CAUCHEMARS
Adam se redressa subitement sur son lit, laissant échapper un cri de mort. C'était horrible. Tout était affreux. Il avait mal. Il allait mourir. Il...
Il avait rêvé.
Il laissa échapper un soupir de soulagement en réalisant qu'il s'était réveillé, mais n'en fut pas plus heureux de voir les murs de sa chambre l'entourer. Il se trouvait dans son appartement. Dans ce taudis merdique.
À vrai dire, il ne l'avait pas vraiment quitté depuis qu'il était rentré de l'hôpital, à part pour quelques rares commissions à l'épicerie ou au dépanneur. Rien de plus que le strict nécessaire. De toute façon, il ne pouvait pas acheter grand-chose, avec le peu d'argent qu'il possédait. Et il n'avait toujours pas payé son loyer.
Il se dit qu'il n'avait absolument aucun sens de la logique. La seule chose qu'il désirait vraiment était de sortir de cet endroit, pouvoir respirer un peu. Pourtant, il s'y enfermait. Il avait de la difficulté à croire que, pendant son hospitalisation, il ne rêvait que de quitter l'hôpital. Maintenant, il ne rêvait que de quitter son appartement. Ne serait-il jamais heureux?
Il jeta un coup d'œil au réveille-matin, pour réaliser qu'il était trois heures du matin. Il soupira aussitôt. Ce n'était pas la première fois qu'il se réveillait ainsi en pleine nuit, à cause de ses cauchemars. En fait, c'était pratiquement toutes les nuits. Chaque nuit, il revoyait ces horreurs, tout ce qu'il avait vu, ce qu'il avait vécu. Jamais il n'avait fait ces rêves à l'hôpital. Jamais il n'aurait cru en faire d'aussi terribles une fois chez lui.
Et pour être terribles, ils étaient terribles. Il revoyait sans cesse cette salle de bain miteuse et dégoûtante, ce corps ensanglanté, étendu au milieu de la pièce. Il revoyait toujours ces chaînes, cette enregistreuse. Il entendait à nouveau cette voix glauque qui leur débitait ses messages morbides. Il sentait à nouveau cette odeur de merde et de sang. Il... Il revoyait Lawrence, entendait sa voix, qui réussissait toujours à le calmer.
Lawrence... Il n'avait pas eu le courage d'aller le voir à l'hôpital. Il en avait eu l'intention. Il l'avait vraiment voulu... mais n'avait pas pu. C'était au-dessus de ses forces. Tous ces cauchemars lui rappelaient tellement tout ce qu'il avait vécu... il n'avait tout simplement pas la force de le revoir. Autant, à l'hôpital, sa présence le soulageait, autant il savait que le voir à nouveau lui ramènerait trop de souvenirs indésirables.
Il se sentait si faible... si vulnérable... tellement minable. Il se maudissait pour son comportement, mais n'agissait pas pour autant. Il restait plutôt chez lui, à fumer et à s'apitoyer sur son pauvre sort.
Pitoyable.
Il s'extirpa lentement du lit et tituba jusqu'à l'extérieur de sa chambre. Sur la table de la cuisine traînait un carton de cigarettes. Il s'y dirigea aussitôt et le prit entre ses mains, pour constater qu'il était très léger. Il n'en avait presque plus. Tout comme il n'avait plus assez d'argent pour en racheter. Il ne savait pas s'il aurait la force d'arrêter, mais il repoussa ces pensées et en alluma une. Il préférait se préoccuper d'un problème à la fois.
Il avait faim, mais ne prit même pas la peine de regarder dans le réfrigérateur. Il savait parfaitement qu'il était vide. Aussi vide que son portefeuille, mais ça, il préférait ne pas y penser. Il préféra donc se diriger vers le salon, où il alluma la télévision. Il prit place sur le sofa miteux, et zappa. Il n'avait que très peu de postes, et fit très vite le tour. Il s'arrêta finalement sur un film pornographique. C'était probablement ce qu'il y avait de plus intéressant à cette heure.
Il aurait aimé pouvoir se sentir excité par ce qu'il voyait, mais ce genre de choses n'avait plus vraiment d'effet sur lui. À vrai dire, probablement n'avait-ce jamais été le cas. Il regardait des films pornos de temps en temps, avant sa capture, se disant que, de toute façon, sa vie était déjà complètement pathétique. Il pouvait très bien regarder, se toucher, jouir, mais le tout lui paraissait si mécanique. Faux.
Il n'en avait pas envie ce soir. Il en eut rapidement assez et zappa à nouveau, s'attardant au canal découvertes. Apparemment, une race assez rare d'oiseaux exotiques avait un moyen de séduction plutôt particulier, selon lequel le mâle affichait des couleurs très voyantes et effectuait une danse très spécifique, pour courtiser la femelle de ses rêves. Passionnant...
En fait, il s'en fichait éperdument. Qu'est-ce qu'il avait à en faire, de ces sacs à plumes? Qui pouvait bien être l'imbécile que cela pouvait intéresser? Surtout à cette heure du soir? Ceux à qui ce documentaire s'adressait devaient certainement être du style couche-tôt.
Malgré tout, il trouvait ce documentaire déjà plus potable qu'un film porno... si ce n'était pas pathétique, ça...
Il soupira à nouveau, laissant ses pensées vagabonder. Cela faisait déjà une semaine et demie qu'il était sorti de l'hôpital. Lawrence ne sortirait à son tour que dans quelques jours. Il ignorait pourquoi, mais il craignait cet instant.
Devrait-il aller le voir? Devrait-il lui téléphoner? En aurait-il seulement la force?
Ou est-ce que Lawrence allait le visiter? Il se maudissait pour penser cela, mais il ne voulait pas qu'il le fasse et, en maintenant, le désirait plus que tout. Il n'arrivait à se comprendre lui-même...
Que voulait-il vraiment?
Il sursauta légèrement lorsque la télévision se ferma toute seule, ainsi que les quelques lumières qui étaient allumées. Une panne.
Ce n'était rien d'inhabituel. Dans son quartier, c'était assez fréquent. D'expérience, il savait qu'il en aurait pour quelques heures encore...
Il se leva et retourna lentement à sa chambre, maudissant tous ceux et celles qui pouvaient possiblement avoir un quelconque lien avec cette panne d'électricité, tentant d'oublier le fait que, en vérité, il avait peur du noir, et l'accélération de ses battements de cœur annonçaient l'approche d'une crise de panique qu'il aurait à nouveau à traverser seul, dans le noir, et dans le silence.
