Titre : La couleur des souvenirs

Résumé : « Je n'ai jamais raconté mon histoire auparavant. Pourquoi l'aurais-je fait ? J'étais bien trop occupée à la vivre. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que je suis seule. Parce que je ne vis plus rien. Parce que je veux les revoir une dernière fois, ces instants avec lesquels j'ai passé la plus grande partie de ma vieillesse. Parce que je veux boire, encore, les couleurs qui composent le tableau de ma vie. » SS/HG

Rating : M

Note d'auteure : Un chapitre assez important, que j'ai beaucoup aimé écrire, au niveau des couleurs notamment. Plus long que le chapitre précédent, quoiqu'il en soit ! J'espère que vous aimerez... Après celui-ci, il reste trois chapitres puis l'épilogue ! Je vais bien arriver à finir cette histoire, non mais ! ^^ Bref bref, je vous laisse à la lecture !

X

Journées grises

X

Le blanc n'existe pas, le noir a disparu. Ne demeure que le gris. Gris l'échiquier, gris les fous, gris le cavalier. Le gris et la peur, souffrance et douleur. La mort ? Non. Ils étaient trop cruels pour le laisser mourir. La mort était une punition par trop insuffisante. La vie cause parfois plus de souffrances.

Le monde est gris. Un gris sale, un gris barbare, un gris qui dégouline le long des murs, qui suinte jusque sur le sol, à ses pieds. Gris foncé, gris clair, gris gris. Il n'en peut plus de tout ce gris. Il plonge sa tête dans ses mains, ferme les yeux, mais même l'intérieur de ses paupières lui apparaît gris. Il serre les yeux plus fort, à en pleurer des larmes grisâtres. Il se lève d'un seul coup et tout tourne autour de lui, tous les gris se mélangent et lui se mélange au gris. Il hurle.

X

Hermione Granger se réveilla en sursaut dans les appartements du maître de potions. Cinq jours. Cinq longues journées depuis qu'elle s'était réveillée dans ce même lit, sous le regard affamé de Severus Snape. Une absence insupportable. Elle n'avait pas revu Severus depuis cette matinée où il devait se rendre dans le bureau de la directrice. Son coeur se serra au souvenir de son sourire confiant, de sa promesse de retour implicite. A la fin de la journée, bien évidemment, elle s'était rendue à son tour dans le bureau de McGonagall pour apaiser son inquiétude. Ce qu'elle y avait trouvé lui avait glacé le sang.

Dumbledore, dans son cadre, pleurait. Le plus grand sorcier de tous les temps pleurait, de grosses larmes roulant sur ses joues. La pièce était dans un état déplorable, comme si un ouragan s'était déchaîné ici même quelques heures plus tôt. Les sièges avaient été renversés, la plupart des tableaux arrachés des murs.

« Professeur, professeur Dumbledore ! »

Le vieillard leva la tête, une maigre lueur brillant dans son regard à l'appel de son nom.

« Professeur, Severus, où est-il ?

- Ils l'ont emmené, miss Granger. Ils l'ont pris...

- Ils ? Qui ils ?

- Le ministre de la magie et ses aurors. Ils sont venus il y a une heure ou deux. Pour Severus. Et Minerva... »

Il s'interrompit dans un sanglot. La jeune fille avisa alors, derrière le bureau directorial, un morceau de tissu noir. Elle se précipita au chevet de la directrice, vérifiant ses fonctions vitales. Celle-ci vivait encore, elle était seulement évanouie, mais pour combien de temps ? Hermione envoya son patronus quérir Mme Pomfresh. Elle seule saurait quoi faire.

« Elle a tenté de s'interposer. Elle est rentrée dans le bureau alors que je tentais de ramener le ministre à la raison, elle s'est placé devant Severus et a commencé à insulter le ministre. Il l'a stupefixée au moment où elle tentait d'appeler du secours. C'était seulement un Stupéfix, mais Minerva... Elle a peut-être l'air solide, comme ça, mais c'est une femme fragile, et elle ne s'est toujours pas réveillée... »

L'image du sorcier le plus vénéré de tous les temps secoua la tête.

« Elle ne s'est toujours pas réveillée... »

Il parut alors devenir comme fou.

« Miss Granger, s'il vous plaît, sauvez là ! Je ne me le pardonnerai jamais si elle meurt ! Tout est de ma faute ! Je suis coupable ! Prenez-moi à sa place, je vous en prie... »

Le reste ne fut plus que gémissements inaudibles, pleurs et soupirs.

X

Minerva reposait dans un des lits de l'infirmerie. Prévenue par le patronus d'Hermione, Mme Pomfresh s'était précipitée au chevet de la directrice et l'avait acheminée avec précautions jusque dans son infirmerie. Hermione s'était chargée du portrait du professeur Dumbledore, qui refusait de quitter de vue sa collègue – seulement collègue ?

« Vous comprenez, miss Granger, il n'y a pas de cadres dans l'infirmerie... Je ne veux pas la laisser, je n'ai pas le droit ! Je ne peux pas... »

Sitôt arrivés, l'infirmière avait chassé Hermione, accueillant le portrait d'Albus Dumbledore avec une moue exaspérée, et s'était aussitôt activée autour du lit de la directrice en marmonnant des paroles insensées, selon son habitude.

Hermione avait alors erré dans les couloirs du château, sans véritablement savoir où aller. La plupart des invités de la veille devait être partis, Harry était sûrement resté mais elle n'avait pas envie de lui faire face. Pas tout de suite. A pas lents, la jeune femme se dirigea vers les cachots, s'arrêtant devant les appartements de Severus. Le tableau était toujours là mais l'arbre avait changé. La plupart des fleurs avaient disparu, seule demeurait une unique rescapée, sur la plus haute branche. Hermione se laissa glisser contre le mur. La veille, elle n'avait pas entendu le mot de passe que Severus avait murmuré près du tableau. Il souhaitait sans doute protéger son intimité, et maintenant...

Elle se mit à sangloter. C'était tellement injuste ! Ce matin encore, ils paressaient dans les bras l'un de l'autre, à l'abri du monde et maintenant, maintenant ! Il était sans doute torturé par les Détraqueurs, à la merci du moindre de ses souvenirs. Et Minerva, allongée sur un lit, dans l'infirmerie... La guerre était pourtant finie ! Pourquoi les souffrances devaient-elles continuer ? Le visage ravagé de l'ancien directeur de Poudlard s'imposa à elle. Il lui avait paru tellement misérable, tellement désolé, impuissant.

Un courant d'air la fit frissonner. Elle releva la tête pour remarquer que la porte des appartements de Severus était grande ouverte. Elle hésita un instant. Devait-elle... Elle finit par décider qu'elle avait le droit. Il ne lui en aurait pas voulu, pas en ces circonstances. Elle fit quelques pas en avant. Le salon était resté tel qu'elle l'avait laissé. L'odeur du maître de potions flottait encore dans l'air. La marque de leurs deux corps enlacés était toujours imprimée dans le canapé et leurs vêtements de la veille étaient disséminés dans toute la pièce.

La jeune femme se dirigea tout naturellement vers la chambre de Severus. Là aussi, le lit était encore défait. Elle examina la pièce où elle se trouvait. Elle n'avait pas eu l'occasion de le faire lors de sa première visite, elle avait été quelque peu... occupée par le maître de potions. Leur première nuit. Elle soupira. La chambre était plutôt claire, phénomène étonnant puisque, ne l'oublions pas, les appartements de Severus Snape étaient situés dans les cachots. Les couleurs étaient plutôt froides, plusieurs nuances de bleu, de blanc, quelques touches de vert. On était pourtant bien loin du vert serpentard qu'elle avait imaginé. Elle s'assit sur le lit. Les draps de soie glissèrent sur sa peau. Elle ne put s'empêcher de sourire. Décidément, Severus Snape avait bon goût.

L'image du maître des potions, recroquevillé dans une cellule d'Azkaban, lui vint à l'esprit. Son sourire s'effaça. Elle se roula en boule sous les draps, le visage plongé dans l'oreiller du Serpentard, respirant son odeur, de grosses larmes roulant sur ses joues. La vie n'était pas juste !

X

Gris. Tout était gris. Même ses souvenirs, ses plus grands instants de bonheur, avaient pris une teinte grisâtre. Une seule touche de couleur, une île dans cet océan de grisaille, demeurait intact. Le brun chocolaté des yeux d'Hermione. Un brun velouté, un brun chaud et aimant, un brun doux et rassurant, empli d'amour et de bonheur. Il s'accrochait désespérément à cet ilot, priant pour que les vagues de gris ne le submergent pas.

Le prisonnier se redressa lentement, avec précaution. Il avait l'impression d'avoir pris dix ans en quelques jours. Il se sentait sale, hirsute. Ses vêtements n'étaient plus que des haillons, comme s'il avait voyagé pendant des années avec les mêmes habits. Il n'avait pas mangé depuis la veille, depuis cette maigre ration, ce morceau de pain rassis et cette soupe infâme parfumée à la javel. Il avait froid : on lui avait pris sa cape et ses robes noires, qui suffisaient amplement à l'intérieur du château, étaient tout bonnement insuffisante contre les Détraqueurs. Et surtout, il se sentait désespérément seul.

Il s'approcha de la fenêtre, la seule ouverture dans sa cellule. Elle donnait sur la mer, une mer démontée, une mer en colère. Comme lui. C'était injuste, la vie était injuste. Il avait tout donné pour l'Ordre, il avait même été prêt à donner sa vie. Et lorsqu'ils avaient gagné, il avait été le premier à laisser sa place à Potter, au Survivant. Il n'avait pas cherché les feux de la rampe, il voulait simplement retrouver sa tranquillité. Et maintenant, maintenant...

Il serra les poings et frappa le mur. Rudement. Il recommença, encore et encore, jusqu'à en saigner. Jusqu'à en hurler.

Il en avait fait, des choses, pendant la guerre. Des choses dont il était loin d'être fier. Des choses qui le poursuivaient aujourd'hui encore. Il avait partagé certaines d'entre elles avec Hermione quand... Elles l'avaient toujours suivies, d'une certaine manière, elles faisaient partie de lui. Mais là, là... Elles ne lui laissaient aucun répit, elles s'insinuaient dans ses rêves, dans ses cauchemars, dans ses moindres pensées. Il lui était impossible de fermer son esprit. Elles étaient trop nombreuses, trop puissantes, et même le brun chaud des yeux d'Hermione en devenait impuissant.

L'homme se laissa tomber contre le mur.

Une larme grise glissa le long du visage de celui qui avait juré de ne plus jamais pleurer.

X

Hermione avait perdu le compte du nombre d'heures qu'elle avait passé dans les appartements de Severus. Les jours et les nuits avaient disparu dans un brouillard sans âme. Elle était restée prostrée dans un état proche du délire pendant tout ce temps. Délicieusement proche de sa propre fin.

Un matin enfin, elle ouvrit les yeux. Elle avait l'impression d'avoir passé plusieurs années dans cette chambre, dans ce lit, à attendre elle ne savait trop quoi. Les yeux grand ouverts, allongée sur les draps de soie, Hermione Granger savait à présent. Elle savait qu'elle ne voulait plus attendre. Elle avait pleuré suffisamment, s'était lamentée plus qu'assez. Il était l'heure de reprendre pied avec la réalité.

Cinq jours. Cinq de trop.

Elle tenta quelques pas dans la pièce. A chaque enjambée, elle tremblait. Elle avait perdu l'habitude de tout, elle ne savait même plus comment elle avait fait pour se nourrir pendant toutes ces journées. Elle devait se reprendre en main.

« Bon, d'abord la salle de bain. »

Ce fut une Hermione tout à fait différente qui sortit de la salle d'eau près d'une heure plus tard. Elle avait enfin visage humain pensa-t-elle en souriant. Ses cheveux retombaient à présent gracieusement sur ses épaules, elle affichait un air décidé et avait quitté la chemise froissée qui lui avait servi de pyjama. Ses yeux étaient toujours cerné, elle avait maigri mais elle s'était repris.

Elle sortit d'un bon pas des appartements du maître de potions tout en faisant le point. La situation présente n'était certes pas extraordinaire mais elle ferait tout son possible pour sortir Severus Snape de sa cellule. Elle n'était pas Miss je Sais tout pour rien ! Elle avait lu tout ce qu'il était possible de lire sur la justice magique, il n'avait pas le droit de retenir un civil sans aucune preuve. Il y aurait un procès, et alors elle serait prête.

La jeune femme pris la direction de la bibliothèque. Son sanctuaire secret. Madame Pince n'y était pas, elle devait être en vacances. Elle s'installa à sa table habituelle et, d'un coup de baguette magique, appela les ouvrages qui, elle en était sûre, lui seraient utiles. Ceux-ci surgirent des rayons voisins pour former une pile bien nette sur la table, devant elle. Intérieurement, la jeune fille remonta ses manches.

« Au boulot, Hermione ! »

Elle s'empara alors du premier grimoire. La justice magique – Fonctionnement et Intérêts.

« De nombreux sorciers ignorent tout du système judiciaire. Il s'agit d'un manque évident de la culture sorcière. Combler ce manque résoudrait par ailleurs bien des problèmes. La justice magique est part intégrante du système politique de ce pays et, sans elle, le monde des sorciers se serait effondré depuis longtemps... »

La jeune femme soupira. Elle était plongée dans les lourds volumes depuis des heures. Elle en avait lu la moitié, restaient les autres. Elle avait déjà noirci une centaine de pages de notes et les feuillets s'empilaient à ses côtés. Hermione se laissa tomber en arrière. Elle avait besoin de faire une pause. Sans prendre la peine de ranger, elle quitta la bibliothèque.

Dans un des couloirs de l'aile Nord, elle s'arrêta brusquement.

« Minerva ! Souffla-t-elle. »

Elle fit demi-tour et courut dans la direction de l'infirmerie.

Elle y arriva au moment où Mme Pomfresh fermait les portes. L'infirmière semblait inquiète. Elle avait perdu toute couleur et le sourire qu'elle adressa à la gryffone paraissait tout à la fois crispé et volontairement rassurant.

« Miss Granger ! Vous voilà ! Où étiez-vous passée ? Monsieur Potter est passé hier, et il ne vous a pas trouvée. Il maintenait que vous étiez forcément dans le château, que vous ne pouviez pas être ailleurs. Vous l'avez manqué de très peu : il est resté au château cette nuit, il est reparti ce matin pour régler quelques affaires en rapport avec le procès Snape...

- Le procès Snape ? réagit vivement la jeune femme.

- Oui, miss Granger. L'arrestation de Severus a fait la une de tous les journaux, et monsieur Potter s'est précipité au Minsitère dès qu'il a vu les gros titres. Il a demandé un procès. Je crois que c'est pour cette raison qu'il voulait vous voir, pour que vous l'aidiez à préparer sa prestation. Mais d'ailleurs... Où étiez-vous, miss Granger.

- Je... dans les appartements de Sev... Du professeur Snape. Je m'étais perdue et... »

L'infirmière balaya ses explications d'un geste de la main. Son regard s'était fait plus doux.

« Nous avons tous réagi de manière différente aux récents évènements, miss Granger. Vous n'avez pas à vous expliquer. Lorsque le professeur Snape a été enlevé, je suis la première à vous avoir vue et vos réactions, votre visage... Vos relations avec Severus ne concernent que vous, mais je me doute qu'il est plus pour vous qu'un simple professeur de potions. »

L'infirmière sourit, sourire que lui rendit la jeune femme. Cependant, sa discussion avec l'infirmière n'avait pas fait disparaître toutes ses inquiétudes.

« Mme Pomfresh... Le professeur McGonagall, est-ce que... »

L'infirmière se rembrunit.

« Minerva a été sévèrement touchée. Elle n'est plus de première jeunesse, vous savez, et elle veut souvent en faire un peu trop. Elle ne s'est pas encore réveillée, pour tout vous dire, et je ne sais pas si... »

Elle secoua la tête et les yeux d'Hermione s'emplirent de larmes.

« Mais... C'est impossible ! Le professeur McGonagall est quelqu'un de fort ! Elle a survécu à Voldemort, ce n'est pas un Stupéfix qui aura raison d'elle ! Non, je ne vous crois pas ! Elle ne laissera pas le professeur Dumbledore !

- Ecoutez, miss Granger, Hermione... Je ne l'abandonne pas. Je vais faire tout mon possible mais je crains qu'elle ne se batte pas plus que ça contre le sort. Tout le monde doit partir un jour ou l'autre, et c'est peut-être son tour. Mais je vous garantis que si son heure n'est pas venue, je ferais tout ce qui est pouvoir pour la sortir de là ! En attendant, vous devriez aller manger quelque chose. Vous tremblez... »

L'infirmière fit volte face et laissa Hermione seule au milieu du couloir, des larmes roulant sur ses joues.

« Miss Granger, acceptez-le. Vous ne pouvez rien faire pour elle. Maintenant, c'est à elle de décider de son chemin. Elle n'a plus aucun obligation dans la vie réelle, Voldemort n'est plus, le monde est sauvé... »

Albus Dumbledore se tenait dans le tableau voisin. Il semblait avoir écouté toute la conversation.

« Et Severus ? Répondit farouchement la jeune femme. »

Le vieil homme sourit tristement.

« Ce combat-ci, ce n'est pas à elle de le mener. Il sera conduit par d'autres.

- Professeur, je ne vous comprends pas. Comment pouvez-vous l'abandonner ainsi ?

- Je ne l'abandonne pas. Je la laisse à ses choix. J'ai réagi comme vous au début. Un monde sans Minerva McGonagall paraît inconcevable mais c'est à elle de décider de son avenir. Tout comme vous devez décider du votre, tout comme il décidera du sien... »

La jeune femme releva vivement la tête, mais le directeur avait déjà disparu. Hermione frappa le mur du poing et, une fois de plus, se mit à pleurer.

X

« Mes amis, nous sommes réunis en ce beau jour ensoleillé en l'honneur d'une femme que nous connaissions tous de manière différente. Minerva McGonagall était une femme formidable, un professeur admirable et aimé, une combattante hors pair. Nous avons tous du mal à accepter sa disparition, mais elle avait tant donné d'elle même pour le combat contre le Lord Noir qu'elle avait bien mérité de se reposer dans l'autre monde. Minerva était une battante et je suis persuadé qu'elle a décidé d'elle-même d'abandonner le monde des vivants de son plein gré. Elle est morte comme elle avait vécu : fière et femme, humaine avant tout... »

Ils étaient nombreux à être venu rendre un dernier hommage à la directrice de Poudlard. Elle avait été enterrée dans le parc de Poudlard, à côté de Dumbledore lui-même. Les deux tombes blanches, parfaitement visibles sur l'herbe verdoyante du parc, étaient pour l'heure entourées des amis, collègues, connaissances conviées à l'enterrement.

Hermione avait assisté à la cérémonie dans un état second. A ses côtés, Harry et Ron. Le Trio d'Or. Le discours de Dumbledore, celui de son meilleur ami, les quelques mots de Pomfresh... Lorsqu'était venu son tour de dire quelques phrases en l'honneur de sa directrice de maison, elle s'était levée comme une somnambule et, debout devant l'assemblée, avait simplement sourit, les yeux levés vers le ciel.

« Inutile de vous dire ce qui a déjà été dit. Minerva McGonagall est impossible à résumer en quelques mots. Elle est plus qu'une figure historique majeure, plus qu'une directrice de Poudlard, plus qu'une héroïne. Elle a été tout ça, je ne le nierais jamais, mais elle a été aussi une femme emplie de doutes, de faiblesses, de failles, comme chacun d'entre nous. Elle n'est pas partie sans regrets, mais elle a coupé tout ce qui la rattachait au monde des vivants pour vivre une nouvelle aventure. »

La jeune femme fit une pause dans son discours, reportant son regard sur l'assemblée.

« En fait, je crois que si elle était là, aujourd'hui, elle trouverait que cet événement est d'un ridicule consommé. Elle préférerait sans doute une cérémonie intime mais voilà : elle est une héroïne de guerre et c'est le sort réservé aux héros, la célébrité jusque dans la mort. Je pense qu'elle serait la première à jeter un sort aux journalistes, mais comme elle n'est pas là aujourd'hui, je vais le faire à sa place... »

La jeune femme sortit alors sa baguette de sa poche et, quelques mouvements de poignets plus tard, les journalistes présents étaient vêtus de tuniques vert pomme, coiffés de bonnets d'âne et juchés sur des échasses. La plupart d'entre eux perdirent l'équilibre et tombèrent dans le lac. Ceux qui restaient partirent en courant, ne souhaitant pas se frotter de nouveau à la sorcière en deuil.

Amère, Hermione rangea sa baguette, non sans avoir fait apparaître un bouquet de fleurs qu'elle déposa respectueusement sur la tombe de la directrice. Elle se rassit à côté entre Harry et Ron et ceux-ci la serrèrent rapidement dans leurs bras, sans commenter son acte. Ils l'avaient trouvée magistrale.

« Miss Granger ? »

La voix d'Albus Dumbledore retentit de nouveau, sortant la jeune sorcière de ses pensées. Les derniers invités quittaient Poudlard mais la jeune femme souhaitait se recueillir une fois encore devant la tombe de la directrice.

« Auriez-vous l'amabilité de me raccompagner à mon bureau ? Je crois qu'il y a quelqu'un qui souhaite vous remercier... Et je ne peux malheureusement pas m'y rendre seul... »

Hermione hocha la tête en souriant tristement.

« Bien sûr professeur, laissez-moi seulement quelques minutes.

- Tout le temps qu'il vous faudra, miss Granger, tout le temps qu'il vous faudra ! »

X

« Merci du fond du coeur pour ce beau discours, Hermione ! »

La jeune femme blanchit subitement. Elle s'effondra, faillit lâcher le portrait du directeur.

« Albus ! Vous ne l'avez pas prévenue ? Vous êtes un monstre ! »

La voix de la directrice s'était faite sévère alors qu'elle réprimandait Albus Dumbledore. Celui-ci se fit tout petit dans son cadre.

« Je vous préviens, Albus, je n'hésiterais pas à sévir, maintenant que je suis un tableau...

- Professeur McGonagall, bégaya Hermione. Mais comment...

- Eh bien Hermione, vous ne le savez donc pas ? Tous les directeurs et directrices de Poudlard ont leur place dans ce bureau après leur mort. C'était mon tour, je suppose.

- Mais... Pourquoi n'êtes-vous pas revenue ?

- Hermione... je... J'ignore pourquoi j'ai succombé à un vulgaire Stupéfix alors que j'avais traversé la guerre contre Voldemort. Je crois que c'est mieux comme ça. Au moins, maintenant, je peux empêcher ce glouton de se goinfrer de bonbons aux citrons : nous sommes dans la même dimension ! »

La jeune femme rit doucement. La directrice avait l'air heureuse.

« Idiote, ce n'est qu'une image, se réprimanda-t-elle mentalement. »

La directrice se tourna vers elle.

« Erreur, ma chère. Les tableaux qui figurent dans le bureau directorial ne sont pas de simples tableaux. Ils sont une partie du sorcier, celle que le sorcier décide de mettre dans la peinture afin d'aider ses successeurs. La partie qu'il désire ne pas voir disparaître. »

Hermione se laissa tomber dans un fauteuil, pressant ses mains contre sa joue.

« Maintenant ma chère, dites-moi : que comptez-vous faire pour ce cher Severus... »

X

Il releva brusquement la tête lorsque l'on entra dans sa cellule. Un gardien. Gris. Comme tout le monde ici. Sa tête retomba sur sa poitrine. Il n'en pouvait plus du gris.

« Prisonnier 647, beugla le maton, de la visite. Tu as dix minutes. »

Tant bien que mal, l'homme se leva. Un numéro. Il n'était plus qu'un numéro. Il ne parvenait même pas à se souvenir d'une époque où il était autre chose que ça. Des lettres et non des chiffres.

Le gardien le conduisit à travers les couloirs de la prison. Ils longèrent des cellules, certains vides, d'autres occupées. Tout était toujours gris. Ils pénétrèrent dans une pièce minuscule, aux murs humides et couverts de moisissures. Un homme l'attendait, là, debout, près de la fenêtre. Il se tourna et le prisonnier 647 demeura immobile, à le fixer. A fixer ses yeux, ses yeux si verts. Il était incapable de faire quoique ce soit d'autres. Cette avalanche de couleurs... Ce vert intense, ces mille nuances, du vert prairie au vert potion, cette brillance si caractéristique... C'était presque trop d'un seul coup, trop après tout ce gris.

« Snape ! Je ne pensais pas que... »

Un rictus sardonique étira les lèvres du prisonnier 647.

« Vous ne pensiez pas quoi, Potter ? Que j'étais encore en vie ? »

Il paraissait gêné, se tordant les mains.

« Que j'étais dans un état si déplorable ? Désolé de vous décevoir, mais nous sommes à Azkaban, ici, pas dans un cinq étoiles...

- Au moins, vous n'avez rien perdu de votre verve légendaire. Vous devez être en bonne santé, marmonna le Survivant. »

Il invita l'homme à s'asseoir. En vérité, le sarcasme de Snape, cet art qu'il avait perfectionné au cours de nombreuses années d'enseignements, paraissait ici être une façade. Un paravent dissimulant soigneusement la vérité. C'était un homme détruit qu'il avait face à lui. Sa fierté et son sarcasme, c'était tout ce qui lui restait. Dans ses yeux ne brillait aucune flamme. Il paraissait lui-même gris. D'une neutralité si totale que c'en était troublant.

« C'est Hermione qui m'envoie, professeur. »

Il espérait provoquer une réaction chez le maître de potions. La relation entre celui-ci et sa meilleure amie, de ce qu'il en savait, n'était pas celle qu'on pouvait attendre entre un professeur et son élève. Ses attentes furent cependant déçues. L'homme ne bougea pas, ses yeux n'exprimaient rien. Le Survivant soupira.

« Il nous reste cinq minutes pour préparer votre procès... »

X

« Messieurs les juges, messieurs les représentants du Magenmagot, l'accusé ici présent est innocent. Tous, nous avons commis des atrocités pendant la guerre que nous regrettons aujourd'hui profondément. Qui, parmi nous, n'a pas tué ? Qui n'a pas vu s'éteindre, dans le regard d'un mangemort, la lumière de la vie ? Nous avons tué, pour ne pas être tué. Severus Snape a été mangemort. Il l'a lui-même reconnu. Mais n'oublions pas que, sans lui, la guerre n'aurait pu être remportée. Il a offert son soutien à l'Ordre du Phénix, il a espionné pour nous pendant des années, risquant sa vie à chaque instant, ses informations ont été précieuses, il a permis à Harry Potter de vaincre en lui confiant la baguette de Dumbledore...

- Qu'il avait tué de sa main, ne l'oubliez pas.

- Dumbledore était mourant. C'est le seul moyen qu'il a trouvé pour que sa mort serve la cause. Et en effet, le meurtre organisé d'Albus Dumbledore a permis au professeur Snape de renforcer sa position parmi les mangemorts. Il a gagné en fiabilité aux yeux de Voldemort, et en importance pour nous... »

Le débat durait depuis plus d'une heure. On avait d'abord exposé les faits, les preuves en faveur d'une condamnation, puis Hermione était entrée en scène. Elle avait passé près d'une semaine à rassembler les témoins, les indices, elle avait même été jusqu'à déplacer Dumbledore pour obtenir un témoignage direct de sa propre mort. Elle était d'une efficacité redoutable, mais cela suffirait-il face à la colère visible du ministre ? Celui-ci voulait à tout prix que Snape soit soumis au baiser du Détraqueur...

Harry se mordait nerveusement la lèvre depuis le début du procès lorsque Ginny, assise à ses côtés, lui prit la main. Il sursauta puis serra ses doigts entre les siens en lui souriant. Il était heureux qu'elle soit à ses côtés. Il reporta son regard sur le procès.

Snape était assis au centre, enchaîné. Hermione, à sa droite, les cheveux en bataille, faisait tout son possible pour qu'il s'en sorte. Le maître des potions, cependant, demeurait impassible. Il regardait devant lui, comme s'il ne réalisait pas réellement l'endroit où il se trouvait. En fait, le Survivant ne parvenait pas à se souvenir d'un seul mot prononcé par l'accusé depuis qu'il lui avait parlé de son procès. Et d'Hermione. Il n'arrivait pas à comprendre la relation étrange qu'il existait entre les deux. Il savait qu'il y avait quelque chose, du côté d'Hermione du moins, mais pour Snape... En fait, il lui était impossible d'imaginer Snape ressentir quelque chose pour quelqu'un. A part de la colère ou de la haine, bien entendu.

Aux coups de marteaux du juge, il se reprit.

Hermione se rassit, tremblante. Elle était plus blanche que de la craie.

« Le Magenmagot va maintenant se retirer pour délibérer. Nous vous prions de ne pas trop vous éloigner, la séance reprendra dans une heure... »

X

Acquitté. Il avait été acquitté. Elle n'arrivait pas à y croire.

Harry lui parlait, mais le brouhaha ambiant l'empêchait d'entendre ses paroles. Ou peut-être était-ce les cris de joie qui retentissaient dans sa tête.

« Tu devrais aller lui parler Hermione... »

Elle redressa vivement la tête.

« Tu crois ? »

Le Survivant hocha la tête.

« Tu viens de lui éviter le baiser du Détraqueur. Il doit simplement rester chez lui pendant les deux prochains mois. Va lui parler, Hermione. »

La jeune femme se leva d'un seul coup, souriante. Elle le chercha du regard. Il semblait perdu, debout au milieu de tous ces gens qui le félicitaient. Elle s'approcha doucement, posa une main sur son bras.

« Severus. »

Il tourna la tête.

Plongea ses yeux dans les siens.

Tressaillit.

Pendant un bref instant, le temps arrêta sa course.

Puis son regard continua son chemin.

L'homme se dégagea et disparut dans la foule.

X

Hé hé, pas si simple !

En tout cas, je ne vous raconte pas le mal que j'ai eu à faire mourir McGonagall ! Mais c'est nécessaire pour son bonheur futur, je vous assure !

En tout cas, je me suis bien amusée à écrire ce chapitre-ci. Je sais pas pourquoi ceci dit...

Bref bref...

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