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Chapitre 9

Pulsation solitaire –


Encore du blanc...

Elle avait bien l'impression de ne pouvoir voir que ça, depuis quelques temps. À chaque fois qu'elle se réveillait, c'était pour que ses yeux tombent sur cette absence de couleur qui tapissait le plafond. D'habitude, ce blanc lui signifiait simplement qu'elle était enfin assez réveillée pour reconnaître cette fausse couleur, comme un point de repère quand elle reprenait conscience. Même si souvent, elle n'aimait pas ce plafond blanc. C'était la première chose qu'elle avait vu, à chaque fois qu'elle s'était réveillée à l'hôpital, et ça lui rappelait constamment, à chaque réveil, l'endroit ou elle était, comme s'il ne voulait pas lui donner un seul moment de répit. Et en plus, cette fois, lorsqu'elle ouvrit doucement les yeux, ce blanc était encore plus éblouissant que d'habitude, si bien qu'elle grimaça légèrement alors qu'elle les refermaient tout de suite. Elle avait eut l'impression d'avoir regardé directement le soleil, ses pupilles la picotait et la lumière resta imprimée sur ses paupières. Alors elle voulu faire ce simple geste, se frotter les yeux avec sa main, mais... elle avait une sensation étrange.

Elle avait l'impression d'être passée sous un char d'assaut. Ses muscles étaient très engourdis, c'était comme si ses bras pesaient chacun une tonne. Tout son corps lui semblait lourd, si bien qu'elle dû se concentrer sur son bras pour réussir à le faire bouger, pour réussir à vaincre la pression invisible qui l'obligeait à faire plus d'effort pour faire un geste qui serait normalement simple. C'était comme si elle essayait de bouger tout en étant immergée dans une mare de ciment. Elle se frotta lentement les yeux, n'osant pas les rouvrir de peur d'être encore éblouie par ce flash blanc... à ce moment, la douleur se rappela à son bon souvenir, ce qui lui tira un gémissement. Prudemment, elle entrouvrit à peine les paupières, essayant d'identifier ce qu'elle voyait. Ce n'était pas le blanc du plafond, mais celui de son drap d'hôpital.

Tiens, elle s'était assise ? Quand ça ?

Mio retrouvait peu à peu ses sensations, lentement. Elle entendait des sons, voyait des formes de couleurs passer devant ses yeux brouillés, mais n'arrivait pas à y fixer son attention, pour l'instant, et surtout, elle sentit quelque chose sur son visage, qui la gênait. Alors elle leva lentement la main vers l'une de ses joues, mais au lieu de rencontrer la peau, ses doigts se posèrent sur du plastique. Bon sang... mais qu'est-ce qui se passait, à la fin ? Et c'était quoi cette chose sur son visage ? Un masque à oxygène ? Depuis quand avait-elle besoin de ça ?

Cette fois, la jeune fille leva un peu son regard humide, et avec sa vue encore très floue, elle identifia les couleurs de l'uniforme du lycée, et juste à côté d'elles, une autre forme humaine blanche, qui se penchait vers elle. Elle n'eut pas le temps de comprendre qu'une fois de plus, elle sentit une lumière lui arriver en plein dans les yeux comme si quelqu'un venait de lui éclairer le visage avec une lampe de torche. Immédiatement, elle poussa un gémissement mécontent et eut un mouvement de recul de la tête, grimaçant en plissant les yeux.

Quelques secondes après, elle commença enfin à comprendre les sons qu'elle entendait depuis son réveil, en reconnaissant les voix autour d'elle.

– Ça va, elle réagit. Cela fait deux jours qu'elle dort, alors ne la brusquez pas.

– Vous êtes sur que ça va aller, doc ?

Mio reconnu la voix grave du médecin, puis celle de Yui, et retourna la tête pour en fixer la provenance. Bien qu'elle voyait encore flou, cette fois elle distingua tout le monde présent, à savoir ses amies et le docteur, qui tenait une petite lampe de poche comme celle que les oculistes utilisent. Et il venait de dire que ça faisait deux jours ? Elle avait déjà énormément de mal à dormir trois heures d'affilées sans que la douleur ne la réveille, alors deux jours entiers ?

Mais l'adolescente avait sa réponse sans demander, de toute façon. Quoi, elle avait été si ingérable que le docteur avait préféré l'assommer avec des médicaments ? Elle ne voyait que ça comme explication. C'était comme ça qu'ils traitaient leurs patients ici ? Ne pouvant que difficilement parler à cause du masque à oxygène qui prenait tout le bas de son visage, elle préféra se mettre à fusiller le médecin du regard. Ce dernier le remarqua bien évidemment, et croisa les bras comme un professeur qui voulait lui faire la leçon.

– Tu as bien failli faire sauter tes points de suture. Je te l'ai répété pourtant, il faut que tu restes calme. Sinon, tu vas finir par devoir repasser sur la table d'opération.

Et avant même que le docteur ne finisse sa phrase, Mio avait déjà détourné la tête en poussant un court soupir d'exaspération. Elle savait pertinemment tout ça, il croyait peut-être qu'elle faisait exprès ? Rien que pour profiter plus longtemps des joies de l'hôpital ? Elle voulait plutôt en sortir le plus vite possible, elle détestait être dans cette situation de faiblesse, qui ressemblait beaucoup trop a celle qu'elle avait déjà vécut. Les gens en blouses blanches avait le dont de l'agacer, d'ailleurs, des mauvais souvenirs de son précédent séjour dans un lit d'hôpital.

– Mais il est vrai que l'infirmière n'aurait pas dû te donner une dose aussi forte... elle l'a fait dans l'urgence. Tu as frôlé la tachycardie, quand même, rajouta le docteur en soupirant.

Malgré ce qu'il lui disait, ça ne diminuait pas l'énervement de la jeune fille. Pourtant elle se força à ne rien en montrer, si jamais elle avait encore des émotions fortes, c'était certain que l'appareil cardiaque allait les révéler, alors sur le coup elle ne nota pas les paroles du médecin. Ses yeux la picotait à chaque fois qu'elle regardait quelque chose de lumineux en plus, et elle se frotta les orbites avec ses paumes pour tenter de faire passer la sensation désagréable, comme si on lui avait mit de gouttes dans les yeux.

– C'est normal si tu as une sensation bizarre dans les yeux, les antihistaminiques qu'on t'a donné provoquent souvent une mydriase, lui expliqua le médecin en écrivant sur son support de feuille.

Relevant le nez de ses notes et constatant un regard d'incompréhension et un silence de la part du groupe entier, il se reprit en rangeant son crayon dans la poche de sa veste blanche.

– Tes pupilles sont entièrement dilatées. Ça devrait passer dans quelques heures.

À ces mots, Mio vit Yui et Ristu se pencher vers elle pour la fixer dans les yeux avec le même air circonspect et intrigué... et la bassiste, qui n'appréciait que moyennement, eut un léger mouvement de recul.

– Whoa, tes yeux sont super noirs, annonça Ritsu.

– On dirait ceux d'un maneki neko ! ajouta Yui en souriant.

Mio tenta un faible sourire, bien que personne ne le remarqua à cause du masque à oxygène qu'elle portait. Du coup à cause de ce dernier, elle dû faire l'effort de parler plus fort pour se faire comprendre.

– Est-ce que... quelqu'un peut aller fermer le rideau ? La lumière du soleil me donne mal à la tête...

Azusa qui était la plus proche de la fenêtre, acquiesça et s'exécuta, tirant le rideau pour ne pas laisser passer trop de lumière dans la chambre, bien que cette dernière restait assez éclairée car le rideau n'était pas complètement opaque.

La bassiste remercia sa kohai d'un signe de tête, pendant que le médecin lui changeait la perfusion. Mio le laissa brancher le cathéter qu'elle avait au bras, toujours agacée d'avoir ces trucs plantés dans les veines de nuit comme de jour. Ce n'était pas tant la douleur, mais plutôt le fait d'avoir un morceau de métal étranger dans sa chair qui l'a dérangeait, et en plus à cause du fait qu'elle en avait déjà arrachés certains par mégarde, elle avait plusieurs pansements blancs le long de l'avant-bras. Rajouter à cela le masque à oxygène, l'appareil cardiaque et son air épuisé, Mio se disait qu'elle devait avoir une tête un peu dérangeante. Et elle n'aimait pas vraiment que ces amies la voit dans cet état, mais d'un côté, elle ne préférait pas leur dire une fois de plus de partir.

Lorsque le médecin quitta la pièce, Yui s'assit sur le bord du lit.

– Tu nous as fait peur, tu t'es relevée d'un seul coup ! Comme si tu venais de faire un cauchemar.

Mio fixa son amie. Elle avait fait quoi ? Elle s'est relevée rapidement ? Mais elle ne s'en souvenait même pas... tout comme ce qu'avait dit le docteur, cette histoire de tachycardie, quand cela avait été ? Après qu'elle avait rencontré l'homme qui lui avait conté le braquage ? Elle se souvenait seulement d'avoir eut une douleur insupportable au ventre, comme si il était transpercé d'une lame de métal, et puis encore une fois, le trou noir. Même si cette fois, cela devait être dû aux médicaments qui l'avaient mise inconsciente, ça l'énervait d'avoir encore manqué quelque chose.

La jeune fille attrapa le masque respiratoire, et entreprit de le retirer. Ce truc la gênait plus qu'autre chose.

– Tu ne devrais pas le garder ? s'enquit Azusa.

– … J'ai juste soif, précisa Mio en haussant les épaules. Je le remettrais si j'ai du mal à respirer.

Elle se racla ensuite la gorge. Sa bouche était pâteuse, comme si elle avait manqué de salive pendant un peu trop longtemps, et en passant sa langue sur ses lèvres, elle se rendit compte que ces dernières étaient très sèches. Et qu'elle avait l'impression d'être complètement déshydratée tellement elle avait soif... Tsumugi se tourna vers la table de chevet pour attraper le verre d'eau posé dessus, et le tendit à son amie. Mio bu à la paille, retenant une légère grimace. Même avaler lui faisait mal à la gorge tellement cette dernière était irritée à force d'avoir manquée d'eau.

– T'es sure que ça va ? Tu as l'air... ailleurs, demanda Mugi en penchant la tête.

– Rien... j'ai seulement l'impression d'oublier des choses, soupira la concernée.

– Ah vraiment ? C'est comme moi, on me dit toujours que j'oublie plein de trucs ! s'exclama Yui en se passant la main dans les cheveux.

Mio fit un demi-sourire calme. Elle appréciait l'insouciance de son amie, même si elle se disait qu'elles ne devaient pas parler des mêmes choses.

– Tiens, on t'a apporté quelques cours..., lui dit Mugi en sortant des cahiers de son sac.

– Ah, merci... c'est vrai que je dois avoir pas mal de retard.

La jeune fille aux cheveux noirs frotta encore un peu ses yeux au regard flouté, et cligna des paupières, se mettant à parcourir attentivement les écritures sur les pages du cahier. C'était fou tout ce que les professeurs pouvaient dire en une semaine... et cela l'agaçait un peu. Elle soupira lentement pour tenter de détendre ses épaules contractées par la douleur qu'elle ressentait toujours, et obligea son esprit à se concentrer quelques minutes sur ce qu'elle lisait.

Pendant que leur bassiste regardait les cours, les autres restèrent silencieuses, se regardant mutuellement. À vrai dire elles avaient quelque chose à lui demander, mais aucune d'entre elles n'osait se lancer. Ritsu se tourna les pouces, et finalement, décida de venir s'asseoir sur le lit, se mettant à fixer les yeux de son amie. Avec ces pupilles dilatées comme celles d'un chaton, ça la rendait encore plus mignonne... Ah mais ce n'était pas le moment de penser à ça ! D'ailleurs Mio qui remarqua que tout le monde la regardait en silence, détecta l'anguille sous roche.

– Je sais que je dois avoir une tête de zombie, mais quand même... fit-elle remarquer aux autres en relevant un peu les yeux.

Le groupe eut un léger rire gênée, mais avant que Mio ne puisse demander ce qu'il y avait, ce fut la batteuse qui prit la parole.

– Dis... comment tu te sens ?

– Euh... Comme quelqu'un à l'hôpital..., rétorqua l'adolescente, qui commençait rapidement à s'impatienter.

– Est-ce que tu aurais envie de jouer avec nous ? Continua Ritsu sans faire attention au ton légèrement irrité qu'avait prit Mio.

Cette dernière, surprise par la question, ne répondit pas tout de suite, et préféra interroger ses amies du regard. Si bien que après quelques secondes de silence, ce fut Mugi qui prit la parole, en s'expliquant enfin.

– Te souviens-tu de la vidéo sur internet ? Le nombre de vues a encore augmenté, et une des élèves de notre lycée a parlé de nous à son père. Il se trouve qu'il est barman dans un bar, et ce bar fait souvent des spectacles, et une fois par mois ils organisent une présentation de jeunes talents. N'importe quel jeune peu s'inscrire pour venir présenter un numéro.

Mio hocha la tête, se doutant de la suite, mais elle ne dit rien. Elle voulait tout de même que ses amies aillent au bout de leur explication. Ce fut donc Ritsu qui reprit la parole juste après.

– Et comme l'élève à parlé de nous, son père nous a proposé de nous inscrire... et du coup voilà, et on se disait que ça faisait un moment qu'on n'avait pas joué ensemble...

Le groupe se tut cette fois, observant la réaction de leur bassiste. Cette dernière n'eut pas un air surprit ni énervé, elle baissa simplement les yeux, qu'elle tourna vers sa basse qui était toujours posée sur l'un des fauteuils. Jouer un concert ? Elle ne se posait pas la question de savoir si elle y arriverait physiquement, mais si elle en avait envie. D'habitude elle ne passait pas un jour sans qu'elle joue de son instrument, que ce soit pour s'entraîner sérieusement ou juste gratter quelques notes pour se dégourdir les doigts ou s'amuser, mais là... ça faisait plus de dix jours qu'elle ne l'avait même pas touché. Et puis, quand elle regardait sa basse... elle avait l'impression de ne plus avoir le même sentiment. Normalement, elle avait toujours besoin de l'avoir entre les mains, d'en prendre soin, mais en ce moment... elle n'éprouvait même pas l'envie de la toucher. Et ça l'inquiétait... car elle savait qu'elle aimait jouer de la basse. Et elle ne voulait surtout pas perdre ça...

– Mais après, c'est juste une proposition ! On sait que tu es très fatiguée en ce moment, alors on ne t'en voudra pas si tu ne te sens pas d'y aller ! En fait... au début on n'osait pas te le proposer... mais finalement, on s'est dit qu'on voulait rien te cacher, après tout on n'est un groupe ! fini par ajouter Azusa, alors que le silence de Mio se prolongeait.

Finalement, la concernée, releva la tête. Ce n'était pas un problème physique, mais de motivation... mais elle ne pouvait pas leur dire ça... alors elle décida d'accepter. Même si au fond ça ne l'enchantait pas plus que ça. Mais elle le faisait pour les autres, pour le groupe, pensait-elle.

– Quand est-ce ?

– Dimanche soir... lui répondit Azusa.

Dimanche, ça lui laissait cinq jours en l'incluant, si c'était le soir.

– Je pense que ça devrait aller, répondit la bassiste après quelques secondes de réflexion.

– Tu es sure ? s'enquit Mugi.

– Oui, ça me manque de jouer. Ma basse commence à prendre la poussière, rétorqua Mio en jetant un œil à son instrument.

– Super ! Et ne t'inquiète pas, ça sera plus court qu'un vrai concert ! On pense jouer juste quatre chansons, s'exclama Yui.

Peu après, le groupe sembla bien plus enthousiaste qu'avant, content que leur bassiste se sente de rejouer avec elles. Bien que... Mio avait mentit en disant que ça lui manquait de jouer, en réalité elle n'en n'avait pas envie. En ce moment, en tout cas, mais elle s'était aussi dit que en cinq jours, peut-être que l'envie de jouer lui reviendrait ? De toute façon, qu'elle en ait envie ou pas, elle s'était dit qu'elle le ferait. Et puis, elle avait aussi envie de sortir de l'hôpital, elle avait l'impression de prendre racine à force de rester allongée dans ce lit.

Ces amies ne lui avait pas proposé cela de manière abrupte, elles lui avaient expliqué que ce n'était qu'une proposition qu'elle pouvait refuser, qu'elle ne voulait pas lui cacher cette opportunité, alors... Mio ne comprenait pas cet étrange ressentiment qu'elle avait. Comme si elle était en colère que ces amies ne comprennent pas qu'elle n'en n'avait pas envie... mais c'était injuste, car comment pourraient-elle le comprendre ? La jeune fille ne laissait pas transparaître ses émotions, et puis surtout, ces amies ne lui voulait que du bien... alors d'où ce sentiment de colère sortait-il ? Il lui semblait à la fois tellement injustifié... et évident.


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Le temps était gris, ce dimanche. Il avait plu toute la matinée et en début d'après-midi, même si elle n'avait pas put l'entendre car elle avait dormi, Mio voyait encore le ciel parsemé de nuages lourds et les gouttes qui ruisselaient sur la fenêtre de l'hôpital. Assise sur le bord de son lit, elle fixait l'extérieur, en laissant passivement l'infirmière lui retirer ses perfusions et tous les fils qui l'a reliaient à l'appareil cardiaque maintenant éteint. Elle n'avait obtenu qu'une sortie provisoire, mais c'était déjà ça, parce qu'elle ne voulait pas prendre le risque de devoir signer une décharge, le médecin lui avait grandement déconseillé de toute façon... il lui avait aussi répété de ne pas faire trop d'efforts. Normalement, le temps qu'il faisait n'avait pas d'influence sur son moral, d'ailleurs elle ne comprenait pas les gens quand ils disaient que la pluie les déprimait. Comment pouvait-on être déprimé par quelque chose d'aussi banal qu'une averse ? Pourtant, peut-être qu'en ce moment elle arrivait à entrevoir pourquoi. Le ciel ressemblait à un couvercle, il était bas, et même à l'intérieur de la chambre, elle pouvait sentir l'air lourd et moite après la pluie.

L'infirmière entreprit ensuite de mettre des pansements sur les deux plaies de la jeune fille, qui plissa les yeux, n'appréciant pas beaucoup d'être touchée de la sorte, même si c'était pour la soigner. Cela l'agaçait plus que d'habitude, en plus.

– Avez-vous besoin d'aide pour vous habiller ?

– Non, ça ira, rétorqua rapidement Mio qui commençait à en avoir assez.

– Tenez, si vous avez mal, prenez ça. Mais pas plus d'un par prise, lui précisa l'infirmière en lui donnant une petite boite en carton bleu. Et n'oubliez pas de vous signaler à l'accueil quand vous reviendrez.

L'adolescente acquiesça, et la femme ressorti de la pièce en fermant la porte derrière elle. Enfin elle était seule... elle ne savait pas pourquoi, mais n'importe quel geste ou parole des gens autour d'elle l'exaspérait, depuis hier. Elle en avait marre du médecin, de l'infirmière, de cette chambre et de l'hôpital en général.

Alors elle était contente de pouvoir enfin aller prendre l'air... parce qu'ici, les fenêtres ne s'ouvraient pas. Mio se leva, prudemment cette fois, et attrapa ses vêtements posés sur la chaise. Elle ne savait même pas qui les avaient apportés, sans doute une de ses amies, mais ça l'arrangeait bien... car même si ceux qu'elle portait lors du braquage avait été lavés, on voyait toujours les traces de sang. Sans compter que sa veste et le t-shirt avait tout deux des magnifiques trous à l'endroit ou elle avait été touchée. En voyant ça, elle ne pouvait s'empêcher de s'imaginer la violence du choc qu'elle avait prit, la balle l'avait littéralement traversée de part en part. Pourtant... elle ne se rappelait pas. Même pas d'avoir eut mal. Comme si la détonation avait suffit à éteindre tout ses neurones en même temps.

Mio secoua la tête, elle ne voulait pas y penser, à chaque fois elle en avait la nausée, et ce n'était pas le moment de refaire une crise d'angoisse. Sinon elle était sure que ces imbéciles de médecins allaient encore l'assommer de produits ! Et elle commençait encore à s'énerver toute seule... La jeune fille alla dans la petite salle de bain se passer de l'eau sur le visage pour tenter de se calmer. Elle retira ensuite sa chemise d'hôpital, et s'arrêta devant son propre reflet sur le miroir. Son visage était pâle, ses yeux cernés malgré le fait qu'elle dormait presque tout le temps, mais surtout, ce fut l'allure général de son corps qui l'a surprit. Il était maigre, et pas d'une façon agréable à voir. À chaque fois qu'on lui présentait un repas, elle n'avait pas faim... et pour que les infirmiers arrêtent de l'embêter, elle se forçait juste à avaler au moins la soupe ou le yaourt. Mais cela faisait combien de temps qu'elle n'avait pas mangé quelque chose de réellement nourrissant ? Pouvait-on vraiment changer à ce point en deux semaines d'hôpital ? Elle était pressée de retourner chez elle... mais étrangement, elle n'accorda pas plus d'importance que ça à son apparence, passé la courte surprise.

Après s'être rapidement lavée avec le gant de toilette, elle s'habilla, lentement... en se rendant compte que ça faisait longtemps qu'elle ne portait que sa chemise d'hôpital, elle avait la drôle d'impression de ne plus avoir l'habitude de porter des vêtements moins amples. Pourtant, même son jean lui semblait un peu grand, heureusement qu'il avait une ceinture pour le tenir... ceinture qu'elle dû resserrer. Rien que faire l'effort de s'habiller la fatiguait... est-ce qu'elle arriverait à tenir tout un concert dans ces conditions ?


Malgré tout, Mio était sortie de l'hôpital, et leva le nez au ciel. Dehors, il faisait plus chaud qu'elle l'aurait imaginé, en voyant les nuages gris par la fenêtre... c'était un peu décevant, elle avait espérait pouvoir sentir une brise froide sur son visage, mais l'air était lourd, et les quelques souffles de vent, chauds. Avec la fin de l'après-midi, le temps tout aussi gris que la ville et les jours qui se raccourcissaient, elle avait l'impression qu'il n'allait pas tarder à faire nuit... déjà. La jeune fille descendit les marches, pour arriver sur le trottoir... gris. La ville avait perdu ses couleurs pendant qu'elle était enfermée dans ce bâtiment blanc ? Ou alors, peut-être qu'elle n'arrivait plus à les remarquer. Elle marchait lentement, ça lui faisait étrange de partir les mains dans les poches, sans sac, ni même sa basse qu'elle avait confiée à ses amies.

Mio avait une sensation étrange. Elle n'avait pas très envie d'aller jouer. D'habitude, avant un concert, si elle ne voulait pas y aller, c'était le trac, le stress avant de monter sur scène, rien de très surprenant. Mais là... elle se sentait complètement démotivée. Et puis, plus elle marchait dans la rue, plus d'autres émotions faisaient leurs apparitions. Elle releva la tête, observant son environnement. La rue n'était pas très animée. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de surveiller tout autour d'elle, cherchant du regard le moindre signe de menace, n'importe quoi qui pourrait être potentiellement dangereux. Elle regardait les coin de rue, les conducteurs dans les voitures qui passaient, détaillait chaque passant comme si il était suspect. Son cœur battait plus vite, et elle accéléra un peu le pas, quitte à ce que la douleur augmente. Elle avait voulu sortir de l'hôpital, mais maintenant, elle avait envie d'y retourner. Car en pleine rue, elle avait un affreux sentiment d'insécurité.

Ce sentiment se raffermit lorsqu'elle passa devant une boutique de presse, son regard fut attiré par l'un des journaux qui relatait le déroulement d'un procès, et pas n'importe lequel car en s'arrêtant devant, elle remarqua rapidement qu'il s'agissait de celui des braqueurs. Leurs photos étaient même en première page. Elle fixa plus longuement celui accusé de meurtre. Alors c'était donc lui... l'homme sous le masque blanc. Il avait l'air tellement ordinaire... pourtant, c'était un meurtrier. Et par n'importe lequel, celui de son frère ! Cet homme, ce monstre, avait tué le dernier membre de sa famille, et tout ça pour quoi ? Pour rien du tout ! Il lui avait prit quelqu'un qu'elle aimait, sans hésitation ni remords !

Elle n'arrivait pas à lire l'article en entier, mais elle espérait que ces ordures aillent croupir en prison jusqu'à la fin de leurs jours. Si elle l'avait devant elle, en ce moment... elle ne se prierait pas pour laisser exploser toute la rancœur qu'elle ressentait. Cet homme méritait le même châtiment que celui qu'il avait infligé à ces otages ! La jeune fille serra tellement les poings que ses jointures blanchirent, et ses mains sous l'afflux d'émotions négatives et de mauvaises pensées, s'étaient mises à trembler. La frustration lui montait à la tête, elle en serrait les dents, et son regard restait fixé sur ce journal dans la vitrine.

– Mio.

– QUOI ?!

En entendant son prénom, la concernée avait rapidement tournée vers la tête, répondant de manière agressive, sans réfléchir alors qu'elle était énervée. Mais en reconnaissant Ritsu, qui lui lança un regard étonné, la bassiste détendit ses traits et baissa légèrement les yeux, embrassée d'avoir crié pour rien sur son amie.

– Ah... désolé, marmonna Mio.

– Ce n'est rien ! lui rétorqua la batteuse en faisant un signe de main.

L'adolescente aux cheveux noirs se détourna de la vitrine, avant que son amie ne vienne voir se qu'elle regardait. Il valait sûrement mieux ne pas ressasser en lisant ça. Ça la mettait encore plus en colère qu'elle ne l'était déjà... et cela était perturbant car elle n'arrivait pas exactement à cerner l'origine de cette colère qui brassait son esprit, et en plus de cela, elle se sentait vulnérable, comme à découvert. Heureusement, la présence de Ritsu lui était rassurante. Cette dernière lui fit un sourire, et se tourna vers l'autre côté de la rue, expliquant ou se trouvait le bar en pointant du doigt. Elle commença à y aller, mais eut un léger sursaut quand elle sentit Mio l'attraper par le bras.

Elle ne broncha pas, pensant que la bassiste avait du mal à marcher, mais la bassiste se sentait déjà un peu plus tranquillisée par la présence de son amie, et ne lui lâcha pas la main de tout le trajet.

– Tu as l'air sur les nerfs, tu es sure que ça va aller ? fini par lui demander Ritsu qui sentait les légers tremblements du bras de son amie.

– Ce n'est rien... au fait, est-ce que c'est toi qui m'a apporté ces vêtements ? répliqua Mio en changeant soudainement de sujet.

– Ah oui ! Et j'ai oublié de te dire, c'est moi qui ai tes clés. Je les ai prises dans la poche de ta veste, pour aller nourrir ton chat.

– Ah, merci. Ça te dérangerais de les garder un peu plus longtemps ? Aujourd'hui je n'ai eut droit qu'à une permission de sortie provisoire... normalement je quitte définitivement l'hôpital la semaine prochaine.

– Pas de problèmes !

Le bar n'était qu'à quelques minutes de marche. Tout le long du trajet, Ritsu avait sentit la main de Mio serrer la sienne, et en avait été quelque peu gênée. Maintenant, pour elle ce geste prenait bien d'autres significations ! D'un coté elle était vraiment contente, mais de l'autre... elle savait que pour son amie, ce n'était rien de plus que se rassurer. Car en regardant cette dernière, la batteuse la sentait particulièrement stressée. Peut-être était-ce à cause du tract avant le concert ? Mais cette hypothèse ne lui semblait pas très exacte... car elle connaissait les réactions de Mio, et en ce moment, elle n'avait pas l'air d'avoir le tract, mais plutôt d'être apeurée par quelque chose. Elle avait les mêmes yeux que lorsqu'elle s'était trouvée à l'arrière de la voiture. Mais Ritsu n'osa rien lui demander, elle garda le silence jusqu'à arriver devant le bâtiment.

Le bar ne payait pas de mine, il était sobre, mais contrairement aux autres bistro il avait une scène aménagée vers le mur du fond, pour jouer les spectacles. Ce n'était pas une grande scène, mais ça serai sans doute suffisant. Les deux filles passèrent par la porte de derrière, pour accéder aux coulisses et pouvoir se préparer sans déranger les clients présents qui prenaient un verre dans la salle principale. Le reste du groupe était déjà sur les lieux, et accueillirent leurs amies.

– Mio ! lança Yui en allant se jeter sur la bassiste.

La jeune fille aux cheveux bruns attrapa son amie dans ses bras avec son enthousiasme habituel, ce qui réveilla la douleur de son ventre, mais Mio résista à l'envie de s'écarter brutalement. Elle fit juste un sourire crispé, en se demandant pourquoi la guitariste ne pouvait pas faire un peu attention, retrouvant une nouvelle fois une pointe d'agacement.

– La vache, t'es maigre ! T'es sure que ça va ? continua Yui en la relâchant.

– Oui, tout va bien... grommela son interlocutrice qui n'appréciait pas la remarque.

Elle commençait à en avoir marre aussi, de cette question. Évidemment que ça n'allait pas, mais si elle disait ça, elle allait encore avoir droit à d'autres questions, et pour l'instant elle avait juste envie qu'on la laisse tranquille. Ce n'était pas si compliquée que ça, non ? Mais Mio ravala une fois de plus le sentiment d'énervement qui revint encore. Pour l'instant elles avaient un concert à préparer, et espérait que ça irait, car ça faisait un moment qu'elles ne s'étaient pas entraînées toutes ensemble. Le groupe discuta quelques temps, et Mugi écrit sur un tableau blanc l'ordre des chansons. Quatre chansons, Mio se dit qu'elle pourrait bien tenir, ce n'était pas énorme. Les différents spectacles commençaient dans la soirée, et comme les filles avait encore du temps libre, elles entreprirent de vérifier leurs instruments et les accorder.

Ritsu de son côté, regardant les guitaristes pincer les cordes de leurs instruments, fit ensuite la moue ne regardant la batterie posée dans les coulisses. Les autres avaient de la chance de pouvoir trimbaler leurs instruments, mais elle, elle devait jouer sur la batterie déjà présente au bar. Du coup, elle avait décroché l'une des cymbales de son pied en métal, et la regardait attentivement. Intriguée, Yui arriva juste derrière elle.

– Tu regardes quoi, Ricchan ? questionna t-elle en plissant les yeux.

– Il faut bien que je sache à quel type de cymbale j'ai à faire avant de frapper dessus ! rétorqua la batteuse d'un air concentré.

– Pourquoi, il y en a des différentes ?

– Bien sur que oui, ne serait-ce que l'épaisseur, le diamètre, la taille de la cloche, tout ce qui influence sur le son, quoi...

Pour toute réponse, Yui émit un « woow » d'admiration, ce qui amusa et vexa en même temps la batteuse, comme si la guitariste était surprise qu'elle sache des choses sur l'instrument qu'elle jouait depuis longtemps... Mais Ritsu lui fit un sourire triomphant.

– J'peux voir ? s'enquit Yui en essayant d'attraper la cymbale.

– Nope ! C'est un truc de batteur, tu peux pas comprendre ! riposta son interlocutrice rien que pour l'embêter.

– Mais euh ! C'est pas juste !

La jeune guitariste du groupe n'abandonna pas et essaya de s'emparer de l'instrument, que l'autre fille s'amusait à bouger dans tous les sens pour l'empêcher de l'attraper, tout en riant. Les deux amies commencèrent à chahuter, et par mégarde Yui bouscula le pied en métal de la cymbale, qui tomba à la renverse, venant se cogner contre un ampli. Il n'y eut aucune casse, mais le bruit résonna dans la salle.

Un son sec, fort et très soudain.

Immédiatement, et par pur réflexe, Mio eut un violent sursaut. Elle leva un bras devant sa figure comme pour se protéger de quelque chose, en même temps elle recula tellement brusquement qu'elle heurta le tableau blanc. Ce dernier bascula, et tomba au sol dans un fracas encore plus retentissant. Elle avait sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, et elle eut une courte inspiration juste avant que ses poumons ne se bloquent complètement. Le dos appuyé contre le mur, elle regardait vers le sol, les yeux écarquillés dans une expression effrayée.

La brutale réaction de la bassiste avait attiré le regard des autres, qui la fixèrent d'un air très étonné.

– M-Mio... calme-toi... c'était juste un support de cymbale..., commença Yui qui s'était immobilisée en ayant entendu le tableau blanc tomber.

Mais l'interpellé n'eut aucune réaction, et resta contre le mur, les yeux perdus. Si bien que les filles se rapprochèrent d'elle prudemment, sans pour autant oser quoi faire, et dans leurs interrogations, jetèrent un regard inquiets. Pourtant, Ritsu avait le même regard, c'était la première fois qu'elle voyait son amie avoir ce type de réaction. Que devait-elle faire ? Attendre ? Cette solution ne lui convint pas, elle osa venir poser une main sur l'épaule de la bassiste, qui en eut un autre sursaut.

– Il n'y a rien à craindre, Mio, lui souffla t-elle à voix basse.

La concernée releva un peu les yeux, fixant tour à tour chacune des filles présentes. Elle resta interdite, ne sachant que répondre, elle-même surprise devant sa propre réaction. Elle n'avait pas réfléchit, c'était comme si son corps avait bougé tout seul, et c'était affolé tout seul pour rien... ça lui rappelait le genre de sensations qu'elle avait eut lorsqu'elle s'était forcée à monter à l'arrière de la voiture de son professeur. Sa poitrine était comprimée, elle avait du mal à respirer, et ses mains tremblaient.

– E-excusez-moi... un instant, bredouilla Mio en décollant son dos du mur.

Puis, sans donner plus d'explications, elle prit la direction des toilettes. Ses jambes tremblotaient aussi, si bien qu'elle dû s'accrocher à un lavabo pour garder l'équilibre. Son organisme venait de subir une intense angoisse, en très peu de temps, et cela l'avait secoué, la jeune fille avait du mal à s'en remettre, sans compter que son corps n'était déjà pas bien en forme. Et surtout... elle n'en revenait pas. Jusqu'à maintenant elle n'avait pas mesuré à quel point l'événement l'avait marquée, aussi bien physiquement que psychologiquement. Un simple bruit un peu fort arrivait à la mettre dans un état pareil ! Son esprit avait immédiatement associé ce son avec les coups de feu qu'elle avait entendu, mais pourtant, elle trouvait sa réaction très exagérée. Elle ne se souvenait même pas de ce qu'il s'était passé juste après le coup de feu qui l'avait touchée ! Si elle s'était souvenue de la douleur, peut-être que là elle aurait des raisons d'avoir été effrayée... non, ce résonnement était faux. Mio réfléchissait rapidement, et si c'était justement parce qu'elle ne se souvenait pas, qu'elle avait eut cette réaction ? Parce que son esprit avait décidé de reléguer des souvenirs dans l'inconscient, ce dernier essayait de trouver un exutoire ? Comme les souvenirs n'arrivaient plus à passer, peut-être qu'il faisaient naître des phobies, des angoisses ? Elle ne connaissait pas les mécanismes obscures de l'esprit, alors elle ne pouvait que supposer... et c'était très effrayant. Car elle n'arrivait pas à comprendre exactement ce qu'il lui arrivait, pas dans l'immédiat en tout cas.

Elle avait du mal à penser, en ce moment, elle ne faisait que ressentir les effets de l'angoisse. Mio se pencha au-dessus du lavabo, se forçant à respirer calmement, alors qu'elle sentait une nausée lui prendre la gorge. Mais il ne fallait surtout pas qu'elle recrache quoi que ce soit, parce que à cause de sa blessure, ça lui faisait atrocement mal. Alors elle fit de son mieux pour se maîtriser. Elle prit donc plusieurs dizaines de secondes pour tranquilliser sa respiration, et calmer ses nerfs mit à vif.

– Mio ? l'appela la voix de Mugi à travers la porte.

– Oui, une minute, répondit-elle en espérant que personne n'entre.

L'adolescente se passa de l'eau fraîche sur le visage. Inquiète, elle souleva ensuite sa chemise, vérifiant le pansement sur son ventre. Heureusement, la plaie en dessous n'avait pas l'air de saigner... mais elle restait douloureuse, alors en remerciant silencieusement l'infirmière, Mio avala deux des médicaments qu'elle lui avait donné.

– Tu as besoin d'aide ? insista Ritsu cette fois.

Agacée, la bassiste ferma brusquement le robinet, et tourna la tête vers la porte.

– Non je me débrouille très bien toute seule ! Fichez-moi juste la paix cinq minutes ! C'est si compliqué que ça ? Je demande pas la lune pourtant ! Juste quelques minutes !

Il n'y eut plus aucun son après cela, et vu le ton virulent que venait de prendre Mio, sans doute que cela avait surprit les autres. La jeune fille aux cheveux noirs attrapa ensuite les feuilles de papiers du distributeur, s'essuyant le visage en lâchant un soupir d'énervement. Depuis qu'elle avait croisé ses journaux sur la route, elle avait se sentiment de colère qui lui restait accroché au cœur. L'impression de vouloir crier, hurler sur quelqu'un rien que pour se défouler, l'envie de casser un objet, de laisser s'exprimer ouvertement sa rancœur. Si bien qu'elle jeta la boule de papier vers la poubelle, et s'agrippa furieusement au lavabo en relevant la tête, croisant son reflet dans le miroir. Qu'est-ce qu'elle devrait faire maintenant ? Mettre un coup de poing sur le miroir pour faire sortir sa colère ? Dans les films, les personnages brisaient toujours des miroirs quand ils étaient énervés. Sauf que elle, elle n'avait pas envie de devoir payer les réparations, et en plus, c'était un coup à se couper la main. Et elle estimait avoir assez mal en ce moment sans se rajouter des points de suture sur les doigts. Pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Car cette fille qui l'a fixait agressivement, ce reflet aux yeux si fatigués et en même temps si haineux, elle voulait s'en débarrasser, la faire disparaître, lui donner le coup de poing qu'elle méritait. Rien que le fait d'être énervée la mettait encore plus en colère. Et elle dirigeait cette colère contre le monde entier. La frustration, l'incompréhension de ce qui lui était arrivé. Pourquoi moi ? Était la question qui lui faisait ressentir de l'injustice. Ça n'était tout simplement pas juste ! Elle était en colère contre le sort, le destin, ou elle ne savait quel concept abstrait, et la profonde rancœur qu'elle éprouvait à cause de cela lui était insupportable. Elle s'interdisait d'avoir de telles émotions. Car elle avait affreusement peur de ce qui lui arriverait si jamais elle les laissaient émerger trop fortement.

La mâchoire serrée et les bras tremblants, Mio retint sa respiration quelques secondes pour obliger son cœur à ralentir ses battements, et tenter de se calmer. Elle ne voulait pas que les autres la voit dans cet état. Sinon, elle aurait encore droit à des élans de pitié, et ça, elle voulait à tout prix l'éviter. Non, il fallait qu'elle réussisse à jouer ce concert ! Si elle le faisait, alors ça voudrait dire qu'elle avait réussit à réprimer ces mauvaises pensées et à paraître comme avant. Alors elle se passa de l'eau une seconde fois sur le visage, et sorti.

Ses amies l'attendait dans les coulisses, et en la voyant revenir, elles se rassemblèrent autour d'elle.

– Tu devrais peut-être retourner à l'hôpital ! avisa Mugi, l'air soucieuse.

– Non... Ça... ça va... j'ai seulement été surprise, soupira Mio pour toute réponse.

– « Surprise » ? … Mio, tu avais plutôt l'air terrorisée, annonça Ritsu.

– C'était juste un mauvais réflexe ! … S'il vous plaît, je... je voudrais au moins essayer de jouer. Je vous promet que si je me sens mal, je ne prendrais pas de risques et j''arrêterai.

Le groupe se regarda un instant, et finalement, fini par accepter, grâce aux dernières paroles de Mio. Bien que ces paroles était en quelque sorte un mensonge... la bassiste n'avait pas l'intention d'arrêter. Il n'y avait que quatre chansons.. alors tout devrais bien se passer. Mais peut-être qu'elle surestimait ses capacités.

Le groupe se prépara pour le concert, et une fois entré sur la scène, les clients du bar se mirent à applaudir. Une fois de plus, Mio était contente d'avoir choisit la basse. Car ce fut Yui qui se chargea de présenter leur groupe, et les différents membres, d'une voix enjouée comme elle le faisait toujours. Mais cette fois, la bassiste n'écoutait que distraitement ce que leur guitariste racontait, elle était avant tout concentrée à rester debout et se rappeler les accords de la chanson, et même aux variations qu'elle rajoutait parfois pour donner plus de vie à la musique. Lorsque la première chanson commença, heureusement que Yui assurait le chant, car la jeune fille aux cheveux noirs faisait d'abord de son mieux pour jouer de son instrument. Peu à peu, les habitudes de ses doigts revinrent, elle n'avait même plus besoin de réfléchir pour que les notes vibrent sur les cordes, elle ressentait tout simplement la mélodie, et arrivait aussi, comme souvent, à repérer les quelques erreurs, Ritsu qui allait trop vite, ou leur chanteuse qui loupait un accord sur sa guitare, mais rien de très flagrant.

Et Mio arriva à tenir la totalité du concert. Durant les quatre chansons, elle maintint tout son corps dans un fort état de contraction, son esprit très concentré, très déterminé à ne pas laisser tomber avant la fin. Elle donna la totalité de ses faibles réserves d'énergie physiques et mentales, comme pour se prouver et prouver aux autres qu'elle y arriverait malgré tout... mais ce fut le contraire qui se produisit, pour les autres en tout cas. Car à la dernière chanson, quand les applaudissements du public retentirent dans la salle, et que Yui les remerciait, ce fut comme si toute la tension accumulée pendant ces quelques minutes se relâchait, et que son corps lui-même se disait que c'était fait, qu'il avait réussi à tenir, et que maintenant, il pouvait se reposer.

Alors, la bassiste ne put pas rejoindre les coulisses, car elle sentit soudainement son esprit devenir de plus en plus flou, sa vision se brouiller, dans ses yeux toutes les lumières se mélangeaient, et ses jambes devinrent engourdies et se dérobèrent sous elle. Mio recula d'un pas, et bascula en arrière, et ne put même pas sentir le choc de son dos contre le sol de la scène, venant de s'évanouir avant même de toucher terre.


Pourtant, pour elle, cela ne lui sembla durer qu'une seule seconde, et en se réveillant dans le noir, elle pensa que les lumières de la scène s'étaient éteintes. Pensant qu'elle était toujours au bar, elle releva la tête, et dû prendre quelques minutes pour se situer dans l'espace. Sa chambre d'hôpital, plongée dans la pénombre. Quand était-elle revenue ? Elle se souvenait être tombée dans les pommes, de l'impression de partir en arrière qu'elle avait eut, mais... après ? Sans doute que les autres avaient appelé une ambulance, et l'avait ramené ici. L'infirmière avait même eut le temps de lui remettre sa chemise bleutée, et tout ces fils sur le corps, pour les perfusions... mais ce n'était pas surprenant. Sur la vieille télévision éteinte de la chambre, les chiffres digitaux du magnétoscope indiquaient plus de quatre heures du matin.

Mio reposa sa tête sur l'oreiller, se passant la main sur le front. Elle avait la migraine, et étrangement, cette douleur arrivait à surpasser celle qu'elle avait au ventre. En plus de cela, elle se sentait collante, son corps était chaud et transpirait, c'était très désagréable. Mais au moins... elle avait réussi à jouer le concert... et maintenant ? Elle en était au même point. Qu'est-ce qu'elle avait espéré, en se prouvant cela ? Qu'elle se sentirait mieux après ? C'était stupide, et elle le ressentait bien. À quoi bon ? Elle avait la détestable impression d'inutilité, et s'en trouvait énervée contre elle-même. Que devait-elle faire pour que ça s'arrête ? Pour que l'escalade se stoppe ? C'était comme si elle était un volcan dont le magma menaçait d'exploser toujours plus rapidement à mesure que le temps passait. Et elle avait peur de ça. Elle ne savait pas comment le gérer. Elle n'avait jamais su.


Un grand merci pour vos review !

La trame et les événements principaux de l'histoire étaient prévus depuis le début, mais maintenant ils sont enfin découpés correctement en chapitres :p Je sais donc qu'il y aura 14 chapitres + un épilogue à la fin !

T'inquiète Sora945, il était déjà prévu qu'au chapitre suivant, elle serait sortie de l'hosto :D (merci beaucoup de suivre cette histoire et pour tes review en passant!)

A : merci beaucoup de ton soutient :D

À bientôt pour la suite :D (n'hésitez pas à mp ou review si jamais vous repérez une faute)