Retour à la case départ…

« Maud, ils ont trouvé »… cette phrase résonnait dans ma tête depuis au moins cinq minutes. « ils ont trouvé » … cela ne faisait aucun doute… Jack ne m'aurait pas de mandé de venir dans son bureau si ce qu'il avait à me dire n'était pas crucial… « ils ont trouvé » … ça ne pouvait être que ça … Ils avaient trouvé le moyen de me renvoyer dans mon univers.

Jack : Maud, tu as compris ce que j'essaye de te dire ?

Maud : Oui.

Jack : J'avais deux choix, et je pense avoir pris le bon. Soit je ne te le disais pas et je me risquais à ce que tu le découvres un jour ou l'autre, il y aurait fatalement eu une fuite… soit, je te le disais et te mettais devant un choix impossible.

Maud : … Impossible…

Jack : Je dois t'avouer autre chose qui risque d'être déterminant dans ton choix.

Jack se leva de son fauteuil, contourna le bureau et se posa contre celui-ci. Je levais les yeux vers lui, il avait ce sourire compatissant que je lui connaissais bien, celui qu'il avait eu lors de l'enterrement d'Owen… celui qui voulais dire, c'est arrivé, il te faut vivre avec, tu y arriveras…

Jack : Nous avions abandonné les recherches depuis longtemps, tu le sais, mais l'équipe avait laissé une alarme, au cas où … elle s'est déclanchée ce matin. Le même phénomène qui t'a conduit ici est en train de se reproduire… Et tu sais ce que cela signifie…

Maud : l'ouverture de la faille et le déversement des rebus de l'espace…

Jack : Oui, c'est pour ça que ta réponse doit être ferme et définitive. Et surtout rapide… Autre chose, nous avons lancé une sonde en éclaireur… Il n'y a aucun signe du Tardis dans les environs.

Maud : C'est compréhensible non ? Ils ont dû abandonner les recherches depuis bien longtemps…

Jack : Non, Maud, tu ne comprends pas… Si on te fait franchir la faille, tu retourneras au moment de ta disparition. On dirait que cette fenêtre ne s'ouvre que sur un moment précis, un instant « T »… c'est-à-dire que tu n'as disparu que depuis quelques minutes pour « eux ».

Maud : Mais, ça voudrait dire que …

Jack : Je le crains…

Maud : Mais tu… toi… tu ne peux pas mourir…si ?

Jack : Avec la chance que j'ai, je peux tout aussi bien flotter dans l'espace à jamais, ou être le dernier homme vivant sur la surface de la planète…

Maud : ce qui voudrait dire que le Docteur et Ian…

Ianto… Mon Dieu… Ianto et les enfants… Je ne pouvais pas les laisser… Je ne pouvais pas repartir… C'était ici mon chez moi maintenant… plus là bas… une larme coula sur ma joue… Jack avança la main vers mon visage et l'essuya.

Jack : Je sais ce que tu te dis Maud. Mais je vais être obligé de trahir mon meilleur ami… Tu dois retourner là bas… Tu dois essayer d'éviter ce qui est arrivé…

Maud : Mais rien ne dit que tu as raison, rien ne te permet de dire qu'ils sont tous morts… Je ne vais pas abandonner ma vie ici, pour des suppositions…

Jack : Je sais que c'est un choix impossible… mais que penses-tu qu'il adviendra de ton monde d'origine si le Docteur n'est plus là pour le protéger ?

Maud : J'en ai rien à faire !

Jack : Tu te mens à toi-même… tu sais que j'ai raison…

Covent Estate

Ianto : William, tu as une minute pour descendre et partir à ton entraînement de rugby et Eliot, je t'attends dans la voiture, tu vas être en retard pour ta compétition d'aviron.

A peine eut-il prononcé ces mots, qu'un bruit assourdissant emplit la maison. Les jumeaux de 14 ans descendaient l'escalier 4 à 4. Ils stoppèrent à quelques pas de leur père qu'ils dépassaient aisément de 10 centimètres.

Ianto : C'est parti les gars.

William enfourcha son VTT et disparut au coin de la rue en deux temps, trois mouvements. Eliot prit place à coté de son père dans le SUV. Ianto déposa son fils dans les faubourgs de Londres, là où se situait le club d'aviron et se dirigea vers le Hub. Il était 10h du matin et il avait encore vingt bonnes minutes de route, sans compter les embouteillages quotidiens.

Aliotha

Jack venait de se réveiller pour la … il ne les comptait plus… l'atmosphère de la planète était emplie de gaz carbonique. A peine revenait-il à la vie que le manque d'oxygène le replongeait inévitablement vers la mort. Durant les quelques secondes de conscience qu'il avait à chaque fois, il ne voyait qu'une chose… les débris du Tardis éparpillés devant lui… une converse beige, roussie, gisant à quelques encablures et une moitié de tasse… C'était généralement la dernière image qu'il voyait avant de succomber.

Le Docteur n'avait pu réparer à temps le bouclier de protection du Tardis, et ils étaient entrés à une vitesse vertigineuse dans l'atmosphère, à travers la brèche que Gok avait réussit à ouvrir. Le Tardis avait résisté quelques minutes, mais sans bouclier c'était peine perdue. Et il s'était disloqué à plusieurs centaines de mètre d'altitude, envoyant morceaux, équipement et … corps sur une grande surface de la planète. Il n'avait aucun moyen de savoir où était le corps de Ianto, ni celui du Docteur… à Chaque « réveil », il n'avait le temps que de bouger les yeux…

Une nouvelle fois, il sombra … sachant pertinemment qu'il reviendrait encore et encore…

Le Hub

Voix (dans le haut parleur) : Capitaine ! Fenêtre active dans 15 minutes.

Jack se tourna vers moi, le regard rempli de compassion. Je n'avais pas fait attention à la voix du haut parleur, je n'avais pas comprit l'importance de sa signification. Je ne pensais à rien d'autre qu'à la phrase que Jack venait de me dire : « Tu te mens à toi-même… ». Et il avait raison. Je ne voulais pas m'autoriser à penser à cette solution pourtant inévitable. J'allais quitter ce monde, mes amis, ma famille, la vie que j'avais rêvé d'avoir lors de mes soirées « geek », seule chez moi, devant mon écran d'ordinateur, à surfer sur Beans on Toast…

Jack : Maud, tu dois me répondre maintenant, on ne pourra pas garder la faille ouverte indéfiniment, tu le sais…

Maud : Jack…

Jack : Je sais que ce que je te demande est inhumain… Mais je n'ai pas le choix…

Maud : J'ai combien de temps avant de partir ?

Jack : Pas beaucoup, je le crains… 20 minutes au grand maximum…

Maud : Ianto… je dois prévenir Ianto… Je ne peux pas partir comme ça…

Je me levai et couru vers mon bureau pour attraper mon portable. Je composais le numéro et attendis … Une sonnerie… Comment allais-je lui annoncer cela ? Deux sonneries… décroche ! Trois sonneries… Mais décroche ! « biiip : Vous êtes bien sur le portable de Ianto Jones, laissez un message.» …

Saleté de répondeur… J'envoyais valser le téléphone à l'autre bout de la pièce… En entendant le bruit, Jack sortit de son bureau et s'avança vers moi.

Jack : Tu as pu lui parler ?

Maud : Non… répondeur…

Voix : Fenêtre active dans 10 minutes !

Maud : LA FERME !

Jack : On doit y aller…

Maud : Laisse moi 5 minutes, je ne peux pas partir sans lui expliquer, sans lui écrire au moins une lettre.

Jack : d'accord… Je viendrais te chercher le moment venu…

Je m'avançai vers le bureau de Ianto, m'assis sur la chaise et pris dans le tiroir une feuille blanche, au logo de Torchwood, n'ayant rien trouvé d'autre pour ma lettre. Je me saisis d'un stylo et écrivis le premier mot : « Ianto, ». Puis quoi ? Comment faire ses adieux par courrier ? Comment lui dire tout ce que j'avais à lui dire en si peu de temps… Certaines choses ne peuvent être dites par écrit …

Cinq minutes plus tard, Jack réapparut dans le Hub.

Jack : c'est l'heure…

Je repliais ma feuille et la rangea dans une enveloppe que je tendis à Jack.

Maud : Tu lui donneras…

Jack : Bien sûr…

Il me tendit sa main, que j'acceptai avec une certaine appréhension. Une question m'était parvenue à l'esprit : Comment allaient-ils me renvoyer là bas ? Je ne pouvais y aller dans ce corps, ayant le mien de l'autre coté…

Jack m'emmena dans une salle qu'en 20 ans, je n'avais jamais vue. Au centre de celle-ci, un fauteuil relié à un méga-ordinateur par d'innombrables câbles. Devant l'ordinateur se tenaient deux hommes en blouses blanches qui s'évertuaient à entrer des lignes de codes auxquels je ne comprenais rien.

Jack : Professeur McMillan, professeur O'Dehry ?

McMillan : Tout sera prêt dans 5 minutes Capitaine. Il est temps d'installer Mme Jones.

Maud : Jack …

Jack : Ne t'inquiètes pas, ce ne sera pas douloureux.

En me menant à l'appareil, Jack m'expliqua son fonctionnement. Ils allaient séparer mon esprit et mon corps et envoyer mon esprit par la faille grâce à une sorte de « bulle » invisible refermant « mon moi » qui relâcherai mon esprit de l'autre coté de la faille, me permettant de me réintroduire dans mon corps avant que celui-ci ne soit possédé par … ce qui m'a possédé il y a 20 ans… En espérant que cette hypothèse soit la bonne.

Jack : N'oublie pas, une fois le processus commencé, pas de retour en arrière… Sitôt arrivée dans le Tardis, pas le temps de souffler, tu dois avertir le Docteur du danger imminent… Dis lui de partir le plus loin possible…

Maud : Jack ? Je me souviendrais de tout je suppose…

Jack : Oui. Je pourrais t'enlever ces 20 années de la mémoire, mais tu ne pourrais pas aider le Docteur si je le fais…

Maud : Je comprends…

Je m'assis sur le « fauteuil », Jack brancha des électrodes sur mon front, et sur ma nuque, me fixa les poignets et les chevilles par des sangles de cuir.

McMillan : 1 minute…

Ianto venait d'arriver devant la porte du parking réservé au personnel de Torchwood. Il retira le bip de la boîte à gants et appuya sur le bouton déchantant le mécanisme d'ouverture, et laissa descendre le SUV doucement. Arrivé au 3e sous sol, réservé à l'équipe de Jack, il pesta une fois de plus contre son capitaine qui avait la fâcheuse tendance à lui prendre sa place, parce qu'elle était plus près de l'ascenseur. Il se gara donc un peu plus loin. A peine fut-il sorti que les néons du plafond se mirent à grésiller et clignoter… Il se dit en lui-même qu'il faudrait penser à le changer.

Il appela l'ascenseur mais avant que celui-ci n'arrive, les lumières se coupèrent et il se retrouva dans le noir.

Ianto : Super !

Il se dirigea à tâtons vers les escaliers, attrapa la lampe torche qui était fixée au mur et commença à descendre jusqu'au Hub. Il n'avait pas descendu un étage que la lumière revint, mais par à-coups… clignotant à une vitesse telle que les ampoules explosèrent simultanément.

Ianto : Mais c'est quoi ce bordel ?

Il descendit les 5 derniers étages quatre à quatre, quelque chose n'allait pas … Ce n'était pas normal… Le générateur auxiliaire ne se mit pas en marche, ce qui fit grandir le sentiment de peur chez Ianto. Il ouvrit la porte du Hub et se retrouva face à face avec une salle vide. Personne… Mais où étaient-ils donc ? Il se précipita vers les écrans, qui bien entendu ne fonctionnaient pas.

Voix : Ianto ? Qu'est-ce qui se passe ?

Ianto : John… c'est toi ! Je n'en sais rien… je viens juste d'arriver.

John : Où est Jack ?

Ianto : Je ne sais pas ... tu as vu Maud ?

John : Non, pas ce matin.

Ianto et John sortirent dans le couloir obscur. Seule une étrange lumière filtrait du dessous de la porte de la salle 456. John et Ianto se regardèrent …

Voix : Qu'est-ce qui se passe ici ? Tout le bâtiment est dans le noir …

Rose venait d'arriver et apparemment n'en savait pas plus que les deux hommes plantés devant elle.

Rose : C'est quoi cette lumière ?

John : On ne sait pas, on allait y aller.

Rose : Je vous accompagne.

Tous trois se dirigèrent vers le fond du couloir. Arrivés près de la porte, John appuya sur la poignée et ils se retrouvèrent face à la machine qui émettait des arcs électriques dans tous les sens…

Jack : Ne vous approchez pas !

Ianto : Maud ! Jack mais qu'est-ce …

Ianto s'élança vers la machine mais fut arrêté dans son élan par Jack qui le maintint fermement contre le mur de la salle. Rose et Jack étaient comme paralysés, ils ne bougeaient pas, avaient-ils compris ou étaient-ils pétrifiés par ce qu'ils voyaient ?

Maud : Ianto…..

Ianto : Maud !

Maud : Jack, souviens toi de ce que tu m'as promis ! … Ianto… adieu, je, t'…

Ce fut une sensation étrange, un peu semblable à celle racontée par « ceux qui sont revenus de la mort », Je me sentais comme aspirée hors de ce corps, puis plus rien… un vide … suivit par une accélération digne des plus effroyables grands-8… et un éclair de lumière jaune… et … un flottement … avec sous mes « yeux », un lieu si familier … j'entendais tout aussi distinctement que si je faisais partie de la conversation…

Maud : Au fait Ianto ?

Ianto : Oui ?

Maud : Cette histoire de Chronomètre, elle est vraie ?

Ianto : Chrono… non… heu… non…

Jack : Tu ne sais vraiment pas mentir Ianto …

Ten : Bon, si on y allait ?

Maud : En avant toute Doct…

Voilà c'était ici et maintenant … Le moment … le Tardis allait connaître un problème… c'est une des dernières choses que je me rappelais de mon « ancienne vie »… Et en effet, il fut secoué de toute part. Je vis le Docteur s'accrocher à son moniteur, Jack et Ianto essayer de s'agripper à ce qui leur était le plus proche et je me vis tomber à la renverse, la tête la première dans la console.

C'est à ce moment là que je vis une forme flotter au dessus de mon corps inanimé… Une forme sombre qui s'approchait alors qu'une forme lumineuse commençait à sortir de moi… Je n'avais pas le droit à l'erreur … Dès que mon esprit eut quitté mon corps, je fondis vers cette enveloppe vide qu'il était devenu et …

… j'ouvris les yeux. Devant moi Ianto me tendait la main.

Ianto : Tu vas bien ?

Maud : Ianto…

Il était là devant moi… mais ce n'était pas mon Ianto, c'était celui de Jack dans cet univers… Mais je ne devais pas y penser, pas tout de suite, je devais prévenir le Docteur.

Maud : Docteur ! Il faut partir …

Ten : Partir ? Pourquoi ? Ce n'est qu'une petite perturbation…

Maud : Si vous aviez à me faire confiance aveuglement une seule fois dans votre vie, Docteur, c'est MAINTENANT !

Le Docteur me fixa et comprit, à mon regard, qu'il fallait qu'il fasse ce que je lui disais. Il baissa le levier et quelques secondes plus tard, nous nous matérialisions sur une planète connue sous le nom de Primea.

Ten : Que s'est-il passé tout à l'heure ?

Maud : Avant toute chose, il y avait une forme sombre tout à l'heure, au-dessus de moi qui voulait posséder mon corps… elle est toujours là ?

Ianto : Je ne vois rien…

Maud : Docteur… vous pouvez vérifier ?

Le Docteur se pencha vers l'écran de contrôle et déclencha le détecteur. Rien n'apparut.

Ten : Non, il n'y a rien.

Maud : Je vous jure Docteur qu'il y avait quelque chose…

Ten : Je vous crois Maud. Pourquoi nous avoir demandé de partir ? Qu'est-ce qui vous a fait penser que l'on courrait un danger ?

Maud : Vous ne pouvez pas comprendre… vous ne pouvez pas…

Jack : Elle a l'air terrifiée Docteur…

Ianto : Je vais aller préparer un café… ça devrait lui faire du bien.

A ces mots, je fondis en larmes sous les regards d'incompréhension de mes trois compagnons…