Il fait nuit. Cela fait trois jours que je suis partie. Conformément à ce que Remus m'avait demandé, je ne suis pas allée dans le parc du château. J'ai parcouru la campagne, toujours loin des habitations, inspirant à plein poumon l'air frais. Trois jours d'errance. Trois jours durant lesquels, sans ma montre, je n'aurais pas vu passer le temps.

Je viens de rentrer. Les grilles et protections magiques n'ont été qu'une faible barrière contre mon intrusion. Personne sur ma route. Alors que je remonte le cloître longeant la cour où, trois jours plus tôt, Remus m'a embrassée, je songe aux journées écoulées. Je n'y ai pas donné signe de vie. Qui pourrait s'inquiéter ? Le professeur Dumbledore est coutumier à ce genre d'escapades, je l'avais averti lors de mon arrivée. Les élèves ? Aucun ne prête attention à moi. Aucun…sauf Remus. Par extension, je crois bien que je devrais à présent dire les Maraudeurs en général. Je les ai bien observés. Ils sont solidaires. Même si ils ne doivent guère m'apprécier, l'inquiétude de Remus – si jamais elle existe – doit être comme la leur. Après tout, ce n'est pas pour rien si ils lui ont obéi lorsqu'il leur a demandé de me laisser en paix. Merlin je donnerais bien, disons…une centaine de livres de la Réserve pour connaître leur secret.

Je frappe à la porte de l'infirmerie. L'infirmière maugrée un peu tout en arrivant. Je la comprends. Il est plus de minuit, le couvre-feu a commencé depuis longtemps. Je n'ai croisé personne dans le château, pas même le concierge. Pas un esprit ne se doute que, tard dans la nuit, je viens de rentrer. Sauf peut-être le directeur.

« Kesskisspass ? »

Ceci est un extrait du langage 100% certifié sorcière mal réveillée. L'infirmière paraît, les yeux bouffis de sommeil, vêtue d'une affreuse robe de chambre ayant connu des jours meilleurs et ne rêvant qu'à une chose, son lit.
Toutefois, et ce grâce à ma seule présence, cet état ne dure pas. C'est fou combien j'ai le don d'étonner les gens parfois.

« Merlin, c'est vous Miss ! s'exclame-t-elle en me voyant lui faire face dans un état des plus lamentables. Je me demandais quand vous reviendriez. Suivez-moi, je vous en prie… »

Un seul élève dort, ronflant de tout son cœur. Je le regarde un instant. Heureusement, ce n'est pas Remus. Merci Merlin, sa maladie, quelle qu'elle puisse être, n'était pas trop grave.

Il ne faut pas que je pense à lui. Je ne dois pas. Après le baiser que nous avons échangé et malgré toutes mes réflexions, je ne sais plus comment me comporter. La confrontation viendra, c'est obligé, et cela même si je joue à la savonnette dans le château. Alors je verrais qui il est. Je verrais si il est comme ses amis, ou bien si… (mais ce souhait n'est que trop improbable)…disons-le. Je voudrais qu'il m'aime.

« Le professeur Dumbledore commençait à songer à donner l'alerte Miss. Non pas qu'il ne vous fasse pas confiance, loin de là, mais les élèves étaient inquiets. M. Lupin est venu plusieurs fois ici voir si vous n'étiez pas rentrée. Il se fait un sang d'encre vous savez. »

Elle a dit quoi ? Remus s'est inquiété pour moi ? YOUPI ! Joie incommensurable ! Quoique je n'ose imaginer le sermon qu'il m'administrera quand je le reverrais. Je ferais mieux d'être discrète. Oui, la stratégie de la savonnette me paraît être une bonne solution…

Pendant que je me perds dans des pensées que je n'aurais même pas imaginé avoir il y a un mois, l'infirmière m'entraîne dans son bureau et jette un sort d'insonorisation. J'ai de nombreuses blessures, essentiellement le long de mon bras gauche. Certaines sont fraîches, d'autres datent du jour de mon départ et se cicatrisent légèrement. Pour désinfecter, il faudra les rouvrir. L'infirmière y jette un regard désolé et commence son travail. Je serre les dents et ne pipe mot.

« Serais-ce trop vous demander de ne pas faire ça quand vous disparaissez ? Ne me dites pas que celle-ci vous a été infligée par un Sombral, je ne vous crois pas. »

Ce disant, elle désigne une somptueuse griffure remontant le long de mon bras. La blessure saigne encore. Mon bras est à moitié paralysé. Un sortilège ne suffirait pas à le guérir. Evidement… Mais je décline toute responsabilité.

« Je sais bien que c'est difficile, mais tout de même… Enfin, heureusement, vous n'en avez plus pour longtemps. Dès que ce sera possible, je vous demanderais de bien vouloir cesser vos escapades seules. C'est entendu ? »

Je ne réponds pas, tant la potion désinfectante me pique. L'infirmière promène un coton le long de mon bras en feu, tandis que je mords mon poing afin de ne pas hurler. Merlin, si Remus voyait ça… Heu, il vaut mieux qu'il ne voie pas. Même sa légendaire (ou du moins pour moi) discrétion ne pourrait l'empêcher de s'interroger. Ou pire, de m'interroger. Je n'aimerais pas lui mentir.

« De toute façon, continue-t-elle en m'enrubannant le bras de Velpeau, je ne crois pas qu'il soit très bon pour vous de rester ici encore longtemps. Vous devriez repartir dès que possible. »

« Hors de question ! »

« Miss, soyez sérieuse. Voyez comment vous nous êtes revenue. Il n'est pas bon que vous continuiez ainsi. Je verrais avec vos supérieurs. »

Quoi ? Ah non alors, elle ne peut pas me faire…ça ! C'est injuste ! Je veux rester à Poudlard, moi ! Je veux rester avec Remus ! Enfin, ça c'est s'il veut bien de moi… Enfin, quand bien même je n'aurais été pour lui qu'une passade, son indifférence ne serait rien à côté de ce qui doit m'attendre là d'où je viens. Quoique parfois je me demande…

« Par pitié, dites moi que ce n'est qu'un projet ! »

« Si vous tenez tant à rester, Miss, vous feriez mieux de vous calmer. »

Ou que j'arrête d'aller à l'infirmerie. La première solution étant pour l'instant hypothétique, je crois que je vais choisir la deuxième… Hum, faisons un deal avec moi-même : si Remus m'ignore, je pars. Sinon, je reste…

« J'en ai fini avec vous, Miss, déclare l'infirmière après avoir achevé de transformer mon bras en paquet cadeau et de refermer le refermable. Vous aurez quelques cicatrices, mais cela vous le savez. Le jour se lèvera dans quelques heures. Reposez-vous, je préviendrai vos professeurs que vous êtes rentrée et nécessitez un peu de calme. »

Héhé, j'ai une excuse en béton pour me planquer. Je verrais bien si Remus se déplace encore pour moi… J'adorerais que ce soit le cas…

Je m'allonge sur un lit et entreprends aussitôt de rattraper mes trois nuits perdues (que vous me croyiez ou pas, je n'ai pas sommeillé une minute jusqu'à ce que je vois un lit vide qui me tendait les bras.) Même la douleur de mon bras ne parvient pas à me tenir éveillée. Lorsque je m'abandonne aux bras de Morphée, cinq heures sonnent au carillon du château.

Une heure passe : je dors.

Deux heures passent : je dors.

Trois heures passent : je dors.

Douze heures passent : je dors.

Dix sept heures : j'ouvre péniblement les yeux sur un plafond blanc et une lumière crue. Où suis-je déjà ? La douleur de mon bras vient me ramener à la réalité. Je suis revenue à Poudlard. Poudlard ? Ma petite promenade est finie. Merlin, je me rendormirais bien ! Au moins m'était-il donné d'oublier le tragique sort qui m'attend…ou qui au contraire ne m'attend pas.

C'est donc à cette fin que je me renfonce sous mes couvertures, prête à retourner dans mes rêves, lesquels étaient des plus agréables. Malheureusement, je ne peux même pas fermer les yeux, car une voix joyeuse retentit à quelques mètres de moi.

« Inutile de faire semblant, je t'ai vue ! Tu es réveillée ! »

Je grogne et daigne sortir ma tête. Je sais déjà à qui j'ai affaire, j'ai reconnu sa voix. Black ! Maraudeur numéro deux. Intrus non désiré dans un périmètre de moins d'un kilomètre. Sans doute en préparation d'un mauvais coup, car malgré toute ma mauvaise humeur, il est à peu près fréquentable en cet instant.

« Crétin, sangsue, triple buse, Veracrasse ! je maugrée (mes insultes ne lui font aucun effet mais me soulagent grandement.) Qu'est ce que tu fais ici ? Dégage ! »

« Du calme ! répond-t-il en gribouillant quelque chose sur un parchemin. Remus va bientôt sortir de son cours d'étude des runes. Comme il ne voulait pas que tu te réveilles seule, je me suis proposé pour rester auprès de toi. Parchemin protéiforme, rajoute-t-il en me montrant ce sur quoi il avait écrit. Tu n'es pas restée seule une seconde depuis l'ouverture de l'infirmerie. Nous avons réussi à persuader Remus de ne pas sécher les cours, mais ça s'est fait de justesse. En échange, il nous a fait promettre de ne pas te lâcher d'une semelle. Lui-même a passé chacune de ses secondes de libre avec toi. Il va m'en vouloir de lui avoir volé l'honneur d'assister à ton réveil, mais je n'y peux rien. Il a un comportement très étrange, tu sais. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Je pense que… »

Pas de fin de phrase, ou du moins pas audible pour moi.

Quoi ?

Quoi ?

Heu…je crois que je suis arrêtée en mode pause, là…

Remus a fait quoi ? Il venait alors ? Il attendait que je me réveille ? Non, non, c'est impossible, je rembobine…Et non, je ne rêve pas. Comment ça Black ne l'avait jamais vu comme ça ? Non, c'est impossible. Je me suis montrée à dessein si insupportable que Remus ne peut s'inquiéter pour moi…voire plus ! Quoique ces derniers jours…et puis la récente scène de la tour d'Astronomie, sans compter le match et notre dernière rencontre dans la cour, change sacrément le jeu.

Oulà, la porte s'ouvre et l'infirmière ne se déplace pas, c'est mauvais signe. Black a dit qu'il avait un parchemin protéiforme, non ? Mais alors…Merlin, ce n'est pas possible, il a prévenu Remus ! Il a été rapide comme l'éclair ! J'ai l'air de quoi moi ? Mon bras ressemble à un cadeau de Noël et, comble du malheur, il me fait mal. Enfin, j'ai connu pire…

Mayday ! SOS ! Impossible de simuler le sommeil cette fois-ci, la mèche est vendue, Black a bien pris soin de me garder éveillée. Que faire ?

La solution arrive à point nommé. Remus avait raison lorsqu'il me harcelait, je devrais mieux me nourrir…Décidemment, j'ai encore quelques habitudes à changer. Puisque je semble destinée à rester…

Je me sens brusquement faible, alors que je n'ai esquissé aucun autre mouvement que celui de me redresser. Ce n'est qu'à ce moment-là que je me souviens que je n'ai pas mangé depuis trois jours. Remus n'a que le temps d'arriver avant que mes yeux ne se ferment vers l'inconscience…