Bonne lecture !

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


Chapitre 10 : Le plan d'Henry

L'enquête sur la disparition de Kathryn Nolan n'avançait pas, en grande partie grâce à Emma, qui continuait de dissimuler ce qu'elle savait. Hélas, cela avait conduit David droit en prison. Il était sujet à des absences suite à son coma et pensait qu'il s'en était peut-être pris à sa femme. La situation était grave, et la Sauveuse ne parvenait pas à prendre une décision. Elle essayait de rendre la détention de son père supportable, comme elle l'avait fait avec Mary-Margaret. Et les interrogatoires se poursuivaient, presque toujours menés par un Graham de plus en plus énervé.

Regina, de son côté, évitait Emma depuis plusieurs jours. Même si la blonde lui manquait – ce qu'elle n'aurait jamais admis à voix haute – elle ne savait pas quoi faire. Elle était déchirée entre cette toute nouvelle amitié qui lui tenait à cœur et le rôle décisif de la Sauveuse dans sa malédiction. Alors elle laissait passer les jours, de plus en plus distraite, toujours incapable de se concentrer. Elle ne prenait même plus de plaisir à voir Blanche-Neige traverser les rues avec un air d'enterrement, inquiète pour son amant incarcéré.

Constatant que la situation empirait, Henry décida de prendre les choses en main. Un après-midi, à l'école, il vint parler à Mademoiselle Blanchard et lui demanda de l'aide pour réaliser son plan. Il insista tant qu'elle finit par accepter. Au fond, elle était contente de cette occasion de se changer les idées. Ce soir-là, Henry donna rendez-vous à ses deux mères chez Granny, sans les prévenir qu'elles seraient toutes les deux présentes.

Poussant la porte du restaurant, Regina aperçut aussitôt la blonde, qui lisait le journal, assise au comptoir. Dès que la reine fut entrée, Ruby se précipita sur elle en souriant. Sans se laisser démonter par sa froideur, elle l'entraîna vers un tabouret et lui ordonna de s'y asseoir. Son ton de commandement surprit tellement Regina qu'elle obéit. Emma fit mine de ne pas remarquer sa présence, mais ses mains s'étaient mises à trembler.

Ruby sortit un morceau de papier de son sac à main et le fit glisser devant la brune, qui lui adressa un regard courroucé. Puis elle reconnut l'écriture d'Henry et se concentra pour lire son message.

Maman,

Je reste manger chez Mademoiselle Blanchard. Passe la soirée avec Emma. Je veux vraiment que vous soyez amies. A ce soir.

Henry.

Regina étouffa un grognement. Elle imagina aussitôt une dizaine de punitions pour son fils, mais au fond, elle était ravie. Henry lui donnait ce qu'elle souhaitait secrètement : une chance de conserver l'amitié d'Emma. Se tournant vers la blonde, elle la découvrit plongée dans la lecture d'un morceau de papier similaire.

Maman,

Je suis chez Mademoiselle Blanchard. Je veux que tu arranges les choses avec ma Maman. Je sais que c'est important pour toi, et pour elle aussi. Ne sois pas fâchée.

Henry.

Emma replia soigneusement le papier. Elle était vexée que Regina ne soit pas venue vers elle après ses efforts pour se rapprocher d'elle. Et, avec l'enquête sur Kathryn Nolan, la Sauveuse n'avait pas eu beaucoup de temps à consacrer à sa vie personnelle. Le faire maintenant semblait être une bonne idée ; elle avait bien besoin de penser à autre chose. Un peu gênée, mais secrètement ravie, elle se tourna vers Regina.

- Je ne cuisine pas aussi bien que vous, dit-elle. Alors pour vous remercier du dîner de l'autre jour, je vous propose de manger ici avec moi. Je vous invite.

La brune haussa un sourcil, et un sourire se dessina lentement sur ses lèvres. Elle fit mine d'hésiter, puis accepta. Elles s'installèrent face à face dans un box libre et passèrent commande auprès de Ruby. Puis un silence gênant s'installa, bientôt rompu par Emma :

- C'est votre tour de parler, rappela-t-elle.

- Bon, s'il le faut vraiment… Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

Regina prit une gorgée de son verre de vin, pour se donner une contenance. Le regard qu'Emma posait sur elle était intense ; c'était comme si elle pouvait voir tout au fond d'elle.

- Mais je veux tout savoir, répondit malicieusement la blonde.

- Par où commencer, dans ce cas ?

- Hum… Je veux savoir comment vous êtes devenue la personne que vous êtes.

Regina eut un doute un peu stupide. C'était comme si Emma savait qui elle était par le passé, comme si elle lui parlait de la Méchante Reine. Ce qui était impossible, puisqu'elle était née dans ce monde. Chassant cette pensée, la brune se concentra sur la conversation.

- Vous voulez savoir pourquoi je suis aussi odieuse et sans cœur, c'est cela ? demanda-t-elle, éludant délibérément la question.

- Je ne pense pas que vous êtes odieuse et sans cœur.

Regina se sentit aussitôt d'humeur plus joyeuse.

- Vous avez seulement mauvais caractère, ajouta Emma, qui fut tentée de lui tirer la langue comme une gamine de cinq ans.

La reine leva les yeux au ciel. Et il avait fallut qu'elle gâche tout…

- Bon, reprit la Sauveuse. Vous évitez ma question.

- Difficile de répondre à une question si peu précise.

- D'accord, d'accord… Alors, comment était votre enfance ?

Regina fit signe à Ruby de venir et commanda une bouteille de vin. Devant le regard surpris de son amie, elle expliqua :

- Si je dois vous raconter mon enfance, je vais avoir besoin d'un petit remontant.

Emma sourit doucement. Elle avait rencontré Cora et pouvait imaginer quelle genre de mère elle avait été pour Regina. Avoir une personne aussi toxique comme modèle ne garantissait pas une enfance de rêve.

- Alors, je me lance ? demanda la reine, un peu hésitante.

Elle laissait tomber son masque d'assurance, sans même s'en apercevoir. Elle se sentait bien, tout simplement, en présence d'une personne qui ne demandait qu'à l'écouter et à la comprendre. Emma acquiesça à sa question et se laissa aller contre la banquette, son verre à la main.

- J'étais une enfant pleine de joie de vivre, commença Regina. Mais ma mère était très dure avec moi et voulait contrôler tout ce que je faisais. Heureusement, mon père était plus doux et compréhensif. C'était un homme bon, qui m'est toujours venu en aide lorsque j'avais besoin de lui. Il s'appelait Henry.

- Alors, c'est pour ça que…

- Oui.

Emma avait déjà vu la tombe du père de Regina, qui scellait l'entrée de son caveau. Mais elle écoutait avec attention, faisant abstraction de ce qu'elle savait déjà, curieuse d'entendre sa version de l'histoire.

- Vous aviez des passe-temps ? s'enquit la Sauveuse, qui visualisait déjà une image mentale d'une Regina plus jeune.

- Je montais à cheval, répondit-elle. Beaucoup. C'est ce qui m'a rapproché de mon premier amour, Daniel.

D'une main, Regina caressait l'alliance qu'elle avait dans la poche de sa veste. Ces souvenirs étaient douloureux, mais les partager avec quelqu'un lui faisait du bien. Elles discutèrent du passé pendant encore un bon moment, Emma restant très attentive et posant de nouvelles questions dès que le silence menaçait de se réinstaller. Ruby leur apporta leurs commandes et elles mangèrent sans cesser de parler. La reine passait beaucoup de choses sous silence, se contentant de les revivre dans sa mémoire, et étrangement, cela ne lui faisait plus aussi mal qu'avant.

Finalement, elles commandèrent une seconde bouteille et Emma osa aborder un sujet qui lui tenait à cœur, prenant mille précautions. Elle craignait la réaction de son amie.

- Alors, lança-t-elle. Je voulais vous demander quelque chose…

- Allez-y.

Regina croqua dans un gâteau apéritif que Ruby avait mis à leur disposition. Elle était maintenant totalement détendue, savourant ce moment aussi agréable qu'inattendu.

- Alors, voilà… Graham m'a parlé de votre relation.

La brune poussa un soupir.

- Je ne sais pas si on peut vraiment parler d'une relation. C'est un sujet délicat, Mademoiselle Swan.

- Je sais, c'est tout l'intérêt.

Emma souriait, taquine. Puisqu'elle avait abordé ce sujet en premier, Regina décida qu'elle pouvait se permettre quelques questions à son tour.

- Pourquoi vous êtes seule, Mademoiselle Swan ? demanda-t-elle, sincèrement curieuse.

- Oh, je… Je ne sais pas.

Crochet apparut dans son esprit, et son cœur se serra.

- En fait, jusqu'à il y a quelques temps, j'avais plus ou moins quelqu'un, reprit-elle.

- Plus ou moins ?

- Disons que… Il a toujours davantage eu besoin de moi que moi de lui. Je pensais que, le jour où je tomberai amoureuse pour de vrai, je serai sûre de vouloir être avec la personne. Mais je sens bien qu'il est plus sûr que moi.

Regina se pencha en avant sans s'en apercevoir. Elle ignorait pourquoi elle éprouvait autant d'intérêt pour cette conversation, mais à ce stade de la soirée, elle n'en avait plus rien à faire.

- L'amour est rarement facile, commenta-t-elle. Parfois, on se contente de se sentir bien avec une personne. On se dit que les sentiments viendront avec le temps.

- C'est ce que vous ressentez avec Graham, n'est-ce pas ?

- Oui. Et vous avec… Cet homme ?

Emma eut un sourire triste. C'était dur à accepter, mais elle s'était reconnue dans ce que Regina lui avait dit.

- Oui, avoua-t-elle finalement.

La reine, captant son regard triste, lui servit un autre verre de vin. Une attention qui remonta aussitôt le moral de la Sauveuse. Regardant autour d'elle, elle constata que le restaurant s'était presque entièrement vidé. Emma termina son verre puis se releva et paya l'addition. Elles sortirent ensuite toutes les deux dans la nuit fraîche et marchèrent en silence en direction du loft.

- Vous pouvez dire à Henry de descendre ? demanda timidement Regina, une fois arrivée à destination. Ma relation avec Mademoiselle Blanchard est quelque peu conflictuelle.

Emma rit intérieurement mais ne laissa rien paraître. Conflictuelle, quel doux euphémisme…

- Oui, je vais le chercher.

La blonde s'approcha de la porte mais une main se posa sur son épaule. Une sensation inattendue de vertige s'empara d'elle et elle se retourna face à son amie.

- Il y a autre chose ? s'enquit-elle.

Regina semblait gênée. Elle retira sa main et se mordit la lèvre inférieure, regardant par terre dans une attitude timide qui ne lui ressemblait pas. Finalement, elle releva la tête et plongea son regard dans celui de la blonde. Elle avait anormalement chaud et se dit que ce devait être à cause du vin.

- J'ai passé une soirée très agréable, dit-elle doucement.

Cette phrase rappela à Emma toutes les comédies à l'eau de rose qu'elle avait pu voir au cours de sa vie. C'était exactement à ce moment-là, juste après le premier rendez-vous, que les amoureux osaient enfin s'embrasser. Elle se sentit rougir à cette pensée et blâma le vin pour cette idée délirante.

- On devrait remettre ça bientôt, répondit-elle. Avec Henry, peut-être ? Je crois que notre amitié lui tient vraiment à cœur.

Le regard de Regina dériva jusqu'aux lèvres de son amie, et elle fit un pas en avant involontaire. Se rendant compte de ce qu'elle faisait, elle se reprit vivement et prit une grande inspiration.

- Oui, ça me tient à cœur aussi, répondit-elle sans réfléchir.

La reine se donna une claque mentale. Et pourquoi pas lui chanter la sérénade, tant qu'elle y était ? Décidant qu'elle s'était suffisamment ridiculisée, elle recula.

- A une prochaine fois, alors, dit-elle.

Emma mit quelques secondes à répondre. Elle avait complètement perdu la capacité de communiquer à l'instant où Regina s'était approchée d'elle. Retrouvant son souffle, la blonde répliqua :

- Euh, oui. Je vais chercher Henry.

Au moment où elle passait la porte, un murmure lui parvint :

- Bonne nuit, Emma.

Elle pénétra vivement dans le loft et s'adossa à la porte. Son cœur battait à tout rompre et sa tête tournait. Quelque chose avait retenu son attention mais elle ne parvenait pas encore à déterminer quoi. L'écho de la voix de Regina résonna dans son esprit, et soudain, elle comprit. Elle l'avait appelée par son prénom.

- Maman !

Emma, qui s'était laissée aller contre la porte, se redressa juste à temps pour prendre Henry dans ses bras. Il la relâcha presque aussitôt et sortit en lançant :

- Tu me raconteras tout demain !

Restée seule, Emma jeta un coup d'œil circulaire et aperçut sa mère, profondément endormie sur son lit. Elle était entièrement vêtue et portait même ses chaussures. Elle tenait un oreiller dans ses bras, comme après cette fameuse nuit durant laquelle Kathryn avait été enlevée. Attendrie, Emma hésita à réveiller Mary-Margaret mais décida de la laisser tranquille. Elle avait bien besoin d'un peu de sommeil. Tout en montant les escaliers menant à sa chambre, la Sauveuse réfléchissait.

En un éclair, elle revit le regard de Regina, ses yeux brillants, posés sur ses lèvres. Elle l'avait regardé de cette façon particulière dont on regarde quelqu'un juste avant de l'embrasser. Emma n'avait même pas eu le temps de réagir qu'elle s'était déjà éloignée, et faisait comme si de rien n'était. Ou bien avait-elle tout imaginé ? Ça paraissait tellement dingue. Se laissant tomber sur son lit, la blonde se dit qu'elle avait un peu trop bu et qu'elle se faisait des idées.

Allongée sur le ventre, Emma se débarrassa de ses bottes et de son pantalon. Puis elle se glissa sous la couverture, respirant l'odeur familière de la lessive de sa mère. Elle se sentait très loin de la réalité, et en même temps, toutes ses sensations étaient exacerbées. Longtemps, elle chercha le sommeil, se tournant et se retournant dans son lit. Elle pensait à son père tout seul dans sa cellule, mais à chaque fois, son esprit la ramenait à Regina. Le jour se levait lorsqu'elle s'endormit enfin, la tête pleine d'images et de sensations qui la dérangeaient et l'attiraient à la fois.


La suite dans deux/trois jours, comme d'habitude. On va pouvoir rentrer dans le vif du sujet. Aller, à bientôt !