt bien notre langue, en fait..."
"J'ai déjà vécu à Amestris. Je connaissais beaucoup de monde, un peu partout."
"D'où venez-vous ?"
"De Xing."
"Vous n'avez pas la tête d'un xinois. Quelles sont vos origines ?"
"Je pense que cette histoire est trop longue... Je ne veux pas-"
"J'ai tout mon temps." coupa le colonel.
L'homme soupira longuement, semblant réfléchir.
"Vous pourriez commencer par me donner votre nom... ?"
"Hum, oui, pourquoi pas... On me connaît un peu partout sous le nom de Van Hohenheim. Mon vrai nom est trop compliqué..."
"Alors, Hohenheim... racontez-moi un peu cette histoire... !"
(1)littéralement : "Il est en train de m'attendre !" ou "Il m'attend (impatiemment) !"
