Aujourd'hui c'est le jour de l'exposition. Je suis nerveux, je tremble. Keith me fait un sourire pour me rassurer.
"Lance, calme toi. Ça va bien se passer.
- Mais... imagine y'a personne !
- Il y aura des gens.
- Mais, et si-
- Arrête de stresser."
Il m'enlace.
"Huuuum ! Me serre pas comme ça je stresse encore plus !"
Keith me lâche et se recule. Il caresse mes cheveux. Je me jette dans ses bras.
"Keeeeiiiith ! Serre moi fooort !
- Pffft ! "Serre moi, me serre pas" ! T'es chiant toi.
- Maiiiis j'ai peur !"
Il lève les yeux au ciel et m'embrasse sur le front.
"Arrête..."
Sur la joue.
"De..."
Dans le cou.
"Stresser !"
J'ai des frissons. Je pose ma tête dans son cou...Je soupire.
"Okay, okay...je me calme.
- Bien."
Il me lâche et on se fixe un peu avant qu'il me caresse à nouveau les cheveux.
"Je te l'ai dit : t'as un don. J'suis même sûr qu'il y aura des acheteurs.
- Tu exagère.
- Non j'exagère pas. T'es génial."
Keith prend ma tête entre ses deux mains et me fixe en souriant. Il arrive à me rassurer. Je lui fait confiance, peut-être que c'est un peu parce que je l'aime, ou simplement parce qu'il sait comment me parler.
Keith avait raison. Il y a plein de gens qui viennent, je suis angoissé dès qu'il faut parler pour expliquer mes dessins mais Keith vient souvent à mon secours, pour poser ma main sur mon épaule ou prend ma main dans mon dos.
Je me pose un instant en extérieur pour fumer une cigarette. Keith arrive et me la pique d'entre mes lèvres, il tire dessus et me la rend.
"Quelqu'un a acheté ton lion bleu.
- QUOI ?!
- Ouais.
- Mais...qui...?
- Un mec un peu bizarre mais sympa...Monsieur Bobi Bo.
- Bobi Bo ?
- Ouaip.
- C'est bizarre comme nom.
- Il est sûrement étranger. Y'a plein de gens qui s'intéressent à mon portrait. Peut-être que quelqu'un va l'acheter.
- Ça c'est non.
- Hahaha ! Pourquoi ?
- Parce que je ne veux pas que tu sois affiché dans un salon.
- Jaloux ?
- OUI !
- Haha ! Ha..."
Il m'embrasse sur la joue.
"Okay je dirais qu'il n'est pas à vendre. Allez viens.
- J'arrive !"
Je jette le mégot dans un cendrier et je retourne à l'intérieur de la salle. Et je heurte quelqu'un.
"Désolé.
- Lance !
- Romelle ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Keith m'a invité !
- Oh ! C'est génial. Merci d'être venue.
- Je suis absolument fan de ton portrait de Keith, il est plus beau quand tu le dessine qu'en vrai.
- T'es méchante.
- Nan, réaliste."
Keith lui tire la joue, l'air agacé.
"Sale petite-
- Keith !
- Je t'ai entendu j'te signale."
Ils se disputent de manière enfantine un petit moment, ce qui me fait rire. Je détourne mon regard d'eux...je tombe sur une chevelure blanche au loin...un homme...grand...aux cheveux longs et blancs...il se retourne et là je recule en attrapant Keith par le poignet.
"K...K... Keith..."
Je tremble. Keith me regarde, il ne comprend pas ce qu'il me prend. Mais je pense que la panique est tellement visible dans mes yeux qu'il attrape ma main et la serre.
"Romelle, je reviens.
- D'accord."
Romelle me regarde l'air inquiète mais me sourit. Keith m'éloigne vers les toilettes. Il m'enlace.
"Hey...Hey...Hey ! Calme toi...Calme toi. Qu'est-ce qu'il se passe...? Lance...?
- Il...il est là...
- Qui ?
- M...mon...mon...boss...Il est là...
- Qui...?
- L...L...Lot...
- Lance. Respire. Chut...Calme toi."
Il caresse ma joue. Je le regarde droit dans les yeux et je respire grand coup.
"Lotor.
- Lotor...? Lotor Honerva ?! Le fils de Zarkon Honerva ?!
- Oui...Il est à la tête du réseau de prostitution...
- Pourquoi l'un des hommes les plus influents de la ville vient dans une expo d'art ?
- Peut-être qu'il a vu mon nom ?...Ou je ne sais pas ! Je veux juste pas le voir..."
J'ai les larmes aux yeux. Keith se pince les lèvres en me regardant, l'air inquiet.
"Reste ici. Je vais voir ce qu'il veut exactement."
Je suis enfermé dans les toilettes de l'Expo, dos contre le mur, je me laisse glisser au sol, j'ai la nausée, je tremble. J'enfouis ma tête entre mes genoux et mon torse. Je veux que ça s'arrête, que je me réveille d'un hypothétique cauchemar que je serais entrain de faire...Mon ventre me fait mal. Mes ongles s'enfoncent dans la peau de mon bras tant je me recroqueville sur moi-même. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi mais quand la main chaude de Keith se glisse dans mes cheveux, j'ai l'impression qu'il est parti des heures.
"Lance."
Je lève les yeux vers lui, il s'est accroupi face à moi.
"Il est parti...Il a acheté ta toile aux traits rouges et orange abstraits. Respire...c'est fini."
Je suis incapable de parler, alors je me mets à pleurer en le serrant dans mes bras. Cette expo, je l'oublierais jamais.
Quand tout le monde a quitté les lieux, que je me retrouve seul avec Keith, j'imagine qu'il va m'expliquer son absence de ces derniers temps, mais il ne parle pas de ça. Il me dit que je suis génial et qu'il est super content de notre travail accompli. Il m'embrasse sur les joues, caresse ma nuque et me sourit. Je crois qu'il pense que ce n'est pas le moment pour me parler de tout ça, je crois qu'il a raison, j'ai peut-être besoin d'être rassuré et consolé plus qu'autre chose. C'est la deuxième fois que la vie de Blue interfère dans celle de Lance, et si la première fois, m'a apporté Keith dans ma vie, je doute que Lotor soit bénéfique pour moi.
Keith me ramène et me caresse les cheveux au moment où je lui fait face pour lui dire au revoir. J'ai envie qu'il reste, j'ai envie qu'on couche ensemble...voire même qu'on fasse enfin l'amour tout les deux, c'est trop tôt peut-être ? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que j'ai envie de lui. Et je peux pas juste rester là sans rien dire. Je pose ma main sur son genou.
"J'ai envie de toi."
Il me regarde avec un regard à la fois doux et inquiet. Il a un geste super tendre en passant ses doigts contre mon piercing à l'hélix.
"Moi aussi."
Je prend sa main.
"Alors monte...?
- Je peux pas...
- Me laisse pas seul ce soir, pitié.
- Lance...
- Ne disparaît plus comme l'autre fois. J'ai besoin de toi ce soir. Ou alors dis moi pourquoi...?"
Il ouvre la bouche, et la referme. Il embrasse ma main.
"Je peux pas te le dire maintenant. Ce n'est pas le moment.
- Alors on parle pas tout de suite, j'ai trop envie de toi pour réfléchir."
Je comprends qu'il hésite, puis il descend de sa moto et plante son regard dans le mien. Je pose mes mains sur sa taille.
"Je veux juste être avec toi, je veux pas savoir tout tes secrets. Je veux juste être avec toi...et j'ai besoin de savoir si tu veux être avec moi. C'est tout.
- Je veux être avec toi."
Il a sourit et a posé sa paume sur ma bouche, tout en embrassant le dos de sa main. Un baiser indirect, différent de la dernière fois. Je pose à mon tour ma paume contre ses lèvres et j'embrasse le dos de ma main. On ne se parle plus à partir de là. On monte dans mon appartement, on retire nos vêtements sur le chemin vers ma chambre. On ne passe pas à l'acte directement, d'abord, il m'enlace longuement puis il m'embrasse en suivant le chemin : cou, clavicule, torse, ventre, bas-ventre, aine, intérieur de la cuisse, sexe. Je pousse un un petit gémissement. Il soulève ma jambe pour la poser sur son épaule : il prépare son angle d'entrée. Ses doigts glissent dans ma chair, aidés par le lubrifiant. Je le laisse faire et dès qu'il s'arrête pour mettre un préservatif, je pose ma main sur mon poignet.
"Non, attend. Pas comme ça.
- Comment alors...?
- Recule."
Il s'assoit dans le lit et m'observe, je me relève sur mes genoux et je le pousse pour que ce soit lui qui s'allonge. Je veux qu'on fasse des preliminaires plus longues, je ne sais pas, j'en ai envie, peut-être que j'ai envie de le garder plus longtemps près de moi. Je lui fait écarter les jambes, je pose ses deux genoux au dessus de mes épaules. J'embrasse son gland, il gémit.
"L..Lance."
Je le lèche du haut, jusqu'à la base. Je répète l'opération plusieurs fois puis je le prend entièrement dans ma bouche, il gémit fortement. Je fais quelques va et vient avec ma bouche puis je m'arrête pour respirer. Il ouvre un œil et me regarde, il respire fort et son visage est rouge. Je le fixe un moment puis je m'allonge à côté de lui. Je lui tourne le dos.
"Comme ça ?
- Non, je veux te voir.
- Tu peux me voir...Par la vitre."
Je trouve son regard par le reflet de ma fenêtre. Il sourit et rit.
"Pas pratique comme angle...Sur le côté.
- Comme ça alors ?"
Je pose mes mains contre la vitre et je me mets sur mes genoux.
"Ça n'a pas l'air confortable pour toi Lance.
- C'est pas grave...
- Pourquoi tu fais ça...? Tu ne veux pas me voir ?
- Si mais...quand je te vois, après tu me manque."
Il soupire et me tire sur lui. Il m'enlace. Il est assis en tailleurs, ce qui m'oblige à entourer ses hanches avec mes jambes pour être assis.
"Je vais pas disparaître cette fois, Lance."
Je ne sais pourquoi, une larme s'est échappée de mon œil quand il a dit ça. Il l'a essuyé en souriant puis il m'a embrassé la joue. On est restés dans cette position pour...la suite. J'ai juste soulevé mes hanches pour qu'il puisse me pénétrer. C'est un peu bizarre, je voudrais fermer les yeux à cause des vagues de plaisir, mais je n'y arrive pas, nos parfums mélangés à l'odeur de nos transpirations envahit mon air et je ne sais pas, j'aime. Je l'enlace par les épaules, on bouge nos bassins en même temps et avec une étonnante synchronisation, nos gémissements sont presque en parfaite alternance. La faible luminosité apporté par les lumières de la ville à travers la fenêtres illumine nos peau avec des taches de lumières. Le sexe avec Keith, cette nuit, a un côté esthétique que je suis incapable de décrire correctement. On se regarde dans les yeux, nos nez se frôlent, son souffle caresse mes lèvres. Il murmure mon prénom entre deux gémissements, ma tête tourne à cause des sensations...Il est tellement proche que j'ai peur qu'il recule ne serait-ce que d'un centimètre. On atteint l'orgasme en même temps, et même après qu'il se soit retiré et que notre respiration soit revenue à la normale, on reste immobile et silencieux. Il me serre, ses mains sont chaudes...il caresse mon dos.
"Keith...
- Hm...?
- On peut rester comme ça pour toujours ?"
Il relâche doucement l'étreinte et me sourit.
"Toujours c'est un peu long.
- Tu sais que j'adore exagérer.
- Ouais...haha."
Il m'embrasse sur la joue et se recule de moi, il sort du lit...et j'imagine qu'il va à la salle de bain pour jeter le préservatif. Je m'allonge et je me tourne vers la vitre. Il est un heure du matin, la ville ne dort pas, en même temps, cette ville ne dort jamais. Keith m'enlace en revenant dans le lit, il monte le drap sur nous et il pose sa main sur mon ventre, je croise nos doigts, il respire dans mes cheveux, je ferme les yeux. Je sens sa tête bouger, j'ouvre les yeux, il s'est redressé sur son coude et a posé sa tête dans la paume de sa main, il me regarde à travers le reflet de la fenêtre. Je ris et je referme les yeux.
"Tu compte me regarder dormir ? C'est ça ton projet ce soir Keith Kogane ?
- Perspicace Lance McClain.
- Tu disparais pas demain, hein ?
- Non, dors.
- Tu me le promet ?
- Oui...Demain je serais là."
Je souris, les yeux fermés.
"Bonne nuit...Keith...
- Bonne nuit."
Je m'endors...la chaleur de sa main sur mon ventre est agréable et douce.
Je me réveille en pleine nuit, sa chaleur a disparu, je me retourne...il est toujours là. Il dort, dans une position bizarre, on dirait une poupée désarticulée, je souffle et je le change de position, il fait un petit grognement endormi et se tourne de lui-même, sur le ventre. Je me glisse sous son bras, je me sens...en sécurité. Je referme les yeux.
Je me suis réveillé assez tôt, on avait pas changé de position. Je m'extirpe de ses bras doucement pour ne pas le réveiller. Il dort paisiblement, le soleil éclaire légèrement sa joue. Il est beau quand il dort. Il pose son bras contre son visage, j'imagine que la lumière le gène un peu même à travers ses paupières. Je tire le rideau pour atténuer la lumière. Il reprend une position visiblement plus confortable, je mets juste un boxer pour me couvrir puis j'attrape mon carnet à dessins et je m'installe sur une chaise à côté du lit. J'essaye de reproduire son expression trait pour trait.
Après une quinzaine de minutes, son bras glisse dans le lit, son expression change. Il fronce les sourcils. Il tapote tout autour de lui : il me cherche. Je me retiens de rire en me mordant la lèvre. Sa main tape dans la chaise, il lève les doigts pour toucher mon genoux. Il esquisse un sourire en gardant les yeux fermés.
"Qu'est-ce que tu fabrique...?
- Je te dessine. Alors ne bouge pas.
- Et je fais comment si j'ai envie de pisser ?
- Tu te retiens.
- Laaance !
- Ne bouge pas !"
Il grogne et rit.
"T'es chiaant.
- Toi, t'es chiant !
- Non c'est toi qui-"
On se stoppe net, une sonnerie stridente et électronique résonne dans la pièce : c'est le portable de Keith qui sonne. Il ouvre les yeux et souffle en se levant pour ramasser son téléphone posé au sol dans son pantalon, qu'il ramasse également. Il regarde l'écran et il s'éloigne dans la pièce d'à côté pour répondre.
"Oui ? Non, là j'suis pas chez moi...Oui. Non je...Je peux pas là. Attend S-...Ok. J'arrive. Oui...ok. Bye."
Il revient dans la pièce, l'air un peu désolé, il s'est rhabillé à moitié et tient son t-shirt dans la main.
"Je...je dois y t'appelle cette semaine.
- Promis...?"
Il me regarde avec un air surpris. Mais j'ai trop besoin de lui auprès de moi, j'ai besoin qu'il me promette de ne pas m'abandonner, je veux plus être abandonné. Il s'approche et me caresse la joue.
"Cette fois c'est une vraie promesse. Je t'appelle bientôt."
Il me fait un sourire auquel je répond.
"Okay..."
Il m'a déposé un baiser sur le front et il est parti. Et me voilà à nouveau...seul.
Lundi, je passe la journée avec Azul, on reste chez elle et on mange en regardant des films, le soir je...me retrouve à genoux dans une limousine...face à trois mecs. Ça me dégoûte rien que d'y penser.
Mardi, je dessine toute la journée et je passe la soirée chez mes parents avec Lana et Gabriel. Azul nous rejoint pour dîner, nous quatre autour d'une table, juste nous, discuter entre frères et sœurs de nos vies, ça faisait une éternité que c'était pas arrivé. Lana s'endort sur moi dans le canapé et je ferme les yeux pour m'endormir aussi mais j'entends parler dans la cuisine juste derrière moi.
"Il a quoi Lance ? J'ai l'impression qu'il y a un truc qui ne va pas.
- Gabriel...j'peux pas te le dire.
- Pourquoi ?
- D'abord parce que s'il veut t'en parler, c'est à lui de le faire. Et puis parce que...tu deviendrais fou, je pense.
- Azul...
- Pardon.
- Hé... Pourquoi tu pleure ?"
J'ai serré Lana contre moi. J'ai aussi les larmes aux yeux.
"Gab... même si tu ne sais pas. Il faut le protéger tu comprends ? Il a besoin de nous.
- Okay...Okay."
Azul...Pardonne moi...
Mercredi j'ai hésité à tout dire à mon frère, on a passé une soirée à fumer des clopes et boire des shot de tequila en riant. Puis d'un coup, il est devenu super sérieux et m'a enlacé par les épaules.
"Lance. Je suis ton grand frère. Si demain, tu dois tomber...tombe. Je te rattraperai. Okay ?
- Okay."
Je crois ça vaut toutes les discussions de la Terre.
Jeudi, je dessine. Je dessine tellement que je termine deux bloc-notes en une journée. Je suis allongé au milieu des feuilles couvertes de crayon. Mon téléphone sonne et je bondit. J'espère que c'est Keith qui m'appelle...! Et fausse joie. C'est mon boss...Je dois me rendre à l'hôtel.
C'est le mec de la dernière fois...Oh non. Pas lui, pas encore...
"Hn, Blue...Tu es si...parfait."
Je suis allongé sur le dos, c'est la quatrième fois qu'il me prend, j'ai déjà mal au ventre. Il soulève mes hanches. Non pas encore, stop, je ne veux pas, je peux plus. Mais je me tais, je me mord les lèvres et je ferme les yeux...j'ai mal au ventre.
Comme l'autre fois, c'était long, humiliant et affreux et comme l'autre fois j'ai mal au ventre et je voudrais juste me réfugier dans les bras de Keith.
Dès que je suis dans l'ascenseur, le fruit du hasard fait que son nom s'affiche sur mon écran de téléphone.
"Allo ?"
Je fond en larmes en entendant le son de sa voix.
"Keith...!
- Hey...? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Rien...J'voulais juste...Ça fait du bien de...D'entendre ta voix.
- C'est pas la peine de pleurer...Lance...
- Je sais, désolé...
- T'excuse pas."
En sortant de l'hôtel, je remarque une voiture de police garée devant. J'espère qu'ils viennent arrêter cet espèce de connard dégueulasse.
"Attends, faut que je me dépêche, y'a les flics.
- Comment ça...? T'es où ?
- Disons que...J'avais un rendez-vous spécial.
- Hn. Je vois.
- C'était...Hyper froid Keith.
- Désolé. C'était pas fait exprès...
- Je comprends. Dis...Tu peux rester avec moi le temps que j'aille au métro ?
- Oui..Je peux."
J'ai l'impression de l'entendre sourire.
"Tu fais quoi là ?
- Je suis chez un ami.
- Hm...Okay."
Chez un ami ? Juste un ami ? Plus qu'un ami ? J'ai un petit pincement au coeur : je suis jaloux. Je ne devrais pas, il a dit que c'est juste un ami. On reste en ligne jusqu'à ce que j'arrive dans la station de métro...
"Bon bah ça va plus capter à partir de maintenant...Tu me rappelle...?
- Demain.
- Okay...À demain.
- À demain Lance..."
J'ai entendu un "Bébé" juste au moment où il raccroche et c'était pas la voix de Keith. Est-ce que...? Qui ? Le peu de jalousie que j'ai ressentis il y a quelques minutes devient plus grand. J'ai dû rêver. Oui, impossible. J'ai rêvé, c'est sûr.
Vendredi, je me réveille à dix heures, je fixe mon plafond, j'attend l'appel de Keith. La journée passe et j'attend encore. Je suis incapable de faire autre chose qu'attendre, ça se bouscule dans ma tête qui a dit "Bébé" à Keith ? Ou est-ce que je l'ai imaginé ? C'est décidé, la prochaine fois que je l'ai en face de moi...je lui dit que je l'aime. Ça ne plus durer. Il faut qu'il sache et il faut que je sois fixé.
Mon portable sonne alors que dehors, le soleil disparaît doucement derrière les gratte-ciel.
"Salut...
- Salut.
- On peut se voir demain soir ?
- Demain soir ?
- Oui ?
- Oú ?
- Un bar qui s'appelle Marmora. Tu connais ? Je peux pas venir te chercher ma moto est en réparation.
- Ça c'est super triste...
- Ouais...
- Il t'est arrivé quoi ?
- Un petit accident matériel...rien de grave.
- Je trouverais le bar, j'suis un grand garçon Kogane.
- Tsk. Haha...Ouais."
On a parlé quelques minutes de banalités mais parler de banalités avec Keith, ça fait tellement de bien.
"Je dois y aller...
- Hm...
- On se voit demain.
- Oui, à demain Keith..."
J'ai la boule au ventre : Demain, je lui dit tout.
Je suis dans le métro. Keith m'a envoyé l'adresse par texto, je met un peu de temps à trouver la bonne rue mais le bar est assez visible à cause de sa grosse enseigne néon mauve et de la lumière qui s'en échappe. C'est ce genre de bar où on peut également danser, sympa comme endroit. Je cherche Keith du regard... Finalement je sors mon téléphone pour lui envoyer un message et en relevant la tête...je vois...
Keith, embrasser un garçon aux cheveux noirs...ils se séparent et l'autre passe sa main dans les cheveux de Keith.
Non, c'est un cauchemar ! Je ne peux rien entendre ni rien voir à ce moment. Mon cœur bat trop vite, mon esprit est vide et mes yeux pleins de larmes...
Keith se retourne son expression est décomposée, je l'ai pris en flagrant délit visiblement...Ça m'achève et je fond en larmes. Je recule doucement puis je me perds dans la foule, je n'entends pas la musique, le rire des gens, les voix sont aussi floues que les formes qui m'entourent, tout ce que j'entends c'est la voix de Keith.
"Lance ! Attends ! Lance !"
Je cours hors du bar mais il me rattrape par le poignet.
"Lance, écoute moi !
- Pas besoin de t'écouter, j'ai vu ! Lâche moi !
- C'est pas ce que tu crois..!
- Et qu'est-ce que je suis censé croire ?! Pourquoi lui, tu l'embrasse ? Ça te fais pas peur avec lui ?! Qu'est-ce...Est-ce que je suis un genre de blague pour toi ?!
- Lance c'est pas ça...Tu te trompe sur ce que tu as vu. C'était Steve."
Je le regarde, mes larmes roulent sur mon visage et mon cœur me fait mal tant il bat vite et fort.
"Comment ça, Steve ? C'était pas fini entre vous ?
- Oui...
- Et t'embrasse souvent ton ex abusif ?!
- Steve...n'a jamais été abusif...
- Quoi...? Je...J'comprends pas !
- Steve et moi, on est séparé depuis...plus d'un an.
- Quoi ?
- On est juste...partenaires.
- Partenaires ?...Keith bordel explique moi je comprends rien à ce délire !"
Il lâche doucement mon poignet et plonge sa main dans la poche de sa veste, il en sort un genre de portefeuille en cuir...Il l'ouvre, il y a d'un côté, une fiche avec son nom et sa photo...Lieutenant Keith Kogane. De l'autre côté, une plaque de police. Lieutenant Keith Kogane. Lieutenant Keith Kogane. Lieutenant Keith Kogane. Lieutenant. Lieutenant. Non, c'est pas possible, c'est un cauchemar...Je vais me réveiller c'est sûr ! C'est juste pas possible...
"Je...Je suis flic, Lance. Je...J'enquête sur le réseau de prostitution..."
Je suis muet. Je suis incapable de dire quoi que ce soit, je ne sais pas si je suis énervé ou juste sous le choc. Tellement de choses s'éclairent d'un coup...Je recule d'un pas. Les larmes me montent aux yeux à nouveau.
"Alors...tout ce qu'on a vécu...Toute notre histoire..."
N'est qu'un mensonge, monté de toute pièce...Je n'étais qu'un pion sur l'échiquier. Encore.
Il fait un pas vers moi et pose ses deux mains sur mes épaules.
"Non, non Lance, ça n'a rien à voir...Même si...notre rencontre n'est pas juste un hasard, notre histoire est-"
Je ne le laisse pas finir, je lui coupe la parole en lui mettant une gifle. Il redresse la tête, sa joue est rouge...Je me recule encore. J'ai la gorge nouée, je me retourne et je cours. Je ne sais pas exactement pourquoi...Mais je cours. Je fuis. Je le fuis, lui. Lui qui pour moi était devenu une source de réconfort.
"Lance ! Je t'en supplie, laisse moi au moins t'expliquer !"
Je lui répond pas, je cours, je me précipite vers la station de métro la plus proche.
"Lance !"
Je me glisse entre les portes juste avant la fermeture. Keith me fixe, immobile, il est essoufflé, on se fixe droit dans les yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière le wagon. Je serre une barre et je souffle un grand coup, le wagon...est vide. Tant mieux. Je me laisse glisser et je m'accroupis. Je tiens cette barre comme si c'était la dernière chose qui me donne de la stabilité. Je pleure, je sanglote, j'halète. Lieutenant Keith Kogane. Ce n'est pas un rêve. C'est la putain de réalité. Je suis amoureux de ce mec, qui s'est simplement servi de moi...Et moi j'y ai cru, quel con. Je suis trop con ! J'ai honte. Je pleure, et hurle un grand coup. Un cri de désespoir, perdu dans un wagon vide du métro.
Je suis rentré chez moi et j'ai vidé une bouteille de vodka que j'avais dans un placard. Je veux dormir. Juste...dormir. Dormir.
Lieutenant Keith Kogane.
Commencer le samedi avec un cœur brisé et on une gueule de bois...sincèrement, y'a mieux.
(10:45am) 50 appels manqués de Keith
Je laisse mon portable sonner dans le vide.
(10:45am) 20 messages vocaux de Keith
Je n'ai pas la force d'entendre sa voix.
(10:45am) 100 messages non lus [Keith]
Je n'ai pas l'envie de lire ses explications.
Je ne veux plus entendre sa voix. Je ne veux plus sentir son odeur. Je veux oublier la chaleure de ses mains, oublier sa voix, son odeur, ses caresses. Je veux tout oublier. Je veux l'oublier. À tout jamais.
