Chapitre 9
Juste un tout petit mot
Ce n'était pas demain la veille qu'elle accorderait sa confiance à Fred et George Weasley. Elle allait quitter l'infirmerie sur le champ : de toute évidence, Fred s'en remettrait, sinon Rogue serait resté, Madame Pomfresh et le professeur McGonagall aussi. Elle n'avait plus rien à faire ici. Elle détacha son regard du visage de Fred, puis tourna les talons sans aucune parole à George. Elle se mordait les joues pour ne pas recommencer à pleurer, et elle s'empressa de quitter l'infirmerie ; au même moment d'ailleurs, Ron et Ginny accouraient, en panique. Liliane eut le temps de les entendre se précipiter veux leurs frères et assommer George de questions, puis elle quitta la salle.
Tandis qu'elle errait un peu à l'aveuglette dans les couloirs de Poudlard, elle pleura en silence. Elle ne pensait vraiment pas qu'ils agiraient dans son dos. Ils avaient l'air d'accepter la chose sans trop de difficultés, et Liliane avait préféré se rassurer en pensant cela. En pensant qu'ils n'allaient pas essayer de chercher. Mais à bien y réfléchir, c'était vrai que ça ne leur ressemblait absolument pas de laisser tomber. Pourtant, elle était quand même déçue. Parce qu'elle pensait que malgré leur décontraction et leurs airs un peu frimeurs, ils étaient sincères. Et elle pensait aussi très sérieusement qu'ils respecteraient son secret. Mais non, ils ne l'avaient pas fait. Ils n'en avaient fait qu'à leur tête ; si Rogue n'avait pas été là, Fred n'aurait pas survécu, parce que Liliane savait elle-même que sans sa potion, elle ne survivrait pas. La manière dont elle avait agi sur lui était étrange. Alors qu'elle soignait Liliane, elle tuait Fred. Lorsqu'elle avait posé sa main sur son front, elle avait été projetée dans son esprit. Mais cela voulait-il dire qu'il avait été projeté dans le sien ? C'est ainsi que les questions recommencèrent à s'enchaîner à propos de cet étrange lien entre Liliane et Fred, lien qu'il n'y avait pas entre elle et George. Mais la question qui s'imposait et qui résistait toujours, c'était : pourquoi. Pourquoi l'un et pas l'autre ? Et même si elle avait eu une partie de la réponse avec Drago, quelque-chose ne collait pas. Il y avait quelque-chose d'inexplicable dans cette connexion. Quelque-chose de presque alchimique.
Liliane passa la fin de son après-midi seule. Elle avait rejoint la salle commune une demi-heure après avoir quitté l'infirmerie. Les élèves revenaient de Pré-Au-Lard et commençaient à descendre dîner. Ils avaient tous l'air réjouis : ils avaient passé leur après-midi à jouer dans la neige, à dévaliser la boutique de bonbons et de farces et attrapes. Les week-ends de décembre étaient les plus agréables à Poudlard, et tout aurait été vraiment parfait si Ombrage n'avait pas été là. Liliane était allongée sur son lit, les bras croisés derrière la tête. Ses cheveux étaient mouillés après la douche qu'elle venait de prendre, ses grands yeux bleus nuit étaient encore tout rouge d'avoir trop pleuré. Elle ne pleurait pas facilement habituellement, elle avait appris à se construire une armure et à ne pas se laisser approcher. Mais depuis qu'elle était à Poudlard, ce n'était plus pareil. Ses défenses étaient mises à l'épreuve, parce qu'elle devait reconstruire ce qu'elle avait réussi à bâtir à Beauxbâtons, sans être certaine d'en avoir encore le courage. Elle avait besoin de Fleur plus que jamais, et elle ne pouvait plus lui envoyer de lettres. Les hiboux étaient interceptés par le Ministère, elle en avait maintenant la certitude. Ou alors, peut-être que si elle utilisait le hibou de Drago ... Et puis non. Elle ne demanderait d'aide à personne. Elle n'avait personne sur qui se reposer ici. Elle était seule. Ombrage la surveillait, Drago jouait un double jeu, et les jumeaux s'étaient fichus d'elle. Et en plus de cela, dans trois semaines, elle rejoindrait le foyer familial pour fêter Noël. Édouard allait la sermonner pendant toutes les vacances pour son manque de discipline et pour ne pas avoir donné de nouvelles du trimestre. Peut-être pouvait-elle rester à Poudlard, au lieu de prendre le train ? Peut-être pouvait-elle t simplement le rater et ne pas rentrer chez elle ? Et passer Noël toute seule.
Pourquoi n'avait-elle pas eu la présence d'esprit de prendre sa potion en partant de l'infirmerie, plutôt que de l'oublier et de la laisser sous le nez des jumeaux ? C'était certain qu'ils n'allaient pas résister. Et Fred qui avait failli ne pas supporter. Quelle idée de la boire aussi. Ils n'étaient pas bêtes, mais tellement téméraires. Jamais, depuis maintenant bien longtemps, Liliane n'avait été en colère de la sorte. De là à ne plus réussir à entièrement se contrôler, ça n'était plus arrivé depuis ses onze ans.
Liliane n'alla pas dîner ce soir-là. Elle resta allongée sur son lit, perdue dans ses pensées. Elle ressassait tout ce qu'il s'était passé depuis son entrée à Poudlard, et à chaque fois qu'elle repensait aux moments passés avec les jumeaux, dès qu'elle se souvenait des fois où elle avait failli s'énerver tant ils l'embêtaient, elle avait un petit pincement au cœur. A aucun moment, elle n'aurait pu soupçonner qu'ils tramaient quelque-chose derrière son dos. Elle se mit en pyjama avant que les autres filles de septième année rentrent dans le dortoir, puis se glissa sous sa couverture. Elle ne dormait pas, mais elle fit tout comme lorsque les premières commencèrent à arriver. Elles parlaient à voix basse de choses et d'autres : de cours, de magie, de garçons. L'une d'elle s'approcha de Liliane.
« Lili, tu dors ? Murmura Angelina Johnson. »
« J'essaie, répondit doucement Liliane. »
Il y eut un silence. Puis Angelina reprit, encore plus bas :
« Pourquoi t'es pas descendue dîner ? »
« Je crois que je suis malade, répondit d'emblée Liliane pour mettre un terme à ses questions. »
« George m'a dit qu'il voulait te voir, reprit Angelina. »
La réponse de Liliane fusa aussitôt :
« Et bien il peut attendre longtemps. »
Angelina fut surprise par cette réponse cinglante, mais n'insista pas. Alors elle s'éloigna, laissant Liliane face à elle-même. I allait attendre longtemps. Pour l'instant, elle n'était pas prête de leur pardonner. Cela lui semblait même inconcevable : ils avaient pris Liliane pour une idiote. Mais ils ne la connaissaient pas si bien que ça : avec elle, c'était œil pour œil, dent pour dent, surtout quand quelqu'un osait franchir ses barrières sans son autorisation. Sur ces sombres pensées, elle finit par s'endormir, bien tard dans la nuit.
Il aimait Liliane, il ne pouvait plus se le cacher. Il aimait ses grands yeux bleus, tantôt rieurs, tantôt rêveurs, souvent colériques. Il aimait sa détermination, il aimait cette manière qu'elle avait de se dresser contre son père, de répondre à Ombrage. Et il admirait par-dessus tout ce combat qu'elle menait contre elle-même. Cette rage qui la faisait sans cesse prendre le taureau par les cornes, et ainsi dire non à son côté obscur. Et pourtant, le côté obscur, elle le côtoyait chaque jour, elle avait même failli le rejoindre. Mais elle avait refusé, et elle avait payé. Elle n'avait pourtant que onze ans à cette époque-là, mais elle était déjà pleine de courage, de personnalité. Il se souvenait encore du jour où il avait appris la nouvelle : il n'avait pas réellement conscience de l'impact que cela pouvait avoir sur elle et sur la communauté des mangemorts, il n'avait que neuf ans à l'époque. Et pourtant, Liliane avait fait parler d'elle pendant un bon moment. Avant que son père prenne les mesures nécessaires pour étouffer cette affaire, avant qu'il fasse appelle à Fenrir Greyback. Édouard Durose était un homme cruel. De tous les mangemorts, il devait être l'un des plus redoutables. Il agissait tout en finesse, préférant torturer psychologiquement ses victimes, leur empoisonnant l'esprit petit à petit, jusqu'à ce qu'elles deviennent folles et qu'elles le supplient de les tuer. Liliane le savait. Et Liliane le détestait pour ça. Elle lui en voulait beaucoup. Parce qu'il l'avait punie de cette manière. Pour avoir oser défier le Seigneur des Ténèbres. Pour ne pas lui avoir fait allégeance. Et pour avoir sali l'image de la famille Durose.
Tout ça, Drago le savait. Et il le savait précisément parce que son père lui avait raconté l'histoire de Liliane, et qu'il l'avait invité à ne jamais faire comme elle. Il ne devait pas suivre son exemple, car il risquait de subir le même sort. Mais Drago n'avait pas prévu d'en être amoureux. Et il se rongeait les ongles à l'idée de savoir ce qui l'attendait s'il cédait. Mais il était tout autant terrifié à l'idée de dire à Liliane qu'il faisait maintenant parti de la Brigade Inquisitoriale. Il n'aurait d'ailleurs même pas besoin de le lui dire, elle lirait en lui. Et là, ce serait terminé, il le savait. Liliane ne prenait jamais de doubles mesures. C'était tout ou rien. Ses choix étaient tranchés, et elle ne revenait jamais dessus. Il l'avait appris au fil des jours, depuis qu'elle était arrivée à Poudlard.
« Drago attention, tu vas finir par avoir le nez dans ton assiette ! »
Drago releva brusquement la tête vers Pansy.
« Désolé, j'étais perdu dans mes pensées, s'empressa-t-il de répondre. »
Il balaya la Grande Salle du regard dans l'espoir d'apercevoir Liliane, mais il ne l'avait pas vue de la journée. Elle devait avoir passé son temps avec ce crétin de Weasley, encore en convalescence à l'infirmerie. Mais lorsqu'il vit George assis à la table d'en face avec sa sœur et Ron, il commença à se poser des questions : c'était curieux que Liliane ne soit pas avec lui.
« Encore en train de penser à Durose, c'est ça ? Cracha Pansy en voyant que Drago ne lui accordait aucune attention. »
« Elle s'appelle Liliane, Pansy ... Tu te rends compte si je t'appelais Parkinson ? »
Pansy eut un rire forcé.
« Dans ce cas là, appelle Potter, Harry ! »
Drago ignora la remarque de Pansy : Liliane venait d'entrer dans la Grande Salle. Elle regardait droit devant elle, et avait le teint encore plus pâle que d'habitude. Drago pensait qu'elle allait rejoindre les trois Weasley, mais elle passa devant George sans lui adresser un seul regard et partit s'asseoir au bout de la table, avec la Loufoqua Lovegood et Londubat. Drago nota que George avait baissé le regard. Que s'était-il passé ?
« Drago ! Je te parle ! S'énerva Pansy. »
« Pardon ! »
Il tourna les yeux vers Pansy et fit un effort pour ne pas de nouveau porter son attention sur les trois Weasley devant lui.
« Je te disais qu'il fallait qu'on soit très attentifs à partir de maintenant, dit Pansy d'une voix sèche, le professeur Ombrage nous a demandé de veiller à ce qu'aucune organisation illicite ne se forme. Et si c'est de cette manière que tu comptes être attentif, c'est plutôt mal parti ! »
« Excuse-moi, je ne suis pas trop dans mon assiette en ce moment ... »
« Tu le serais plus si tu restais loin de cette Durose ! »
« Liliane ! Corrigea Drago. »
Il se mordit ensuite la joue : il était certain que Liliane l'avait entendu, même si elle était loin de lui.
« Tu m'agaces Drago, dit Pansy en se levant, tu ne jures que par cette fille. Quand est-ce que tu vas enfin comprendre que toi et elle, c'est juste un rêve ? Réveille-toi Drago, vous êtes trop différents ! »
Pansy débarrassa son couvert puis quitta la Grande Salle, laissant Drago au milieu de la table des Serpentards. Pantois, il se leva à son tour. A quelques mètres de lui, Liliane avait cessé de parler et le fixait avec des yeux noirs.
« Désolé »
Elle l'avait entendu, il ne pouvait rien dire de plus. Pansy avait raison, ils étaient trop différents, et ce n'était pas leur environnement commun qui les rapprocherait. Drago détourna le regard, puis sortit lui aussi de la Grande Salle.
La semaine touchait à sa fin lorsque Liliane eut l'idée d'enfreindre le règlement d'Ombrage une nouvelle fois.
Fred avait repris connaissance mercredi après-midi, elle l'avait appris par Ginny ; il pourrait sortir de l'infirmerie dimanche soir. Elle n'était pas allée le voir. Tout Poudlard était allé prendre de ses nouvelles et lui avait demandé ce qu'il s'était passé. Avait-il dit la vérité ? Il semblait que non, puisque personne n'était encore en train de pointer Liliane du doigt. Elle avait aussi pris soin de ne pas se tenir trop près de George. Elle sentait qu'il s'en voulait terriblement, à tel point qu'il ne savait même pas comment aborder Liliane. Surtout parce qu'elle le fuyait. Elle s'était réfugiée dans ses livres et dans ses cours, pour oublier un peu. Elle avait énormément travaillé cette semaine, et avait d'ailleurs eu la meilleure note en potions et en sortilèges. Au moins elle avait ça, puisqu'elle n'avait plus les jumeaux.
Neville lui avait passé un message : l'Armée de Dumbledore avait trouvé son quartier général dans la Salle sur Demande, une salle cachée que seuls ceux qui en avaient besoin pouvaient découvrir. Le premier cours aurait lieu samedi, en fin d'après-midi. Liliane n'avait pas non plus vu Drago de la semaine, mais c'était mieux ainsi. Ils avaient tous les deux l'air de penser la même chose sur ce qui allait se passer : ils allaient de toute manière être séparés par leurs différences. Liliane s'était un peu résignée, même si elle était une nouvelle fois déçue. Là aussi, elle avait trop espéré, mais ses illusions avaient mis du temps avant de s'évaporer.
Ce soir-là, elle était dans la salle commune, allongée dans le canapé. Elle lisait un livre en attendant que la salle soit complètement vide. Il ne devait pas être loin de vingt-trois heures trente, et les derniers élèves partirent finalement se coucher. Le feu commençait à s'éteindre, et elle repensa à sa première nuit à Poudlard : elle l'avait passée en majeure partie dans la salle commune, à attendre que le feu s'éteigne. C'était ce jour là qu'elle avait fait la rencontre de Neville et t de Peeves.
Elle se redressa pour s'assurer qu'il ne restait bien personne, puis elle enfila ses chaussures. Elle prit sa baguette et se dirigea lentement vers la porte. Elle était quand même bien téméraire. Alors qu'elle atteignait le portrait, un drôle de petit grésillement attira son attention. Elle se retourna, et la salle commune se retrouva plongée dans le noir. Seule la lumière de la lune l'éclairait, et lui donnait une étrange pâleur bleutée. Quelqu'un l'avait repérée, c'était certain. Elle retint sa respiration en attendant que la voix du professeur McGonagall s'élève et lui inflige une retenue. Mais ce ne fut pas ce qui arriva. Ce qu'il se passa fut ... Étonnant.
Une toute petite lumière brillait au fond de la salle commune. Au début, Liliane crut que c'était un lumos, mais la petite boule de lumière se déplaçait vers elle dans un étrange crépitement. Liliane ne bougeait pas, attendant de voir ce qui allait se passer. La lumière arriva en face d'elle et atteignit son bout-du-nez, ce qui la fit loucher. Elle secoua la tête et balaya l'air de la main. La petite lueur se mit alors à danser autour d'elle, puis elle se dédoubla. Puis elle tripla. Dix petites lucioles finirent par l'entourer et tourner autour d'elle dans un concert de grésillements. Liliane ne savait pas trop ce qu'elle devait faire. Elle voulait se débarrasser de ce drôle de sortilège au plus vite pour pouvoir faire ce qu'elle avait à faire. Elle sortit sa baguette magique, mais les lumières se rassemblèrent toutes d'un coup, formant comme une étoile au-dessus d'elle. Fascinée, Liliane en oublia sa baguette. Elle regardait sans bouger. Et alors que la lumière de l'étoile ne cessait de s'intensifier, elle éclata en une multitude de paillettes qui se reflétèrent dans ses yeux. Et toutes ces petites étincelles se rassemblèrent finalement pour former un mot. Un tout petit mot de rien du tout. Mais qui signifiait pourtant beaucoup :
« Pardon »
Liliane sentit une étrange émotion l'envahir, et alors que le mot s'évanouissait déjà dans la pénombre, les étincelles se reformèrent : une boule de neige alla virevolter dans les cheveux de la jeune fille, les faisant se soulever et s'emmêler. Puis la boule de neige étincelante alla mourir sur le sommet de sa tête.
Un petit sourire se dessina sur ses lèvres lorsque la lumière réapparut dans la salle commune. Ses yeux étaient un peu humides. Elle se laissa aller contre le mur derrière elle, le regard perdu dans le vague, encore étonnée par ce qui venait de se produire. Son cœur battait très vite dans sa cage thoracique.
« Désolé, j'ai pas trouvé mieux, dit George, qui se montra enfin. »
Liliane ne le regarda pas tout de suite. Elle essayait de se calmer, de faire un peu le tri dans ses émotions. Contrairement à son habitude, George ne fit rien. Il attendit juste que Liliane lève les yeux vers lui et lui réponde.
« Je m'y attendais tellement pas, finit-elle par dire. »
George sourit timidement, puis marcha lentement vers elle, encore sur ses gardes.
« C'est l'idée de Fred, expliqua-t-il tout en continuant à s'approcher, il m'a dit que ça pourrait peut-être fonctionner ... »
Confuse, Liliane se concentra sur ses chaussures. Il y eut un moment de silence gênant : tous deux hésitaient à parler. Ils ne savaient pas trop quoi se dire, même s'ils en brûlaient d'envie.
« Heu ... Tu sais Durose, débuta George, la voix un peu tremblante, on voulait pas ... Enfin, on ne cherchait pas à te faire du mal en faisant ça ... C'est juste que ... »
Il bafouillait et cherchait ses mots.
« Si on a fait ça, c'était pas par méchanceté. On avait pas de mauvaises attentions, on voulait juste savoir ce que tu nous cachais ... Enfin, je veux dire, pourquoi tu avais besoin de boire ça ... A aucun moment, on a voulu te prendre pour une idiote, ou même t'embobiner dans une de nos mauvaises blagues ... »
Liliane releva la tête vers lui et le regarda : il était sincère.
« On t'aime bien Fred et moi, et on a pas très bien calculé notre coup ... On a franchement été cons, comme tu l'as si bien dit. C'était pas réfléchi du tout ce qu'il a fait, Fred ... Mais ... On veut pas que tu penses qu'on fait parti de ces gens qui se foutent continuellement du monde ... Même si c'est parfois dur à croire. »
Il eut un petit rire sans joie en disant ça, et Liliane eut un pincement au cœur.
« S'il te plait Durose, murmura George, Fred et moi, on a passé deux jours sur notre feu d'artifice, on l'a fait spécialement pour toi ... On est vraiment désolés ... »
Liliane fronça les sourcils, puis glissa contre le mur et finit par s'asseoir en soupirant.
« Comment tu veux que je continue à faire la tête après ça ? S'exclama-t-elle, désespérée. »
George s'assit à côté d'elle.
« Tu peux pas, répondit-il. »
Liliane pinça les lèvres.
« Tu nous en veux toujours ? Demanda timidement George. »
Liliane secoua la tête :
« Je vous en voudrais toujours un peu, parce que Fred aurait très bien pu y passer, et si c'était arrivé, je l'aurais jamais supporté. Et je vous en veux aussi pour avoir manigancé derrière mon dos. Mais je vous en veux surtout parce que justement jamais je pourrai vraiment vous en vouloir. »
Elle se prit la tête entre les mains.
« Vous allez finir par me rendre folle ! »
« Tu nous rends dingues aussi, je te rassure, répliqua George en riant. »
Liliane le regarda, un éclat de malice dans les yeux.
« Dans ce cas, il me semble qu'on est quittes. »
« Pas tout à fait, dit George en se relevant. »
Il lui tendit la main pour l'aider à se relever. Liliane lui demanda ce qu'il entendait par là.
« Toi et moi, on est quittes, mais toi et Fred, c'est autre chose. »
Liliane plissa les yeux.
« Comment tu sais que c'est ça que je voulais faire ? »
« Mine de rien, je commence un peu à cerner le spécimen, dit George en rigolant. »
« Tu m'espionnes en fait, c'est ça ? »
« Non, je t'espionne pas, je fais attention. »
Touchée par cette remarque, Liliane lui adressa un sourire reconnaissant. Décidément non, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle ne pouvait pas leur en vouloir.
« On y va du coup ? Demanda George en s'avançant vers la sortie de la salle commune. »
« Aller où ? »
« Mais enfin Durose, voir Fred à l'infirmerie. »
