Speed Jiru, un plateau en main et une couverture sur l'épaule, s'agrippa à l'échelle du mat principal. Bandant ses muscles, il parvint au sommet en n'utilisant qu'un seul de ses bras. Posant délicatement le plateau sur le rebord du nid de poule, il se bascula à l'intérieur de la vigie. Sans aucune surprise, il découvrit sa petite soeur, Haruta, roulée en boule, tentant de se protéger du froid matinal.
Jiru, comme tous les matins où sa petite soeur était de corvée, soupira. Il était monté avec la ferme intention de la réveiller avant l'arrivée du premier commandant, mais sa petite soeur était trop mignonne. Abandonnant pour la unième fois sa résolution, il recouvrit la petite commandante d'une couverture, et sortit un oreiller de son tee-shirt.
Il était extrêmement résolu à la réveiller.
Déposant le plateau près de la figure d'Haruta (peut-être que la bonne odeur du petit déjeuner allait la réveiller ?), Jiru s'empara des jumelles.
À l'Est, rien en vue. Pareil au Sud. Et pas une mouette à l'Ouest. Au Nord, par contre... un gros bateau de la Marine. Ouch. Haruta ne devait pas être la seule à roupiller pendant le service.
Mais que faire ? Il allait devoir la réveiller afin qu'elle en informe l'équipage ou Marco saurait qu'elle avait encore délaissé ses devoirs.
Speed se gratta la tête. Peut-être que s'il se chargeait tout seul de ce navire, discrètement, sans que personne ne s'en aperçoive, il pourrait passer l'incident sous silence...
Trop tard. Sur le pont, Roronoa Zoro fixait déjà le navire de la Marine. Speed Jiru allait devoir faire honneur à son nom avant que le rookie déclenche une autre catastrophe dont il avait le secret.
Avec classe, il attrapa la corde la plus proche et descendit sur le pont.
"Roronoa !" Appela-t-il.
Le vert se retourna légèrement, par politesse.
"Un petit entraînement, rien que nous deux, cela vous dit ?"
L'épeiste Mugiwara grogna un peu.
"J'étais sûr que l'on pouvait s'entendre !" Sourit le commandant. Il se tourna ensuite vers l'Est. "Et vous, mister Usopp, vous voulez vous joindre à nous ?"
Planqué dans un recoin, le tireur tremblait de tout ses membres. Il avait sentit le bretteur se lever et savait par habitude que rien de bon n'allait en sortir. Il l'avait alors suivit dans l'espoir de sauver les meubles. PAS POUR SERVIR DE CHAIR À CANON !
Speed Jiru lui fit un petit sourire. "Allons, dépêchons-nous avant que d'autres personnes ne se réveillent."
Mais si ! Se dit Usopp. Justement ! Attendons les renforts. Peut-être que s'il jouait correctement la comédie, une bande de truand assoiffée de sang s'occuperait du navire à sa place. Zut, se serrait vraiment dommage !
Mais le commandant de Barbe Blanche ne semblait pas être du même avis. Il entraîna les deux Mugiwaras sur le pont inférieur où il jeta une barque à l'eau.
"Si on se débrouille bien, on sera de retour avant le petit déjeuner !" Sourit Speed Jiru.
"Y a intérêt, je tiens à mon café bien chaud !" Ricana Vista en se jetant dans la barque. "Laisse-moi deviner," continua-t-il avec complicité, "Haruta. Dodo. Vigie."
"Encore !" Soupira Namur en sortant sa tête de l'eau. "Heureusement que j'ai besoin d'exercice, sinon je l'aurais bien laissée se faire remonter les brettelles par Marco ! Elle nous fait le coup à chaque fois."
Usopp, discrètement, tenta de remonter sur le pont principal, et prétexterai avoir loupé le départ. Malheureusement, la main d'un certain moustachu était aggripé à son col.
Mince ! Si Vista avait su qu'Usopp voulait revenir sur le pont principal et n'était pas occupé à tester la solidité de la corde, il l'aurait relâché, soyez-en sûr !
Namur, tel un cheval de trait, s'attacha à la barque avant de partir. Quatre personnes plus une barque à tirer ? Facile ! Il s'entraînait tous les jours ! Après tout, il avait très mal pris sa défaite dans une course contre une sirène, et il prendrait sa revanche !
"Très jolie chemise !" Flatta Speed Jiru à l'adresse de Vista. Aucune préoccupation pour leur pauvre frère qui se gelait dans l'eau.
"Tu trouves aussi ?! C'est ce que m'a dit Thatch hier soir ! Mais j'aurais bien ajouté une petite rose dans cette poche là." Il toucha la poche de son torse et en sortit un papier.
"Un pense-bête ?" Demanda Speed Jiru en ignorant les ronflements de l'épeiste Mugiwara qui, semble-t-il, était retourné auprès de Morphée.
"Non, je ne sais pas ce que c'est… On dirait…"
"Une Vivre-Card." Souffla Jiru. "Sûrement celle des Mugiwaras."
Ils avaient intérêt à se dépêcher et à remettre rapidement ce bout de papier à sa place ou Marco allait définitivement les plumer.
Sanji entamait sa douzième nuit blanche. Impossible de fermer l'œil avec tous ses travestis ! Ils se battaient tous pour dormir avec lui, sous prétexte qu'il allait partir ! C'était sans parler de toutes leurs mains baladeuses, leurs grimaces horribles et leur maquillage outrancier ! Sanji ne pouvait décemment pas croire que cela faisait deux ans qu'il était avec eux. Deux longues années de souffrance, dans ce monde de tarés dégoutant. Oui, plus jamais il n'y mettrait les pieds ! La prochaine fois que Luffy disparaissait pour deux ans en leur demandant de s'entraîner, il irait s'entraîner à lui botter le cul ! On n'a pas idée de laisser son cuisinier dans un endroit aussi immonde pendant deux longues années !
Caché dans un placard, à la façon d'Usopp, il regarda sa Vivre Card, seul espoir dans ce monde de travesti. Elle bougeait comme pour lui indiquer le chemin vers la lumière, le chemin vers Nami-san et Robin-chan. Sortant discrètement de sa cachette, il jeta un coup d'œil dans la direction de la Vivre Card, peut-être verrait-il Nami-san et Robin-chan, en pleurs, voguant à sa recherche ?! A la place, il vit plutôt un navire de la Marine.
…
Toujours mieux que sa bande de travestis ! S'il se déguisait, peut-être qu'il pourrait se faire passer pour un haut gradé kidnappé par l'armée révolutionnaire ? Il n'avait rien à perdre, il était déjà au fond…
Jetant discrètement un canot à la mer, il s'embarqua vers l'inconnu !
Le commodore Yarisugi fixa dans sa lunette le navire de Barbe Blanche. Des ennuis à l'horizon. En tant que Marine, il se devait de se battre pour la justice, au péril de sa vie. Mais, en tant que Commodore, il devait assurer la sécurité de ses troupes. Et, en tant que poltron, assurer ses arrières. Seulement, depuis qu'Akainu était devenu Amiral Commandant en Chef, les choses s'étaient un peu gâtées… L'Homme-lave appréciait les résultats et savait motiver les troupes. Dans le mauvais sens du terme. Combien de colonels avaient disparu parce qu'ils faisaient mal leur job ?
Bref, décidant que se faire trancher en deux par un pirate de Barbe Blanche n'était pas une vision d'avenir, il décida de changer de cap. N'importe quel excuse ferait l'affaire.
C'était sans compter la petite délégation d'accueil qui approchait…
Comme prévu, Sanji s'embarqua silencieusement sur le navire de la Marine, sans aucun au revoir pour ses hôtes. Un de ses souhaits s'était réalisé ! Il abattit une sentinelle avant de lui voler son uniforme et de le coincer dans un placard. Une fois fait, il retourna à la corvée du soldat, tentant de passer inaperçu. S'il trouvait le bureau du commandant, il pourrait falsifier les données de ce dernier et les mener à l'Archipel Shabondy contre leur gré. Ce ne serait pas magnifique ?
Usopp avait une bonne vue. Quoi de plus normal pour un tireur me direz-vous ? Mais le navire de la Marine était soit gigantesque, soit la vue d'Usopp était très erronée. Il aurait apprécié que se fut le second choix. Beaucoup. Et il aurait aussi aimé que le navire de Barbe Blanche ne soit pas aussi petit.
Peut-être que sa vue baissait ? Cela expliquerait comment un navire aussi gros que la Moby Dick pouvait paraître aussi petit !
"Allez Sniper, Je crois que c'est l'heure pour toi d'entrer en scène !" Sourit Speed Jiru.
Définitivement pas, pensa Usopp, mais il s'abstint de le dire à vive voix.
"Je p-pensais plutôt m-monter sur le t-toit et couvrir vos arrières pendant la bataille…"
"Bonne idée." Approuva Speed Jiru en montant à l'abordage du navire de la Marine.
Une fois Namur hors de l'eau, Vista, fier de sa voix, décida de lancer le carnage.
"A L'ABORDAGE !"
Sanji s'alluma une cigarette, respirant l'air frais du petit matin, quand il entendit un hurlement. Visiblement, son petit bonheur venait d'être écourté. Pourquoi fallait-il que le navire se fasse attaquer alors qu'il venait à peine de s'y infiltrer !
"Pffiou."
Recrachant un peu de fumée, il décida de rester où il était. S'il allait se battre et se démarquait du lot, on pourrait s'apercevoir qu'il s'était infiltré. Et dans le cas contraire, il ne ferait que grossir des rangs déjà blindés, nul besoin de chair supplémentaire.
Usopp, à l'aide de son super don, avait trouvé LA cachette. Qui aurait jamais pensé à chercher un envahisseur sous la bâche d'un navire de secours ? Et, ce faisant, Usopp pouvait surveiller la mer, s'assurant que ses hôtes ne filaient pas sans lui dans le cas d'une retraite stratégique. Avec les commandants de l'Homme le plus forts du monde, c'était très peu probable, mais, en tant lâche de haut niveau, il avait appris à craindre toutes les éventualités !
Il n'aurait ensuite plus qu'à sortir vers la fin de la bataille et feindre d'avoir combattu depuis son arrivée. Oui, son plan était parfait !
"KYYAAAA !"
Les oreilles de Sanji, surentraînées à détecter n'importe quel bruissement féminin, déclenchèrent toutes les alarmes possibles face à ce cri de détresse manifestement du sexe pur dont il rêvait tous les nuits. N'écoutant que son coeur, il couru rejoindre cette belle en détresse. Qu'importait maintenant qu'il se fasse découvrir ou qu'il trahisse l'uniforme qu'il portait, il allait sauver sa Dulcinée.
Courant à travers tout le navire, en direction des lieux de l'attaque, le cuisinier retint un râle dû à ses chaussures légèrement trop petites. Pour se fendre dans le paysage, elles étaient supportables, mais en plein milieu de l'action, elles devenaient un fardeau.
Peu importait, il arrivait sur les lieux de l'incident, et ces chaussures allaient peut-être lui rendre un petit service…
Speed Jiru soupira. Il avait presque finit les gardes de ce côté-ci du navire, et avait surtout oublié la faiblesse des marines du Paradis. À côté de lui, Namur faisait les poches à leurs victimes et Vista semblait revenir de la cuisine, une pomme à la main.
"Vista ?" Interpela gentillement Jiru.
"Hum ?"
"N'étais-tu pas sensé surveiller les deux Mugiwaras ?"
L'épéiste à la lame fleurie, interloqué, se retourna pour remarquer l'absence de leur deux protégés.
"Ah. Mais où sont-ils passés ?"
"Vista." Reprit son frère. "Tu ne croyais quand même pas qu'il suffisait de leur demander de te suivre pour qu'il le fasse ?"
Vista pencha légèrement la tête, comme l'aurait fait une jeune fille pour prendre une pose mignonne.
"Ah non ?"
Jiru allait doucement lui expliquer les quelques épisodes que son frère semblait avoir loupé, quand une chaussure fendit les aires pour heurter Vista en pleine figure.
Ses deux frères restèrent un moment hébété, avant que Namur se jète rapidement à terre pour éviter la deuxième chaussure volante.
Les trois pirates, dont Vista qui avait élégamment éloigné le soulier de son précieux visage, se tournèrent vers le mat, la source de la menace.
Là-haut, le visage fier, se tenait un unième marine.
"Tu es en retard." Lui fit finement remarquer Vista, amusé par son entrée théâtrale, bien qu'il aurait apprécié qu'un autre reçoive la déclaration de guerre.
L'inconnu sauta de sa place sur son opposant le plus proche, Speed Jiru, mais Vista, s'interposant entre les deux, en décida autrement.
"Je suis ton ennemis mon petit."
Le moustachu avait arrêté les pieds nus de son adversaire avec l'une de ses lames.
Ils firent une pause calculatrice, comme deux lions qui se jaugeaient, avant qu'un petit sourire suffisant s'étende sur les lèvres de Vista, déclarant l'ouverture des festivités.
Plus loin, Jiru s'assit aux côté de Namur.
"Tu as vu cette dégénérescence ?! Attaquer avec des chaussures ! C'est quoi la prochaine étape ? Nous étrangler avec leurs chaussettes ?!"
"La Marine n'a plus d'argent, mon pauvre ! Fini l'époque des belles épées et des fusils ! Maintenant, ils vont se battre avec des cailloux et en haillons !"
"Ils font vraiment pitié..." S'attrista Jiru.
"Tu sais, je sais ce qu'on pourrait faire !" Se galvanisa Namur. "On pourrait..."
L'Homme-poisson chuchota son idée à l'oreille de son frère.
"Mais oui ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt !"
Namur ria franchement avant de se rappeler le dernier ragot.
"Au fait, tu savais que..."
Les deux commères, perdues dans leur potin, ne remarquèrent pas la petite marine dans un coin qui reprenait conscience. Cette dernière, assez épargnée par leur charge groupée, gémit faiblement.
Mais cela suffit à attirer l'attention de Sanji sur le petit minois qui se redressait doucement. Les cheveux bouclés bruns, tombant en cascade sur les épaules la jeune fille, cachaient à peine ses yeux émeraudes, perdus dans le vague.
À cette vue —une vraie fille !—, le coeur du blond sauta un battement et ses veines éclatèrent. Un jet de sang jaillit de la figure du cuisiner qui s'envola jusqu'au mur le plus proche, avant de s'effondrer avec un sourire niais.
Vista, qui était pourtant sûr de n'avoir causé aucun dégât de cette importance, se tourna vers ses frères, étonné.
"J'ai loupé quelque chose ?"
Non, lui signifièrent ses frères, les yeux ronds comme des soucoupes.
"Ils nous a fait une Mugiwara !" Ria Vista, utilisant par accident la dernière comparaison en vogue. D'après la définition que Blamenco avait donné à Marco, il s'agissait d'un 'acte idiot, sans aucun sens, totalement incongru'.
"Que fais-t-on alors ?" Continua l'épée fleurie.
"On retrouve les Mugiwara, on coule ce navire et on le racontera à nos frères quand on sera bourré dès la prochaine fête." Proposa Speed Jiru.
"Mais… Mais…" Chuina Vista. "J'ai pas pu finir mon combat ! En plus, il était tellement marrant, refusant d'utiliser ses mains, même quand je lui ai offert une épée sur un coup de tête !"
"Vista." Le réprimanda Namur. "Arrête de fournir des armes à tes adversaires ! Ils essayent de te tuer, je te rappelle !"
Se qui n'empêcha pas le grand épéiste de partir bouder dans un coin.
"Bon," flancha Jiru, "tu peux aller ramasser ton copain, mais qu'il ne prenne pas de place, d'accord ?"
Vista s'empressa d'accepter et d'aller récupérer son adversaire avant que celui-ci ne se noie dans son propre sang. Bien que cela aurait pu lui faire une sacrée réputation !
Usopp, secoué par le silence après la lutte, sortit vaillamment de sa cachette, pour aller affronter la nouvelle journée à venir. Toujours sur ses gardes, au cas où les Shirohige n'auraient pas réellement fini de faire le ménage, il tomba nez à nez avec Zoro, vidant un tonneau de bière alors que les premiers rayons du soleil se frayaient à peine un chemin à travers la nuit.
"Ivrogne." Lâcha le sniper.
Il attrapa un pied de son camarade afin de le trainer jusqu'au pont principal où devaient les attendre leurs hôtes.
D'après le programme, Usopp devait revenir d'une féroce bataille ayant eu lieu de l'autre côté du bateau. Dans l'immédiat, trainant son ami accroché à un tonneau, il n'en donnait pas trop l'air. Bon, d'après le programme, il devait aussi arriver à Shabondy, et définitivement pas sur le navire des plus farouches pirates de Grand Line.
Le programme se faisait assez maltraité ces temps-ci…
"Ah ! Les voilà !" Remarque Namur, en position de vigile. "Allez les gars, sautez dans la nacelle, on file avant que ce navire ne se fasse avaler par les eaux !"
Usopp ne se fit pas prier. Il jeta Zoro comme un sac de patate agrippé à sa ration d'alcool avant de le suivre en sautant.
"Attention !"
Le sniper atterrit sur quelque chose de compact et de mouillé. Ils prenaient l'eau ?
"Mon jouet !" Pleurnicha Vista.
Usopp porta sa main à sa vue, et remarqua qu'elle était pleine de sang. Puis se tournant, terrifié, vers la source, il tomba sur des bouclettes blondes bien connues.
"SANJI ?!"
Un peu plus loin, sur une petite île tranquille du nom de Marineford...
"Commandant en Chef !" Hurla un haut gradé en claquant la porte de son supérieur.
Celui-ci commença à chauffer, énervé par l'impolitesse de son sous-fifre. Ce dernier se calma soudainement et posa du bout des doigts le journal sur le bureau de son chef avant de prendre la poudre d'escampette.
Akainu jeta un rapide regard à la première page avant d'attraper le journal de toute main et de transformer en cendre.
"Ces bouffons !"
En effet, sur la première page de ce jours-là, on voyait les pirates de Barbes Blanches faisant la manche pour la Marine, avec un petit slogan "Pour vous pauvres défenseurs démunis".
Quatre jours après, ses trésoriers furent tout de même heureux de trouver le montant des recettes sur le port et n'en soufflèrent mot à leur supérieur...
