CHAPITRE DIX – La Maison du Scorpion

Ayant droits : Le concept des chevaliers du zodiaque appartiennent à M. Kurumada. Les incarnations des différents chevaliers m'appartiennent. Athéna et le panthéon grec n'appartiennent qu'à eux-mêmes.

Relecture : Newgaïa et Yann

Note : un fanart pour illustrer ce chapitre est disponible sur ma page deviantart - même pseudonyme.

Résumé des chapitres précédents : Cassidy, descendante du peuple de Mü et originaire de l'Atlantide reçoit l'armure du Burin sous le nom d'Alastair, son frère disparu. Elle reprend alors la mission de son père, à savoir poser les fondations pour faire du Sanctuaire d'Athéna un refuge millénaire.

Elle est également chargée de trouver les derniers survivants de son peuple, pourchassés par les armées de Poséidon et Arès. Lors d'une de ses expéditions, Cassidy rencontre le général de Chrysaor qui n'est autre que son frère Alastair. Il la renvoie au Sanctuaire avec l'ordre d'éliminer Athéna et les derniers descendants de Mü.

Le chevalier du verseau Viris enferme Cassidy dans un cercueil de glace le temps qu'une mission de secours aille chercher les chaînes d'Andromède en Ethiopie. Le chevalier Persée est retardé dans sa mission par l'apparition du général de Chrysaor et l'éveil du général du Kraken. Aidé de la nouvelle Andromède, et sauvés par l'arrivée des chevaliers du loup et du scorpion, ils mettent en fuite les deux généraux et regagnent le Sanctuaire.

Viris plonge alors dans l'esprit de Cassidy pour réparer les dégâts provoqués par le Chrysaor. A l'issus de cette reconstitution, Viris tombe dans le coma et Cassidy est enfermée pour être jugée. Pendant la nuit, Athéna, Andromède et Cassidy élaborèrent les lois qui permettront aux femmes d'intégrer la chevalerie. Au matin, le jugement est rendu, Cassidy est condamnée à seize ans d'exil. Alors qu'elle est accompagnée hors des limites du Sanctuaire, les chevaliers mécontents l'attaque. Viris la sauve et les fait disparaitre.

Plusieurs années après ces événements, Shuang et les faux-jumeaux Chad et Aila se rendent au Sanctuaire pour répondre à une convocation vieille de seize ans. Shuang écarta Jason, l'aspirant Bélier à l'arène de Sang. Ils furent ensuite escortés par Persée et Andromède au chemin des douze maisons. Aldébaran du Taureau leur barra le passage de la maison du Bélier et affronta Aila en duel.


« J'ai gagné, » déclara Aila en reposant son pied par terre avec une lenteur mesurée.

Elle laissa son cosmos redescendre à un niveau normal, puis s'éteindre. L'armure du bélier la quitta alors, et reprit sa forme de totem sur le seuil du temple. Aldébaran la dévisageait, sans vraiment savoir quelle réaction adopter. Il choisit finalement d'éclater de rire. Un rire franc, joyeux et communicatif. Aila se mit à rire avec lui.

« Vous alors les femmes chevaliers. Je ne comprends pas pourquoi mon prédécesseur vous détestait à ce point, vous êtes vraiment pleines de surprises ! s'écria-t-il en assenant une grande claque dans le dos d'Aila.

- Faîtes attention ! s'indigna Shuang qui s'était approché et avait rattrapé Aila.

- Oups, pardon. Je ne mesure pas ma force. »

Aila lui sourit timidement, se tenant le bras.

« En tout cas, vous pourrez féliciter votre maître. D'ailleurs de quel camp venez-vous ? »

Aila et Shuang se tournèrent vers moi.

« Tout sera dit là-haut, répondis-je.

- Ah ! une surprise, commenta Aldébaran en agitant la tête d'un air appréciateur. En tout cas jeune fille, je serai ravi de remettre ça. Mais la prochaine fois, utilise aussi tes jambes pour frapper. Je suis sûr que tu ne t'es pas donné à fond.

- Vous ne vous êtes pas non plus battu avec toute votre force, fit-elle remarquer avec une grimace.

- Vous ne deviez pas être à plus de cinquante pour cent, estimai-je en haussant les épaules.

- Si nous étions allés à fond, mon temple ne tiendrait plus debout. Et je compte bien y habiter, » râla Aila.

Nous regardâmes les dégâts. Seules deux colonnes de l'entrée avaient été touchées. Par contre le fronton était à moitié arraché, l'esplanade était criblée de cratères et les trois marches menant à l'intérieur du temple étaient en piètre état.

« Je vous aiderai à déblayer. Mais en attendant, il vous faut gravir le chemin des douze maisons. »

Il se tourna vers la tour du Zodiaque. Deux nouvelles flammes s'étaient éteintes depuis la dernière fois où je l'avais regardée. Je serrai les dents.

« Aila, tu peux continuer ? demandai-je pour me rassurer.

- Bien sûr, je te rappelle que c'est toi la petite nature ici. »

Shuang enfonça lentement son index dans les côtes d'aila. Elle hurla de douleur. Je soupirai. Elle en avait trop fait. Mais je me refusai à la laisser en arrière. Je tirai de nos paquetages une bande et l'imbibai d'eau. Puis je la déposai sur les côtes d'Aila et l'attachai de manière à bloquer son épaule gauche. Elle avait été déboitée pendant le combat. Shuang venait de la lui remettre en place. Aila avait serré les dents, mais aucun hurlement n'avait plus franchi ses lèvres. Une fois les bandes en place, je me concentrai pour figer le mouvement des particules d'eau. Bientôt, une fine coque de glace recouvrit la bande. Aila se détendit.

« Merci Chad. Merci Shuang.

- Et bien, ma parole, vous n'êtes pas des tendres, observa Aldébaran. Je connais des gros costauds qui beuglent pour moins que ça. Par contre… »

Il se tourna vers moi.

« Je sais que ça me regarde pas pour le moment. Mais vous êtes sûr de n'être jamais venus au Sanctuaire ? Parce qu'il y'a un homme ici, qui utilise le même genre de techniques de guérison que toi gamin. »

Shuang se tourna vers moi, m'interrogeant du regard. Mais je n'avais pas la réponse à sa question. Même si cela confirmait ce que Mère nous avait dit à demi-mots. Elle avait rencontré Père au Sanctuaire, et pour une raison qui nous était inconnue, il n'avait pas pu la suivre dans son exil.

« Bon T'façon on en reparlera. Filez les jeunes, déclara Aldébaran.

- Allons-y, » dis-je en faisant signe à Shuang de s'occuper d'Aila.

Tendrement, il la souleva faisant bien attention à son flanc et à son bras. Il les plaça contre son propre torse. Une pointe de rouge apparut sous le masque d'Aila.

« Attends Chad. Shuang, tu veux bien … »

De sa main valide, Aila dirigea Shuang vers le totem du bélier. Elle dévisagea son armure quelques secondes, en remerciement silencieux. Puis elle me fit signe d'avancer. Je me tournai vers le temple et le chemin qui s'étendait de l'autre côté. Shuang m'emboita le pas et Aila laissa reposer sa tête contre son torse. Aldébaran nous escorta et nous avertit.

« Prenez garde à votre estimation du temps sur ce chemin. Vous risquez d'avoir des surprises.

- Tu sais l'ami, commença Shuang. Nous sommes plus rapides que nous en avons l'air.

- Oh j'avais remarqué, au moins comme un bronze. Seulement vois-tu l'ami, sur ce chemin, tu ne peux t'aider du cosmos qu'au niveau des maisons. Ailleurs, tu es réduit à la condition de simple être humain.

- Comment cela se fait-il ? demanda Aila en relevant la tête.

- Quelque chose pour protéger notre déesse. Malheureusement, ça s'applique à tout le monde. Vous allez voir. Je vous accompagne jusqu'à la maison du Taureau. »

Effectivement, nous vîmes que notre progression était très lente sur ces marches. Et pourtant nous montions au pas de course. Suite à l'avertissement d'Aldébaran, j'avais compté la durée de notre progression et le constat était effarant. Nous ne serions jamais à l'heure. Il nous restait à peine trois flammes sur la tour du Zodiaque, et nous en avions perdu une entre le combat et la montée des marches. Shuang avait également dû compter. Sa mine était déconfite lorsqu'il apparut de l'autre côté du temple du taureau. Il examina le chemin qu'il nous restait. Aila remua dans ses bras.

« Chad, je dois pouvoir nous téléporter dans n'importe quel lieu si j'arrive à le visualiser. Il faut juste trouver les bons repères.

- Cela ne servirait à rien, et je ne suis pas sûr que tu puisses te téléporter. De plus, tu auras besoin d'énergie pour le portail. Il vaut mieux que tu te reposes. »

Elle voulut répondre mais Shuang l'interrompit.

« De toute façon on ne voit les temples que de proche en proche. Tu serais obligée de faire pas mal de sauts pour arriver en haut. Ça ne nous fera pas gagner beaucoup de temps et te ferait perdre énormément d'énergie. »

Je soupirai.

« Bon et bien allons-y, déclarai-je, m'apprêtant à m'élancer.

- Attendez, nous rappela Aldébaran. Il existe un passage qui vous mènera à la prochaine Maison de Terre. C'est un secret mais je vous dois bien ça après vous avoir fait perdre autant de temps. »

Il nous lança des bandeaux de tissus, nous faisant signe de les mettre sur nos yeux. Je m'en emparai et couvrit les têtes d'Aila et Shuang. Ce dernier y mit de la mauvaise volonté.

« Qui te dis qu'il ne va pas nous piéger ?

- C'est un homme d'honneur. Tout ira bien,» répondis-je.

Aila se laissa porter, tandis qu'Aldébaran nous menait au passage secret. Il nous fit marcher de manière à nous déboussoler. Si j'avais été plus attentif, j'aurais sûrement été capable de retrouver le passage. Mais j'étais plus inquiété par le temps qui passait inexorablement.

« Vous pouvez retirer vos bandeaux, déclara enfin Aldébaran.

- Où sommes-nous ? demanda Shuang.

- Secret ! Je vous laisse à présent. Vous devriez émerger au temple de la Vierge. »

Nous le remerciâmes et n'attendîmes pas son signal pour avancer. Le chemin sous-terrain plongeait dans un système de grottes et de lacs. A croire que toute l'eau de la surface était drainée ici. Il y faisait sombre et nous crûmes nous perdre plusieurs fois. Mais à chaque moment de doute, nous trouvâmes les traces de passage, une torche, une cordelette attachée autour d'une stalagmite, une marque dans la roche.

Heureusement pour nous, Aila s'était endormie. Si elle avait été éveillée, elle aurait sûrement fait une crise de claustrophobie. Je devais avouer ne pas en être très loin moi-même. Lorsque nous étions enfants, nous avions eu un accident. Nous n'avions survécus que grâce aux armures d'or qui étaient venues défendre leurs aspirants. Shuang devait également se rappeler, car il resserra sa prise sur Aila et sa respiration se fit moins régulière.

Après un temps qui me parut une éternité, le chemin se mit à remonter. Nous émergeâmes juste en dessous du temps de la Vierge.

« C'est pas trop tôt. Je commençais sérieusement à me les geler en bas.

- Genre ces grottes t'ont donné froid. Qu'est-ce que ça va être le retour à Jamir ? » me moquai-je.

Il me tira la langue pour toute réponse.

« Hey les deux rigolos, y'en a qui essayent de dormir, » râla Aila.

Nous éclatâmes de rire. Puis Shuang déposa Aila sur les marches. Elle se tint debout le temps que j'inspecte les bandages et les blessures. La glace avait à peine fondu.

« Verdict Chad ?

- Tu peux la reprendre dans tes bras.

- Hey je peux marcher ! protesta Aila.

- Economise tes forces sœurette.

- Il reste encore pas mal de Maisons, autant de chevaliers d'or, autant d'adversaires potentiels, expliqua Shuang en observant la moue contrite des lèvres d'Aila.

- Bon d'accord… Seulement parce que c'est toi Shuang. »

Il la souleva, la faisant sursauter, et la cala bien contre son torse. Le temps de traverser la Maison de la vierge, elle s'était assoupie. Nous ne rencontrâmes pas le chevalier de la Vierge. Une vague présence imprégnait les lieux, mais son propriétaire resta invisible. De même, la maison de la balance était vide. Et tant mieux car il ne nous restait plus que deux heures. Ce chemin des Douze Maisons était vraiment une plaie.

Je mis pied sur le parvis du temple du Scorpion et pris immédiatement une position défensive. Je fis geste à Shuang de rester en retrait. Il acquiesça et recula pour qu'Aila puisse continuer à dormir. Je lui lançai nos sacs de voyage, puis repris mon ascension. J'avançai lentement. Mes yeux ne quittant pas celui qui devait être, à en juger par l'armure, le chevalier du Scorpion.

Celui-ci était assis sur les trois marches menant à son temple, les bras ballant posés sur ses cuisses, le regard légèrement vague. Il leva la tête au moment où je m'arrêtai face à lui.

« Mon nom est Chad de Jamir, je requiers l'autorisation de traverser votre temple, pour moi et mes compagnons. »

Il ferma les yeux.

« Chad… C'est pas un prénom du coin ça, grinça-t-il. C'est quoi comme origine ? »

Je passai ma main sur mon front et en soulevai les mèches rebelles. Les marques frontales apparurent, témoignant de mon appartenance à la race de Mü. Le regard de l'homme se fit plus net. Ses pupilles se dilatèrent, puis ses yeux s'étrécirent. Il me détailla de la tête aux pieds, et ce qu'il déduisit de son inspection lui tira à la fois un sifflement appréciateur et une grimace de dégoût.

« Pouvons-nous passer ? » répétai-je en quittant ma posture défensive.

Le chevalier d'or se redressa et épousseta son postérieur.

« Sofiane du Scorpion, » déclara-t-il en me tendant la main.

Je dévisageai cette main tendue. Signe de bienvenue ? Ou insulte mesurée de sa part envers le télépathe müvien que j'étais ?

Comprenez ceci. Si j'avais généralement les mains bandées et très peu de peau directement exposée, cela n'avait aucun rapport avec une quelconque sensibilité de la peau, mais bel et bien avec mes dons télépathiques.

Le contact physique pour nous empathes et télépathes est une malédiction. Je m'explique. La peau est la partie du corps humain la plus fournie en nerfs. Les nerfs permettent au cerveau d'envoyer les ordres de mouvement via des impulsions de foudre. Ils permettent également à la peau d'envoyer des informations au cerveau en utilisant le même chemin. Donc les nerfs sont reliés directement au cerveau dans lequel reposent les centres décisionnels de notre corps, mais également les souvenirs et les émotions.

Si maintenant je vous dis que la télépathie/empathie est une inflammation de ces terminaisons nerveuses qui captent la moindre petite impulsion de foudre et sonde le moindre chemin disponible. Qu'en déduisez-vous sur le contact physique ?

Que vous me contraignez à analyser tout votre être… Aussi restai-je immobile, ne sachant que faire de cette main tendue. Le chevalier éclata alors de rire.

« Si t'avais pas les couleurs de ta mère, on jurerait voir l'autre Müvien. »

Et il étendit le bras et sa main pour pointer mon œil de son index. Au dernier moment, j'esquivai l'ongle rouge qui était apparu, chargé de sa cosmo énergie. Telle une lame, il entama la peau juste à côté de mon œil. Du sang gicla. Le salaud, il avait voulu me crever l'œil.

« Tss t'as de bons réflexes. Mais t'es trop confiant p'tit, » se moqua le chevalier d'or en m'attrapant par les cheveux et me forçant à le regarder droit dans les yeux.

Je dus me contenir pour ne pas faire exploser mon cosmos, tout en le forçant à me lâcher.

« Ne bouge pas. Regarde le droit dans les yeux. »

La voix avait fusé dans mon esprit. Elle était inquiète cette fois, et non plus taquine comme lorsqu'elle avait parlé de test, des heures plus tôt.

Le regard du chevalier du scorpion se fit vague. L'autre devait lui parler. Tout en écoutant, Sofiane ramena son ongle ensanglanté et lécha le sang frais. Puis de son autre main, il fit signe à l'autre de s'en aller.

« Roh la ferme vieux ! Il reste encore une heure et demie avant l'échéance. A défaut de la mère, laisse-moi m'amuser avec le rejeton. »

Il passa sa main le long de mon visage. Son contact était surprenant. Un mélange d'admiration, de désir, de répugnance et de jalousie. Et quelque chose d'autre. Comme un ordre ancien et oublié qui venait de ressurgir. Son attitude changea du tout au tout. Heureusement je l'avais senti venir grâce à son contact physique qui me donnait directement accès à ses pensées.

Son index reprit sa forme écarlate, mais j'avais déjà réagi. Balançant ma tête, je le frappai en plein front le prenant par surprise. Il lâcha prise, ce qui me permit de prendre mes distances et de me placer face à lui, retrouvant une attitude défensive. Lui s'était figé la tête en arrière. Sa main posée sur son casque que le coup avait déplacé.

« Tu te bats salement petit.

- Vous avez commencé, rétorquai-je tout en essuyant du revers de la main le sang qui coulait sur ma joue droite.

- Ne compare pas mon dard à ta tête de nœud, grogna-t-il. Ce n'est pas la taille qui compte mais la précision du geste. »

Il disparut de mon champ de vision.

« Sur ta gauche ! » cria Shuang.

Je me tournai juste à temps pour éviter la griffe rouge. Celle-ci laissa une entaille sur mon plastron de cuir durci et une estafilade vint s'ajouter aux cicatrices que je possédais déjà.

« Hey l'asiat ! C'est un combat entre ton pote Chad et moi ! Pas d'intervention intempestive. »

Il concentra son cosmos et le lança vers Shuang qui tomba à la renverse sous la pression du Scorpion.

« Shuang ! Aila ! m'écriai-je tout en me précipitant vers eux.

- Occupe-toi de toi avant de penser aux autres ! »

Il coupa ma trajectoire. Je me défendis tant que je pus, me concentrant pour éviter le maximum de ses coups, et surtout ceux qu'il portait avec le doigt qu'il avait appelé son dard. C'était malheureusement lui qui menait le combat, et je reculai petit à petit vers l'esplanade devant le temple, m'éloignant d'Aila et Shuang.

Je tentai une riposte qui me permettrait de m'éloigner de lui. Me concentrant, je visualisai une petite étendue de glace sur une dalle à quelques pas de nous. Délibérément, je nous en éloignai. Je gonflai mon cosmos aussi bien pour palier à l'augmentation de la vitesse du scorpion, que pour forcer l'eau présente à geler en cet endroit précis.

« Comptes-tu un jour répliquer gamin ? me railla Sofiane.

- Peut-être bien. »

Je me campai à la limite de la glace, laissant une ouverture que même un enfant aurait pu trouver. Sofiane s'y engouffra.

« C'est pas pour aujourd'hui en tout cas… ah ! »

Il avait posé le pied sur la plaque de glace, ce qui l'avait fait glisser vers l'avant. J'avais esquivé l'aiguillon, pour me replacer sous son bras. Profitant de son élan et de son déséquilibre, je le projetai vers l'avant. Alors qu'il se trouvait la tête en bas, j'appuyai du plat de la main sur son plastron, renforçant l'énergie de la chute. Il vola à travers l'esplanade, et alla s'écraser contre un muret en construction. Les pierres se répandirent tout autour de lui.

Je profitai de ce répit pour vérifier que l'éraflure sur mon torse n'avait pas atteint le papyrus. Je ne vis que trop tard les aiguilles rouges qui vinrent se planter en cinq points de mon corps. Je bloquai la sixième en attrapant le chevalier d'or par le poignet. Il avait visé le cœur. Direct et sans concession. C'est pour cela que je l'avais bloqué, lisant dans ses gestes ce que le vide de ses pensées ne me disait plus.

Sofiane se figea dans son mouvement et me dévisagea par en dessous. Un sourire hautain étira ses lèvres.

« Et de cinq aiguilles écarlates, gamin. Sais-tu ce qui arrive à quinze ?

- Vous vous écartez et je traverse votre Maison avec mes compagnons ? »

Il éclata de rire.

« Bien essayé. Mais non. A quinze, ton cœur s'arrête, faute de sang pour l'irriguer. »

Et pour confirmer ses dires, les points de mon corps qu'il avait touché s'ouvrirent. Mon sang gicla, aspergeant la pierre blanche de trainées sombres. Sofiane leva la main pour m'assener la sixième piqure sur le front, entre les deux points mauves. Je reculai vivement. Le sang afflua et coula sur mon sourcil, puis le long de mon nez.

« Celle-là, c'était bonus ! » ricana-t-il en se léchant l'ongle imbibé de sang.

Il commençait à me gonfler sérieusement le sadique du dard. Ce qui n'était pas bon parce mes émotions commençaient à m'échapper. Elles risquaient de contaminer le sommeil d'Aila, et si je la réveillais ça allait barder. De plus, m'énerver faisait chauffer mon sang, qui du coup se fluidifiait, et coulait plus rapidement de mes blessures.

Le Scorpion se redressa et fit craquer les vertèbres de son cou en agitant sa tête. Il haussa plusieurs fois les épaules, puis fit des moulinets avec son bras droit. Pendant tous ces mouvements d'échauffement, il marmonna des mots que je ne perçus qu'à travers ses pensées chaotiques.

« Bon, j'espère que tu vas te réveiller. Chad c'est ça ? Parce que maintenant je passe aux choses sérieuses. »

Il se mit en position d'attaque, la main droite toujours levée en embuscade, l'aiguillon écarlate prêt à frapper.

« Ne bouge pas ! » lui intimai-je aussi bien mentalement que physiquement.

Il se raidit et m'obéit. Je commençai par figer le sang coulant de mes blessures en le faisant geler. Le répit serait court, mais j'aurai ainsi un peu de latitude pour mes prochaines attaques. Sofiane bouillait intérieurement.

« Oh que c'est sale cette manière de se battre. On dirait ce putain d'Alastair… » grommela Sofiane en brisant l'emprise de mon ordre.

Il réarma son attaque. Je le fauchai dans son élan, déversant sur lui une poussière étincelante composée de l'eau atmosphérique que j'avais concentrée et gelée. Il ne s'y attendait pas, et encaissa mal ma contre-attaque, valsant sur un autre tas de pierres de construction. Cependant, la surprise qu'il éprouvait n'était pas celle que j'attendais. Il avait eu le temps de me toucher de trois coups supplémentaires. Une pensée échappa au ferme contrôle qu'il exerçait sur son esprit lorsqu'il combattait. Et cette pensée me frappa au cœur.

« La garce, elle lui a appris SES techniques. »

Jusqu'à présent, j'avais tout fait pour ne penser qu'à la mission et le moins possible à Mère et aux secrets de son passé. Je savais que les réponses viendraient après la réponse à la convocation. Mais cette haine farouche qui animait le Scorpion me prenait aux tripes et fit voler en éclat toutes mes bonnes résolutions. Je tendis un index vers le chevalier d'or qui s'était redressé. Il avait les jambes gelées à cause de mon attaque précédente et pestait.

« P'tain ça caille ce truc !

- Cercle de glace ! » murmurai-je.

Quatre anneaux apparurent au bout de mon doigt. J'agitai le poignet, traçant un cercle dans l'espace avec mon index. Les anneaux s'agrandirent. Sofiane brisa la glace à ses pieds et fondit sur moi. Je lançai un premier cercle qui emprisonna ses bras et les rabattit contre sa taille. J'y ajoutai un second au niveau du torse puis je bloquai de la même manière ses cuisses et ses pieds. Il acheva son mouvement en glissant sur le sol, la tête la première vers moi.

J'avais intensifié mon cosmos pour renforcer ces chaines de glace. La tentative du Scorpion pour les rompre sous la pression de son énergie échoua. Je m'agenouillai et soulevai son menton pour qu'il me regarde droit dans les yeux. Ces yeux glacials que j'avais hérités de mon père.

« Pourquoi la traites-tu de garce ? » rugis-je en appuyant ma question d'une forte suggestion mentale.

Je sentis l'ordre ancien revenir à l'assaut et une barrière de verre se fissurer.

« Réponds ! » hurlai-je en le secouant.

Le verre craqua et le regard du Scorpion changea.

« Arrête ! cria-t-il. Ne me regarde pas avec ces yeux là Viris ! »

Ce nom… Je le connaissais. C'était le surnom que je portais enfant avant que je ne choisisse le mien à l'âge de sept ans, quand j'étais officiellement sorti des jupes de Mère. Etait-ce aussi celui de Père ?

« Réponds-moi ou je te ferai ravaler ton insulte ! » insistai-je.

Le regard de Sofiane était celui d'un fou prit de terreur.

« Chad arrête ! Tu vas lui exploser la tête avec la pression mentale que tu exerces sur lui !

- Aila, reste en dehors de ça ! » lui ordonnai-je.

J'appuyai ma répartie d'un regard sévère, me tournant légèrement vers l'endroit où elle se tenait. Le scorpion suivit mon regard et perdit le semblant de raison qui lui restait en apercevant ma sœur.

« Non ! Pas elle ! rugit-il Pas maintenant ! Plus jamais ! »

Son cosmos explosa. Il chargea Aila. Shuang et moi nous précipitâmes pour l'en empêcher. Il assomma Shuang d'une claque sur la tempe et le projeta vers moi d'un coup de pied rotatif. Je fis apparaitre un tas de neige pour le réceptionner, mais je ne pouvais pas m'arrêter. Même en intensifiant mon cosmos, j'avais du mal à suivre Sofiane. Et il ne riait plus. Il avait frappé à pleine puissance.

Je vis partir les quatorze aiguilles écarlates vers ma sœur qui se redressa. Un clignement d'yeux. Je me téléportai devant elle et lui fit rempart de mon corps, encaissant les quatorze coups. Je semblai figé en l'air. Le sang. Mon sang jaillit à gros bouillons de chacun des points d'impact. Je mis un genou à terre, et me bouchai les narines, essayant de geler le plus possible mes blessures et d'arrêter l'hémorragie.

« Idiot ! S'écria Aila bouleversée.

- Toi-même, » me moquai-je en lui faisant un clin d'œil.

Shuang s'était relevé et se précipita à nos côtés. Il voulut m'aider, mais un regard et il comprit qu'il valait mieux retenir Aila de prendre la suite en mains. Je levai les yeux vers Sofiane.

« Pourquoi ? articula-t-il avec peine. Pourquoi la défends-tu ainsi alors qu'elle a trahis tout ce à quoi tu as consacré ta vie ? »

Il recula d'un pas.

« Pourquoi ? Alors que c'est moi qui t'ai épaulé à ton retour et t'ai aidé à surmonter sa trahison ? »

Je lançai un regard de biais à Aila, qui semblait aussi perdue que moi par les pensées erratiques du Scorpion qu'elle percevait à travers notre lien gémellaire.

« Viris ! hurla-t-il. Ne me tourne pas le dos quand je te parle ! »

Il bougea si vite que j'eu à peine le temps d'écarter Shuang et Aila. Il m'attrapa par les épaules et me força à le regarder.

« Pourquoi me tournes-tu le dos alors que j'étais là il y a cinq ans lors de la guerre sainte contre Poséidon et que j'ai moi-même réglé son compte à Alastair ? »

Il se mit à me secouer.

« Tu sais bien que j'aurais pu partager. Beaucoup de grecs le font. Mais tu n'as jamais accepté. Pourquoi n'y a-t-il jamais eu de place dans ton cœur que pour Athéna et elle ? Pourquoi ne peux-tu pas m'aimer comme je t'aime ? »

Mon cœur manqua un battement. Il me prenait pour cet homme, ce Viris là… mon père ? Et il l'aimait. D'un amour qui le détruisait. Qui donc était mon père pour laisser dégénérer de telles situations… pour rendre aussi malheureux ceux qui l'aimaient ?

Je sentis la présence mentale s'acharner sur Sofiane. Etait-ce lui, Viris ? Si oui, avait-il eu conscience de tout cela ? Pourquoi paraissait-il si paniqué ?

« Pourquoi ne me réponds-tu pas ? »

Sofiane me projeta vers le parvis de son temple, essayant à défaut de m'arracher une réponse, d'obtenir au moins une réaction. Mais que pouvais-je répondre à cette folie ? Le Scorpion se redressa de toute sa hauteur.

« Ça y est. Je n'ai pas été assez fort. Je n'ai pas résisté à l'ordre d'Alastair… Je n'ai pas tenu ces seize années. Je ne supporte pas de savoir qu'elle arrive et qu'elle va te rendre à nouveau malheureux. Je préfère nous tuer que de la laisser tout briser !

- Sofiane non ! » hurla la voix mentale qui avait jusqu'à présent parlé uniquement pour lui.

Sofiane enflamma son cosmos. Il irradiait comme un soleil en plein désert. Sa cosmo énergie se déplaça pour se concentrer dans son index dont l'ongle retrouva sa couleur écarlate et s'allongea.

« Chad appelle-là ! Tu ne peux pas encaisser une aiguille de plus. Il va te tuer ! cria mentalement Aila.

- Appeler ? mais…

- Que tu ai des tendances suicidaires frérot, c'est ton problème. Par contre tu dois assurer que nous répondions à la convocation. Alors si tu ne le fais pas, je te l'envoie de force ! rugit Aila.

- Avec ma bénédiction, » ajouta une voix douce mais puissante que je ne connaissais pas encore.

La claque mentale d'Aila me sortit de l'état végétatif dans lequel m'avait plongé la confusion mentale de Sofiane et la grande perte de sang dûe à mes blessures. J'intensifiai mon propre cosmos et joignis mes mains devant moi. Je sentis l'air autour de moi refroidir. Mais il y'avait trop peu d'eau, et dans mon état, j'étais bien incapable d'appeler celles de sous-sols. Il ne me restait plus qu'une source… Mon propre corps.

Sofiane leva les yeux vers le temple d'Athéna dont un trait de lumière s'échappa. L'armure d'or du Verseau apparut devant moi, puis vint recouvrir mon corps meurtri. Je levai les mains au-dessus de ma tête.

« Je vois. Tu veux te défendre. Et bien que la folie ou la raison l'emporte. »

Il se jeta sur moi. J'abattis mes mains et fit déferler sur lui un torrent de neige et de glace.

« Que l'Antarès t'achève !

- Que le tonnerre de l'aube te délivre de ta folie ! »

Les deux attaques se croisèrent. Sofiane me dépassa alors que j'étais encré dans le sol gelé. Nous restâmes quelques secondes immobiles. Puis je tombai les deux genoux à terre, et glissai sur le flanc. Il m'avait touché. Et je ne savais pas quel effet avait eu l'arcane soufflée par l'armure et les souvenirs de mes prédécesseurs.

Le sang gicla de cette nouvelle entaille, l'Antarès, l'étoile la plus brillante de sa constellation. Dans un ultime sursaut, je me tournai vers le Scorpion qui n'avait pas bougé, figé par une épaisse couche de glace dans laquelle l'avait enfermé le tonnerre de l'aube. Son cosmos était éteint, nous avions chacun terrassé l'autre.

Il est dit que lorsque deux chevaliers d'or s'affrontent, le combat peut durer mille jours ou une seconde. Le mien n'aura duré qu'une seconde…


Notes de fin de chapitre : un fanart pour illustrer ce chapitre est disponible sur ma page deviantart - même pseudonyme.
N'hésitez pas à me laisser une trace de votre passage (mp, courriel, commentaire).

Merci à Newgaïa, Aurowan et Camus-Milo pour vos messages toujours encourageant et riches en impressions.

Angharrad, première publication le 14 mars 2011

Prochain chapitre dans un mois et demi : Les guerriers de Jamir