Merci à Cosmos Asma et StrangeEye pour leurs reviews.
Cette fois, nous aurons deux points de vue différents dans ce chapitre. J'espère que vous aimerez.
Ce chapitre est un ultime clin d'œil à la canicule de la semaine dernière. ;-)
Bonne lecture !
Disclaimer : L'univers de FF7 ne m'appartient pas, tout est à Square Enix. Mais Amy et les autres terriens sont issus de mon imagination.
À travers le désert
POV Amicia
J'avais cru qu'après avoir perdu Lizzie, je ne pourrais pas souffrir de la perte d'une autre personne, mais je m'étais trompée.
Apprendre que ma meilleure amie était morte sur Terre m'avait durement frappée, mais assister à la mort de mes parents m'avait anéantie.
Évidemment, Tifa souffrait autant que moi, puisque nous étions deux dans le même corps. Pourtant, je ne supportais pas de l'entendre gémir en écho à ma douleur. Je voulais être seule pour pleurer mes morts. Hélas, je savais que c'était impossible.
Le deuxième jour, elle eut la délicatesse de ne rien dire. Je marchai en silence à travers la forêt, sans but précis.
Je trébuchai plusieurs fois sur une branche ou une vieille souche et m'étalai par terre. Je restai allongée un moment, à pleurer, avant de me relever puis de me remettre à marcher sans but précis.
Le troisième jour, à l'aube, je fus éveillée par la faim, mais je ne fis pas l'effort de chercher des fruits ou des baies. Je ne supportais plus l'idée d'avaler quoi que ce soit, car à chaque fois que je le vomissais.
Il faut que tu manges ! Sinon, on va mourir, me dit Tifa.
Ne serait-ce pas mieux ? Abandonner, se laisser doucement mourir…
NON ! Je te l'interdis !
Je sentis un pic de douleur dans ma tête, mais j'étais déjà tellement assommée par la souffrance que je réagis à peine physiquement.
Écoute… je sais ce que tu ressens. Quand j'ai perdu ma mère, j'étais trop petite pour comprendre. On m'avait juste dit qu'elle était partie dans les montagnes de Nibelheim, alors qu'en fait… Et ensuite, mon père…
Je savais déjà ça, je l'avais vu dans ses souvenirs, tout comme la façon horrible dont lui et les habitants de son village étaient morts. Sans parler de son amie Aéris. Était-ce vraiment nécessaire de me rappeler tous ces faits sordides, alors que je souffrais déjà de mon côté ?
Il faut que tu continues de te battre !
Agacée, je m'arrêtai pour lui parler, comme si elle était face à moi et non dans ma tête.
« Je ne suis pas une guerrière, moi ! Juste une pauvre terrienne coincée dans un corps qui n'est pas le sien, sur une planète qui n'est pas la sienne. »
Je sais. Je sais…
Je crus ressentir quelque chose, comme une vague de compassion.
… mais il ne faut pas abandonner.
Je poussai un soupir. Même si je ne supportais pas de l'admettre, je savais qu'elle avait raison.
Malgré tout le chagrin et la douleur que j'éprouvais, je ne me sentais pas prête à rejoindre ma famille dans la mort. Mais j'étais si fatiguée, j'avais si mal !
Je regardai autour de moi et réalisai que nous n'étions plus dans la forêt. Nous avions atteint la bordure d'une grande plaine verdoyante, face à un désert de sable et de pierres rouges.
« Où on est, là ? »
À toi de me le dire ! C'est toi qui utilises mes jambes.
Pourtant, j'avais à peine réfléchi à ce que je faisais, ces trois derniers jours.
Je réalisai avec horreur ce qui s'était passé : Tifa avait profité de mon « absence » pour prendre le contrôle de son corps et nous avait poussées vers le désert qui marquait la limite entre la région Nibel et Cosmo !
« Tu nous emmènes où, là ? Fais pas l'innocente, je sais que tu avais choisi cette destination ! »
Elle ne me répondit pas, mais je vis plusieurs visages défiler dans ma tête, appartenant à des gens qu'elle aimait : Daniel, Marlène et Denzel.
« Tu veux les retrouver », compris-je.
Debbie Chase a dit qu'ils avaient pris la direction de Cosmo Canyon avec des réfugiés d'Hiddenville. Il faut les retrouver !
« Non ! Non, je ne peux pas ! Enfin, Tifa, si Daniel nous voit et qu'il réalise que ton corps a été… possédé, il… je n'ose même pas imaginer ce qu'il fera. »
Et mon père était mort, le seul scientifique qui aurait pu nous aider à utiliser le caisson pour nous remettre chacune dans nos corps.
Je pensai à la clef USB, que j'avais remise dans mon collier-montre. Elle contenait les données pouvant nous aider, mais qui serait assez intelligent pour les comprendre ?
Il faut qu'on y aille. C'est un risque à prendre, sinon que proposes-tu ? Qu'on reste à errer dans la forêt, à mourir de faim ? Ou bien attendre que les forces armées de Hiddenville nous retrouvent pour nous remettre en cage, dans leurs maudits labos ? Je dois retrouver les enfants. Je veux être sûre qu'ils vont bien, et je dois parler à Daniel. Et toi, tu trouveras peut-être un autre terrien ayant assez de notions scientifiques pour nous aider avec cette clef USB.
Ça risquait d'être compliqué, mais elle avait raison. Nous n'avions plus d'autre option.
Sans grande conviction, je me mis donc en route à travers le désert.
Le premier jour, il ne fit pas si chaud que ça. Le soleil était souvent voilé par des nuages.
Par contre, la nuit fut glaciale. Je fus assommée par la fatigue, mais mon sommeil ne fut guère réparateur.
Au réveil, je fus prise dans une véritable fournaise. Le sable ralentissait ma progression et la soif ne tarda pas à se manifester.
Heureusement, Tifa avait déjà voyagé dans cette région, elle me guida donc jusqu'à une mare. L'eau était tiède et vaseuse, mais j'avais trop soif pour faire la difficile.
Lorsque j'eus fini de boire, je m'aspergeai consciencieusement pour garder autant de fraîcheur que possible, puis je me remis en marche.
Il faisait si chaud ! L'eau s'évapora de ma peau et mes vêtements bien trop vite.
Mes cheveux ne tardèrent pas à coller à mon visage en sueur. J'avais retiré mon sweater et l'avais noué autour de ma taille, car je savais que ce soir, il ferait froid, mais il faisait si chaud en cet instant que je fus tentée de le jeter.
Tifa me conseilla de le garder sur ma tête pour me protéger des rayons du soleil, mais cela signifiait le tenir avec mes mains, donc lever les bras, mais j'avais mal, tout mon corps me brûlait sous cette canicule ! J'étais surprise d'arriver à avancer, malgré tout.
Mon corps semblait de nouveau en pilotage automatique, mais je savais que Tifa n'y était pour rien, cette fois. C'était juste… une pulsion, un instinct de survie qui m'indiquait qu'au prochain pas, quelque chose apparaîtrait à l'horizon : un autre point d'eau, des arbres et de l'ombre, peut-être une tente avec des randonneurs ou bien une maison, une échoppe paumée en plein désert… N'importe quoi, plutôt que cet horrible désert qui n'en finissait pas !
En voyant apparaître de grandes montagnes rouges au loin, je crus être de retour chez moi, en Arizona, avant de me souvenir que non, on n'était plus sur Terre.
Le soir tomba, et mon corps avec lui. Je fis l'effort de remettre mon haut avant de m'endormir.
Au réveil, je crus que je n'aurais pas la force de me lever, pourtant j'y parvins. Je me remis en marche, traînant mon corps comme un zombie.
Mes vêtements étaient poisseux, imprégnés de sueur, et je rêvais de couper mes cheveux pour ne plus les sentir contre ma peau crasseuse. J'avais envie de me gratter, tant le sel de ma sueur me piquait, mais chaque mouvement me demandait un effort. Je rêvais tout le temps de différentes choses. De l'eau ! De l'ombre ! De la fraîcheur ! Tout plutôt que ce soleil qui me carbonisait.
Soudain, une image me parvint. Je crus que c'était un mirage ou un souvenir de Tifa, mais non : il y avait un arbre devant moi, entouré de petits buissons rabougris.
Je m'approchai et le regardai avec espoir. Hélas, il n'y avait pas de fruits, pas de dattes ni d'eau… Mais de l'ombre, au moins !
Je me laissai tomber à terre en poussant un râle de fatigue.
Si on s'arrête, on ne pourra plus repartir, m'avertit Tifa.
Je n'en peux plus ! lui répondis-je mentalement, tant ma bouche était sèche.
Elle m'avait pourtant conseillé de manger et boire, quand on était encore dans la forêt, mais je ne l'avais pas écoutée. Son silence était plus accusateur que tous les mots qu'elle aurait pu formuler, comme « Je t'avais prévenue ! »
Nous allons mourir, lui dis-je.
Là encore, elle ne répondit rien, mais je sentis qu'elle était de mon avis. Elle le sentait aussi : nous avions atteint nos limites.
Je me mis à penser aux légendes de son monde : quand les gens mouraient, ils rejoignaient la Rivière de la Vie. Leur esprit se fondait avec les autres, offrant leur expérience à ce monde. Et moi ? Pourrais-je rejoindre la Rivière de la Vie ? M'accepterait-on ? J'en doutais. J'étais une terrienne, une intruse, un parasite ! Si cette planète était un immense organisme vivant, elle me rejetterait, comme un corps rejetait une cellule étrangère. Comme Jenova…
Ne sois pas si cruelle envers toi-même… tempéra Tifa.
Oh, elle essayait de me rassurer, maintenant ? Cette fois, j'avais vraiment touché le fond.
Amicia… dit-elle sur le ton du reproche.
Je voulus m'excuser pour ce sarcasme, mais je n'avais plus la force de réfléchir. J'avais si chaud ! Je ne pouvais même pas pleurer, mon corps était desséché.
Je fermai les yeux et accueillis l'inconscience avec soulagement.
POV Sephiroth
Le désert s'étendait devant moi, immense étendue de sable et de montagnes de couleur ocre.
J'avais toujours aimé cette région. Quand j'étais enfant, le professeur Gast m'y avait emmené en vacances une fois, malgré les protestations de Hojo. J'avais adoré cet endroit !
Je n'aurais jamais cru y remettre les pieds, après ma troisième résurrection. Cette fois, au moins, ce n'était pas Jenova, mais Aéris et Zack qui m'avaient ramené, et je leur étais reconnaissant d'avoir choisi cette région.
La chaleur et l'environnement hostile auraient eu raison d'une personne normale, mais pas moi.
Ici, j'avais été seul pendant suffisamment longtemps pour reprendre des forces, avant de m'attaquer à la mission pour laquelle on m'avait ramené.
Aider la planète à contrer une nouvelle menace venue d'un autre monde… J'aurais préféré avoir affaire à des survivants de Deepground. D'autant que c'était une mission compliquée. Il ne suffisait pas d'éliminer tous les terriens se dressant sur mon chemin, non !
Aéris m'avait expliqué qu'un certain nombre d'entre eux ne voulait pas coloniser ce monde, juste y survivre, et que je devais les aider, les guider et les protéger. Protéger, ça, c'était dans mes cordes. Mais les guider… C'était plus dur, car ils étaient de nature méfiante et j'inspirais la crainte depuis toujours.
Mais le groupe que j'avais trouvé dans le désert il y a plus d'une semaine était si faible et désespéré qu'ils avaient accepté mon aide pour s'installer dans une ancienne ville fantôme, située dans le désert.
J'ignorais l'existence de cette ville autrefois, mais apparemment, elle n'était qu'une ébauche, un projet abandonné du WRO avant l'attaque de Deepground.
Les maisons étaient à peine finies quand l'armée avait attaqué cet endroit et enlevé tous les ouvriers.
En arrivant ici, les terriens avaient remis cet endroit à neuf. Certains, grâce à leurs pouvoirs, avaient même fait des merveilles. C'était désormais une petite ville où il faisait bon vivre.
Il faisait quand même chaud. Parfois, je me disais que j'aurais préféré Ajit pour son climat plus tempéré, mais Aéris me l'avait déconseillé. La Shinra et Avalanche connaissaient cet endroit, ils n'auraient aucun mal à localiser les terriens s'ils s'y étaient installés. Il avait donc fallu se rabattre sur cette ville.
Les réfugiés avaient baptisé cet endroit Haven et menaient désormais une vie secrète, loin des gaïens. Sauf de moi, qui leur donnais souvent des conseils de survie ou les aidais à exterminer des monstres rôdant autour de la ville. Depuis lors, une forme d'acceptation tacite s'était formée. Personne ne remettait jamais mon autorité en question et ils avaient fini par comprendre que je souhaitais me cacher autant qu'eux.
Je finis de nettoyer le sang d'un monstre sur mon sabre puis le rengainai. J'avais fini de nettoyer ce secteur, il était temps de rentrer.
Je déployai mon aile et m'envolai pour rejoindre Haven. Même si je détestais toujours cette partie de moi qui n'avait rien d'humain, je devais admettre que voler était très agréable.
Je ne tardai pas à apercevoir un arbre rabougri, en contrebas. Grâce à ma vue plus performante que celle d'un humain ordinaire, je vis une forme humaine allongée en dessous.
Je reconnus une silhouette humaine, celle d'une femme. Elle devait être morte de soif, perdue dans le désert !
Je descendis en piqué pour m'approcher d'elle. Arrivé à quelques mètres, je remarquai que sa poitrine continuait de bouger, même si c'était infime. Elle était encore en vie !
Je pressai le pas et m'agenouillai auprès d'elle. Avec stupeur, je reconnus Tifa. Ça alors ! Je ne pensais pas revoir un de mes anciens ennemis aussi vite. Mais que faisait-elle ici, seule en plein désert ? Elle n'avait pas d'équipement sur elle, pas d'eau ni de nourriture. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Je regardai autour de moi, mais ne vis aucun autre membre d'Avalanche dans les parages. Le vaisseau du groupe n'était pas en vue non plus.
Secouant la tête, j'ouvris la gourde que je portais en bandoulière et l'approchai doucement de ses lèvres.
Au début, il n'y eut pas de réaction. Le liquide coula le long de son menton. Pourtant, elle dut sentir le contact de l'eau car, avec effort, elle ouvrit les lèvres et tendit son visage en direction de la gourde.
La première gorgée fut prise sans problème, mais à la deuxième, elle se mit à tousser.
« Doucement… » lui dis-je.
Ses sourcils se froncèrent. Je réalisai mon erreur trop tard. Évidemment, elle connaissait ma voix !
POV Amicia
L'eau… J'avais presque oublié combien c'était délicieusement froid et revigorant !
Trop pressée d'avaler, je faillis m'étouffer à la deuxième gorgée.
« Doucement… » me dit quelqu'un.
Cette voix… Elle me rappelait quelqu'un, mais qui ? J'attendis quand même d'avoir avalé un peu plus d'eau avant d'ouvrir les yeux.
D'abord, je fus aveuglée par le soleil à travers le feuillage de l'arbre, puis je discernai un visage, penché au-dessus de moi.
Le contre-jour le rendait sombre, mais je vis qu'il avait des yeux de chat verts et brillants. Quelques mèches de ses cheveux argentés renvoyaient la lumière du soleil autour de lui comme un miroir. Sephiroth !
Non ! Impossible, me dit la voix de Tifa.
Elle se mit à paniquer, ce qui provoqua un soubresaut dans mon corps.
Je sentis une main se poser sur mon épaule.
« Je ne vais pas te faire de mal », me dit-il.
Pas de doute, c'était bien lui ! Qu'est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que nous étions mortes et seules face à son esprit ?
Non, si c'était le cas, nous ne serions pas encore en train d'agoniser à cause de la chaleur !
« Pitié… Ne nous faites pas de mal ! » dis-je d'une voix rauque.
« Nous ? » dit Sephiroth.
Je le vis jeter des coups d'œil à droite et à gauche, à la recherche d'une autre personne.
Quand son regard revint sur moi, il fronça des sourcils et se pencha plus en avant.
« Tifa… ? C'est bien toi ? »
Je poussai un soupir de fatigue. Comment avait-il deviné que ce n'était pas tout à fait elle ?
Tes yeux ! Les miens sont noisette, dit Tifa.
Je sentis mes poings se crisper à cause d'elle, car elle était partagée entre la fatigue, la peur et la colère. Penser qu'elle était faible et impuissante face à l'assassin de son père lui était insupportable. Moi, j'étais paralysée par la peur et trop fatiguée pour m'éloigner de lui.
Soudain, je sentis un bras puissant se glisser sous mes genoux et un autre s'enrouler autour de mes épaules.
Je fus soulevée dans ses bras, puis de légers cahots m'indiquèrent qu'il commençait à marcher.
Où nous emmène-t-il ? me demandai-je.
Je ne sais pas, mais ça ne présage rien de bon ! me dit Tifa, paniquée.
Je fus ballottée pendant un moment, sans savoir combien de temps s'écoula. Une heure ? Une journée ?
Peut-être une journée, car bientôt, ce fut l'obscurité. Je pus ouvrir les yeux et réaliser qu'il me portait bien dans ses bras.
Le regard droit devant lui, il ne semblait pas avoir remarqué que j'étais plus réveillée.
Des bruits me parvinrent : des voix, des pas, une voiture… mais j'étais trop groggy pour réfléchir à ce que ça impliquait.
Bientôt, il n'y eut plus de chaleur, mais de l'air frais. La climatisation ! Et l'odeur typique qu'on sent à l'intérieur d'une maison.
Je refermai les yeux, soulagée de ne plus sentir le soleil et la chaleur m'agresser.
Soudain, je sentis mon sauveur s'arrêter, puis me poser sur une surface douce et molle.
Je feignis l'inconscience, espérant qu'il ne tenterait rien tant que je serais endormie.
Ses bruits de pas s'éloignèrent, avant de cesser totalement de résonner à mes oreilles.
Je restai encore quelques minutes allongée, pour me reposer.
Quand je me sentis mieux, j'ouvris les yeux et me redressai pour inspecter les lieux.
J'étais dans une chambre. L'endroit était sobre, mais pas sinistre : un lit, une table, une chaise… La fenêtre était ouverte, les rideaux blancs s'agitaient au moindre souffle de vent.
Je réalisai qu'il avait laissé la gourde près de moi. Je m'empressai de la prendre et d'en vider son contenu. Mon ventre protesta, tiraillé par cet apport d'eau trop rapide. C'était excessif, après avoir vécu des journées de privation dans le désert, mais qu'importe car j'avais trop soif !
Lorsque j'eus vidé le récipient, je le laissai tomber au sol et poussai un soupir de soulagement.
Nous étions vivantes !
Pourtant, cela n'expliquait pas ce qui s'était passé. Comment Sephiroth pouvait-il être en vie ? Pourquoi nous avoir sauvées dans le désert ? Et où étions-nous, au juste ?
En tous cas, c'était un miracle que nous soyons encore en vie.
Quand Sephiroth reviendrait, j'aviserais. En attendant, je voulais juste savourer la fraîcheur et le fait de n'avoir plus soif.
Après ce qui devait ressembler à une heure, j'entendis des bruits de pas. Plusieurs personnes approchaient !
Je voulus me lever, mais mes jambes me faisaient encore mal.
« Je l'ai trouvée en plein désert, à moitié morte », dit la voix de Sephiroth.
« Vous voulez déjà que je la scanne ? »
Cette voix ! C'était celle de Sarah, mon amie.
« Il vaut mieux. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose qui cloche chez elle. On jurerait Tifa, mais elle n'a pas ses yeux, et… je ne sais pas, il y a quelque chose de différent. »
« Et vous voulez que je vérifie ça avant que la nouvelle s'ébruite, pour ne pas donner de faux espoirs à Daniel et aux enfants. »
Daniel et les enfants ! Ils sont donc là, me dit Tifa, pleine d'espoir.
Je n'eus pas le temps de lui répondre. Sarah et Sephiroth apparurent à l'entrée de la pièce.
Je regardai mon amie avec joie et soulagement. C'était bien elle !
Sa peau avait bien bronzé. Sa chevelure blonde était tressée en queue de cheval. Elle portait une petite robe bleue, des leggings gris et des baskets blanches aux lacets bleus.
Elle fit quelques pas vers moi, puis ses yeux devinrent vert lumineux. Un rayon en sortit et me balaya des pieds à la tête.
Qu'est-ce qu'elle fait ? me demanda Tifa.
Elle nous scanne.
Je croyais qu'elle pouvait juste lancer des rayons laser ?
En fait, Sarah avait développé d'autres pouvoirs pendant la dernière année passée au camp. Elle pouvait émettre toutes sortes de rayons, y compris celui des scanners.
Je savais aussi, pour l'avoir vue fixer les vestiaires des garçons à l'école d'Hiddenville, qu'elle pouvait voir à travers les murs comme Superman.
C'est un peu effrayant, me dit Tifa.
Moi, je trouvais ça cool. Ça faisait très Supergirl.
Lorsqu'elle eut fini, les yeux de Sarah se fermèrent, puis se rouvrirent avec l'air normal. Elle me regarda avec l'air ahuri.
« Amicia ?! »
« Salut, Sarah. »
Mon amie s'approcha lentement de moi et tendit la main, avant de la rétracter puis elle joignit les deux devant sa bouche.
« Mais qu'est-ce que… ? Enfin, qu'est-ce qui… ? Comment ! »
Je ne savais pas quoi lui répondre.
« Alors ? Ce n'est pas Tifa ? » demanda Sephiroth.
« Euh… il y a deux personnes à l'intérieur de ce corps. Je peux lire deux auras. Il y a celle d'Amicia, une vieille amie, mais aussi celle d'une autre personne que je ne connais pas. »
Elle peut nous voir ! Impressionnant, dit Tifa.
J'hésitai. Devais-je dire que c'était bien Tifa, la deuxième personne présente en moi ?
Non ! Ne fais pas ça, me dit-elle. Je ne préfère pas. Je n'ai pas confiance en Sephiroth.
« Pouvez-vous m'expliquer ce que ça signifie ? » dit Sephiroth en me regardant avec méfiance.
Hélas, je ne pouvais pas lui cacher la vérité, pas avec Sarah à qui on ne pouvait rien cacher. Je leur expliquai ce qui m'était arrivé après le Bal de l'Automne. Comment on m'avait punie en me faisant participer à cette expérience dans le caisson, qui m'avait valu de me retrouver coincée dans ce corps, puis les journées où j'avais été enfermée dans une cellule à l'hôpital, à délivrer des informations sur ce monde, avant de finalement m'enfuir. Quand j'arrivai au moment de la mort de mes parents et des autres personnes du camp, Sarah prit l'air horrifié. Évidemment, son père avait été tué dans la fusillade. Je conclus par mon errance dans les bois, puis dans le désert avant qu'on me retrouve.
Quand j'eus fini, Sarah se mit à pleurer. N'y tenant plus, je m'approchai et voulus la serrer dans mes bras, mais elle sursauta et me regarda bizarrement. Bien sûr, je n'étais plus vraiment Amicia, du moins en apparence.
Pourtant, mon amie secoua la tête et se blottit dans mes bras pour pleurer.
Je la serrai contre moi en silence, sentant revenir le chagrin pour mes propres parents.
Sephiroth ne dit rien et nous quitta, nous laissant seules pour pleurer nos morts.
