Salut tout le monde ! Merci infiniment à Nagron, Dryptéis, Pilgrim, Rhea (mon dieu, j'ai jamais goûté du beurre et du nutella ensemble, mais je te crois quand tu dis ça XD Mortel à terme hahaha ! J'ai aucun mal à le croire ! Eh oui, effectivement, il y a un énorme problème de communication... Merci pour ta review!), Titou Douh, Eleb (Encore merciiiiii pour toutes tes adorables reviews!) et ma très très chère Meg !

Ne vous inquiétez pas, je n'allais pas VRAIMENT m'arrêter là, voyons, je ne suis pas si sadique. ^^ ̶(̶O̶u̶ ̶s̶i̶ ̶p̶e̶u̶.̶)̶ Vous avez encore trois chapitres et trois épilogues (oui oui, trois) devant vous !

Le titre de ce chapitre nous vient de... ben, l'album Deadwing de Porcupine Tree, comme presque toujours XD Je me disais, cette chanson n'a pas tellement de rapport avec le chapitre 10, en dehors de la mélodie que je trouve à la fois douce et triste et adaptée à ce chapitre. Mais en lisant les paroles just now, je me dis qu'il y a quelques phrases qui me font penser à eux en fait ! A tiny flame inside my hand/A compromise I never planned/Unravel out the finer strands [...] I lay her gently on my clothes/She will leave me yes I know [...] (Mais d'un autre côté, tout me fait penser à du Stucky, je suis très forte pour trouver des rapports sortis de nulle part, donc vous ne serez peut-être pas d'accord avec moi XD). N'hésitez pas à écouter cette chanson que je trouve vraiment magnifique !

Ce chapitre a été corrigé par mon adorable, ma géniale, ma fantastique Mégara, qui me fait toujours bafouiller de plaisir avec ses commentaires, merciiii Meg !

Note : Je vais commencer une formation du lundi au vendredi, donc pour que ce soit plus simple (pas envie de m'embêter le vendredi matin avant de partir ou le soir crevée en rentrant), je vais déplacer la date de publication de cette fic au samedi ! Ne soyez pas surpris la semaine prochaine.

Bonne lecture !


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Chapitre 10 – Mellotron Scratch

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Pendant dix heures environ, tout va bien.

Bucky dort. Il se remet de l'alcool ingurgité. Il ne fait même pas de cauchemar. Et lorsqu'il se réveille, il se sent de bonne humeur, et ça, c'est tellement rare. Même la vue de Matt, à côté de lui dans son lit, ne parvient pas à lui assombrir l'esprit, comme c'est pourtant fréquemment le cas. Même le salon, qui a l'air d'avoir connu une mini-apocalypse, ne lui fait aucun effet. Il y a encore Clint qui dort sur le canapé, et à voir les sacs à main des filles posés par terre, elles sont probablement couchées dans la chambre d'amis.

Bucky sourit. Silencieusement, pour ne pas réveiller Clint, il commence à ramasser les cadeaux qu'il a reçus.

Et c'est là qu'il tombe sur le paquet de Steve. Il ne l'a pas ouvert la veille, à la fois par mesquinerie, par peur et par irritation. Mais aujourd'hui, il est de bonne humeur ; Steve et lui se sont dit adieu dans les règles, et Bucky va enfin pouvoir l'oublier.

Il va s'enfermer dans la salle de bain pour ouvrir le paquet sans réveiller Clint, et lorsqu'il déchire doucement le papier cadeau, son cœur s'arrête brutalement de battre.

Précautionneusement, il sort du paquet une vieille peluche de lapin. Il la connaît aussi bien que s'il l'avait cousue lui-même ; ce tissu brun et pelucheux, le ventre rayé blanc et bleu, les longues oreilles qui s'effilochent. C'est Mr. Jack, son doudou de quand il était enfant. À cinq ans, il était incapable de dormir sans, tout en ayant la très mauvaise habitude de l'oublier partout où il allait. Sa mère a de nombreuses fois pris la voiture pour aller le rechercher à tel ou tel endroit quand Bucky hurlait parce qu'il ne l'avait plus. Le jour de son enterrement, Bucky a caché Mr. Jack dans la poche de sa veste et l'a serré dans son petit poing toute la journée pour s'empêcher de craquer.

Bucky s'assoit à côté de la baignoire. Il a les mains qui tremblent. Finalement, il ne regrette pas de ne pas avoir ouvert le cadeau la veille. Il se serait mis à pleurer devant tout le monde, ce qui aurait inévitablement provoqué des questions.

Et Bucky, qui vient de passer dix heures paisibles, une bonne nuit de sommeil, et une excellente demi-heure éveillé, réalise que ses adieux à Steve ne veulent rien dire. Son baiser d'adieu n'était pas un baiser d'adieu. C'était un baiser d'amour. Steve lui a rendu Mr. Jack ; il est le seul qui sache ce que cette petite peluche à peine plus grande que sa main a représenté dans sa vie. Bucky ne peut pas dire adieu à quelqu'un qui connaît Mr. Jack.

Le lapin dans les mains, Bucky se lève et se dirige vers la chambre. Matt est en train de se réveiller, et lorsqu'il voit Bucky, il lui offre un sourire lumineux.

— Hey, bébé, dit-il d'une voix rauque. Ça va ?

— Je veux qu'on se sépare, répond Bucky.

Cinq secondes : c'est le temps que prend Matt avant d'écarquiller les yeux et de se redresser dans le lit.

— Qu'est-ce que tu viens de dire ?

— Je te quitte, répète Bucky posément. Je suis désolé.

— Attends, attends, j'ai raté un truc, qu'est-ce que… Qu'est-ce qui t'arrive ? Pourquoi tu me dis ça ?

Éberlué, Matt se lève. Il est en caleçon, mais la vision de son corps à moitié nu ne lui fait aucun effet ; et c'est aussi pour ça, en partie, qu'il le quitte. Quand il compare avec le baiser incandescent de Steve la veille, la différence est presque douloureuse.

Bucky se demande quoi lui dire. Ce n'est pas toi, c'est moi. Matt est quelqu'un d'assez gentil pour mériter un mensonge, mais Bucky est assez cruel pour lui dire la vérité.

Matt a l'air alarmé.

— Sois honnête, dit-il.

Bucky hausse les épaules. S'il insiste.

— Je n'arrive pas à oublier mon ex.

Matt le regarde, stupéfait. Il ne s'attendait pas à ça.

— Je… Je pensais que tu allais me dire que c'était en rapport avec ton traumatisme… La séquestration… Tu… Tu as un ex ? Que tu n'arrives pas à oublier ?

Bucky doit être prudent. Matt est courant de la séquestration, mais pas de Steve. Ses amis connaissent Steve, mais pas le reste de l'histoire. Il est nécessaire que personne n'ait toutes les clés en mains.

— Ça n'a pas de rapport avec la séquestration, ment Bucky. Je n'arrive pas à oublier mon ex, c'est tout.

— Mais… Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?

— Parce que j'espérais être capable d'y arriver.

— Et d'un coup, tu décides que non ? Pourquoi ?

Puis la lumière se fait.

— C'est Steve ? Ton ami Steve ?

— Oui.

Un début de colère commence à se lire sur ses traits. Bucky n'arrive même pas à se sentir coupable. Il se force depuis trop longtemps ; la rupture a un goût de liberté.

— Merde, grogne Matt. J'aurais dû m'en douter. L'ambiance était bizarre. C'était sérieux ?

— C'était pour la vie. Jusqu'à ce que ça ne le soit plus.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Il m'a trompé, je l'ai quitté. C'était une moche rupture. Longue. Compliquée.

— Pourquoi tu l'as invité, si vous avez rompu ?

— Pour avoir une chance de tourner la page.

— Et c'est pour ça que tu me quittes. Tu tournes la page avec moi.

Bucky sourit. Il ne peut pas s'en empêcher ; la situation est plutôt cocasse. Sauf que son sourire enflamme la colère de Matt, qui se rhabille en fulminant.

— Espèce de connard ! Je pensais qu'il pouvait y avoir quelque chose entre nous. Je faisais des projets !

Ouah. Des projets. À quel point faut-il être taré pour faire des projets avec Bucky ? Des projets, c'est pour ceux qui ont une vie normale. Un esprit en bon état de fonctionnement. Pas pour quelqu'un comme Bucky, avec sa peluche de lapin, ses tee-shirts de licorne, ses pulls orange, sa peur de Netflix.

Il baisse les yeux pour regarder Mr. Jack, qu'il tient toujours dans les mains. Si c'était celle-là que Steve avait laissée devant sa porte à la place d'un nounours en peluche tout neuf, est-ce qu'il lui aurait pardonné ? Il se serait évité tellement d'emmerdes s'il lui avait pardonné. Il se serait évité de se prendre un oreiller dans la tête par Matt.

— Tu m'as laissé croire qu'il y avait quelque chose entre nous !

— J'y ai cru aussi, dit Bucky (même s'il sait pertinemment qu'il n'y a pas cru longtemps). Je voulais vraiment que ça marche. (Presque.)

— Menteur ! s'exclame Matt. Sale menteur. C'est fini. Ne me contacte plus. Je ne veux plus te revoir !

Bucky ne répond rien. C'était l'effet qu'il comptait obtenir en lui disant "je te quitte", de toute façon, alors il ne voit pas pourquoi il protesterait. En silence, il regarde Matt rassembler le reste de ses affaires et partir en claquant la porte.

Clint, dans le canapé, se réveille en sursaut.

— Wow ! dit-il. Tant de bruit si tôt le matin.

— C'est bon, il est parti, tu peux te rendormir.

— Qui est parti ?

À entendre sa voix ensommeillée, Bucky n'est même pas certain qu'il soit entièrement réveillé.

— Matt, à ton avis.

— Ah, oui… Matt… Ton nouveau super petit ami. On a papoté, hier. Il est sympa.

— Désolé, du coup, dit Bucky en ouvrant une fenêtre en oscillo-battant pour évacuer l'odeur de bière et de renfermé. Parce que je viens de le quitter.

— Ah bon, ok, marmonne Clint en refermant les yeux.

Trente bonnes secondes s'écoulent avant qu'il ne se redresse à nouveau.

— Attends. T'as dit quoi ?

— Je l'ai quitté, répète Bucky. Largué. Lâché. Balancé. Jeté.

Clint plisse les yeux.

— Steve ?

— Steve.

— Merde, mec.

Jamais la situation n'a été aussi parfaitement résumée. Et malgré tout, Bucky ne parvient pas à regretter ce qu'il vient de faire. En vérité, il se sent plus libre que jamais. Il n'arrive pas à oublier Steve ? Et bien il n'essaiera même pas. Il continuera sa vie, sans Steve, pour lui donner une chance de réussir de son côté, et il ne tentera pas de se convaincre qu'il est capable de l'oublier. Il composera avec ses sentiments. Ça risque de ne pas être simple, mais ce sera moins dur que d'essayer de les éradiquer, il en est persuadé.

— Et si vous vous remettiez ensemble ? demande Clint.

— Hein ?

Une nouvelle fois, le cœur de Bucky s'arrête.

— Tu es dingue de ce type. Il est fou de toi. C'est pas parce que vous faites semblant de ne plus l'être que c'est vrai.

— On ne peut pas se remettre ensemble, répond Bucky, la gorge nouée.

C'est impossible. Inconcevable. Pas après tout ce qui s'est passé.

— Pourquoi ? demande Clint.

Une question toute simple. Tellement difficile.

— Parce que je n'arrive pas à lui pardonner ce qu'il m'a fait. Je n'arrive pas à oublier.

— Peut-être, admet Clint. C'était salaud de sa part de te tromper. On est tous d'accord là-dessus. Mais depuis que vous n'êtes plus ensemble, tu es une épave, même si t'essaies de nous faire croire le contraire. On a bien vu que tu mettais du fond de teint pour cacher tes cernes.

Bucky le fixe, très pâle.

— Tu remarques tout, marmonne-t-il après un long moment. Pas étonnant que tu sois flic.

— Je gère la circulation, dit Clint en haussant les épaules. Je ne suis pas inspecteur à la crim'.

Malgré tout, Bucky a trop peur pour lui révéler l'histoire de la séquestration. Il ne sait pas si la police a besoin d'une plainte ou non pour lancer des poursuites contre Steve, et dans le doute, il préfère se taire. Que Clint s'imagine donc que Bucky parle de l'infidélité.

— Je l'ai vraiment mal pris, dit Bucky. Ça m'a vraiment blessé.

— Et malgré tout, ça fait neuf mois que tu n'arrives pas à l'oublier.

— Ça prend du temps, une rupture.

— Peut-être. Mais dans ton cas, je crois que c'est parce que tu n'as pas vraiment envie de passer à autre chose.

Ah bon. Parce qu'il n'aimerait pas oublier la séquestration, peut-être.

— Vous avez des tas de souvenirs en commun, et tu n'es pas prêt à les lâcher. Alors pourquoi tu n'essaierais pas de lui donner une chance ?

— Après ce qu'il a fait ?

— Il a fait une erreur. Ça arrive à tout le monde. Il n'était pas en forme. On ne peut pas savoir ce qui se passait dans sa tête à ce moment-là. Depuis, il voit un psy, non ? Il a l'air d'aller mieux. C'est une erreur qu'il ne refera plus, il a appris sa leçon.

Bucky a les mains qui tremblent. Ce n'est pas une question de savoir si Steve le kidnappera à nouveau ou le trompera à nouveau. Il sait qu'il ne recommencera probablement plus (surtout pour le kidnapping ; et maintenant, il se moque presque de l'infidélité – c'est fou comme un enlèvement peut remettre la gravité d'une situation en perspective) ; mais c'est surtout que Steve a brisé ce qu'il y avait entre eux, et Bucky n'est même plus capable d'en toucher les bouts sans se couper. Comment pourrait-il les recoller, dans ces conditions ? Ça paraît impossible.

Se remettre avec Steve. C'est hors de question, déjà parce que Steve a quelqu'un d'autre. Et ensuite, parce Bucky a peur de toujours lui tenir rancune pour l'enlèvement, et ça risque de les empoisonner. Ils sont terribles l'un pour l'autre. Ils font ressortir le pire chez eux, a dit Bucky. Il ne veut pas essayer une nouvelle fois et réaliser que c'est toujours voué à l'échec. Ça fait déjà trois fois qu'il rompt avec Steve (après l'infidélité, après la libération, après hier soir), et il ne sait pas s'il pourra en supporter une quatrième.

— Je ne veux pas me remettre avec lui, dit Bucky.

Clint hausse les mains en signe d'abandon.

— Comme tu veux. Je disais ça comme ça.

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Pourtant, au cours des jours qui suivent, il faut bien dire que l'idée trotte dans la tête de Bucky. C'est une boîte de Pandore. Il n'ose pas imaginer les monstres qu'il libérerait en retournant avec Steve. Rien que ce midi, en allant acheter son déjeuner dans une petite boutique, lorsqu'il est entré, il s'est rendu compte qu'ils passaient Animals de Maroon 5 à la radio. Il s'est enfui aussitôt, les mains et les jambes tremblantes, et il a passé les dix minutes suivantes à pleurer dans une petite ruelle, avec l'impression d'avoir des menottes passées autour des mains, en voyant le plafond de la chambre d'amis derrière ses paupières fermées.

Il ne peut pas se remettre avec Steve. Autant étouffer l'idée dans l'œuf dès le départ.

Deux semaines plus tard, il décide d'arrêter les séances avec Helen. Il se sent stupide de ne pas faire de progrès, et il a l'impression de sentir sa désapprobation à chaque fois qu'il lui parle de Steve et de ses sentiments pour lui. Clint a raison. Il ne veut pas l'oublier.

À la fin du mois de mars, Steve lui envoie un message.

Salut, Bucky. Désolé de te contacter. Je vais déménager. Est-ce que tu veux récupérer tes affaires qui sont encore dans l'appartement ? Tu n'es pas obligé de répondre si tu n'as pas envie.

Bucky déglutit. Déménager ? Steve va quitter leur appartement ? Leur tout premier appartement ensemble, dans lequel ils ont habité pendant quatre ans, et où il n'y a pas une seule surface sur laquelle ils n'ont pas fait l'amour ?

Tu vas déménager ?

Le loyer est trop cher pour moi tout seul, je ne peux plus le garder. Tu veux les récupérer, du coup ? Il y a tes vêtements, tes collections de DVD et de blu-rays, tes livres, tes babioles. Si tu préfères, je peux les jeter.

Non, répond aussitôt Bucky. Je préfère les récupérer.

Ok. Je les mets en cartons aujourd'hui. Viens les chercher quand tu veux. Je peux te laisser un double sous le paillasson si tu préfères venir quand je suis au travail.

J'ai toujours la clé de l'appartement.

Oh. Ok. Dans ce cas.

Je viendrai dans la semaine.

Ok.

Bucky s'essuie les mains sur son jean et ajoute :

Merci de m'avoir rendu Mr. Jack, l'autre fois.

Steve met très longtemps à répondre. Lorsque son message arrive, il ne contient que deux mots.

De rien.

Toute la nuit, il y pense. Il va aller voir Steve. Dans leur appartement. L'idée le terrifie, pas seulement parce qu'il va revoir Steve, mais aussi parce que la dernière fois qu'il a mis les pieds dans cet appartement, Steve a drogué son thé et l'a séquestré. Il est incapable de fermer les yeux.

À cinq heures du matin, il envoie un message à Steve.

Je suis désolé. Est-ce que tu crois que tu pourrais me les apporter chez moi, plutôt ? Demande à Sam ou Clint si tu ne veux pas venir toi-même.

Oh, répond Steve aussitôt (lui aussi a l'air de passer une nuit de merde). Bien sûr. Désolé. J'aurais dû y penser moi-même. Je suis désolé. Je te les apporte aujourd'hui ?

Oui. Je peux prendre la journée. Dis-moi à quelle heure tu comptes passer.

Après mon travail, répond Steve. 17 heures ?

Ok.

Bucky ne prend pas sa journée, finalement, mais il est absolument incapable de se concentrer sur son travail, à tel point que Tony, qui passe derrière lui, hausse les sourcils.

— Vous avez l'air pris dans une bataille terriblement compliquée, cette carte-mère et toi. Pour l'instant, je dirais que c'est elle qui gagne.

Bucky soupire.

— Désolé. Je suis distrait. Steve doit passer me rendre mes affaires ce soir.

— Oh. Après dix mois de rupture, hein ? On peut dire qu'il s'est dépêché.

— Il déménage.

— Ah. Une circonstance aggravante. Donc il avait vraiment la flemme. Pas bien, Rogers.

D'ordinaire, le débit de parole de Tony ne le dérange pas, mais aujourd'hui, il ne fait que le stresser encore plus.

— Je quitte à seize heures, ok ?

— Seize heures ?! Mon bon monsieur, qui êtes-vous pour oser quitter l'entreprise à seize heures ? Le PDG lui-même ? Impossible, parce que c'est moi. Et à quelle heure êtes-vous arrivé ce matin, hein ?

— Six heures.

— Bon. Soit. Permission accordée.

— Merci, patron.

Il sait bien que Tony se fiche de l'heure à laquelle il part, ou arrive, tant qu'il fait son boulot. Mais le fait de recevoir l'autorisation officialise encore le fait qu'il va voir Steve dans quelques heures.

Lorsqu'il rentre chez lui, à seize heures trente, il prend une douche. Puis il met son plus beau jean et une chemise bleu nuit. Il attache ses cheveux. (Steve aime quand il a les cheveux attachés.) Puis il soupire, en se demandant pourquoi il fait tous ces efforts.

Lorsque l'interphone sonne, son cœur explose dans sa poitrine.

— Oui ?

— C'est Steve.

— C'est ouvert.

Merde. Le compte à rebours est déclenché.

— J'ai plusieurs cartons dans le pick-up et pas de place pour me garer, répond Steve. Tu peux m'ouvrir le garage ?

— Oh. Bien sûr, j'arrive.

Bucky saisit ses clés, les fourre dans sa poche arrière, et ne prend pas la peine d'appeler l'ascenseur pour descendre les quatorze étages. Il a de l'adrénaline à évacuer.

Steve, en bas, lui fait un petit signe de la main quand il le voit.

— Désolé, dit-il. Je n'ai pas réussi à me garer.

Étonnant, en plein Manhattan.

Le garage est au sous-sol, et Bucky monte avec Steve dans le pick-up pour lui ouvrir la grille, en essayant de ne pas penser à la dernière fois qu'il est monté dans ce pick-up, ni d'imaginer l'avant-dernière fois. Au sous-sol, Steve se gare sur la place de parking attitrée de Bucky (même s'il n'a lui-même pas de voiture), et descend aussitôt. À l'arrière du pick-up, sécurisés par des liens, sept cartons attendent.

— Ouah, commente Bucky. J'aime amasser des trucs, hein ?

Steve lui sourit.

— Tous les livres de la bibliothèque étaient à toi, ou presque. Tous les DVD aussi. Et bien sûr, il faut compter avec quatre cartons de fringues.

Bucky se demande si Steve a récupéré le tee-shirt licorne. S'il l'a mis dans un des cartons. Il n'ose pas demander.

— Allons-y, alors.

Les cartons de vêtements sont légers. Ce sont les livres qui leur donnent le plus de tracas. Finalement, tout se retrouve entassé dans son salon.

— Heureusement que tu as un ascenseur, remarque Steve.

— Merci à Stark, répond Bucky. C'est lui qui a choisi l'endroit. Alors tu déménages, hein ?

— Oui. Ça fait bizarre.

— À moi aussi, avoue Bucky. Tu veux boire quelque chose ? Je ne mettrai rien dedans, promis.

Steve devient livide, et Bucky s'en veut – c'est encore trop tôt pour plaisanter, apparemment. Bucky lui sert un verre d'eau.

— Je suis désolé, Bucky, murmure Steve en prenant le verre. Pour tout.

— Je sais, Steve. Tu l'as répété un demi-milliard de fois depuis notre rupture. Je sais que tu es désolé. J'ai compris.

Pendant un instant, le silence est horriblement pesant.

— Comment va Matt ? finit par demander Steve.

— Aucune idée. Je l'ai quitté. Comment va Jenny ?

Steve relève la tête vers lui.

— Je ne sais pas. Je l'ai quittée.

Bucky le fixe, éberlué, puis il éclate de rire.

— Bordel, murmure-t-il. On est vraiment deux abrutis.

— Ça marche, pour toi ? demande Steve. Le baiser d'adieu ?

Bucky sent son cœur faire une chute brutale dans le vide, il sent l'air se raréfier autour de lui. Steve le fixe avec la même intensité que ce soir-là, dans la cuisine. Sauf qu'aujourd'hui, ils sont seuls dans l'appartement. Ils sont tous les deux célibataires. Ils sont en manque.

— Échec total, murmure Bucky.

Il n'arrive pas à dire qui a fait un pas vers l'autre, mais ils sont proches, à présent, tout proches, et Steve chuchote :

— Peut-être que ce n'était pas assez définitif. Peut-être qu'il faudrait quelque chose de plus marquant qu'un baiser.

Bucky pose les mains sur ses hanches. C'est comme dans la cuisine. Il sent toujours la même odeur, l'odeur de Steve, son odeur de la maison dans les bois, mais aussi son odeur de six ans de réveils ensemble. Bucky a l'impression d'avoir les organes qui chavirent dans son ventre.

— Entièrement d'accord, soupire-t-il. Il faut qu'on essaie quelque chose de plus radical.

Steve l'embrasse. L'espace d'un instant, Bucky se dit que ses mauvais souvenirs vont revenir au pire moment, mais non ; rien ne lui vient à l'esprit. Steve ne l'a jamais embrassé, dans la maison. Il ne le touchait jamais s'il pouvait l'éviter.

Il comprend ce que Steve voulait dire, maintenant, quand il ne voulait pas dormir avec lui, là-bas, pour ne pas souiller ses souvenirs. Il lui est reconnaissant d'avoir refusé. Ils ont peut-être une chance d'avoir épargné le futur aussi. (S'il y en a un.)

Bucky glisse les bras autour de son cou. C'est fou, tout de même, que Steve soit le seul à provoquer ces émotions chez lui. Le seul à le faire trembler de la tête aux pieds rien qu'avec un baiser.

Très vite, c'est plus qu'un baiser. C'est les mains de Steve dans son dos, sur ses fesses, ses lèvres dans son cou.

— Bucky, murmure-t-il.

Bucky peut presque toucher du doigt l'adoration dans sa voix. Le désir.

— Si tu ne veux pas…

Il interrompt Steve d'un baiser. S'il ne veut pas ? Bon dieu. Ça fait des mois qu'il ne pense qu'à ça, tout au fond de lui.

— La ferme, Steve, murmure-t-il lorsqu'il arrive à décoller les lèvres des siennes.

Lorsqu'il lui enlève son tee-shirt, il ne peut pas s'empêcher de frissonner. Ça fait tellement longtemps qu'il n'a pas vu ce corps, ce torse. Il aimait Steve aussi avant sa brusque poussée de croissance, à seize ans, mais il ne dit pas non à tous ces muscles, et il ne se gêne pas pour les toucher à nouveau.

— Tu m'as tellement manqué, soupire Steve. Je t'aime tellement, Bucky.

Moi aussi, pense Bucky – mais il préfère garder ses pensées pour lui. À la place, il déboutonne le pantalon de Steve, pendant que celui-ci lui enlève sa chemise et passe ses mains sur sa peau.

— Pourquoi y'a qu'avec toi que ça me fait ça ? murmure Bucky quand Steve le renverse sur le canapé et l'embrasse dans le cou. Pourquoi ça marche pas avec les autres ?

— Désolé, répond Steve – mais il n'a pas l'air vraiment désolé, à en croire la façon dont il est en train de lui faire un suçon au creux de la clavicule, tandis qu'une de ses mains rôde du côté de l'entrejambe de Bucky.

Il y a encore trop de fringues entre eux. Il y a trop d'air entre eux. Bucky a envie de se coller contre le corps de Steve et d'y rester pour l'éternité. Il a envie de se fondre à l'intérieur de lui pour ne plus jamais le quitter.

— Si on était une seule personne, chuchote-t-il sans vraiment savoir ce qu'il dit, on n'aurait pas tous ces problèmes.

— On est une seule personne, répond Steve. C'est pour ça qu'on ne peut pas s'éloigner l'un de l'autre.

Bordel, je t'aime, pense Bucky.

Sous son caleçon, Steve est en érection. Bucky passe sa main dessus, lentement.

— Dis-moi que tu as des préservatifs, marmonne Steve dans le creux de son oreille.

— Dans ma chambre.

Ils sont obligés de se relocaliser. L'opération ne se fait pas sans mal ; leurs lèvres sont incapables de se décoller et leurs mains continuent à vouloir tout toucher. Ils percutent une porte, puis un mur. Finalement, Bucky l'entraîne dans sa chambre et ouvre le tiroir de la table de chevet, qui contient préservatifs, lubrifiant, vibromasseurs et autres jouets sexuels fournis par Stark lorsqu'il a équipé l'appartement (Bucky a jeté les menottes). Steve prend une poignée de préservatifs dans la main, et Bucky hausse un sourcil.

— Monsieur est ambitieux.

— Monsieur a envie de toi, surtout.

Au moins, on peut dire qu'ils sont sur la même longueur d'ondes, cette fois.

— Comment tu préfères ? demande Steve. Je ne voudrais pas… présumer…

Bucky réfléchit. Si c'est sa dernière fois avec Steve, et tout laisse à penser que ce sera le cas, il ferait mieux d'en profiter. Et il préfère profiter en ayant Steve à l'intérieur de lui que l'inverse.

— Toi au-dessus.

— Ok, murmure Steve avant de l'embrasser.

Bucky passe sa main sur ses joues lisses.

— Ça ne t'allait pas si mal, la barbe.

— Quand je… en novembre ?

— Ouais. Par contre, les cheveux longs, oublie. T'as bien fait de les couper.

— Et toi de les laisser pousser.

Bucky lui sourit, et Steve lui sourit en retour – et Bucky réalise, brutalement, que c'est la première fois qu'il voit sourire Steve, sincèrement, depuis avant la rupture (si on omet le jour où il lui a montré la photo du tutu, qui ne compte pas vraiment) ; c'est la première fois que son sourire lui est destiné.

Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour le voir jusqu'à la fin de ses jours, songe-t-il.

Steve a du mal à maîtriser son impatience. Sans aucune délicatesse, il enlève son caleçon, puis celui de Bucky, derniers résidus de tissus entre eux, et il fait couler du lubrifiant sur sa main.

— Je te le dis tout de suite, murmure-t-il en glissant un doigt entre les fesses de Bucky, il y a de fortes chances pour que je ne tienne pas très longtemps. Et c'est horrible de se dire que je risque d'écourter ma dernière fois avec toi parce que je n'arrive pas à me contrôler.

— Si c'est le cas, je te donnerai une deuxième chance. Arrête de stresser.

— Je stresse, avoue Steve. Je ne sais pas où concentrer mon attention pour profiter au maximum.

Bucky prend son visage dans ses mains et l'oblige à le regarder. Steve a l'air terrifié.

— Stevie. C'est juste moi. Arrête de paniquer.

— C'est parce que c'est toi que je panique, murmure Steve. Avec les autres, ça m'est complètement égal. C'est parce que c'est toi, Bucky. J'ai déjà fait trop d'erreurs avec toi.

Bucky prend un préservatif et l'ouvre, puis il regarde Steve, qui se recule pour le laisser lui mettre. Ils ont déjà fait ça des centaines de fois, et pourtant, Bucky a le cœur dans la gorge, lui aussi.

— C'est en stressant que tu vas rater des trucs, dit-il à Steve. On veut que cette dernière fois soit mémorable, pas vrai ? J'ai plein de préservatifs. On a tout le temps qu'on veut. Ok ? Ne stresse pas.

Steve l'embrasse. Bucky le sent au bord des larmes, mais il ne dit rien. Il enfouit son visage dans le creux de son cou, et il enfouit deux doigts à l'intérieur de Bucky, puis trois. Lorsqu'il relève la tête pour le regarder, ses cils sont humides, et ses yeux sont d'un bleu époustouflant.

— Encore ? demande-t-il.

— Non, c'est bon. Vas-y.

Pendant un mois, Bucky s'est demandé pourquoi c'était différent, avec Matt. Pourquoi ça ne faisait pas le même effet. Là, alors que Steve s'enfonce progressivement en lui, il se pose toujours la même question. Il n'a toujours pas la réponse. C'est différent dès le début ; rien que de le sentir à l'intérieur lui donne envie de crier. Il referme ses bras sur le dos de Steve, et celui-ci entame un rythme lent, les respirations entrecoupées de gémissements.

— Merde, soupire-t-il dans le cou de Bucky. J'avais presque oublié.

Bucky n'avait pas oublié, lui, sinon, il n'aurait pas aussi désespérément tenté de retrouver la même chose avec Matt, et avec tous les mecs qui ont précédé, rencontrés sur Tinder ; mais il a quand même le souffle coupé. Il mord l'épaule de Steve, qui le regarde d'un air surpris.

— C'est nouveau, ça ?

— Ça te déplaît ?

— Non.

Steve le tient par les hanches, ou par les cuisses, mais il fait très attention à ne pas toucher à ses poignets, et Bucky lui en est extrêmement reconnaissant. Les autres n'ont jamais compris.

Steve, lui, est attentionné. Il l'a toujours été, se souvient Bucky, mais c'est encore plus prononcé que dans son souvenir. Toutes les trente secondes, il relève la tête vers Bucky pour lui demander si ça va, s'il se sent bien, s'il veut continuer.

Bucky se sent extrêmement bien. En vérité, il ne s'est plus senti aussi bien depuis une éternité. Si Steve arrête, il risque de le tuer.

— Continue, par pitié.

Mais il ne lui dit pas d'arrêter de lui poser la question, parce qu'il aime que Steve lui demande confirmation. Il aime dire qu'il en a envie.

Steve ne tient pas longtemps, c'est vrai. Quelques minutes après avoir commencé, Bucky voit ses mâchoires se contracter, signe infaillible qu'il est sur le point d'atteindre l'orgasme, et il pose sa main sur son visage.

— Bébé, murmure-t-il. Stevie. Regarde-moi. Je suis là.

Steve a l'air d'avoir du mal à se concentrer, mais il ne le quitte pas des yeux, il le fixe comme s'il voulait imprimer son image sur ses rétines, et Bucky se mord les lèvres sous son rythme rapide.

Finalement, Steve lâche un cri (Bucky !), ferme les yeux, et il est tellement beau, là, l'orgasme lui va tellement mieux au teint que la souffrance. Bucky réalise qu'il ne va pas tenir longtemps non plus, alors il décide de se prendre en main, dans tous les sens du terme. Il s'est souvent touché en pensant à Steve, ces derniers mois, mais ça fait très longtemps qu'il ne s'est pas touché en regardant Steve.

— Oh, merde, balbutie-t-il lorsqu'il sent l'orgasme monter. Stevie…

Steve ouvre les yeux, qui ont l'air d'un bleu aussi pur que le ciel lavé après une averse, et il fixe Bucky intensément. Puis il se retire, et Bucky est sur le point de lui dire de revenir, il n'a pas encore fini, jusqu'à ce que Steve glisse à nouveau deux doigts en lui.

— Ooh, oh, merde, marmonne-t-il.

Steve se penche, sans cesser de faire bouger sa main droite.

— Je peux ? demande-t-il en levant les yeux sur Bucky.

— Tu peux quoi ? Oh, oh, putain, Steve. Oui. Oui.

Il enlève sa main avec difficulté (merde, il est sur le fil du rasoir, là), et la main libre de Steve prend sa place, et il referme la bouche sur lui.

— Merde, merde, merde. Steve.

Il ne prend même pas dix secondes à jouir. Dans sa tête, c'est l'explosion, le décollage de la fusée, le vol intergalactique. Il voit des étoiles et des planètes et le visage de Steve imprimé dessus. Il reste perché là-haut une éternité ou deux avant de commencer à redescendre doucement, et lorsqu'il voit Steve qui se lèche les lèvres, son cœur cogne douloureusement dans sa poitrine.

— Steve, murmure-t-il.

Steve se relève et lui sourit. Il n'a plus du tout l'air paniqué. Il a l'air complètement béat. Il se penche vers Bucky, et Bucky glisse ses bras autour de son cou et l'embrasse.

Je t'aime, crie son être tout entier, je t'aime, je t'aime. Pendant quelques minutes, il est transporté dans le passé, cette époque bénie, ou Steve pouvait être à lui sans que personne, et encore moins lui-même, n'y trouve quoi que ce soit à redire.

Lorsque le baiser se termine, il regarde Steve.

— Alors ? Assez profité ?

— Pas à mon goût, répond Steve. Tu me donnes une deuxième chance ?

Bucky ne peut s'empêcher de sourire.

— Opportuniste.

Mais il lui donne une deuxième chance, et même une troisième, et une quatrième, bien plus tard dans la nuit.


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Et voilà les loulous ! N'oubliez pas, publication samedi prochain !

Bisous, n'hésitez pas à laisser des reviews, vous n'imaginez pas comme elles me mettent en joie !