Chapitre 10 – Perfectly Clear

« Monsieur ? Général O'Neill ? »

« Qu'y a-t-il, Colonel ? »

« Désolé de vous déranger si tôt, mon Général, mais il y a un message pour vous. »

« Quoi ? Ici ? »

« Oui, monsieur. Ca vient du Pentagone, monsieur. » Le colonel tendit la feuille à Jack alors qu'il ouvrait les yeux et se redressait sur la couchette.

« Merci, Colonel. » Jack prit la feuille et lut le message codé. Il fut soudain sur ses pieds et dépassa le colonel, marmonnant tout bas et abaissant la casquette de baseball sur son front en se dirigeant vers la porte.

En quelques minutes, il fut de retour au centre de commande et alla vers la radio qu'il avait vue la veille. Sans s'arrêter, il s'y installa rapidement et ajustant les contrôles, leva le micro à sa bouche et dit, « Blue One à Hawkeye. Répondez. » Il lâcha le bouton et écouta les grésillements pendant quelques secondes. « Hawkeye, répondez. Ici Blue One. »

« Je vous reçois Blue One, mais pouvez-vous baisser le ton, je ne suis pas au Ritz ici ! » murmura une voix très frustrée à travers les haut-parleurs.

Jack eut un sourire en coin à la contrariété dans le ton de l'homme, pensant qu'il dirait probablement bien pire si ce n'était pas un général impudent qui brisait son silence radio. « Roger. Avez-vous votre œil sur la cible, Hawkeye ? »

« Les loups sont en mouvement, Blue One. Ils sont sortis pendant la nuit. Seuls quelques traînards sont restés pour garder les cavernes. »

« Merde ! » jura Jack tout haut, puis parla de nouveau à la radio. « Vous êtes sûr ? Aucune chance qu'il soit toujours là ? »

« Je l'ai identifié moi-même. Je suis assez près de lui pour compter les cheveux sur sa tête. »

De frustration, Jack frappa du poing sur la table. « Retirez-vous à une distance de sécurité, Hawkeye. N'engagez pas le combat. Je répète, n'engagez pas le combat. Cachez-vous et surveillez. Blue One, terminé. »

« Roger. Hawkeye, terminé. »

La radio se tut et Jack s'appuya sur la table, son visage tordu en une grimace alors que son esprit enclenchait la surmultipliée.

« Mon Général ? » interrogea le colonel d'une voix hésitante. « Des problèmes ? »

« Oui, il y a trop de terrain et trop peu de temps. Rien de nouveau à ça. »

« Oui, monsieur. »

« Allez chercher Crawford. » Le Colonel partit en hâte chercher le pilote du général pendant que Jack ajustait à nouveau les commandes de la radio. « Williams ? C'est O'Neill. »

« Bonjour, monsieur. »

« Non, pas trop. Il semblerait que votre filet ait un trou, Williams, où diable est-il ? »

« Au-dessus de l'Atlantique, mon Général. »

« L'Atlantique ! Pourquoi diable ne m'en avez-vous pas informé ? » La voix de Jack montait en volume alors qu'il concentrait sa frustration vers la voix sortant de la radio.

« Nous avons envoyé un message flash, monsieur. Il y a des heures de ça. Nous attendions vos ordres. »

Jack regarda le message dans sa main, puis sa montre, grondant doucement. C'était le milieu de la nuit à Washington et il avait envoyé Andrews chez elle. « Très bien, Colonel, resserrez le filet et je le veux 'serré' ! Ne laissez pas ce salopard s'échapper. Est-ce qu'il se dirige vers les States ? »

« Nous essayons de le suivre, monsieur... »

« Essayer ! » Jack criait à présent dans la radio. « Je ne veux pas entendre le verbe 'essayer', Colonel. Je veux savoir exactement où il est et où il va ! Et envoyez un transport pour récupérer Nelson et Chavez. Combien de temps pour avoir quelque chose là-bas ? »

« Deux heures, monsieur. »

« Washington pourrait être un cratère fumant dans deux heures, Colonel ! Vous avez 45 minutes. Mettez Chavez en l'air avec ou sans Nelson, compris ? Et sur l'avion le plus rapide que vous pourrez trouver. Je serai dans l'air dans trente minutes. Relayez l'information à Washington et les gardes côtes. Trouvez-le, Colonel ! »

« A vos ordres, monsieur. Nous nous y mettons tout de suite, monsieur. »

« Si cet avion approche des côtes, descendez-le. »

« Mon Général ? »

« Vous m'avez entendu, Colonel. Essayez de me contacter d'abord, mais sous aucune circonstance, ne permettez à cet avion de survoler l'espace aérien des Etats-Unis. S'il refuse de dérouter, descendez-le ! Est-ce que c'est clair ? »

« Parfaitement clair, monsieur. »

Jack ne s'embarrassa pas de signaler la fin de l'entretien et lâcha simplement le micro sur le bureau et se retourna pour voir Crawford debout derrière lui. « Pouvons-nous réussir à y être à temps, Lieutenant ? »

« Sans problème, mon Général. Ils sont en train de remorquer l'avion à l'extérieur. Le plein sera fait et il sera prêt le temps que nous soyons là. »

Jack hocha la tête et se remit à marcher, augmentant la cadence à chaque pas.

« Monsieur, si vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je pose une question, où allons-nous ? »

« Est-ce que si je vous dit l'ouest, ça vous ira ? »

Le lieutenant fronça légèrement les sourcils, ralentissant ses pas un instant puis se dépêcha pour rattraper. « Ca ira, mon général. »

Jack se dirigea vers la porte. « Que diriez-vous d'aller manger un morceau d'abord, ça pourrait être une longue journée ? » Le pilote acquiesça et marcha aux côtés de Jack comme celui-ci ouvrait la porte. « A quelle distance se trouve votre porte-avions, Crawford ? »

Le Lieutenant Crawford jeta un coup d'œil à Jack, souriant légèrement. « Il est juste à côté, monsieur. »

OoOoO

Sam se réveilla à la faible lumière de l'infirmerie et fut immédiatement consciente du niveau de bruit inhabituel. Elle pouvait entendre des gens courir dans la pièce et des voix légèrement élevées se mirent à discuter d'un ton pressant par-dessus les sons métalliques et les bips familiers des machines.

Une voix douce et familière réussit à franchir son esprit encore embrouillé et elle tourna lentement la tête vers le son.

« Colonel Carter, je suis heureux de voir que vous êtes réveillée. Est-ce que vous vous sentez bien ? »

« Teal'c. Hum, je... oui, je pense que oui. Quelle heure est-il ? »

« Il est encore tôt, 6 heures du matin. »

« J'ai l'impression d'avoir dormi des jours entiers. »

« En effet. »

« En effet ? Vous voulez dire que... c'est le cas ? Teal'c, que s'est-il passé ? »

« Vous avez été malade. Est-ce que vous ne vous en rappelez pas ? »

Les yeux de Sam s'agrandirent de surprise, puis son visage se déforma en une grimace alors qu'elle cherchait l'information dans son esprit. Des fragments de souvenirs traversèrent son esprit, mais les plus récents étaient très troublants. « La mission de secours... les villageois. Nous sommes tombés dans une embuscade. J'ai été blessée. » Sa main vint distraitement à son épaule en une confirmation muette. « Nous sommes rentrés et le Général Landry m'a envoyée ici pour être soignée... »

« C'est exact. »

« Puis... » Elle plissa les yeux sous l'effort qu'elle faisait pour récupérer les souvenirs qui essayaient de rester bloqués dans sa tête. « Je dormais et quand je me suis réveillée, Jack était là, sur cette chaise. »

« Il n'était pas là, Colonel Carter, mais vous le croyiez et avez tenté de l'atteindre. »

« De l'atteindre ? » Ses yeux bougeaient rapidement et Teal'c pouvait presque voir les rouages de son esprit s'efforcer de trouver leurs engrenages familiers. Elle leva les yeux sur lui et reconnut quelque chose que la grande majorité n'aurait pu que deviner. « Je me rappelle un sentiment de panique et une sorte de rage... Oh, mon Dieu, que s'est-il passé ? »

« Un SF fut blessé, mais il s'en remettra. Vous n'étiez pas armée. »

« Où est Jack ? »

Les sourcils de Teal'c se haussèrent et il s'approcha d'elle. « Il est à Washington faisant son devoir. »

Sam secoua la tête pour dire 'non' pendant un long moment, cherchant une fois de plus les souvenirs dans sa tête tandis qu'elle repoussait la panique et quand elle parla finalement, c'était pour agréer avec lui. « Oui, bien sûr. Je pensais juste que... »

Teal'c pouvait voir la soudaine et accablante tristesse qui colora ses yeux avant qu'elle ne se détourne et il sut que cette nouvelle douleur était due à l'absence de O'Neill. Il se pencha plus près d'elle, sa voix presque un murmure. « Daniel Jackson a laissé un message pour lui. Je suis sûr que vous aurez bientôt de ses nouvelles. »

Sam acquiesça, mais son esprit n'arrivait pas à surmonter le fait que Jack n'était pas là, n'avait pas été là. Il serait venu la voir s'il pouvait, peu importait ce qu'elle lui avait dit. A moins, bien sûr, que Daniel n'ait eu raison et que Jack ne lui faisait pas juste plaisir, qu'il était vraiment parti. « Je dois lui parler, Teal'c. Pouvez-vous allez me chercher un téléphone ? »

« Je ne peux pas, Colonel Carter. Le Docteur Summers ne le permettrait pas et n'est-il pas encore trop tôt ? »

« Tôt ? Non, ce n'est pas trop tôt ! Il y a deux heures de plus là-bas ! »

« Je suis désolé, Colonel Carter. »

Sam soupira de frustration et grimaça à la protestation de son corps lorsqu'elle bougea pour tenter de trouver une position plus confortable. Son bras était bandé et immobilisé contre son abdomen. C'était pour le moins inconfortable et des douleurs aiguës l'élançaient à chaque mouvement.

« Teal'c, pourquoi y a-t-il tant de personnes ici ? Que se passe-t-il ? »

« Elles sont traitées pour une infection, Colonel Carter, comme vous. » Il montra du doigt la perfusion à son bras. « Toute personne qui a été blessée est tombée malade. »

« Comment ? Tout le monde ? » Sam tenta de se redressa et siffla entre ses dents lorsque son épaule cria son objection.

« Il serait préférable que vous restiez immobile. Dois-je appeler le Docteur Summers ? »

« Non, non. Je vais bien, Teal'c, juste un peu... endolorie. » Sam fixa le bandage et se demanda pourquoi elle était si endolorie. En fait, elle n'arrivait pas à se rappeler d'avoir été blessée, mais elle se souvenait de Teal'c se mettre devant elle et de se courir s'abriter. Elle ne se rappelait pas non plus le voyage de retour, excepté des bribes de-ci de-là, quelque chose à propos de Mitchell déclenchait la rage chaque fois qu'elle se focalisait dessus. Il y avait apparemment beaucoup de souvenirs manquants, mais elle décida de garder cela pour elle pour le moment. « Je voudrais m'asseoir. Pourriez-vous... »

Avant qu'elle ne finisse la phrase, Teal'c ajusta son lit et ses bras puissants la souleva légèrement pour qu'elle s'assoit. « Merci. » Il hocha la tête et continua à l'observer attentivement.

Sam jeta un œil à la pièce à travers le rideau en partie tiré et remarqua un nombre inhabituel de SF tout près. Elle tendit les doigts et fit un léger signe de tête vers eux.

« Il a fallu maîtriser beaucoup de ceux qui étaient blessés, à cause de leur comportement imprévisible. »

Sam se mordit la lèvre inférieure, puis leva le menton, acquiesçant sa compréhension tout en continuant de fouiller dans son esprit. « Quelqu'un m'a tiré dessus... »

« En effet, les villageois... »

« Non, Teal'c. Quelqu'un m'a tiré dessus ici... avec un zat. » Des yeux bleus troublés rencontrèrent des yeux bruns calmes et elle l'observa hocher la tête en un 'oui' silencieux.

« J'en suis désolé, Colonel Carter, mais vous tentiez de vous échapper. Je n'avais pas le choix. »

« Vous ? » Teal'c acquiesça à nouveau. « M'échapper de quoi ? »

« Je n'en suis pas sûr. »

« Ce n'est rien, Teal'c, mais les zats ne vous mettent pas KO pendant plusieurs jours ! Pourquoi tout le monde est malade ? »

« Le Dr. Summers sera là bientôt. Elle sera capable de répondre à vos questions. »

Les rideaux sur un côté du lit furent tirés et un Dr. Summers au sourire radieux s'avança dans l'espace. Teal'c la salua en courbant légèrement la tête comme elle allait se placer à la tête du lit de Sam.

« Je suis là, Teal'c. Comment vous sentez-vous, Colonel ? »

« Hum, bien, je crois. »

« Bien ! Pas de colère, de panique, de confusion ? »

« Eh bien, je me sens encore un peu confuse, mais sinon, ça va. »

« Vérifions ça alors. Teal'c, voudriez-vous nous excuser, s'il vous plait ? »

Teal'c hocha la tête et sortit silencieusement, tirant le rideau derrière lui.

Le Dr. Summers se mit au travail et vérifia les signes vitaux de Sam, puis fit un examen complet. En quelques minutes, elle avait terminé et fit des notations sur la fiche au pied du lit.

« Docteur ? »

« Eh bien, vous semblez aller bien, Colonel. Tous vos signes vitaux son normaux et il n'y a pas de fièvre. Je pense que le pire est derrière vous. »

« Le pire de quoi ? »

« Hum, pour autant que je puisse dire, les villageois ont fait quelques modifications aux armes qu'ils avaient confisquées, plus précisément, aux munitions. Ils ont dû les enduire avec une sorte de poison ou un agent viral, mais d'après les résultats, je dirais que c'est du poison, similaire à celui utilisé dans les fléchettes empoisonnées. De ce fait, toute personne touchée, même simplement éraflée, par cette munition a développé une forte infection. Nous avons tenté différentes combinaisons d'antibiotiques et on dirait que nous avons finalement trouvé le bon mélange. »

« Et cette... infection affecte nos souvenirs ? »

« Pas vraiment. Je pense que l'infection envahit rapidement les cellules du cerveau, créant une incapacité de ce dernier à interpréter les stimuli. Tout devient rapidement déformé et vous perdez la capacité à distinguer la réalité des situations imaginées. Dans la majorité des cas, cela a déclenché des réponses entraînées. Nous avons eu quelques jours intéressants. »

« Pourquoi ai-je dormi si longtemps ? »

« Vous étiez sous sédatif, Colonel. Vous croyiez être dans une... » Le Dr. Summers jeta un œil aux données, cherchant le mot adéquat, « ... situation d'invasion et que nous étions tous l'ennemi. Croyez-moi, c'était pour votre bien. »

Sam secoua la tête et fronça les sourcils alors qu'elle essayait de s'en souvenir.

« Vous ne vous rappelez rien de ceci ? »

« Juste quelques flashs ici et là. »

« Bon, avec un peu plus de repos, vos souvenirs vous reviendront peut-être. Nous ne savons pas encore, mais vous tous sembliez avoir la même perte de mémoire et la même sorte de confusion, je dirais donc que c'est normal pour l'instant. Tous vos souvenirs antérieurs sont intacts ? »

« Je pense que oui, parfaitement clairs. »

« Vous vous souvenez de vos coéquipiers, votre nom, anniversaire ? Le projet sur lequel vous travailliez avant la dernière mission ? »

Sam réfléchit un instant et acquiesça.

« Bien, alors ça ne vous dérangera pas de me répondre à quelques questions. » Le Dr. Summers lui fit un sourire chaleureux en continuant d'écrire des remarques sur la feuille et Sam répondit facilement à toute vitesse aux questions.

« Dr. Summers ? »

« Oui, Colonel ? »

« J'aimerais parler au Général O'Neill. »

« Je suis désolée, Colonel. Il n'est pas à la base, il est à Washington. »

« Je sais. Mais j'aimerais lui téléphoner. Est-ce que c'est possible ? »

Le Dr. Summers jeta un coup d'œil à sa montre, puis s'avança aux côtés de Sam. « Pourquoi ne prendriez-vous pas encore un peu de repos avant ? Il est encore tôt et, que vous le pensiez ou non, vous devez vous reposer. Nous en reparlerons quand vous vous réveillerez. »

« Est-ce qu'il va bien ? Rien ne lui est arrivé ? Vous me le diriez, n'est-ce pas ? »

« Pour autant que je sache, le Général est en pleine forme, Colonel. C'est vous qui nous avez inquiétés. » Le docteur tapota son bras d'un geste réconfortant, puis remit le lit dans sa position horizontale. « Maintenant, reposez-vous et je reviendrai plus tard. »

Sam sourit brièvement et acquiesça. Elle allongea les jambes et tenta de se détendre, mais son esprit retournait avec insistance aux derniers événements dont elle se souvenait. Elle ferma les yeux et les repassa encore et encore, analysant et cherchant les réponses. A la fin de chaque séance de revisionnage, il y avait Jack. Et la peur insidieuse que quelque chose n'allait pas.

OoOoO

Jack fut raccompagné à la salle radio et était maintenant assis au bureau avec un téléphone en main lorsque l'appel arriva.

« Jack ! Que diable se passe-t-il ? Le Chef d'Etat Major de l'Air Force vient de me rabâcher les oreilles comme quoi vous aviez déclaré la guerre ! A quoi jouez-vous donc ? »

« Quoi ? Non, M. le Président ! »

« Avez-vous ordonné au Colonel Williams d'abattre un avion, Général ? »

« Eh bien, oui et non, M. le Président. Mes ordres étaient qu'il ne devait pas permettre à cet avion de pénétrer notre espace aérien et de le descendre si nécessaire. »

« Ca me semble être une déclaration de guerre, Jack ! »

« Monsieur, la cible n'est plus sous surveillance directe. J'ai dû annuler la mission prévue et je change de position, mais nous ne pouvons lui permettre d'atteindre les Etats-Unis. »

« OK, j'approuve, mais nous ne pouvons pas non plus descendre des avions sans savoir qui ou quoi est à bord. »

« Préféreriez-vous que l'avion s'approche de Washington, M. le Président ou quelque part ailleurs sur la côte est ? N'étaient-ce pas vos ordres de le garder loin de... »

« Bon sang, Jack, vous êtes un type exaspérant ! »

« Oui, monsieur. Désolé, monsieur. » Un grand sourire s'étala sur le visage de Jack lorsqu'il entendit le changement de ton dans la voix du Président, lui disant qu'il pensait que Jack avait raison. « Croyez-moi, monsieur le Président, je n'ai aucune intention de commencer une guerre. »

« Je vous ordonne de revenir à Washington, Jack. »

« A vos ordres, monsieur. Je suis en route, mais il fallait que je fasse un arrêt ici, changer d'avion, vérifier les dernières info, rediriger... »

« OK, OK, Jack. Je connais toutes vos ficelles pour gagner du temps et je vous accorde plus de latitude que je ne devrais. Faites juste en sorte que... ça soit fait et revenez ici. Tout de suite. »

« A vos ordres, monsieur. »

Jack entra en contact avec ses autres agents et apprit que l'avion de Kassem était encore en l'air, mais prenait une route plus au sud que prévu. Il resta debout un long moment à fixer la carte et à réfléchir, tentant de lire l'esprit d'un fou alors qu'il voyageait au-dessus de l'océan vers une destination inconnue.

Willams s'était chargé de Chavez et ils étaient aussi en route au-dessus de l'Atlantique. Nelson n'était pas au point de rendez-vous quand le transport était arrivé et, suivant ses ordres, Willams était parti sans lui. Jack était encore en train de fixer la carte quand Crawford arriva derrière lui.

« Général O'Neill ? »

« Oui, Lieutenant ? »

« Le plein est fait et nous sommes prêts à partir, monsieur. »

« Très bien. » Les yeux de Jack suivirent la côte : Canada, Nouvelle Angleterre, Floride, Cuba, Mexique et Amérique du Sud. Il leva une main sur la carte et déplaça lentement un doigt le long de la côte, retraçant la ligne que ses yeux venaient de suivre. Alors que sa main glissait le long du papier glacé et touchait les contreforts de l'Amérique Centrale, elle ralentit et son esprit accéléra. Jack fixa la côte du Mexique et le doigt qui était en train d'en tracer le contour tapota soudain la carte. « Crawford ? »

« Oui, mon Général ? »

« Les ruines Maya au Mexique... pourrions-nous y arriver directement d'ici ? »

« Euh, oui, mon Général, » répondit Crawford d'une voix confiante, mais légèrement incertaine quant au pourquoi de cette question particulière.

« Bon sang ! » jura Jack à voix basse alors que ses yeux mesuraient la distance et examinait les possibilités. « Je dois devenir vieux. »

« Mon Général ? » Le pilote était complètement confus à présent.

« Oh, très bien, Lieutenant ! Je serai là dans une minute, il faut que je passe quelques appels supplémentaires. »

Quelques minutes plus tard, il grimpait dans le cockpit d'un jet et mettait son casque. Alors que son micro s'enclenchait, il entendit la voix du Lieutenant. « Prêt, monsieur. »

« Allez-y, Lieutenant. Rentrons à la maison. »

Ils étaient en l'air au-dessus des fosses de l'Atlantique quand son téléphone satellite sonna. Il répondit, sachant que ce serait Andrews à l'autre bout de la ligne.

« Les estimations indiquent le Yucatan, monsieur. »

Jack grimaça et se frappa le genou de la paume de sa main. « Très bien, Andrews, envoyez les ordres. Faites-le tout de suite. Vous savez où est Nelson, n'est-ce pas ? »

« Oui, monsieur. » Il éteignit le téléphone et la voix de Crawford emplit ses oreilles.

« Un autre problème, monsieur ? »

« Non, Crawford, tout est parfaitement clair et parfois je déteste avoir raison. »

« A vos ordres, monsieur. » Crawford secoua la tête de confusion. Il ne pensait pas avoir compris un mot que cet homme avait dit depuis qu'il l'avait rencontré et il se demandait s'il était toujours aussi mystérieux, aussi vague, mais il ne modifia pas sa réponse, il se contenta de voler.

« Et si on accélérait un peu, Lieutenant ? »

Crawford ne répondit pas, mais la vitesse de l'avion augmenta soudain de manière substantielle et Jack fixa le ciel bleu à l'extérieur du cockpit, espérant que l'avion qui transportait Chavez était plus près qu'il ne l'était.

OoOoO

Sam se réveilla à nouveau quelques heures plus tard et sa première requête fut un téléphone. Après quelques minutes de discussion et un nouvel examen du Dr. Summers, il lui fut permis de passer un appel.

Le téléphone sonna plusieurs fois avant que quelqu'un ne réponde et Sam demanda à être transféré au bureau du Général O'Neill. Il y eu de longues sonneries supplémentaires, mais finalement le Sergent Andrew répondit.

« Bureau du Général O'Neill. »

« Sergent Andrews, c'est le Lt. Colonel Carter. J'aimerais parler au Général, s'il vous plait. »

« Je suis désolée, madame, mais le Général O'Neill n'est pas à son bureau pour le moment. »

« Sergent, a-t-il reçu le message du Dr. Jackson ? »

« Je n'en suis pas sûre, madame. » Le Sergent fit une petite grimace en baissant les yeux sur la pile de messages sur son bureau.

« OK. A quelle heure pensez-vous qu'il sera là ? »

« Je suis désolée, je n'ai pas cette information, madame. »

« Etes-vous consciente que son portable ne fonctionne pas ? »

« Non, madame. »

La frustration de Sam grandissait avec chaque réponse calme que lui donnait le Sergent. Elle n'allait nulle part, aussi elle décida de changer de tactique.

« Sergent, il faut que je parle au Général O'Neill immédiatement. Vous savez qui je suis ? »

Sans pause ou hésitation, le Sergent répondit. « Oui, madame. »

« Alors laissez-moi vous suggérer très fortement de passer un message au général pour qu'il m'appelle aussitôt que vous le voyez. Si je n'ai pas de nouvelles de lui dans deux heures, je rappellerai. Et trouvez ce qui ne va pas avec son portable ! Est-ce que c'est clair, Sergent ? »

« Oui, madame, parfaitement clair. » La voix du Sergent était calme et mesurée lorsqu'elle répondit à la question menaçante de Sam. « Je lui passerai le message dès que je le vois, madame. »

Sam claqua le téléphone de frustration juste quand Daniel entrait dans la pièce.

« Whoa ! Que se passe-t-il, Sam ? »

« Avez-vous parlé à Jack, Daniel ? Je veux dire vraiment parlé à lui depuis qu'il est reparti à Washington ? »

« Euh, non, mais il est... »

« Oui, oui, je sais. C'est difficile de le joindre, mais pas pour moi, Daniel. Il prend toujours mes appels et maintenant... »

« Sam, il est visiblement impliqué dans une crise ou il serait là, pas vrai ? »

« Est-ce que c'est ce que vous pensez ? »

« Eh bien, oui... pas vous ? »

« Non ! Je pense que vous aviez raison et qu'il évite mes appels. Je n'arrive même pas à le joindre sur son portable ! Je pense que je l'ai poussé trop loin ! Oh, mon Dieu, Daniel, qu'ai-je fait ? »

« Hé, calmez-vous, Sam. Ce n'est pas la première fois que vous n'arrivez pas à joindre Jack. Je suis sûr qu'il vous appellera dès qu'il pourra. Vous savez, parfois il ne peut pas vous joindre non plus. Je n'ai pas laissé de message très précis la première fois que j'ai appelé, je ne voulais pas l'inquiéter sans nécessité. »

« La première fois ? Combien de fois l'avez-vous appelé ? »

Daniel se détourna, ne voulant pas rencontrer ses yeux et ne voulant pas admettre qu'il avait appelé plusieurs fois par jour depuis qu'elle avait été blessée, sans mentionner le rapport officiel qui lui avait été envoyé par l'Air Force. Il ne voulait pas qu'elle voie qu'il était inquiet aussi parce que n'importe quel message disant que Sam était blessée amènerait Jack ici en quatrième vitesse. Pas cette fois, cependant. « Ne sautons pas sur des conclusions hâtives, d'accord ? Il appellera. Je sais qu'il le fera. Je suis sûr que tout va bien. »

« Vraiment ? Eh bien, pas moi, Daniel, je n'en suis pas sûre du tout. »