Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly u (à moi ! è_é *chériedamour*)
Pairing : Vanitas/Ventus
Rating : M (pour violence et thèmes abordés)
Titre : "De retour sur terre".
CRIMINAL
Chapitre 9 – Down to earth
Le lendemain matin, j'appris que la perfection n'est pas de ce monde.
Je dormais encore paisiblement, blotti dans les bras de Vanitas malgré la chaleur – il aurait fallu plus que trois ou quatre petits degrés pour m'en déloger tant j'étais bien – tard dans la matinée, quand tout à coup on s'est fait secouer comme des pruniers. Je sursautai et me redressai vaguement dans mon lit. Je sentis que Vanitas, qui était toujours nu contre moi, bougeait aussi. Je l'entendis marmonner un truc qui ressemblait à « Kessssssskisspass'bordeldemairdputain ? », et j'ouvris les yeux pour tomber nez à nez avec Roxas qui continuait de nous secouer, une expression complètement paniquée sur le visage.
Ses lèvres remuaient mais j'étais trop dans le cirage pour l'entendre. Il me fallut quelques secondes pour comprendre ce qu'il disait, et à ce moment-là… Il était déjà trop tard.
J'apprendrais par la suite qu'il était rentré avec Axel une heure plus tôt. Ce fut ainsi qu'ils se trouvèrent là lorsque mes parents rentrèrent ce jour-là, beaucoup plus tôt que prévu suite à un problème de réservation à l'hôtel.
Roxas me raconta qu'il s'était senti devenir tout blanc, et qu'il avait vu Axel changer de couleur aussi. Que les parents, les voyant, avaient aussitôt soupçonné quelque chose, mais qu'il avait d'abord semblé qu'ils allaient réussir à sauver les meubles. Roxas s'était esquivé pour venir me réveiller pendant qu'Axel faisait diversion. Il aurait tout à fait été possible de faire passer Vanitas pour un copain venu dormir là – j'aurais pris un savon, sans plus – s'il était simplement descendu avec moi.
Seulement voilà. Alors qu'Axel proposait de préparer du café, avec un empressement probablement suspect, ma mère enlevait ses chaussures dans le hall d'entrée. Remarquant là une paire de baskets inconnues d'elle, elle avait appelé mon père qui avait confirmé qu'il ne les reconnaissait pas.
Ainsi mes parents débarquèrent-ils dans ma chambre pour me trouver au lit avec mon petit ami pendant que mon frère essayait de me prévenir et son petit ami de nous couvrir.
Je crus que le ciel me tombait sur la tête quand je vis l'expression de ma mère, figée sur le pas de la porte, son regard allant de moi à Vanitas – qu'elle n'avait même jamais vu, mon Dieu, au moins Axel mes parents le connaissaient - à Roxas toujours penché sur nous, puis à quelque chose sur le sol et je n'eus pas besoin de suivre son regard pour savoir de quoi il s'agissait – cette fichue boîte.
Je n'arriverai jamais à voir le côté comique de cette situation tant c'était grave. Plus que grave. Il ne fallut pas dix secondes à ma mère pour rassembler les pièces du puzzle et le reconstituer. Je le vis à la façon dont son regard se glaça soudain et se darda sur Roxas comme une flèche empoisonnée. Je sentis la main de mon frère se crisper sur mon bras. Dire que tout était en train de s'arranger, que tout ça l'avait rapproché d'elle, qu'elle avait enfin commencé à accepter la présence d'Axel dans sa vie, tout était gâché, brisé, détruit…
Mon père, lui, debout derrière ma mère, regardait Vanitas comme s'il allait le tuer. Et j'eus soudain peur – réellement, sincèrement peur - de ce qui allait se passer. J'étais terrifié. Vani était derrière moi, je n'osais pas me retourner pour le regarder, mais je sentais dans la tension de son corps contre moi qu'il était bien réveillé et qu'il comprenait à quel point ce qui se passait était dramatique.
C'est à ce moment-là – quelques secondes à peine étaient passées depuis qu'ils étaient arrivés là, mais cet instant de flottement avait semblé durer une heure – qu'Axel arriva dans le couloir derrière mes parents. Il ouvrit la bouche et commença à dire quelque chose mais il ne prononça jamais qu'une seule syllabe que je ne saisis même pas, car ma mère pivota sur ses talons, vive comme l'éclair, et le gifla à toute volée.
Roxas bondit, avant de rester cloué sur place – je saisis le signe de tête, à peine perceptible, qu'Axel lui adressa – « non, ne bouge pas, ne fais rien, ça ne ferait qu'empirer les choses » - pendant que, d'une voix tremblante de fureur, elle lui disait qu'elle ne voulait plus jamais le revoir chez elle. Le regard de mon père était toujours fixé derrière moi, le visage congestionné.
Axel tourna les talons et s'en alla, tête basse, et je me mis à paniquer. Non, non, non, ça ne pouvait pas être en train d'arriver, il n'avait fait ça que pour moi, c'était ma faute ! Je remuai le bras pour attraper la main de Roxas qui se referma sur la mienne en me broyant les doigts. Il allait en avoir besoin, car notre mère se tourna vers lui, et je frémis en déchiffrant l'expression de son visage – son regard hurlait qu'elle regrettait de l'avoir mis au monde. Je crus qu'elle allait se jeter sur lui et le frapper mais non. Ce qui suivit fut bien pire.
Je n'oublierai jamais, de toute ma vie, les paroles qu'elle prononça ce jour-là, le venin dans sa voix, le tremblement de la main de Roxas dans la mienne, les bras de Vanitas autour de moi et la sensation de mon cœur se déchirant de culpabilité. Je n'oublierai jamais l'écho de la douleur de mon jumeau qui me broyait la poitrine pendant que notre mère, une femme d'ordinaire charmante et courtoise, la femme qui nous avait mis au monde et éduqués, qui avait toujours été un peu psychorigide mais qui nous aimait assez pour faire des efforts, déversait sur lui un tombereau d'injures et de reproches dont on sentait bien qu'ils ne dataient pas de la veille. Chaque mot est resté gravé au fer rouge dans ma mémoire, alors qu'elle criait qu'elle aurait dû se faire avorter, qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle avait fait à Dieu pour mériter d'avoir mis au monde un monstre pareil, manipulateur et pervers. Je serrai les poings si fort que d'un côté j'écrasai les doigts de Roxas – qui de toute façon était lui aussi en train de broyer les miens – et que de l'autre mes ongles s'enfoncèrent dans ma paume quand elle lui demanda si son vice n'était pas déjà suffisamment infâmant comme ça, s'il avait en plus besoin de m'entraîner avec lui.
Je n'osais pas regarder Roxas, mais je n'en avais pas besoin pour sentir, aussi sûrement que si c'était le mien, son cœur se briser. Et brutalement tout me fut égal. Parce que personne, personne au monde, pas même ma mère, n'avait le droit de lui faire aussi mal – de lui enlever Axel, de l'insulter comme ça, de lui dire de telles horreurs. Peu importaient les conséquences, je devais intervenir, ce que je fis en m'écriant que ce n'était pas sa faute, qu'il n'avait fait tout ça que parce que je le lui avais demandé, et que si quelqu'un était à blâmer, c'était moi.
La main de mon frère eut un spasme quand il m'entendit parler, en même temps que les bras de Vanitas autour de moi. Ma mère se tut et se tourna vers moi, les yeux exorbités. Je soutins son regard malgré la peur qui courait dans mes veines, peur des dégâts déjà causés, des conséquences, de ce qu'elle pouvait encore briser en parlant. Mon père n'avait pas bougé d'un iota. On aurait dit qu'il était pétrifié, comme s'il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait.
Puis elle s'adressa à Vanitas, d'une voix effrayante.
- Vous allez sortir du lit de mon fils. Vous avez une minute.
Elle recula d'un pas et ferma la porte.
Pendant deux secondes, nous restâmes tous les trois figés comme des statues, puis Roxas tomba à genoux.
- Ven, habille-toi, dit la voix de Vanitas.
J'attrapai mon short de la veille et l'enfilai avant de me précipiter auprès de mon frère pour le prendre dans mes bras. Pendant ce temps-là, Vani s'habillait. J'étreignis Roxas qui semblait être en état de choc – il avait le regard fixe et le visage très pâle. Je lui demandai pardon à plusieurs reprises, trop conscient que tout cela n'arrivait qu'à cause de moi, mais il n'avait aucune réaction.
Quand nos parents revinrent, un court instant plus tard, mon père s'était défigé.
- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il à Vanitas.
D'une voix calme et posée, il déclina son identité – prénom, nom de famille – et se présenta comme étant mon petit ami depuis trois mois. Je remarquai distraitement qu'il comptait la période qui s'était écoulée entre notre deuxième rencontre et le jour où on s'était réellement mis ensemble.
Mon père parut effondré, ma mère me gratifia d'un regard qui exprimait une profonde détestation mêlée d'écœurement.
A cet instant précis, je compris que j'avais perdu son amour. Car ces yeux glacés ne pouvaient qu'être ceux d'une étrangère, une mère ne peut pas regarder son enfant comme ça. Elle nous voyait, moi et Roxas, et je lisais dans son regard un seul mot, une seule effroyable constatation qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler. « Abominations ». Je venais de perdre ma mère. Je devais avoir la même mine que Roxas, et je n'eus aucune réaction quand Vanitas prit ma main et m'attira vers lui, appuyant ma tête contre sa poitrine comme pour m'abriter contre ce qui se passait. Je pensais simplement que c'était injuste, tellement injuste qu'Axel ne soit pas là, que Roxas soit seul… je ne réagis même pas quand il s'adressa à mes parents d'une voix maîtrisée, polie et ferme.
- Comment est-ce que vous pouvez réagir comme ça ? Demanda-t-il. Ce sont vos enfants ! Votre rôle de parents, c'est pas plutôt de les aimer et de les soutenir ?
J'aurais voulu lui dire merci, merci de prendre notre défense à tous les deux. Je n'avais que trop conscience de la solitude prostrée de mon jumeau, et je me sentais atrocement mal.
Ma mère répliqua vertement qu'elle n'allait certainement pas se laisser dicter sa conduite par lui, et poursuivit en lui demandant impérieusement quel âge il avait.
- Ven est majeur, aux dernières nouvelles, lui répondit-il froidement. Ce qu'il fait de sa vie privée, ça vous regarde absolument pas.
- Ça nous regarde à partir du moment où ces ignominies ont lieu sous notre toit, contre-attaqua ma mère sans se démonter.
Mon père, qui jusque là n'avait quasiment rien dit ni fait, s'avança et saisit Roxas par le coude, essayant de le remettre debout. Mais il était dans état second et tout ce que papa parvint à faire fut de lui tirer le bras, sans qu'il ne bouge où réagisse. Alors il se tourna vers Vani.
Contrairement à ma mère qui se défoulait directement sur nous, papa semblait concentrer toute sa colère sur Vanitas. Est-ce que le fait qu'il m'avait trouvé au lit avec un autre garçon signifiait nécessairement qu'il devait réagir comme si j'avais été une fille ? Je n'ai jamais vraiment réussi à répondre à cette question.
- Ecartez-vous de mon fils, dit-il d'une voix basse et grondante.
Réflexivement, mes bras s'enroulèrent autour de la taille de Vanitas. Me lâche pas, le suppliai-je en silence, et il m'enlaça doucement.
- Non, répondit-il.
- Ventus, ça suffit, lâche-le tout de suite, me dit durement mon père.
Ma mère semblait arrivée au bout du fiel qu'elle avait à déverser et ne disait plus rien.
- Non, répondis-je à mon tour.
- Ecarte-toi !
- Non !
- Mais enfin, Ventus, qu'est-ce qui t'arrive ?! S'exclama mon père, et il y avait une pointe de désespoir dans sa voix.
- Vous paniquez parce que vous ne contrôlez pas tous les aspects de la vie de vos enfants ? Demanda Vanitas, et je songeai qu'il avait raison.
- Ça suffit, maintenant, intervint la voix de ma mère, cassante. Sortez de chez nous où j'appelle la police.
Je sentis Vanitas se raidir contre moi et je compris instantanément.
Il allait de soi que si mes parents appelaient réellement la police ils risquaient surtout de se ridiculiser, voir de se faire remonter les bretelles par les agents qui, soyons honnête, ont des problèmes à régler bien plus sérieux qu'un petit ami qui n'a pas envie de décarrer. D'autant que comme il l'avait dit, j'avais plus de dix-huit ans et même si c'était récent, il n'y avait ni abus ni détournement de mineur.
Il n'empêchait qu'il serait quand même prié de quitté les lieux, qu'on lui ferait passer un contrôle d'identité, la simple routine, mais que ça risquait de lui attirer des ennuis. Je ne suis pas idiot, je n'avais aucune idée de la façon dont il « gagnait sa vie » mais je me doutais bien que ça ne devait pas être net s'il avait refusé de l'expliquer. Il ne devait donc avoir aucune envie de voir débarquer des agents de police contrariés d'être dérangés pour une raison aussi stupide.
Alors lentement, je desserrai la prise de mes bras autour de sa taille. Sans regarder mes parents, je dis à voix haute :
- C'est bon, il va s'en aller.
Je sentais bien sa réticence à partir et à me laisser seul avec mes parents – Roxas était toujours plongé dans une espèce d'état neurasthénique qui finissait par devenir inquiétant. J'appliquai donc à leur encontre une petite vengeance en ne me privant pas d'embrasser Vani quand il me lâcha. J'entendis mon père et ma mère s'étrangler à l'unisson mais je ne m'en souciai pas.
- Ferme derrière moi, d'accord ? Murmura-t-il.
- D'accord.
Mon père le suivit hors de la chambre, et ma mère était dans le couloir, j'en profitai donc pour m'enfermer à clé avec Roxas dès qu'il fut sorti. Mes parent protestèrent, cognèrent sur la porte mais je les ignorai. Je m'assis par terre, adossé à mon lit, et j'attirai Roxas dans mes bras. Il se laissa faire et se ramassa en position fœtale, un peu comme je l'avais fait le jour où j'avais croisé Kadaj chez Vanitas. Ça semblait si loin, maintenant… si insignifiant.
Ils avaient tout gâché. Ils avaient abîmé ce qui aurait été le plus beau souvenir de ma vie jusque là, un moment précieux qui, comme Roxas l'avait supposé, avait lavé mon cœur de ses doutes. Et non seulement ils avaient ruiné ça, mais ils avaient blessé Roxas, ils avaient chassé Axel, le forçant à faire face seul.
Et tout ça… tout ça…
… C'était ma faute.
