Peeta était perché sur le rebord de sa fenêtre, les jambes à l'exterieur. Il avait volontairement sauté le repas du midi, il ne voulait plus avoir à subir les moqueries de ses frères ou la rudesse de sa mère, tout ce qu'il voulait c'était être au calme, dans sa bulle. Il avait pris avec lui son carnet à dessin et gribouillait des instants de vie qu'il arrivait à capter dans son environnement, le calme avant la tempête. Un oiseau sur le rebord d'un toit, les feuilles qui bruissent dans une rue où un calme inhabituel règne. Peeta sentait encore sa boule d'angoisse mais il avait réussi à la faire un peu diminué en se mettant dans son coin, loin de son horrible famille. Il espérait secrètement qu'on l'oublie et qu'on ne l'appelle pas pour se rendre sur la grand'place. Même s'il ne la voyait pas, il entendait au loin les prémices de la Moisson qui se préparait, des sons étouffés lui parvenaient, des claquements, des bruits sourds d'objets qui tombaient sur le sol. Mais heureusement, Peeta parvenait encore à entendre le bruit de la nature et ça le rassurait en quelques sortes, il était encore protégé au sein de son District.

Le repas dans la cuisine avait dû prendre fin car il entendit des bruits de pas dans le couloir. Instinctivement, Peeta descendit prestement de son perchoir pour aller vite remettre à sa place dans sa cachette, sous son matelas, son carnet à croquis. Il en avait eu assez de subir les brimades de ses frères sur ses dessins et avait décidé de cacher ses œuvres une bonne fois pour toute. A peine avait-il reposé son matelas que l'on tapait à sa porte. Peeta s'assit sur son lit.

_ Oui ?

_ Salut fils …

Son père entra dans la pièce avec un plateau où trônait quelques morceaux de pain et un bol de soupe fumante.

_ Bon, ce n'est pas le festin auquel on s'attend avant une Moisson mais c'est tout ce que j'ai réussi à sauver de l'appétit de tes frères voraces !

_ Merci papa … C'est très gentil …

Monsieur Mellark s'installa aux côtés de Peeta et lui tendit le plateau que ce dernier prit avec reconnaissance. Il s'aperçut alors qu'il avait une faim dévorante et engloutit ce maigre repas en un temps record. Et puis tout à coup, sans savoir pourquoi, Peeta éclata en sanglots au-dessus de son plateau. Son père écarta le repas de son fils et prit celui-ci dans ses bras. Alors Peeta se laissa aller à pleurer toute la peine qu'il retenait depuis des jours. Monsieur Mellark s'abstient de tous commentaires et se contenta de réconforter son fils. Il était impuissant devant toute cette peine que son fils avait en lui et avait lui-même bien du mal à retenir la sienne.

Peeta sentit enfin que ses sanglots s'apaisaient et releva avec honte la tête vers son paternel en reniflant.

_ Excuse-moi … Je … J'ai si peur papa !

_ Moi aussi, et n'ai jamais honte de montrer tes émotions aux autres Peeta. Ce n'est pas bon de les garder enfoui au fond de soi pendant trop longtemps…

_ Oh … Papa …

Peeta essuya son nez dans sa manche. Mais il se rendit compte de son geste et en fut horrifié.

_ Oh non … Je suis désolé, c'est la plus belle chemise que j'ai et si maman s'aperçoit que …

_ Ne t'inquiète pas pour ça …

Il ébouriffa les cheveux de son fils puis le regarda avec insistance.

_ Quoi ?!

_ Viens, je vais te prêter un peu de gel pour tes cheveux. Ca te rendra encore plus beau fils !

_ Tu as du gel ? Toi ? Mais ça coûte une fortune ! Maman le sait ?

_ Je l'ai acheté bien avant de me mettre avec ta mère, à l'époque où …

Son père se mit à rougir.

_ ... Tu courais après madame Everdeen ?

_ (souriant) Moui, bon, peut-être … Et pas un mot à ta mère pour les circonstances de l'achat de ce pot de gel !

Peeta éclata de rire et se sentit soudain plus serein. Il suivit docilement son père dans la salle de bains en ne croisant personne dans la maison.

_ Les autres sont où ?

_ Je crois que ta mère fait la sieste et tes frères sont déjà partis dans le centre, pour aller …

_ Je m'en fiche en fait …

Peeta s'en fichait réellement, il était là, partageant un moment de complicité avec son père, sans qu'aucun autre « parasite » de sa famille viennent les déranger. C'était d'ailleurs peut-être les derniers moments qu'ils passaient ensemble et ils ne comprenaient pas pourquoi ses frères préféraient aller en ville avec leurs amis plutôt que de rester avec leur père alors qu'ils pouvaient être choisis pour la Moisson dans les heures à venir et ne jamais le revoir.

Son père prit le pot de gel qu'il gardait pour les grandes occasions et plaqua les cheveux de Peeta en arrière, marquant bien sa raie de côté. Il lui laissa ensuite le soin de se regarder dans le miroir. Peeta sourit en regardant son reflet, ce style le changeait vraiment et le vieillissait un peu. Il appréciait en fait. Il regarda son père avec un grand sourire et il vit dans le regard de son père ce qui ressemblait à une lueur de fierté et aussi une petite larme qui perlait au coin de son œil.

_ Ca va papa ?

_ Oui oui …

Monsieur Mellark essuya ses yeux.

_ Je suis tellement fier de toi mon fils ! De ce que tu es devenu !

Il rajusta la chemise de son fils, remis son col en place et ferma le dernier bouton.

_ Bon, il faut se mettre en route si on ne veut pas être en retard !

Il essuya une dernière fois ses yeux et ils sortirent de la salle de bains ...