- Titre : La Fleur du Shinigami
- Auteur : Shinigami's Bride
- Genre : Romance, yaoï
- Couple : 2x1
- Disclaimer : Les personnages de Gundam Wing ne m'appartiennent pas ( malheureusement pour moi TT ), l'histoire appartient à l'auteur Shinigami's Bride ( c'est-à-dire moi si vous avez pas encore tilté xD ).
- Petit mot de l'auteur : Une fois de plus, j'ai failli à ma promesse de publier au plus tôt ce chapitre. Je vous prie de m'en excuser. J'espère toutefois qu'il vous plaira.
Je tiens à dire un grand merci à ceux et celles qui m'ont reviewé dans le chapitre précédent et tout particulièrement, j'aimerai remercier x-shinigami-x pour ses précieux conseils.
Bonne lecture !
Chapitre 10
Manoir Whitemore, deux mois plus tard.
- Kyle ! Kyle ! Mais où il est, bon sang ! s'écria un petit blond passablement énervé.
Il parcourut d'un pas rapide chaque couloir, chaque pièce où il pensait trouver son cousin mais ses recherches s'étaient révélées infructueuses jusque là.
- C'est bien lui de disparaître comme ça alors qu'on est sur le départ, maugréa-t-il. Si je le trouve et qu'il n'est pas prêt, cousin ou non, je le dérouille.
C'est sur ces paroles très conviviales que Lukas croisa son père au détour d'un couloir. Ce dernier se dirigeait vers son bureau avec une pile de dossiers qu'il inspectait tout en marchant pour s'assurer de n'avoir rien oublier et fut surpris de trouver son fils de si méchante humeur.
- Quelque chose ne va pas, Lukas ? lui demanda-t-il.
- Non, tout va bien si on prend en compte que ça fait plus d'une heure que je cherche mon impossible cousin dans tous les recoins de la maison sans succès, ironisa-t-il, au bord de la crise de nerf.
- As-tu essayé le bureau de son père ? le questionna-t-il.
Lukas se tut, incapable de prononcer un mot avant de se taper le front.
- Mais quel idiot je suis ! C'est évident qu'il y est puisque c'est le seul endroit où je ne mets jamais les pieds.
Il se fustigia encore sous le regard attendri de son père.
Avisant l'heure tardive d'un regard sur sa montre, ce dernier interrompit son fils dans ses reproches.
- Vas plutôt le chercher au lieu de te traiter de tous les noms. L'heure tourne et il ne faudrait pas que vous arriviez en retard, dit-il avec un sourire amusé.
Lukas reprit ses esprits à ces mots.
- Oui, Père. Tu as raison et j'y vais de ce pas.
Il salua son père et se mit à courir dans les couloirs à la recherche de ce fameux bureau. Alexander le regarda s'éloigner avant de reprendre le chemin de son propre bureau avec un petit sourire ravi.
Après une course effrénée à travers tout le manoir, Lukas parvint enfin à la porte tant convoitée. Courbé en se tenant les genoux, il prit un instant pour reprendre son souffle. Puis il se redressa et examina la porte. Pour il ne savait quelle raison, elle lui avait toujours inspiré une grande crainte. Depuis son plus jeune âge, il l'avait soigneusement évité, ressentant une drôle d'impression à l'idée que la pièce qu'elle renfermait avait appartenue à un mort et n'avait jamais osé y entrer.
Mettant de côté ses appréhensions, il se saisit de la poignée d'argent et la tourna d'un geste vif. Puis il pénétra dans la pièce, bien décidé à régler ses comptes avec son cousin.
Mais il se figea devant le spectacle qui se dressait devant ses yeux. Ce n'était pas tant la taille imposante de la pièce qui l'impressionna, le bureau de son père étant identique en superficie, ni la décoration sobre et élégante de la pièce.
Non, ce qui le fit se stopper fut l'immense portrait qui trônait sur le mur en face de lui. Sur celui-ci figurait un homme de belle prestance, brun aux yeux bleus hypnotiques, se tenant aux côtés d'une belle jeune femme aux cheveux châtains assise sur un fauteuil, un regard améthyste très tendre et un sourire chaleureux flottant sur son visage.
Lukas les avait vu assez souvent en photo pour les reconnaître instantanément. C'étaient les défunts parents de Kyle. Parents que ce dernier n'avait jamais réellement connu.
A cette constatation, son coeur se serra. Lui avait toujours les siens. Il avait un père aimant, toujours là pour lui, et une mère attentionnée, toujours soucieuse de son bien-être. Il n'avait manqué de rien durant son enfance et aujourd'hui encore, ils étaient toujours auprès de lui.
Mais Kyle, lui, n'avait jamais connu ça. Il n'avait jamais eu le bonheur de voir l'éclair de fierté dans les yeux de son père quand il avait reçu une bonne note. Il ne connaissait pas la tendresse des étreintes d'une mère après un cauchemar. Ni la joie d'être entouré de ses parents pour son anniversaire.
Lui, il avait eu tout ça et il ne savait quoi penser.
Son cousin en souffrait-il ou est-ce que l'ignorance l'en préservait ?
En baissant les yeux, il le vit accoudé au bureau, le visage tourné vers le tableau, et la féline Shadow se tenait fidèlement à ses côtés. De lui, il ne voyait que le dos et la queue de cheval qui s'y trouvait continuellement depuis qu'il le connaissait. Mais, dans son fort intérieur, il devina que le regard envoûtant de son cousin devait être tinté d'une grande tristesse comme à chaque fois qu'il pensait à ses regrettés parents.
Toutes ses remontrances à l'égard de celui-ci fondirent comme neige au soleil en le voyant ainsi. De plus, il hésita à lui signaler sa présence, ne voulant pas interrompre son reccueillement.
Comme s'il avait entendu ses pensées, ce dernier prit la parole et lui dit d'une voix douce :
- Je vais bien, Lukas.
Celui-ci sursauta, ne s'attendant pas du tout à l'entendre lui parler.
Dans un mouvement lent, Kyle se retourna. Ses fins cheveux d'un noir profond suivirent le mouvement, se balançant dans son dos. Les quelques mèches de sa frange masquaient son regard à la vue du blond mais elles furent balayées d'un hochement de tête, dévoilant aux yeux de tous un regard améthyste troublant.
Lukas eut une fois de plus le souffle coupé en croisant le regard de son cousin. La première fois qu'il y avait plongé le sien, il n'en avait pas cru ses yeux.
Cela remontait à deux mois maintenant, juste après leur retour de la mission Quatre Raberba Winner...
Flash-back
- Bon alors, Kyle ! Qu'est-ce que tu as de si urgent à me révéler sur ton passé qui requiert la présence de mon père ?
Lukas avait dit ces mots en s'installant confortablement dans le canapé faisant face au bureau de son père. Ce dernier était assis à celui-ci tandis que Kyle se tenait entre le bureau et le canapé. La tête résolument baissée, il n'arrivait pas à calmer les battements effrénés de son coeur. Comment son jeune cousin allait prendre ses révélations ? Son appréhension n'avait d'égal que la peur de perdre à jamais la confiance de son petit frère de coeur.
Alexander observait les réactions de son neveu avec une grande attention. Ce qu'il s'apprêtait à faire n'était pas chose aisée et il ne pouvait s'empêcher de craindre pour la suite. Qu'allait-il advenir de la relation entre les deux cousins après ça ?
Lukas regarda alternativement son aîné et son père. Il ne comprenait pas leur attitude. Ce n'était pas normal. Mais, alors qu'il allait réitérer sa question, Kyle s'éclaircit la gorge et lui dit :
- Lukas, te souviens-tu de ce que ton père t'a dit à propos de ma "formation" ?
- Euh oui... Tu es allé dans un de nos centres d'entraînement à l'étranger et tu n'en es sorti que depuis quatre ans. Pourquoi tu me demandes ça ?
- Pour la simple raison que je ne suis jamais allé dans un centre d'entraînement avant de venir vivre avec vous, déclara-t-il gravement.
- Ah bon ? demanda-t-il, de la surprise dans la voix. Où étais-tu dans ce cas ?
Kyle hésita une seconde avant de répondre.
- A la guerre.
Ces trois mots prononcés, un silence de mort s'installa dans la pièce. Choqué, Lukas laissait son esprit digérer l'information.
- Co... Comment ça ? Tu as participé à la guerre ? Comment est-ce possible ? dit-il, éberlué.
- Pour que tu comprennes, je dois d'abord te raconter une histoire. Es-tu prêt à l'entendre ? lui demanda-t-il en le fixant gravement de ses orbes saphirs.
Le blond acquiesça de la tête et se redressa sur le fauteuil, prêt et attentif. Kyle prit une profonde inspiration puis, le regard encré dans celui de son cadet, il commença son récit.
- Il y a bien longtemps, un petit garçon vivait heureux avec son père et sa mère. Ceux-ci le chérissaient énormément et il ne manquait de rien, le bonheur complet. Mais un jour, alors que ses parents et lui étaient en voyage sur L2, ils eurent un grave accident de voiture. Les parents du petit garçon ne survécurent pas à ce drame alors que lui, il avait eu la chance d'être éjecté de la voiture et n'avait eu aucune blessure. Cependant le choc l'assomma et il s'évanouit. Quand il se réveilla, il était seul allongé au milieu d'un terrain vague. Choqué et désorienté, le petit garçon erra longtemps dans les rues malfamées de la colonie. Epuisé, il s'assit au pied d'un vieil immeuble délabré et attendit. Quoi, il ne savait pas mais il resta là sans bouger, pendant un temps qui lui parut une éternité. Quand un autre petit garçon passa devant lui et s'arrêta en l'apercevant. Intrigué par la vue de ce petit bout de choux complètement seul, il lui demanda son nom et où se trouvaient ses parents. Mais à cause de l'accident, le petit garçon avait oublié son nom et ne put lui répondre. Ne voulant pas le laisser seul, l'autre garçon répondant au nom de Solo emmena le petit garçon dans son repaire où il avait rassemblé tout un groupe d'enfants dans la même condition que lui, livrés à eux-même et incapable de subvenir à leur besoin. Il décida de le garder avec lui et lui donna un nouveau nom : Duo.
A l'entente de ce nom, Kyle vit clairement son cousin écarquiller légèrement les yeux et retenir son souffle pendant cinq secondes. N'obtenant aucune protestation, Kyle continua.
- Solo lui apprit à voler pour subvenir aux besoins de leur clan. Il se révéla extrêmement doué dans ce domaine et devint un atout essentiel pour leur communauté. Il vécut cette vie d'enfant des rues pendant plus de sept ans. Puis un jour, une grave épidémie toucha la colonie. Ne pouvant se payer les médicaments pour se soigner, les enfants du groupe moururent les uns après les autres. Duo assista impuissant à l'hécatombe de ses amis jusqu'à ce qu'il ne resta plus que Solo et lui. Celui-ci n'échappa pas à l'épidémie et rendit son dernier souffle dans les bras de son protégé. Une fois de plus, le petit garçon avait perdu sa famille.
Lukas sentit la tristesse dans la voix de son cousin. Il ne pouvait imaginer combien cela avait dû être pénible d'assister à la mort de ses proches et ne rien pouvoir faire pour l'empêcher. Son coeur se fit lourd à cette constatation. Mais il ne savait pas encore que le pire restait à venir.
- Duo dut se débrouiller seul, complètement livré à lui-même, reprit Kyle. Il multiplia les vols afin de survivre et apporta son aide aux gens dans le besoin. Un jour qu'il n'avait rien trouvé pour se nourrir, il pénétra par effraction dans une église. Mais alors qu'il allait repartir, le prêtre de celle-ci le surprit et l'empêcha de s'enfuir. Une fois qu'il l'eut coincé, il lui demanda son nom et pourquoi il avait voulu voler l'église. Pris au piège, Duo fut obligé de tout lui dire et lui raconta son histoire. Le prêtre n'eut pas le coeur de le laisser partir et décida de l'emmener dans l'orphelinat adjacente à l'église. Là, il confia l'enfant à Soeur Hélène, la bonne soeur qui avait la charge de l'établissement. Entouré par ces personnes bienveillantes, Duo décida de rester et sa vie ne fut plus qu'instants de bonheur.
Pendant deux ans, il put vivre de nouveau une vie insouciante, n'ayant plus à s'inquiéter de son sort, et s'employa à apporter son aide au prêtre qui l'avait reccueilli pour le remercier. Pourtant, son bonheur prit fin de la plus cruelle des manières. Alors qu'il était parti faire des courses pour l'orphelinat, il découvrit avec horreur le spectacle le plus effroyable de sa vie. Juste devant ses yeux se tenaient les ruines de l'orphelinat et de l'église qui avaient été ravagés par un immense incendie. Il apprit qu'il n'y avait eu aucun survivant à la tragédie et son monde s'écroula à nouveau. Comme une malédiction, la Mort avait emporté les êtres qu'il chérissait plus que tout au monde. Pour ne jamais oublier et porter le poid de son destin, il prit le nom de l'église et naquit ce jour Duo Maxwell. Son refuge détruit, il dut reprendre son ancienne vie mais deux ans plus tard, il rencontra par hasard un scientifique qui lui proposa de devenir pilote de MS en vue d'une opération visant à libérer la Terre et les colonies de l'Organisation Zodiacale, cette même organisation responsable de la destruction de l'Eglise Maxwell. Il accepta et fut envoyé sur Terre aux commandes d'une nouvelle armure faite à base de gundamium qu'il baptisa Deathscythe. Il rencontra ensuite quatre autres pilotes comme lui et ensemble ils combattèrent pour la liberté. A force de combats acharnés et de lourdes pertes dans les deux camps, OZ fut détruite et la paix fut instaurée dans la galaxie. Entre-temps, Duo apprit la vérité sur ses origines et choisit de disparaître afin de retrouver sa vraie famille, faisant croire à sa mort dans un accident de la circulation sous les yeux de ses coéquipiers. Ce jour-là, Duo Maxwell mourut et Kyle Whitemore put revoir le jour. La suite, tu la connais déjà.
Après cela, Kyle se tut et attendit. Le visage de son cadet affichait une expression partagée entre la surprise et l'effroi. Il patienta, craignant sa réaction qui n'allait plus tarder.
Alexander n'était pas mieux que lui et attendait fébrilement la réponse imminente de son fils.
Finalement, Lukas retrouva une expression normale et posa son regard sur son aîné. D'une voix hésitante, il osa dire ce qui lui traversait l'esprit.
- Si j'ai bien compris, tu es Duo Maxwell. Mais c'est impossible ! J'ai vu les photos de Quatre et vous êtes très différents. C'est vrai qu'il y a un air de ressemblance mais lui a les cheveux châtains et les yeux violets alors que toi, tu es brun et tes yeux sont bleus. Tu ne peux pas être lui, c'est IMPOSSIBLE !
Kyle eut un sourire amer en entendant les paroles de Lukas. Il ne pensait pas devoir en arriver là mais il n'avait pas le choix s'il voulait le convaincre. Il lui tourna le dos et amena ses mains à son visage.
De son point de vue, Lukas ne put voir ce qu'il faisait et s'interrogea sur ses agissements. Quand il vit son cousin baisser les bras, ce dernier laissa tomber quelque chose de sa main droite. Sur le tapis blanc du bureau, il put apercevoir deux minuscules formes circulaires de couleur bleu. Là, il écarquilla les yeux en les identifiant : des lentilles de contact.
Puis le corps de son cousin se mouva et lui fit face. Il leva les yeux vers son visage et son coeur manqua plusieurs battements en réalisant le changement. Les yeux de son aîné n'étaient plus de la même couleur. Au lieu de la teinte qu'il leur avait toujours connu, ils étaient maintenant d'une couleur envoûtante, un bleu électrique tirant sur le violet semblable à un coucher de soleil.
Devant le mutisme de son cousin, Kyle se permit d'ajouter :
- Pour mes cheveux, c'est de la teinture. Tous les trois mois, je prétexte un entraînement ou une séance de méditation pour être seul et je refais ma coloration. Sinon, tu aurais remarqué depuis longtemps que ma véritable teinte de cheveux n'est pas le brun mais bel et bien le châtain.
Là, le jeune homme sembla se réveiller puis posa son regard sur son père. Hésitant, il lui demanda avec réticence :
- Tu étais au courant ?
L'homme ne sut quoi dire pour et se contenta de hocher positivement la tête.
Tout à coup, le blond se leva brusquement et explosa.
- Pourquoi ? Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? Pourquoi avoir garder le secret pendant tout ce temps et pourquoi me le révéler aujourd'hui ? Expliquez-moi !
- Ecoute-moi, Lukas, intervint son père. Je comprends ton étonnement et je ne t'en tiendrais pas rigueur si tu devais nous en vouloir de t'avoir caché la vérité.
- Vous en vouloir ? reprit-il avec colère. Vous n'avez pas idée de ce que je ressens. J'apprend que les deux personnes en lesquels j'ai le plus confiance m'ont caché que l'un d'eux est un ancien pilote de gundam déclaré mort il y a quatre ans. Comment voulez-vous que je prenne cela ?!
- Mal, j'en conviens. Mais laisse à Kyle le soin de t'en expliquer les raisons et ensuite tu pourras juger de ce qu'il convient de faire. T'en sens-tu capable ?
Lukas se tut et fixa les deux hommes face à lui. Malgré son ressentiment et sa colère bouillonnante, la vue de leurs mines défaites et le regard implorant de son cousin l'encouragèrent à accepter de l'écouter. Il reprit place sur le fauteuil et, d'un signe de tête, il donna son accord.
Kyle sut que c'était là sa seule chance s'il ne voulait pas le perdre. Il inspira profondément et exposa sa plaidoirie.
- Si je ne t'ai rien dit sur mes origines, c'est pour la simple raison que je trouvais cela inutile. Ne prend pas cela dans le mauvais sens, mon intention n'était pas de te blesser. Tout ce que je voulais, c'était oublier. Oublier tout ce qui se rapportait à la guerre, aux gundams et surtout, tout ce qui se rapportait de près ou de loin à Duo Maxwell. Je voulais tirer un trait sur cette partie de ma vie et je n'ai trouvé que cette solution. Une fois mort, je n'avais plus rien qui m'empêchait de redevenir celui que j'aurais toujours dû être. Je suis Kyle Whitemore, je l'ai toujours été et le resterai jusqu'à la fin de mes jours. Point barre.
- Mais ce sont tes amis, objecta le blond. Comment as-tu pu les laisser sans un regard en arrière alors qu'ils tiennent beaucoup à toi ?
- Aussi étrange que cela puisse te paraître, répondit-il, je suis le premier étonné de l'attachement qu'ils me vouent. A l'époque où nous étions ensemble, je n'étais pas sûr de pouvoir les désigner comme mes "amis". Nous nous entendions bien, certes, mais on ne pouvait pas appeler ça de l'amitié. J'étais proche de Quatre mais je considérais qu'il l'était avec tout le monde. Wufei me méprisait, Trowa m'ignorait et Heero me dénigrait sans cesse. J'étais considéré comme le bouffon de service, un gamin complètement immature, et un simplet. Je me sentais comme la cinquième roue du carrosse. J'avais l'espoir qu'un jour, nous serions devenus de vrais amis, mais il a été vite balayer quand celui que j'estimais le plus a clairement affirmé que je ne serais JAMAIS un ami à ses yeux. Ce jour-là, j'ai compris que je ne devais plus m'accrocher à cette chimère et j'ai pris la décision de disparaître. Tu peux trouver ça lâche mais je ne regrette pas de l'avoir fait. C'est toujours le cas aujourd'hui et je ne reviendrai jamais sur ce point.
Après ces paroles, Kyle se tut et laissa son cousin analyser ce qu'il venait de lui révéler. Pour la première fois depuis longtemps, il ressentit ce sentiment qui vous serre les entrailles à n'en plus finir et vous tiraille le coeur jusqu'à l'explosion : la peur. N'y étant plus habitué, il ne sut ce qui l'empêchait de trembler de tout son corps et de pleurer son désespoir. L'entraînement sans doute. Sa patience mise à rude épreuve fut satisfaite quand un éclair se fit dans le regard de son cadet et qu'il le fixa, les yeux plein de malice.
- Se faire passer pour mort est interdit par la loi, tu le sais ça ? fit-il remarquer avec un léger sourire.
Le brun se retint de sauter de joie en entendant cette question.
- Oui mais dans mon cas, ça ne l'est pas, lui dit-il en répondant par un autre sourire, amusé. Selon l'état civil, Kyle Whitemore n'a jamais été déclarer mort et Duo Maxwell n'a jamais existé. Les seuls qui me connaissent sous ce nom sont mes anciens coéquipiers et mon ancien mentor. Je ne suis donc pas un hors-la-loi.
Suite à cette réponse, Lukas se leva et vint étreindre son cousin. Celui-ci le serra avec force en soupirant de soulagement. Il était heureux, Lukas le comprenait et lui avait pardonné. Cette conclusion se vérifia quand le blond lui chuchota à l'oreille :
- La prochaine fois que tu me caches un truc aussi énorme, je te tue.
- J'en prend note, lui dit-il sur le même ton.
- Si tu as besoin de parler, je serais toujours là pour t'écouter. Même si c'est insignifiant, promets-le-moi !
- Je te le promets, Little Brother...
Fin du Flash-back
Deux jours après sa confession, Kyle s'était absenté. Il avait eu besoin de temps pour se remettre, aussi bien physiquement que mentalement, et refaire le point dans un lieu connu de lui seul. Trois semaines plus tard, il était revenu plus en forme que jamais, son air impassible intact mais il se montrait plus ouvert et il ne mettait plus ses lentilles quand il était au manoir.
Mais pendant ce laps de temps, Lukas avait reçu plusieurs appels destinés à son cousin et tous venant de la même personne : Heero Yuy. A chaque fois, il avait dû lui dire qu'il était absent et qu'il ne reviendrait que dans un délai indéterminé.
A son retour, il l'en avait informé mais son aîné n'en eut cure et ne répondit jamais aux autres appels. Il ne comprenait pas son obstination à ne pas vouloir reprendre contact avec le japonais et les anciens pilotes, surtout après la scène du cimetière. Mais il ne pouvait rien y faire, son cousin ayant décidé de tirer un trait définitif sur cette partie de sa vie. C'était son choix et il devait le respecter.
La voix de ce dernier l'arracha à ses pensées.
- Tu me cherchais ?
- Euh...Oui ! se reprit-il. Tout est prêt et il ne manque que toi.
- Ah ! fit-il, étonné. Je suis désolé, je n'ai pas vu l'heure passer.
- C'est pas grave mais il serait temps d'y aller, sinon on va être en retard.
- Tu as raison, allons-y, dit-il en contournant le bureau et en se dirigeant vers la sortie, sa panthère sur ses talons.
Lukas le suivit avec un petit sourire. Il ne pouvait décidément pas lui en vouloir. Depuis son retour, le brun avait pris pour habitude de s'isoler dans le bureau de son défunt père et d'y rester pendant des heures. Il savait ces moments très important pour lui et comprenait qu'il eut oublié l'heure.
Ils parcouraient tranquillement le couloir en direction de l'escalier quand il firent une rencontre étonnante et pour le moins imprévue.
- Tiens, voilà les deux hommes de ma vie, dit une voix chantante aux accents féminins.
Les deux cousins se tournèrent d'un même mouvement et firent face à une femme d'une trentaine d'années, de longs cheveux blond cendré lui coulant dans le dos jusqu'aux reins, les yeux verts soulignés par un fin trait d'eye-liner, une taille fine et svelte mise en valeur par une robe longue vert d'eau. Elle les regarda avec des yeux remplis de tendresse et leur sourit.
Lukas lui répondit par ce même sourire et lui dit, la voix enjouée :
- Bonjour, Mère !
Celle-ci vint aussitôt l'embrasser, laissant de légères marques de rouge à lèvres sur les joues de son fils.
- Bonjour, mon chéri, répondit-elle. Bonjour à toi aussi, Kyle.
- Bonjour à vous, ma tante, lui dit Kyle en la saluant d'un hochement de tête.
- Kyle, combien de fois devrai-je te dire de m'appeler Wilhelmina et non ma tante ? le gronda-t-elle sur un ton faussement vexé.
- Encore beaucoup, j'en ai peur, ricana-t-il.
Wilhelmina Whitemore, une femme charmante dont il avait fait la connaissance quelques jours après son arrivée dans la famille. Cette femme du monde, originaire d'une des familles les plus nobles d'Angleterre, enchaînait rendez-vous sur rendez-vous, slalomant entre galas de charité et soirées mondaines. Elle n'était pas souvent au manoir mais se montrait une mère aimante et une parfaite épouse lors de ses retours au bercail. Elle s'était montré très chaleureuse avec lui depuis le début et il s'amusait à la houspiller en s'obstinant à ne jamais l'appeler par son prénom comme il le faisait avec son oncle.
- Passons ! conclut-elle. Je te pardonne pour cette fois encore. A propos, que faites-vous là ? Vous comptiez sortir ?
- Oui, nous sommes invités chez les Campbell, lui expliqua Lukas.
- Les Campbell ! s'exclama-t-elle, ravie. C'est fabuleux ! Cela fait une éternité que je ne les ai pas revu. Vous les saluerez de ma part, d'accord ?
- Bien-sûr, lui assura Kyle. Maintenant, excusez-nous mais nous devons partir.
- Oui, tu as raison, approuva-t-elle. Je vous retarde, allez-y tout de suite, je ne vous retiens pas plus longtemps.
- On se revoit à notre retour, Mère, s'écria Lukas en partant.
Celle-ci acquiesça d'un hochement de tête et les salua de la main avec ce sourire tendre toujours sur son visage. Lukas et Kyle se dirigèrent vers le rez-de-chaussé et sortirent par la porte principale. Là, Preston les attendait, tenant la portière arrière de la limousine prête à partir. Après une dernière caresse à l'intention de sa féline adorée, l'aîné des cousins s'avança jusqu'à la voiture. Kyle eut un sourire en passant devant le chauffeur, sourire qui lui fut rendu avec la même intensité, et s'installa dans la voiture. Quand Lukas passa devant lui à son tour, celui-ci eut un sourire amusé en le regardant et lui montra ses joues en lui disant :
- Vous avez du rouge là, Mr Lukas.
A ces mots, Lukas rougit plus fortement que jamais, les marques paraissant plus claires par rapport à son teint cramoisi. D'un geste énergique, il s'essuya les joues en marmonnant des paroles incompréhensibles à l'intention d'une mère vraiment impossible.
Une fois les deux passagers installés, Preston reprit sa place et mena la limousine jusqu'au portail. Alors que la voiture passait la grande grille aux initiales de la famille, Lukas interpella son cousin.
- Au fait, tu ne m'as toujours pas dit ce que tu lui préparais à ta petite fleur. Vas-tu te décider à me le dire ?
A cette demande, Kyle eut un sourire énigmatique et se contenta de répondre cette simple phrase :
- Ca, c'est un secret.
Puis il se tourna vers sa fenêtre et observa le paysage. Devant cette attitude, Lukas comprit qu'il n'obtiendrait rien de plus et se résigna à faire de même mais avec un sourire enjoué et une unique pensée en tête :
- Vivement qu'on arrive !
Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres de là, d'autres personnes se préparaient à partir.
Devant le porche de la demeure des Peacecraft, une jeune fille d'environ vingt ans, de taille moyenne, les cheveux châtain clair lui arrivant jusqu'aux reins, les yeux bleus, vêtue d'un tailleur rose pâle, fulminait aux côtés d'un jeune homme de 25 ans, grand, de longs cheveux blond platine lui frôlant les genoux, les yeux d'un bleu glacial, portant sur lui un costume gris perle, tentant de calmer cette dernière.
- Voyons petite soeur, cesse de t'agiter. Il ne va pas tarder à arriver.
- Il est en retard, Zechs ! En règle générale, il ne l'est jamais. Et si il lui était arrivé quelque chose ou s'il avait eu un empêchement !
- Dans ce cas, il t'aurait contacté pour te prévenir. De plus, il n'a que cinq minutes de retard, attendons encore avant de penser au pire, tu ne crois pas ?
Réléna soupira pour la énième fois en cinq minutes et reporta son attention sur l'allée centrale menant à l'entrée principale. Les mains tremblotantes, elle attendit patiemment de voir arriver son compagnon de voyage. Heureusement pour elle et les nerfs déjà à vif de son frère qui avait dû supporter ses sautes d'humeurs répétitives, le concerné montra enfin le bout de son nez.
Dés qu'elle le vit, Réléna courut vers lui et l'interpella d'une voix enjouée :
- HEERO ! Enfin te voilà !
En effet, Heero Yuy venait de faire son apparition. Descendant de son taxi, il eut juste le temps de se retourner et de poser sa valise pour réceptionner l'ancienne reine de Sank dans ses bras.
- Où étais-tu ? J'étais très inquiète ! J'ai bien cru que tu m'avais fait faux bond, le harcela-t-elle en resserant ses bras autour du torse du japonais.
Ce dernier préféra ne pas répondre et se contenta de son éternel "hn!". Voyant le jeune homme en mauvaise posture, Zechs vint à sa rescousse.
- Bonjour Heero, lui dit-il, un sourire bienveillant peint sur son visage.
- Bonjour Zechs, lui répondit-il.
- Tu as pu te libérer en fin de compte, j'espère que tu n'as pas eu trop de difficultés avec tes employeurs.
- Non, comme les résultats de mon département se sont révélés particulièrement satisfaisants ce semestre, ils n'ont pas vu d'objection à ce que je prenne quelques jours de congés. De toute façon, je comptais les prendre pour me rendre à l'étranger ce mois-ci.
- Tu m'en vois ravi, je craignais que le fait que l'on te prévienne si tardivement ne soit un problème épineux pour quelqu'un d'aussi organisé que toi.
- Avais-je seulement le choix, marmonna-t-il plus pour lui-même.
- Je suis tellement heureuse que tu ais accepté de venir, mon cher Heero, intervint Réléna en se décollant du torse du japonais. Maintenant, dépêchons-nous d'aller à l'aéroport ou nous allons rater notre vol. Allez, pressons !
Sur ces bonnes paroles, les trois amis rejoignirent la limousine rose de la jeune fille. Heero confia sa valise au chauffeur et s'installa dans l'habitacle aux côtés de Réléna et son frère. Mais bien que la jeune fille soit réjouie par ce voyage, il avait l'esprit très préoccupé.
Depuis deux mois, il avait tenté en vain de contacter le manoir Whitemore et pouvoir joindre Duo. Oui, il en était sûr : Kyle et Duo étaient une seule et même personne. Cela parut complètement fou à ses amis lorsqu'il leur avait dit après être revenu bredouille de l'aérodrome.
Flash-back
Epuisé et découragé, Heero revint à la demeure de l'arabe. Lorsqu'il passa la porte, ses trois amis étaient assis au salon et discutaient. Dés qu'ils le virent, ils lui posèrent une question muette qu'il n'eut aucun mal à comprendre. Il baissa les yeux et dit, d'une voix abattue :
- Je n'ai pas réussi à les rattraper.
Sans un mot de plus, il s'avança dans la pièce et s'affala sur le premier fauteuil à sa portée. Il n'eut malheureusement pas le temps de profiter de son répit car Quatre le questionna.
- Heero, dis-nous pourquoi tu tenais tant à les rattraper. Wufei nous a juste dit que tu avais découvert quelque chose concernant Kyle mais il n'a rien dit de plus.
A ces mots, il reporta son attention sur le chinois et l'interrogea du regard. Celui-ci se contenta de hocher la tête et Heero comprit qu'il lui avait laissé la primeure de l'information. Il soupira fortement, montrant son ennui, avant de prendre une profonde inspiration et d'annoncer de but en blanc :
- Kyle est en vérité Duo.
Là, plus un mot, plus un bruit ne vint perturber le silence éloquent dans lequel fut plongé le salon à l'entente de ces mots. Heero les laissa digérer la nouvelle, profitant du calme pour reprendre son souffle.
Un sursaut à sa droite attira son attention et il vit Quatre trembler de la tête aux pieds. Les lèvres tremblotantes, il dit :
- Ce... Ce n'est pas... possible... Ca ne peut... pas être vrai...
- C'est malheureusement la vérité, souffla-t-il en se passant une main sur le visage.
- Tu dois te tromper ! réagit vivement l'arabe. Ce n'est pas possible ni même imaginable que Duo soit encore en vie et toi tu dis que l'homme qui m'a protégé, ce serait lui ! Je ne te crois pas !
- Pourtant, je ne me trompe pas.
- Qu'est-ce qui t'a amené à penser que Kyle serait Duo ? demanda Trowa, tempérant la réaction de son amant.
- Une suite de coïncidences qui m'ont conduites à trouver des ressemblances plutôt flagrantes. D'une part, Lukas nous a dit qu'il n'avait jamais rencontré son cousin avant son arrivée au manoir il y a quatre ans, date qui coïncide avec la mort de Duo.
- Comme tu l'as dit, Yuy, ce n'est qu'une coïncidence, intervint Wufei. Ce n'est pas une preuve.
- Ensuite, reprit-il, faisant fi de l'intervention du chinois, Kyle est un expert en armes blanches comme Duo et a pu réaliser une figure que seul Duo était capable de faire. Trowa, tu confirme ?
- Euh... Oui.
- Et enfin, d'un point de vue physique, Duo et lui ont la même carrure, la même forme de visage, la même façon de sourire et, fait important le concernant, ses cheveux sont aussi longs que les siens.
- Encore une fois, ça ne veut rien dire ! s'emporta Quatre. Kyle est brun avec les yeux bleus et la ressemblance peut s'expliquer par une simple similitude faciale. Ne dit-on pas qu'on a tous un sosie dans le monde ?!
- Pour les cheveux, ce doit être une teinture. Quand aux yeux, je sais comment il a fait, dit-il en cherchant quelque chose dans sa poche de manteau.
Deux secondes plus tard, il sortit sa main de sa poche et la tendit devant lui, à la vue de tous. Doucement, il l'ouvrit et dévoila la lentille de contact bleue au milieu de sa paume. Les autres anciens pilotes fixèrent l'objet comme s'il s'agissait d'un trésor, les yeux agrandis de stupeur.
Heero pouvait comprendre leur étonnement, lui-même ayant encore du mal à y croire. Cette découverte avait soulevé beaucoup de questions, dont certaines lui furent posés quelques instants plus tard par un petit blond déboussolé.
- Pourquoi ? Pourquoi s'est-il fait passer pour mort pendant quatre ans ? Pourquoi a-t-il fait semblant de ne pas nous connaître ? Pourquoi a-t-il fait ça ? Je ne comprends pas ! s'exclama Quatre avant d'éclater en sanglot.
- Peut-être qu'il existe une bonne raison pour qu'il ait agi ainsi, proposa Trowa, tout en prenant l'arabe dans ses bras.
- Il se peut que l'accident l'ait rendu amnésique, dit Wufei.
- Ca n'explique pas comment il a pu entrer dans la famille Whitemore, répliqua le français. Dans ton dossier d'enquête, Kyle est un Whitemore à part entière. Ce n'est pas logique.
- Je me pose aussi cette question et je vais tout faire pour trouver la réponse, déclara gravement le japonais.
- Tu veux un coup de main ? demanda Wufei.
- Non, je préfère agir seul. Il se pourrait que Duo soit en danger et je ne veux pas attirer les soupçons sur lui dans ce cas. J'aurais plus de chances d'arriver jusqu'à lui si je suis seul.
- Et dire que je ne l'ai même pas reconnu, se fustigia Quatre. J'étais pourtant le plus proche de lui et, même avec mon don, j'en ai été incapable.
- Nous l'avons tous été, Corazon, lui dit Trowa en lui caressant les cheveux pour le réconforter. Tu n'as pas à t'en vouloir.
- Je t'en prie, Heero, implora le blond en fixant ce dernier de ses yeux en larmes. Ramènes-le-nous.
- Ninmu Ryoukai. Je te le promets Quatre.
Fin du flash-back
Et fidèle à lui-même, il avait tout tenté pour arriver jusqu'à lui. Grace au numéro de téléphone apporté par Quatre, il avait laissé message sur message, tenté d'obtenir des informations en hackant leur système qui s'était révélé inviolable, puis il s'était résolu à demander à la seule personne capable de le renseigner sur le natté : le Professeur G.
Il avait retrouvé celui-ci dans une institut technologique sur la colonnie L2. Le vieux chercheur n'avait pas démenti la vérité sur la miraculeuse survie de son disciple et avait avoué être le principal informé sur les conditions de vie de Duo jusqu'à ce jour. Mais il n'avait rien dit sur les raisons de son silence, encore moins sur l'admission du natté dans la famille Whitemore. Il était resté muet comme une tombe et, malgrè tout son savoir-faire, Heero fut incapable de lui délier la langue.
C'était donc résolu à poser la question à l'américain lui-même qu'il avait décidé de prendre des congés. Mais un évènement imprévu se produisit.
En effet, le jour où il allait les demander à son directeur, Heero reçut un appel de Réléna. Celle-ci lui demanda de l'accompagner à une grande réception ayant lieu chez l'ambassadeur des Etats-Unis, dans sa demeure d'été.
Son premier réflexe avait été de refuser mais l'ex-reine ne lui avait pas laissé de répit, l'obligeant à accepter bon gré mal gré. Fort heureusement, ce voyage n'était l'affaire que de deux-trois jours, un retard concevable dans son investigation.
Il n'avait qu'un seul souhait : s'acquitter de cette tâche rapidement pour se rendre le plus vite possible au manoir Whitemore. Il l'avait déjà perdu une fois, il ne laisserait pas cette deuxième chance lui filer entre les doigts. Quoiqu'il lui en coûtait, il ne faillirait pas à sa mission.
Il ne lui restait plus qu'à serrer les dents et attendre que la tempête "Réléna" passe.
- Attends-moi, Duo...
- Lendemain soir, demeure d'été de l'ambassadeur des USA -
Devant une immense grille ouverte en acier trempé retenue par deux statues représentant deux aigles tendant une aile vers l'autre, une foule impressionnante s'amassait. Un défilé de couleurs chatoyantes traversait le portail, mêler de rires et d'exclamations enchantées. Les invités se pressaient d'entrer pour ce qui allait être une soirée absolument fabuleuse en l'honneur d'une occasion spéciale.
En effet, l'ambassadeur des USA donnait une réception pour les 16 ans de sa fille et ce qui aurait pu être une simple fête d'anniversaire, avait pris des allures de conte de fées. Pour ce jour comémoratif, il fut décidé qu'un bal costumé serait organisé.
Ravis de cette idée, les convives étaient venus en masse parés de magnifiques costumes allant de l'Arlequin au Mousquetaire ou de la simple Bergère à Cléopâtre. Jamais on avait vu pareil rassemblement de déguisements en dehors des fêtes officielles.
Alors que le nombre des invités continuait de croître, la foule se fendit pour laisser passer les trois passagers de la limousine qui venait de stationner devant le portail. Un brouhaha incessant s'éleva parmi les invités qui avaient tous les yeux fixés sur les nouveaux arrivants.
Avec toute la majesté qui sied à son costume, Réléna parada devant la foule dans une splendide toilette, réplique exact d'une tenue que portait la Reine Marie-Antoinette, faite de dentelles blanches et de rubans pastels sur un tissu rose fuchia. Ses cheveux étaient bouclés sur les pointes et ramenés en un chignon lâche, laissant cascader plusieurs mèches sur ses épaules. Son visage était poudré et ses lèvres peintes d'un rouge très voyant, la faisant ressembler à une poupée de porcelaine.
Loin d'être en reste, son frère l'accompagnait, lui aussi magnifique dans son costume Louis XIV. Sa longue veste était confectionnée dans un tissu couleur d'or, brodée de liserés blancs sur les revers des manches larges d'où s'échappaient de la dentelle. Un jabot ornait fièrement son cou fin et droit sur une chemise de soie, un haut de chausses (1) de même couleur que la veste, des bas de soie blanche dessinaient agréablement la forme de ses jambes et de superbes souliers à talons carré. Ses yeux d'un bleu glacé mis en valeur par sa longue chevelure blonde platine achevaient ce tableau digne des plus grands musées.
Enfin, se tenant à la droite de la jeune fille, Heero avait fier allure dans sa tenue de guerrier japonais. Le terme exact à son costume était celui de ronin, un samourai n'ayant pas de maître ni de patrie à défendre. C'était le costume qui lui allait le mieux selon lui de part son passé de soldat sans attaches. Il portait un magnifique kimono bleu nuit, un hakama noir maintenu par une ceinture grenat où pendaient deux sabres, un long et un court. Il portait à ses pieds des sandales avec des chaussettes blanches.
Autant dire que leur arrivée avait fait une forte impression. Réléna était radieuse et était ravie d'être le pôle de l'attention. Zechs restait stoïque, un léger sourire aux lèvres, les mouvements de foule ne l'impressionnaient guère. Et Heero gardait son air imperturbable, le regard fixe et ne prêtait pas attention à ce qui l'entourait.
D'un pas cérémonieux, ils traversèrent la foule, passèrent le portail et remontèrent une longue allée bordée de pins. Devant eux se dressait une imposante demeure aux murs blancs et à la toiture rouge brique. Le bâtiment resplendissait de beauté de par les statues grâcieuses qui longeaient les escaliers menant à la porte d'entrée et les torches disposées le long du chemin.
Le trio s'avança lentement, prenant le temps d'admirer l'architecture. Deux hommes déguisés en valet les saluèrent et leur ouvrirent les portes du manoir. Aussitôt fait, les trois amis furent plongés dans un autre monde. L'intérieur de la demeure baignait dans la lumière, des candélabres soutenus par des statues dorées étaient installés à plusieurs endroits et des tentures rouges enveloppaient les murs. Plusieurs bouquets de fleurs étaient éparpillés ça et là, donnant une note de couleur exotique à la scène et embaumant l'atmosphère de leurs délicieuses essences.
Réléna fut aussitôt charmé et se mit à louer les mérites des organisateurs de ce bijou. Zechs partagea son avis, montrant qu'il était aussi un homme de goût. Heero ne fit aucun commentaire, semblant blasé par ce qu'il voyait. Aucune festivité, aussi réussie soit-elle, ne serait en mesure de détourner son esprit de l'image d'un certain natté cher à son coeur.
Après quelques pas, ils pénétrèrent dans la grande salle de bal. Celle-ci était d'une taille impressionnante, de grandes fenêtres habillaient les murs de toutes leurs hauteurs, offrant aux invités le spectacle du ciel étoilé, entourées de longs rideaux rouge carmin. Deux escaliers occupaient le fond de la salle, se rejoignant tous les deux devant la même porte en un petit balcon. Une immense fresque recouvrait le plafond, représentant une multitude de roses aux couleurs resplendissantes baignées par la rosée. Au milieu de la fresque pendait un gigantesque lustre en cristal.
Les invités, déjà très nombreux, valsaient au milieu de la salle sur la musique jouée par un orchestre philarmonique. D'autres discutaient joyeusement dans divers recoins de la pièce, se ravitaillant aux divers buffets présent autour de la piste de dance et plusieurs serveurs, déguisés eux-aussi en valet, se promenaient au milieu de la foule, un plateau recouvert de coupes de champagne tenu sur une main.
Heero examina ce décor de rêve de son regard impénétrable. Il ne comprenait pas le besoin de tant de luxe pour une simple fête d'anniversaire. Encore un aspect de la nature humaine qu'il n'arrivait pas à comprendre après sa mise au rebut.
Il fut stoppé dans ses pensées par l'approche d'un homme d'une quarantaine d'année, cheveux courts blond, les yeux bleus, enfin un oeil bleu puisque l'homme s'était déguisé en pirate et avait un cache-oeil à son oeil droit. Il s'approcha d'eux, l'air visiblement ravi de leur présence et leur dit sur un ton enjoué :
- Vos altesses, c'est un honneur de vous accueillir en ces lieux.
- Tout le plaisir est pour nous, Mr l'ambassadeur, lui répondit Zechs en lui tendant la main que l'homme prit dans la sienne en une poignée franche.
- Mr Campbell, nous sommes plus que ravi d'être ici ce soir, répliqua Réléna avec un sourire chaleureux. Votre maison est magnifique et cette soirée est une pure merveille.
- Je vous remercie, dit-il puis son regard dévia sur le japonais. Qui est donc le saillant gentleman qui vous accompagne ? Je n'ai pas le plaisr de vous connaître, jeune homme.
- Heero Yuy, se contenta de répondre le japonais en s'inclinant légèrement.
- Heero Yuy ? Ce nom me dit quelque chose, dit-il de manière pensive. Y-a-t-il un quelconque lien de parenté entre vous et le leader pacifiste du même nom ?
- Non, monsieur.
- Heero est l'un des pilotes de gundam qui ont permis la fin de la guerre, se permit d'intervenir Réléna.
- Voyez-vous ça ! s'exclama l'ambassadeur. Alors c'est un véritable plaisir d'accueillir un authentique héros dans ma demeure. Faites comme chez vous, ma maison est la vôtre. Mais avant, laissez-moi vous présenter ma femme. Norah ! appela-t-il.
- Oui, chéri ? lui répondit une voix douce comme une brise de printemps.
Se détachant du tumulte de la foule avec une grâce et une prestance digne d'une reine, une femme vint les rejoindre, vêtue d'un costume de déesse grecque, Athéna la Guerrière. Elle portait une robe en lin blanche à bretelles et des éléments d'armure trônaient sur ses épaules et ses avant-bras. Ses longs cheveux roux, bouclés, étaient coiffés en un chignon haut dissimulé dans un casque de soldat grec. Ses yeux couleur or étaient aussi perçant que ceux d'une chouette, animal totem de la déesse. Avec un sourire doux, elle salua les trois convives et se colla à son mari qui lui agrippa la hanche pour la retenir contre lui.
Après quelques futilités échangés, le maître des lieux remarqua l'absence de la reine de la soirée et en informa son épouse.
- Darling, où se trouve l'héroine de la soirée ? lui demanda-t-il.
- Elle ne va pas tarder à descendre, lui répondit-elle. Je vais aller voir où elle en est.
- Bien, dans ce cas, nous allons vous laisser. Il y a plusieurs détails qu'il nous faut vérifier avant l'arrivée de la vedette. Vos altesses, Mr Yuy !
Et d'un commun accord, le couple s'éloigna, laissant les trois amis.
- Je vais faire un tour au buffet, quelqu'un veut quelque chose ? demanda Zechs en commençant à s'éloigner.
- Rien pour moi, merci, lui répondit sa soeur.
Heero se contenta de hocher négativement la tête pour lui répondre avant de se faire trainer de force dans la direction opposée. Zechs eut un sourire entendu pour lui et s'éloigna à son tour, direction le buffet le plus proche.
Après s'être frayer un chemin dans la foule, il arriva à l'endroit désiré et se retrouva devant un étalage de mets tous plus succulent les uns que les autres et dont l'aspect, à la fois artistique et appétissant, ferait plier toutes les restrictions.
Alors qu'il allait se saisir du petit four de son choix, sa main entra en contact avec une autre qui avait le même but. Aussitôt cette main se retira et une voix douce, un peu grave, se confondit en excuse :
- Oh pardon ! Je ne faisais pas attention.
Zechs releva la tête et son coeur manqua un battement en découvrant le propriétaire de la coupable. Devant lui, se tenait un charmant jeune homme d'environ vingt ans, de taille moyenne, vêtu d'un costume de prince hindou : une tunique blanche avec des liserés dorés autour du col mao et coulant le long de la fermeture de la veste qui lui descendait sous les fesses sur un pantalon de lin blanc et des sandales aux pieds. Ses cheveux blond cendré illuminaient d'une aura flamboyante son visage fin au teint pâle comme la neige, les joues légèrement rosées, et un petit joyaux d'un bleu scintillant était collé au milieu de son front, se mariant à merveille avec la couleur de ses yeux qui le fixaient de toute leur profondeur.
Les deux hommes se regardèrent pendant un temps qui leur parut une éternité. Plus rien d'autre n'existait pour eux que le regard de l'autre où ils pouvaient voir leur reflet mais aussi une flamme naissante qui allait, à n'en point douter, lier leur destinée.
Le plus jeune sembla avoir un sursaut de lucidité et, le rouge aux joues, il baissa la tête en renouvelant ses excuses.
- Encore une fois, je vous prie de me pardonner. Je ne regardais pas où je mettais ma main. Je suis désolé.
- Ce n'est rien, le rassura Zechs, avec un sourire tendre. Moi-même je ne faisais pas attention. Nous sommes donc fautifs tous les deux.
- Dans ce cas, permettez-moi de vous offrir un verre, lui dit l'inconnu en lui rendant son sourire.
- Avec plaisir.
L'inconnu fit signe à un serveur qui les rejoignit, chargé de son plateau. Il se saisit de deux coupes et remercia le serveur d'un sourire. Puis il tendit un verre à Zechs et tous deux les tinrent lever.
- Avec qui ai-je l'honneur de trinquer ? demanda le jeune homme en le fixant de son regard brûlant de curiosité et de malice.
- Mon nom est Milliardo Peacecraft mais mes amis m'appellent Zechs, lui répondit le grand blond. Et vous ?
- Mon nom n'est pas en honneur de sainteté aussi vous pouvez m'appeler Lukas.
- Très bien alors Lukas, à notre rencontre fortuite mais néanmoins réjouissante, dit-il en lui tendant son verre.
Lukas tendit le sien et les deux verres se rencontrèrent dans un tintement aigu. Après ce toast, ils prirent chacun une lampée de champagne tout en se dévorant des yeux. Soudain piqué de curiosité, et surtout pour s'assurer que la place était libre, Zechs osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Vous êtes venu seul ?
- Oui. En fait, j'étais censé venir avec mon cousin qui est un ami intime de la fille de Mr Campbell. Mais ce lâcheur m'a abandonné à la dernière minute pour faire je ne sais quoi et je suis donc venu seul.
- Voilà qui est bien regrettable pour vous. Si vous le désirez, je peux vous tenir compagnie en attendant que votre cousin se joigne à nous.
- Je ne voudrai pas abuser de votre temps et puis vous n'êtes peut-être pas seul. Je ne veux pas vous enlever à la personne qui a la chance de vous accompagner.
- Je suis venu avec ma soeur et un de ses amis alors ça ne posera aucun problème. Je sais qu'elle sera plus que ravie d'être seule avec son cavalier.
- Vous dites vous appeler Peacecraft, si je ne m'abuse, votre soeur doit donc être l'ancienne reine et actuel ministre des affaires étrangères du royaume de Sank, Réléna Peacecraft.
- C'est exact.
- Et qui est l'heureux élu qui l'accompagne, si je ne suis pas trop indiscret ?
- Non et ce n'est un secret pour personne qu'elle éprouve un grand intérêt à l'égard de son ami alors je peux vous le dire. Il s'agit d'un ancien pilote de gundam : Heero Yuy. Oh mais ! Quelque chose ne va pas ? Vous êtes tout pâle, s'inquiéta-t-il tout à coup.
En effet, aussi soudainement qu'un coup de tonnerre, Lukas devint de plus en plus blême. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre.
- C'est pas vrai ...! Dites-moi que c'est pas vrai ! Kyle va me faire une syncope s'il le voit. Il faut à tout prix que je le prévienne avant qu'il ne soit trop tard.
- Lukas ! Vous m'entendez ?
Lukas reprit finalement pied avec la réalité et vit le regard inquiet de son homolgue posé sur lui. Il se gifla mentalement et tâcha de reprendre contenance.
- Excusez-moi, Zechs. J'avais la tête ailleurs. Vous disiez ? lui dit-il.
- Je vous demandais si vous alliez bien, se répéta-t-il. Vous m'avez paru bien pâle pendant quelques secondes.
- Oui, j'ai juste eu une absence, ça m'arrive parfois, s'excusa-t-il avec un sourire qu'il voulut rassurant.
- Vous êtes sûr ? insista-t-il.
- Oui, tout va bien. En fait, il faut que je vous abandonne un moment, je viens de me rappeler que j'ai quelque chose d'urgent à régler avant l'arrivée de mon cousin.
- Rien de grave, j'espère.
- Non, rassurez-vous. Je n'en ai pas pour longtemps, dit-il en amorçant un pas pour s'éloigner.
- Vous ne voulez pas que je vous accompagne ? osa demander Zechs.
- Non, je vous remercie. Allez plutôt rejoindre votre soeur et son ami, je vous retrouverai plus tard.
Et sur ces mots, il lui tourna le dos et se fondit dans la foule. Zechs ne quitta pas sa silhouette des yeux, le fixant jusqu'à ce qu'il soit hors de son champ de vision. Ce jeune homme avait émoustillé son intérêt.
- Etrange personnage mais terriblement mignon. On dirait un Ange. Mon vieux Zechs, mon intuition me dit que tu ne repartiras pas les mains vides de cette soirée.
Souriant sur cette dernière pensée, il prit le chemin opposé de son ange et chercha des yeux sa soeur et son compagnon. Lorsqu'il les trouva, il eut juste le temps de les rejoindre que l'orchestre se mit à jouer une mélodie plus rythmée et tous les regards se tournèrent vers les escaliers.
Devant la porte au sommet des escaliers, une jeune fille venait de faire son apparition. Elle était tout simplement magnifique dans son costume de ballerine. Un justaucorps blanc nacré, orné de perles et de fleurs en tissu, lui moulait agréablement la taille, lui laissant les épaules dénudées, et un tutu de toile blanche lui tombait jusqu'aux genoux. Elle avait remonté ses longs cheveux blonds en un chignon, quelques mèches fines s'en échappaient en un désordre soigneusement orchestré. Ses yeux d'un bleu gris presque transparent ressemblaient à deux lacs étincelants, rajoutant de l'éclat à la pâleur de son teint de porcelaine seulement réhaussé par le rosé de ses lèvres où se dessinaient un magnifique sourire.
D'un pas gracieux et léger, la jeune fille descendit l'escalier de gauche sous les exclamations des invités. Dés qu'elle fut en bas, l'ambassadeur et sa femme allèrent à sa rencontre et la prirent dans leurs bras pour une étreinte douce et chaleureuse. Puis les deux époux se tinrent chacun à ses côtés et l'homme fit une annonce avec un sourire ravi sur son visage.
- Mesdames et Messieurs, j'ai l'immense honneur de vous présenter celle qui fête aujourd'hui ses 16 ans et qui chaque jour remplit ma vie et celle de mon épouse d'un bonheur indiscible , ma chère fille : Séréna !
Toute la foule ovationna la jeune fille rayonnante de joie. Un serveur s'approcha du couple et leur proposa trois coupes de champagne. L'ambassadeur les prit et les tendit à sa femme et sa fille. Puis il tendit son propre verre bien haut et dit d'une voix claire et forte :
- A tes 16 ans ma chérie ! Bienvenue dans la vie des adultes !
- A Séréna ! ajouta Norah.
- A Séréna ! répétèrent les invités en levant leurs verres.
Les tintements des verres retentirent et chacun alla de son commentaire pour féliciter la jeune fille. Celle-ci semblait au comble du bonheur tant son sourire irradiait son visage. Puis elle se mit à chercher un visage dans la foule puis aperçut une tête amicale parmi tant d'autres. Elle se faufila entre les invités, acceptant les compliments et les voeux en chemin, et s'approcha d'un jeune homme vêtu de blanc pour lui dire quelques mots.
De son point de vue, Zechs reconnut aussitôt le jeune homme comme étant Lukas. Il en fut très intrigué.
Sa soeur vit son manège et le lui en fit la remarque avec un sourire narquois.
- Aurais-tu par hasard des vues sur ce charmant jeune homme qui discute avec la star de la soirée, grand-frère ?
- Réléna, ta clairvoyance ne cessera jamais de m'étonner, répondit Zechs avec le même sourire, jouant le jeu de sa soeur.
- Alors ne me fais pas languir et dis-moi qui est le chanceux ?
- Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il s'appelle Lukas et que son cousin doit venir le rejoindre d'un instant à l'autre.
Pourtant inattentif à ce qui l'entourait jusque là, Heero sembla se réveiller en entendant le prénom prononcé par le grand blond. Il se rapprocha et se mêla à la conversation.
- Tu as bien dit qu'il s'appelait Lukas ? lui demanda-t-il.
- Oui, affirma-t-il.
- Et quel est son nom de famille ?
- Ca, je ne sais pas. Il n'a pas voulu me le dire. Selon lui, son nom ne serait pas des plus enviables et il a préféré l'omettre. Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il a un cousin qui serait un intime de la fille de l'ambassadeur.
- Et tu l'as vu, son cousin ? s'empressa-t-il de lui demander.
- Non, il ne serait pas encore arriver. Mais pourquoi est-ce qu'il t'intéresse ? le questionna-t-il, suspicieux, ne comprenant pas ce débordement d'intérêt chez le japonais.
- Oui, Heero. Qu'est-ce qui te prend ? ajouta Réléna, tout aussi perdue que son frère.
- Je vous l'expliquerai plus tard, je dois impérativement parler à ce Lukas. Où est-il ?
- Il parle avec la fille de l'ambassadeur, là-bas, lui indiqua Zechs en lui montrant les deux jeunes gens en train de discuter.
Heero tourna la tête dans leur direction et, tout de suite, il identifia Lukas, le cousin de Duo. Son coeur fit une embardée quand il repensa aux paroles de Zechs : "son cousin doit venir le rejoindre d'un instant à l'autre".
Enfin, après deux mois de coup de fils vains, de messages retournés et de silence, il allait le revoir. A cette idée, son coeur prit un rythme encore plus rapide, tellement qu'il le crut sur le point d'exploser.
Sans un mot, il se faufila entre les invités et entreprit d'approcher le jeune homme et sa charmante amie.
De leur côté, les personnes concernées discutaient et leur principal sujet de conversation n'était autre que l'absence du cousin du blond.
- Mais enfin, Lukas, tu dois bien savoir où il est, s'exclama la jeune fille, une légère inquiétude dans sa voix.
- Je suis désolé mais il ne m'a rien dit, s'excusa Lukas. On s'est quitté à l'hôtel et il m'a dit de te prévenir qu'il serait un peu en retard.
- Il est vraiment impossible, s'indigna Séréna. Monsieur ne me donne aucun signe de vie pendant deux mois et il se permet d'être en retard à mon anniversaire. Alors qu'il sait que je compte beaucoup sur sa présence.
- C'est à lui qu'il faut le dire, pas à moi. Allez, calme-toi. Je suis sûr qu'il ne va plus tarder. De plus, il m'a dit qu'il avait une surprise pour toi.
- Une surprise ? Quel genre de surprise ?
- Ca non plus, il n'a pas voulu me le dire. C'était pas faute d'avoir essayer de lui faire cracher le morceau, mais il n'a pas desserré les dents sur ce sujet. Je vais la découvrir en même temps que toi.
- J'espère pour lui qu'elle me plaira sinon je ne lui adresserai plus la parole pendant au moins 1 mois, fit-elle, prenant une mine boudeuse.
- A mon avis, le connaissant, tu ne seras pas déçue, ricana Lukas.
Heero n'était plus qu'à quelques pas d'eux. Le coeur battant, il tendit la main dans l'intention de la poser sur l'épaule de Lukas. Mais les bruits d'un serveur entrant brusquement dans la salle de réception suspendit son geste et tous les visages se tournèrent vers le perturbateur.
L'homme chercha frénétiquement un visage parmi la foule et vint à la rencontre de Séréna. Ne comprenant pas ce qu'il lui voulait, elle l'interrogea du regard. Le valet se pencha pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Heero vit la jeune fille écarquiller les yeux dans un premier temps puis il la vit sourire. Enfin, sans dire un mot, elle abandonna Lukas et courut en direction du jardin. Sa fuite n'échappa pas aux convives qui se mirent à discuter entre eux, chacun allant de son commentaire. Mais d'étranges lueurs provenant du jardin poussèrent les plus curieux à s'y rendre, Lukas et Heero parmi eux.
Arrivée sur la terrasse donnant accés au jardin, la foule s'arrêta devant un spectacle des plus étonnants. Le long de la grande allée qui menait à un grand lac, des torches enflammées brûlaient abondemment, et sur l'étendue d'eau, d'autres torches flottaient sur de petits bougeoirs et étaient disposées de façon à former un grand Z. Soudain, un hennissement déchira le silence et des bruits de sabots martelant le sol retentirent dans l'obscurité.
Séréna se tenait au milieu du grand escalier reliant la terrasse à l'allée et chercha du regard le responsable de ces bruits. Elle écarquilla les yeux en voyant apparaître au bout de l'allée de gravier une forme aussi noire que la nuit. Le souffle chaud, les muscles saillant sous la lueur des torches, un magnifique étalon noir s'avança dans l'allée, chevauché par un homme entièrement vêtu de noir. Un masque noir dissimulait la partie haute de son visage, cachant sous un chapeau noir un regard améthyste brillant comme un coucher de soleil et des traits malicieux. Il portait une longue cape couleur de jais dont le bruit de froissement ressemblait à des battements d'ailes.
L'homme en noir arrêta sa monture au milieu du chemin et, d'une talonnade, la fit ruer dans un hennissement strident, déployant sa cape dans le mouvement pour agripper son épée et la tendre au dessus de sa tête. Puis, d'une implusion, la monture reprit sa course dans un pas stylisé, bougeant ses muscles avec grâce et prestance. Arrivé au bout de l'allée, l'homme masqué stoppa son destrier, rangea son épée et se leva de sa selle pour se tenir debout sur l'arrière-train de l'animal. Il poussa un petit sifflement et l'animal lui répondit en faisant une ruade. L'homme se retrouva projetté dans les airs, fit un saut périlleux avant et attérit aux pieds de l'escalier.
Il encra son regard dans celui de la jeune fille qui le fixait avec admiration et lui répondit par un petit sourire. Puis il enleva son chapeau et fit une révérence devant elle. Séréna s'avança jusqu'à lui et vit apparaître comme par magie une rose blanche enrubannée de noir devant ses yeux. L'homme en noir lui tendit la fleur qu'elle prit dans ses mains et elle la regarda comme s'il s'agissait d'une pierre précieuse. L'inconnu masqué se releva et remit son chapeau en place. Puis il monta les marches le séparant de la belle et, se tenant à ses côtés, il lui tendit un bras. Celle-ci lui sourit en réponse et lui prit le bras avec délicatesse, fixant l'homme avec tendresse.
D'un pas majestueux et solennel, le couple remonta les marches, s'avançant avec prestance. La foule s'écarta devant eux, comme la Mer Morte devant Moïse, et les laissa passer, chacun les observant avec des yeux envieux et admiratifs. Lukas se permit un sourire en les voyant passer devant lui. Son cousin avait le chic pour faire des entrées remarquées. Mais il s'avoua que celle-ci dépassait les autres et de loin. Quand ses deux amis s'éloignèrent, il remarqua enfin la présence du japonais non loin de lui et son objectif premier lui revint.
- Il faut que je le prévienne discrètement, sans quoi je ne sais pas comment il risque de réagir en le voyant. Il ne l'a pas encore remarqué, fort heureusement. Le tout est de l'approcher sans que ce Heero Yuy ne me voit. Allez Lukas, c'est à toi de jouer !
Sur cette pensée, il suivit le couple, imité par la foule qui rejoignit la salle de réception en reprenant leurs discussions futiles. A leur entrée, les musiciens se mirent à jouer une valse. L'entendant, l'homme en noir invita sa partenaire à danser. Celle-ci accepta d'un hochement de tête. A l'aide du ruban noir, elle accrocha la rose à son décolleté et, les mains libres, suivit son cavalier au milieu de la piste de danse. L'homme masqué mit une main sur la taille de la jeune fille et lui prit la main droite dans la sienne. Puis il se mit en mouvement, emportant sa partenaire dans une valse douceureuse.
La foule les regarda danser pendant quelques instants, des commentaires appréciateurs sur le jeune couple s'élevant parmi les convives, avant de se mêler à eux et de les imiter. Heero les observa un long moment, son regard ne pouvant se détacher de la silhouette de l'homme en noir.
- C'est lui, j'en suis sûr. Ca ne peut être que lui. Il n'y a que Duo pour avoir autant de panache et d'élégance dans des vêtements noirs. Et la rose blanche avec un ruban noir, c'est sa signature, ça il n'y a pas de doute. Après tout ce temps, je le retrouve enfin. Reste à savoir comment l'approcher et m'arranger pour qu'il ne me fuit pas en me reconnaissant. N'y compte pas Duo, je ne te laisserai pas m'échapper une seconde fois.
Sûr de ses résolutions, il chercha un moyen d'approcher l'éphèbe vêtu de noir. Pendant qu'il réfléchissait à un plan, le couple continuait de danser au milieu des autres couples et discutait gaiement.
- Ma prestation t'a plu ? lui demanda-t-il avec un sourire charmeur.
- Elle était réussie. Tu sais bien que Zorro est mon héros de fiction préféré et tout ce qui vient de toi est toujours parfait, répondit la jeune fille en lui rendant son sourire.
- Rien n'est trop parfait pour ma petite princesse.
- Tu sais que tu as bien failli me faire douter de toi, admit Séréna.
- Tu me connais depuis longtemps, tu sais que j'aime me faire désirer, répliqua Kyle en souriant malicieusement à sa partenaire.
- Et bien, la prochaine fois, fais un effort pour être à l'heure, le gronda-t-elle. Ca fait trois mois qu'on ne s'était pas vu et je suis resté deux mois sans nouvelle de toi. Tu aurais pû au moins me téléphoner depuis ton sanctuaire secret, histoire de me rassurer.
- Sorry my little flower, s'excusa-t-il dans un murmure.
- Tu as plutôt intérêt à être désolé.
- Oui, j'ai été stupide et je m'en veux de t'avoir laisser dans l'inquiétude. Pour me faire pardonner, j'ai déposé un petit cadeau dans ta chambre.
- C'est vrai ? Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-elle, une lueur d'intérêt dans le regard.
- Tu ne le découvriras qu'une fois dans ta chambre.
- Zut ! Je ne peux pas m'éclipser avant un long moment. Je ne veux pas attendre aussi longtemps !
- Tu devras pourtant prendre ton mal en patience, ma puce ! ricana Kyle en voyant la mine boudeuse de son amie.
Séréna se renfrogna en le voyant se moquer d'elle et lui mit un discret coup de pied qui fit redoubler le rire du jeune homme. Ils tournoyèrent encore et encore sur le rythme lancinant de la musique, ne se lassant pas d'être aussi proche.
Kyle était sur un petit nuage. Dieu qu'elle lui avait manqué. Son sourire rayonnant, sa joie communicative, sa douceur, sa prévenance et même son caractère rancunier lui avaient manqué. Il l'aimait beaucoup, ce petit bout de femme et il ne regrettait jamais d'avoir accepter son premier contrat, il y a de ça trois ans.
Flash-back
Kyle et son oncle étaient dans la capitale pour affaire. Un éminent client de la famille avait fait appel à eux et les deux hommes se rendaient au lieu de rendez-vous convenu. Arrivés à l'ambassade américaine, les deux Whitemore se firent annoncer au maître des lieux. Celui-ci, dans son bureau, alla de ce pas à leur rencontre et serra chaleureusement la main de son vieil ami.
- Alexander, quelle joie de te revoir après toutes ces années !
- Moi aussi, Nathan ! Je suis heureux de te revoir.
- Oh mais qui est ce jeune homme qui t'accompagne ? s'enquit-il en remarquant Kyle.
- Je te présente mon neveu, Kyle. Il vient de rentrer d'une formation et je le brieffe depuis un an pour qu'il prenne ma succession le moment venu. Kyle, je te présente l'ambassadeur des Etats-Unis et mon ami de toujours, Nathan Campbell.
- Très honoré de vous rencontrer, Mr Campbell, répondit le jeune homme en s'inclinant respectueusement.
- Pas de ça entre nous, tu peux m'appeler Nathan, le reprit le politicien.
L'ambassadeur conduit ses invités dans un petit salon et les pria de s'installer. Une domestique vint leur apporter du thé et un assortiment de petits gâteaux secs. Dés qu'ils eurent goûtés leurs délicieux nectars, le leader des Whitemore posa sa tasse et s'adressa gravement à son hôte.
- Alors Nathan ? Que se passe-t-il pour que tu ai eu besoin de m'appeler à l'aide ? demanda Alexander.
- Voilà, il se trouve que je vais faire une série de voyages dans des pays plutôt problématiques dans les jours qui viennent et que je me trouve devant un dilemme. L'homme chargé de me protéger s'est cassé le bras et je n'ai trouvé personne de convenable pour le remplacer.
- Je vois et tu souhaite qu'un de mes hommes prenne la relève, c'est bien ça ? l'interrogea-t-il.
- Exactement ! acquiesça l'ambassadeur. Tu comprends que je ne veux pas d'un amateur pour prendre en charge ma protection. Mon poste d'ambassadeur ne m'attire pas que des amis et tu sais les risques que je cours.
- En effet, être le représentant diplomatique de son pays un métier plutôt risqué.
- Tout à fait, c'est pourquoi j'espérais que tu pourrais m'aider.
Alexander se prit le menton et se mit à réfléchir. Qui pourrait convenir pour ce contrat ? Ayant attentivement suivi l'échange, Kyle prit la parole.
- Je pourrais m'en charger.
Cette phrase lui attira les regards des deux hommes, surpris de l'entendre se proposer. Alexander considéra gravement son neveu et lui demanda, son regard devenu très sérieux :
- Tu es sûr de toi ? C'est beaucoup de responsabilités pour un premier contrat. T'en sens-tu capable ?
- Oui, répondit-il, son regard se faisant déterminé.
Son oncle le jaugea, cherchant dans son regard la moindre faille dans sa décision. Mais il ne trouva que cette même flamme qu'il avait connu dans les yeux de son père, ce mélange de courage, de force et d'obstination. Il sut qu'il ne pourrait pas le faire changer d'avis.
Il posa une main sur l'épaule de son neveu et lui sourit.
- Dans ce cas, je ne m'y oppose pas. J'espère que tu ne regretteras pas ton choix.
- Tu connais ma philosophie : plus jamais de regret. Donc, non je ne le regretterai pas.
- Alors Nathan, voici ton nouveau garde du corps, déclara Alexander en se tournant vers son ami.
- Tu es sûr, Alexander ? demanda-t-il en posant un regard indécis sur le jeune homme.
- Je m'en porte garant ! s'exclama le chef de famille.
Nathan Campbell fixa le jeune homme, son esprit en proie au doute. Il ne remettait pas en cause le jugement de son ami mais son neveu lui paraissait bien trop jeune. Comment un adolescent n'ayant pas encore atteint la majorité était-il succeptible de le protéger ?
Semblant lire dans son regard le fils de ses pensées, Kyle se leva et se posta devant l'homme politique, le toisant de toute sa hauteur. Puis il prit son air le plus sombre et lui dit d'une voix décidée :
- Je comprends vos objections et je sais qu'il est difficile pour vous de vous en remettre à un parfait inconnu. Mais je me dois de vous dire une chose : si vous m'engagez, je suis prêt à donner ma vie pour vous. Avec moi à vos côtés, personne ne sera en mesure de vous nuire. Je serai comme votre ombre et je ne laisserai rien vous atteindre. Si un malheur devait vous arriver alors que j'ai la responsabilité de votre vie, croyez bien que je préférerais me trancher les veines plutôt que de vous perdre. Dieu m'en est témoin.
- Voilà des paroles bien lourdes dans la bouche d'un garçon aussi jeune, répliqua l'ambassadeur. Crois-tu vraiment être capable de me protéger de cette manière ?
- Je l'ai dit donc je le ferai. Et comme je le dis toujours : I run, I hide but I never lie. Je vous protègerai, Mr Campbell !
Ne trouvant rien à dire devant la détermination sans faille de ce jeune homme, Nathan Campbell dut se soumettre et sourit avec un petit ricanement amer. Il se leva puis il reposa son regard sur le jeune Whitemore devant lui.
- Dans ce cas, tu es engagé, Kyle ! lui dit-il en lui tendant la main.
Kyle considéra la main tendue de son premier client et la serra, scellant ainsi leur contrat. A ce moment, la porte du salon s'ouvrit et une jeune fille d'environ 13 ans, blonde, les yeux bleus, vêtue d'une petite robe blanche à fleurs bleues, fit son apparition. Elle aperçut les trois hommes et courut se jeter dans les bras du politicien.
- Daddy ! s'écria-t-elle en lui enserrant la taille.
- Mon petit Trésor, tu as passé une bonne journée ? lui demanda-t-il en lui caressant tendrement les cheveux.
- Oui Daddy ! Maman m'a emmené faire les boutiques où elle m'a acheté cette belle robe puis on est allé manger une glace. J'ai pris une double avec plein de chantilly !
- C'est très bien, ma chérie ! Tu me raconteras ça, ce soir au dîner.
- Oui Daddy !
Kyle observa l'échange entre le père et sa fille avec une pointe de tristesse. Jamais il n'avait connu ça pendant son enfance. La seule chose qui y ressemblait était la relation qu'il entretenait avec le Père Maxwell avant que celui-ci ne meurt. C'était le seul homme qui lui avait fait office de père selon le modèle qu'il s'était forgé. Dieu qu'il aurait voulu connaître son père pour vivre cette même complicité.
Perdu dans ses pensées, il ne vit pas que la petite fille avait les yeux braqués sur lui. Il ne s'en rendit compte que lorsque l'enfant se détacha de son père et vint se poster devant lui. Kyle porta aussitôt son attention sur elle et fut happé par la profondeur de son regard et la candeur qu'il put y lire. La petite fille le regarda droit dans les yeux, la tête légèrement penchée sur le côté et Kyle ne put s'empêcher de la comparer à un Ange tellement elle était mignonne.
La petite fille lui fit un grand sourire et lui dit, de sa petite voix toute guillerette :
- Bonjour ! Je m'appelle Séréna et toi ?
- Je m'appelle Kyle, lui répondit le jeune homme avec un petit sourire tendre. Enchanté de te connaître, Séréna.
- Dis Kyle ? Tu aimes ma robe ? lui demanda-t-elle en prenant les pans de son jupon entre ses doigts et en les tendant sur les côtés.
- Oui, elle est très jolie.
- Enfin un homme qui a du goût, s'exclama-t-elle en venant se pendre à son bras. Daddy, il peut rester pour dîner ?
- Bien sûr ma chérie ! Il se trouve que Kyle va travailler pour moi en tant que garde du corps.
- Mais c'est merveilleux ! se réjouit la jeune fille. Dans ce cas, je vais te faire visiter l'ambassade. Viens avec moi !
- Oh mais, je ne sais pas, hésita le jeune homme en regardant en direction de son oncle, cherchant son approbation.
- Tu peux y aller, l'autorisa-t-il avec un petit sourire amusé. J'ai encore des choses à voir avec Nathan. Amuse-toi bien !
Et sans qu'il ait eu son mot à dire, Séréna l'entraîna avec elle hors du salon et s'improvisa guide. Tout le temps que dura la visite, Kyle ne put s'empêcher de trouver son hôtesse tout à fait charmante. Il remarqua sa joie de vivre et sa gentillesse qui lui rappelèrent sa soeur de coeur, Hilde, mais aussi certains de ses traits physique et le ton presque maternel avec lequel elle lui parlait qui lui firent penser à sa mère de substitution, Soeur Hélène.
Pendant tout le temps que dura son contrat, Kyle eut souvent l'occasion de revoir la jeune fille. Leur temps se partageait entre discussions animés, promenades, séances de lecture et cours de dance où il découvrit en elle une remarquable ballerine.
Il ne sut comment mais cette jeune fille pas encore sortie de l'enfance avait réussi à atteindre son coeur meurtri. Il se prit à vouloir la connaître, la voir le plus souvent possible et surtout la protéger comme un trèsor précieux. Il avait trouvé sa petite lumière au bout du tunnel froid et obscur où il s'était perdu.
Une grande amitié avait naquit entre eux et Kyle se permit de lui montrer ses véritables yeux. Séréna lui avoua qu'elle préférait cette couleur et qu'elle trouvait dommage qu'il la cacha aux yeux de tous. Devant tant de générosité, Kyle se jura de toujours être là pour elle. Et en souvenir du jour de leur rencontre, le garde du corps se plut à la rebaptiser sa petite fleur.
Fin du flash-back
Oui, elle était une fleur, aussi rayonnante et magnifique que la plus belle des roses. Elle était devenue comme une soeur pour lui et il ferait toujours ce qui est en son pouvoir pour la protéger des horreurs du monde.
Mais alors qu'ils allaient entamer leur dernier tour, Kyle sentit quelqu'un lui tapoter l'épaule. Il se retourna et eut la surprise de reconnaître son cousin dansant avec une belle brune au costume de gitane. Sachant que ce dernier avait horreur de danser, il lui demanda par l'intermédiaire de ses yeux ce qu'il voulait.
Lukas s'approcha au plus près de lui tout en faisant tourner sa partenaire et en passant à côté de lui, il articula ces quelques mots :
- Heero est là.
Tout à coup, Kyle se figea. Il avait dû mal comprendre, c'était obligé. Mais le regard désolé que lui adressa son cousin le contredit. Kyle sentit son coeur prendre un rythme fou et des perles de sueur se former sous son masque.
- Oh non... C'est pas vrai ! Dites-moi que c'est pas vrai !
Surprise par cet arrêt soudain, Séréna plongea ses yeux dans ceux de son ami et y vit sa surprise puis son émoi. Que lui arrivait-il ?
- Kyle, quelque chose ne va pas ? s'enquit-elle.
En entendant le ton teinté d'inquiétude que son amie avait utilisé, Kyle retrouva ses esprits et lui fit un sourire qu'il voulut rassurant.
- Oui, tout va bien.
Séréna ne fut pas crédule. Connaissant bien le jeune homme, elle savait que quelque chose l'avait troublé. Mais elle ne chercha pas à le forcer, préférant attendre qu'il se confia à elle.
Ils reprirent leur danse sur une autre valse, leur interruption étant passé complètement inaperçu aux yeux des autres convives.
Tous ? Non.
Un japonais aux yeux cobalt n'avait rien manqué de la scène. Il avait bien vu, aussi discret fut-il, le changement de comportement de l'homme en noir quand le blond l'avait interpellé. Il ne lui fallut pas longtemps pour en comprendre la raison, elle était simple : il savait qu'il était là. Son idée de l'approcher en toute discrétion s'évapora quand il le vit faire un tour d'horizon et que leurs regards s'accrochèrent.
Heero retrouva l'éclat améthyste des yeux de son ancien coéquipier. Une joie incommensurable s'empara de son coeur et il se permit un léger sourire. Mais ce sourire fut bref lorsque l'américain fuya son regard, comme si sa présence l'indifférait.
Puis il le vit prendre congés de sa compagne et se diriger manu militari dans la direction opposée à la sienne. Il ne mit pas longtemps à comprendre où il se rendait et il prit la même direction, se faufilant discrètement entre les invités et les passages des serveurs. Lorsqu'il fut sur la terrasse, il chercha du regard la silhouette de l'ancien pilote et le trouva en train de flatter l'encolure de son étalon, à quelques mètres des escaliers.
Doucement, comme un dresseur entrant dans la cage à pas de loup pour ne pas effrayer le fauve, il s'approcha de lui, le coeur battant la chamade et les oreilles bourdonnantes. Mais lorsqu'il ne fut qu'à cinq pas de sa cible, celle-ci parla d'une voix dure :
- Si vous ne voulez pas mourir, restez où vous êtes !
La voix grave et le ton cinglant du brun forcèrent le japonais à obéir. Il se tint devant lui, les yeux captivés par la longue silhouette de son amour, et osa prononcer ce prénom qu'il murmurait la nuit dans ses songes.
- Duo...
A l'entente de ce nom, l'homme en noir se retourna lentement, faisant voler légèrement sa cape dans le mouvement, et lui fit face, ses orbes violines orageuses le fusillant littéralement. Les yeux dans les yeux, l'homme masqué le toisa et répondit aussi sèchement que précédemment.
- Vous vous trompez de personne. Mon nom est Kyle Whitemore et je ne connais personne de ce nom. Désolé.
Si Heero fut troublé par sa réponse, il n'en montra rien. Seul un frisson imperceptible le secoua en comprenant le sens de ses mots. Mais, conservant son air impassible, il ne se laissa pas impressionner et répliqua de nouveau.
- Arrête de jouer la comédie. Avec moi, ça ne marche pas. Tu sais aussi bien que moi que ton "vrai" nom est Duo Maxwell.
- Erreur, le reprit le brun. Je me nomme bel et bien Kyle Whitemore, fils de Mickael et Annabelle Whitemore, tous deux mort dans un accident de voiture sur la colonie L2 il y a 18 ans. C'est le nom qui est inscrit sur mon acte de naissance. Celui que vous cherchez, Mr Yuy, est mort.
- Je ne te crois pas... murmura Heero en baissant les yeux.
- Libre à vous de me croire car je n'ai ni le temps ni l'envie de vous en convaincre, le coupa-t-il. Duo Maxwell est mort et rien ne changera cela. Sur ce, laissez-moi.
Et sans un mot de plus, Kyle s'en retourna à son cheval dont il caressa affectueusement le chanfrein, essayant en vain de calmer les battements de son coeur alors qu'il ne cessait de se répéter inlassablement :
- Vas-t'en Heero ! Vas-t'en Heero ! Vas-t'en Heero !
- Non, répondit catégoriquement le japonais.
Kyle laissa échapper un soupir d'exaspération. Ce qu'il pouvait être buter le Soldat Parfait.
- Non, je ne te laisserai pas, reprit-il. Je ne te laisserai pas avant que tu m'ais expliqué pourquoi. Dis-moi pourquoi, Duo.
- Je n'ai rien à dire, se contenta de répondre le brun.
- C'est trop facile comme réponse, s'emporta le japonais. As-tu la moindre idée de ce que nous avons ressenti lorsque tu es "mort" ? De ce que Quatre, Trowa, Wufei et moi avons traversés alors que nous te croyions perdu à jamais ? Alors j'estime que cela mérite au moins une explication.
- Encore une fois, je n'ai rien à dire.
N'étant pas d'un patience d'ange, Heero se retint de l'attraper sauvagement et de le retourner pour lui mettre son poing dans la figure. Comment osait-il le snober alors qu'ils avaient été des frères d'arme, partenaires, l'ange gardien de l'autre ? Comment pouvait-il lui jeter leur passé commun à la figure et rester aussi inébranlable ?
Ca n'allait pas se passer comme ça. Il avait fait une promesse à Quatre et il allait la tenir. Tant pis si ses sentiments n'étaient jamais réciproques, tant pis s'il devait le détester après ça mais il ne le laisserait pas partir. Ca jamais !
D'un geste rageur, il tendit la main et lui agrippa l'épaule dans le but de le retourner. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de voir son visage, il se retrouva avec une lame sous la gorge. Aussi brusquement que son geste, Kyle avait sorti son épée et maintenait une distance raisonnable entre le japonais et lui à l'aide de son arme. Heero leva les mains en signe de paix et ne bougea plus, sentant la pointe de la lame lui caresser la pomme d'Adam. Ses yeux s'encrèrent ensuite dans ceux de Kyle et il fut troublé par ce qu'il put y voir : colère, nervosité, angoisse, tristesse, désespoir, un cocktail d'émotions qu'il n'avait jamais vu chez quelqu'un.
- Kami-sama... Duo, que t'est-il arrivé ?
Les deux hommes se jaugèrent pendant un temps qui leur parut une éternité, ne prononçant pas un mot. Souffrant de ce silence plus qu'oppressant, Heero voulut reprendre la parole mais une explosion et des cris de terreur le coupèrent dans son entreprise.
Instantanément, les deux hommes tournèrent la tête en direction des cris et découvrirent avec horreur un spectacle terrifiant. Des flammes de plusieurs mètres léchaient les murs de la demeure et les invités s'enfuyaient des lieux en courant vers le lac, passant à côtés d'eux sans les voir, complètement affolés. L'étalon noir de Kyle se cabra en hennissant furieusement, effrayé par l'agitation, les cris et le spectacle des flammes.
Kyle regarda les flammes grandir, complètement tétanisé. Son pire cauchemar l'avait finalement rattrapé. Il eut soudain un flash, il revoyait l'Eglise Maxwell et l'orphelinat en ruine, puis lui soutenant le cadavre carbonisé de Soeur Hélène en pleurant toutes les larmes de son corps. Et à cette image se superposa le visage d'une autre personne chère à son coeur et qui était dans la demeure il y a peu. Il écarquilla les yeux d'effroi.
- SERENA ! hurla-t-il à s'en décrocher la mâchoire.
Il lâcha brusquement son épée qui attérit sur le sol dans un bruit métallique, et il se précipita vers la foule attroupée devant le lac, le dessin des flammes se reflétant sur sa surface. Heero reprit ses esprit aussitôt et se lança à sa poursuite. Mais le brun se fondit dans la foule et il le perdit de vue.
Kyle dut jouer des coudes pour réussir à se frayer un chemin au milieu de la cohue. Sa tête se tournait frénétiquement dans tous les sens, à la recherche d'un visage en particulier parmi ceux noir de suie des rescapés. Ses yeux s'étrécirent lorsqu'il localisa une tête connue. Il bouscula sans ménagement les personnes le séparant de son but et hella de toutes ses forces :
- Lukas !
La tête blonde de son cousin se tourna aussitôt dans sa direction et ce dernier lui fit de grands signes. Au prix de quelques coups de coudes, Kyle parvint à le rejoindre et le prit dans ses bras, rassuré de le retrouver. Puis il le relâcha pour vérifier s'il n'était pas blessé, il n'avait heureusement rien à part ses vêtements quelque peu brunis et une fois le bilan positif établi, il lui demanda expressément :
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je crois que quelqu'un a installé une bombe incendiaire au 1er étage, expliqua-t-il, le feu s'est propagé rapidement et j'ai fait évacuer tout le monde.
- Y a-t-il des blessés ?
- Seulement de très légères brûlures et quelques intoxications à la fumée, récapitula-t-il. Sinon rien de préoccuppant.
- Et où est Séréna ?
- Je ne sais pas, répondit-il, devenant subitement paniqué. Après ton départ, j'ai voulu aller la voir mais elle avait disparu. Je l'ai cherché dans toute la salle de réception et j'allais te rejoindre quand l'explosion est survenu. J'ai alors fait évacuer les invités mais j'ai eu beau chercher, je ne l'ai pas vu parmi eux.
- Mais alors... murmura-t-il, ayant peur de connaître la réponse à sa question.
Comme au ralenti, il se retourna lentement et fixa la demeure enflammée sans vraiment la voir. Dans les crépitements des flammes, il crut entendre un hurlement. Il ne lui en fallut pas plus pour se précipiter vers le bâtiment en flammes, ignorant les cris de son cousin voulant l'arrêter.
- KYLE !! NOOOON !!
Le cri de Lukas alerta Heero qui regarda aussitôt dans sa direction et il vit l'homme en noir foncer vers la demeure. Il se dégagea comme il put de l'attroupement et, une fois libre, il s'apprêta à le suivre quand deux bras vinrent enlacer sa taille avec force et une voix familière lui crier avec émotion :
- Heero ! Enfin te voilà ! J'ai cru que je t'avais perdu !
- Lâches-moi, Réléna ! s'écria-t-il en se détachant sans douceur de l'étreinte de la jeune fille.
- Mais Heero, qu'est-ce qui te prend ? lui demanda-t-elle en lui faisant obstacle, son incompréhension et son désarroi se lisant dans son regard.
- Il faut que je rattrape Duo au plus vite ! Alors laisses-moi passer !
- Duo ?! Mais, qu'est-ce que tu racontes ?
- Duo est là, il est vivant et il court un grave danger. Donc je te le redis : laisses-moi passer, reprit-il en se faisant menaçant.
Mais alors qu'il allait forcer le passage, une main agrippa son épaule et l'empêcha d'avancer. Promptement, il se retourna et envoya un coup de poing à l'inconscient qui avait osé le retenir, coup qui fut paré par un jeune homme à la longue chevelure d'or. Celui-ci le regarda gravement et, en abaissant son poing, il lui ordonna d'une voix claire et inflexible :
- Maintenant Heero, tu te calmes et tu nous explique tout.
Heero soupira d'exaspération et serra les poings. Il savait que le grand blond ne le laisserait pas partir sans explication. La mort dans l'âme, il décida de tout leur raconter, une angoisse atroce présente dans son coeur à l'idée de son amour au milieu des flammes.
Au même moment, Kyle traversa le rideau de feu et pénétra dans la demeure. La chaleur était insupportable et l'air était difficilement respirable. Se protégeant le visage avec sa cape, il avança prudement entre les flammes et regagna la salle de réception. Les tentures brûlaient le long des murs et les tables étaient complètement renversées, sûrement à cause du mouvement de panique des convives au moment de l'évacuation.
Il se fraya un chemin jusqu'au escalier qu'il grimpa à vive allure et il s'engagea dans un couloir. Il se précipita vers la dernière porte et, dés qu'il l'eut poussé, il découvrit ce qu'il cherchait. Séréna était évanouie au sol, étendue sur le ventre, un émataume visible sur son front, et tenait fermement une boîte dans sa main droite. Sans attendre, Kyle se précipita à ses côtés et vérifia ses fonctions vitales. Il eut le soulagement de découvrir qu'elle respirait encore mais faiblement.
Ne voulant pas s'attarder davantage, il prit la jeune fille dans ses bras, prenant soin de la couvrir de sa cape et de ranger la boîte sous sa chemise, et il reprit le chemin inverse de celui qu'il avait pris. La chaleur se faisait de plus en plus intense, les flammes dansaient autour d'eux et les poutres du plafond commençaient à s'effondrer. Les poumons de Kyle étaient en feu mais il devait continuer d'avancer. Il s'apprêta à descendre les escaliers quand ceux-ci s'écroulèrent sous leur poids. Kyle eut juste le temps de se rattraper à la rambarde restée intacte et de maintenir la jeune fille contre lui de son autre bras.
La hauteur n'était pas trop importante mais sa condition plus que précaire l'empêchait de tenter le diable en se laissant tomber et de manquer son coup avec le corps de son amie comme handicap. Maintenant la chaleur était insoutenable et il n'arrivait presque plus à respirer. Ses forces commencèrent à l'abandonner et il se dit que seul un miracle pourrait les sortir de là. Puis il lui vint soudain une idée. Il prit une profinde inspiration et se pinça les lèvres dans un siflement retentissant. Maintenant il ne lui restait plus qu'à prier que son miracle l'ait entendu.
Pendant ce temps, Heero venait de finir de raconter son récit aux deux descendants Peacecraft quand les pompiers arrivèrent sur les lieux. Les soldats du feu commencèrent à déballer leur matériel et les premières lances furent sorties et dirigées vers l'incendie. Heero se précipita aussitôt sur eux, accompagné de ses amis, et s'adressa au chef de la brigade qui venait de donner ses ordres.
- Venez vite ! Il y a encore des gens à l'intérieur !
- Ne restez pas là, monsieur. Cette zone est dangereuse. Allez-vous mettre à l'abri et laissez-nous faire notre travail, lui ordonna le chef des pompiers.
- Mais vous ne comprenez pas, je vous dis qu'il reste encore quelqu'un dans le bâtiment. Dépêchez-vous d'aller le secourir, tempêta Heero, perdant le peu de calme qui lui restait encore.
- Nous ferons ce que nous pourrons mais ne restez pas là, vous nous gênez, répliqua durement l'homme.
Heero allait encore tempêter quand il entendit un hennissement aigu derrière lui. Il se retourna vivement et il vit l'étalon de Duo se cabrer puis partir au triple galop en direction de l'incendie. Paressant insensible aux flammes qui se dressaient devant lui, l'animal fit un saut et traversa le rideau de feu.
Heero retint son souffle après l'avoir vu disparaître dans le brasier. Sa main remonta jusqu'à son coup et enserra la croix qu'il portait toujours sur lui. Il ferma les yeux et exprima une prière silencieuse :
- Kami-sama, je vous en supplie ! Faites qu'il s'en sorte ! Rendez-le moi !
Soudain, un bruit de verre brisé attira son attention et, la seconde suivante, il aperçut la forme reconnaissable de l'étalon traverser une fenêtre et se réceptionner dans l'herbe fraîche du jardin. Et sur son dos, il put voir l'homme de sa vie serrant contre lui le corps de la fille des Campbell.
Les voyant, Lukas se précipita sur eux, suivi dans la seconde par les parents de la jeune fille. L'ambassadeur reçut sa fille dans ses bras et l'étendit sur le gazon pour tenter de la réanimer. Mais n'obtenant aucune réaction, il chercha les pompiers des yeux et leur cria de venir l'aider.
Des pompiers munis d'une trousse de premiers secours se ruèrent à leur côté et prirent en charge la jeune fille. De son côté, Lukas aida son cousin à descendre de sa monture et le soutint pour l'aider à marcher. Le jeune homme se défit de son concour et marcha péniblement jusqu'aux pompiers en charge de Séréna. L'un d'entre eux le vit et se leva pour lui parler.
- Comment va-t-elle ?
- Son poul est très faible et il se peut qu'elle souffre d'un traumatisme crânien. Nous devons la transporter d'urgence à l'hopital le plus proche.
- Dites-moi qu'elle va s'en sortir, les supplia-t-il.
- Nous ne connaissons pas l'étendue de ses blessures mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la sauver.
- Merci beaucoup, souffla-t-il, avant d'être pris par une sévère quinte de toux.
- Et vous, vous n'avez rien ? s'inquiéta le pompier.
- Je... Je suis très fatigué et j'ai du mal à respirer, répondit-il en haletant.
- Vous devriez vous asseoir, lui recommanda le secouriste.
- Non... Je vais bien... Je vous ass...
Mais il ne put terminer sa phrase, ses forces l'abandonnèrent subitement et les bruits des sirènes et des cris se turent autour de lui. Puis tout devint noir.
Tsuzuku...
Verdict ?
