Chapitre 10
Seeley se réveilla avec un goût de cendres dans la bouche et un mal de tête épouvantable. Où suis-je ? Ah, oui, à l'hôtel… Il sentit un corps allongé à ses côtés, sur le couvre-lit. L'image d'une grande blonde lui traversa l'esprit. Bravo, tu as ramené une fille et elle dort sur les couvertures, tu n'as pas dû assurer grand chose hier soir, mon grand ! Encore une blonde, Bones rirait bien, elle qui affirmait qu'il avait un faible pour les blondes. Penser à Bones lui rappela la surprise du matin précédent et toute sa peine revint d'un coup. Sa tête se mit à le torturer, il ne put retenir un grognement de douleur. Le bruit réveilla la fille à ses côtés, qui se tourna vers lui. De grands yeux bleu vert se posèrent sur les siens, il sursauta :
- Bones ? Que faites-vous là ?
Il se revit alors dire la même chose la nuit précédente à une Tempérance Brennan apparemment très en colère qui lui enlevait sa cravate. Il secoua la tête pour tenter de retrouver sa lucidité, ouch mauvaise idée… Tempérance s'était levée, elle lui tendit un verre d'eau et deux comprimés. « Prenez ça, je vais commander du café. ». Incapable d'aligner des pensées cohérentes, il la suivit du regard puis se rallongea et ferma les yeux.
Lorsqu'il se réveilla pour la seconde fois, il vit Tempérance assise à côté de lui, le dos contre la tête de lit, en train d'annoter un article. Sa tête ne le faisait plus souffrir autant mais sa gorge était sèche et il était un peu cotonneux. Sans un mot, elle se leva, lui apporta à nouveau un verre d'eau et deux cachets. Il la remercia et avala le tout avec gratitude. Il ouvrit la bouche pour s'excuser de son attitude mais elle le coupa « Vous avez joué hier soir, n'est-ce pas ? ». A ces mots, la mémoire lui revint. Il se vit, installé à la table de craps, lançant les dés. Il se rappela aussi être allé changer de l'argent, plusieurs fois. Dieu, combien avait-il perdu ce coup–ci ? Il se revit également descendre scotch sur scotch et draguer la blonde, avant de lui proposer de l'accompagner à son hôtel. La honte le submergea. « Oui », répondit-il à sa partenaire d'une voix lasse. « Pourquoi ? » demanda-t-elle d'un ton plat. En réponse, c'est la colère qui le remplit. Comment osait-elle demander ? C'était de sa faute à elle. Elle avait couché avec ce grand black et elle osait lui demander des comptes sur son attitude. « Ce ne sont pas vos affaires, Bones » jeta-t-il. Elle sursauta, comme s'il l'avait giflée « Bien sûr que si, c'est vous qui m'avez appelée vendredi soir parce que vous aviez peur de replonger. »
Se sentant en dessous de tout, Booth se leva sans répondre et s'enferma dans la salle de bains. Ouvrant le robinet de la douche à fond, il se glissa sous le jet, espérant à la fois s'éclaircir les idées et se nettoyer de toute sa culpabilité. Il prit son temps pour se récurer, se raser et se laver les dents, espérant qu'elle serait partie lorsqu'il aurait terminé. Pas de chance, quand il sortit de la salle de bain, il la vit de nouveau adossée sur son lit, en train de lire. Entendant la porte, elle leva les yeux et lui dit «Il y a du café chaud. »
Sans un mot, il se servit et plongea le nez dans son mug. La caféine sembla faire son effet immédiatement. Il se sentit prêt à affronter sa coéquipière. Il s'approcha de la fenêtre et, tout en regardant dehors, il dit « Bones, merci d'avoir veillé sur moi. Mais ça va mieux, vous pouvez me laisser maintenant. Je suis sûr que vous avez des choses plus importantes à faire ». Elle s'était approchée et se tenait juste derrière lui.
- Non.
- Quoi, non.
- Non, je n'ai rien de plus important à faire. Ce qui s'est passé est important, il faut qu'on en parle.
Il se frotta les yeux et, toujours sans se retourner :
- Je n'ai pas envie de parler.
- Je sais, mais j'ai besoin que vous répondiez à une question.
Il soupira. Elle allait encore amener sur le tapis son addiction, lui faire des discours sur le programme. Néanmoins, parce que c'était Bones et qu'il savait qu'elle ne renoncerait pas, de toute façon, il capitula.
- Allez-y. Quelle question ?
- Est-ce que c'est ma faute ? A cause de ce que vous avez vu, ou cru voir, hier matin ? demanda-t-elle d'une petite voix mais en le regardant droit dans les yeux.
Comment a-t-elle compris ça ? D'habitude, elle ne voit rien, mais ça, elle l'a deviné, évidemment… Puis la surprise fit place à la colère. « Que j'ai 'cru' voir… Allons, je ne suis pas idiot, Tempérance. Ce type a couché avec vous, ne le niez pas. » Le visage de la jeune femme se crispa « Ce n'est pas ce que vous pensez. Ron est seulement un vieil ami. » Il ricana, « Oh, je vois… Mais je sais très bien l'usage de que vous faites de vos 'vieux amis' » jeta-t-il en dessinant des guillemets avec ses mains. Oh, oui, elle lui avait expliqué que lorsqu'elle avait envie de satisfaire ses besoins sexuels, elle contactait d'anciens amants.
Il planta son regard dans les yeux si clairs de Tempérance, dans l'intention de lui faire avouer qu'elle avait couché avec le grand type. Il avait besoin de l'entendre, comme pour se punir d'avoir cru en une chose impossible. Mais ce qu'il lut alors dans les yeux de sa partenaire le blessa plus qu'il ne l'aurait cru possible, elle s'amusait, elle se moquait de lui oui, c'est ça, elle riait….
