On approche de la fin de cette fic...


Chapitre 10 : Donne moi le temps...

« Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible » – Antoine de Saint Exupéry

Elizabeth jeta un coup d'oeil nerveux à John, puis suivit le médecin vers son bureau situé à l'autre bout de l'infirmerie où attendait le reste de l'équipe. Eux aussi angoissaient, eux aussi se demandaient quand cette chute vertigineuse dans cet épouvantable cauchemar cesserait. Quand verront-ils le bout du tunnel...

- « Rodney? » appela Elizabeth.

- « Il n'y a rien... je n'ai rien trouvé » répondit-il sans oser affronter le regard de la jeune femme.

Des heures de recherches pour finalement ne rien trouver. La montée d'adrénaline avait toujours eu un effet bénéfique sur le scientifique, il excellait sous la pression. Mais en l'occurrence, ni la dose massive de caféine, ni le surcroît de stress ne lui avaient permis de les sortir de ce mauvais guêpier.

- « Je suis désolée Elizabeth » fit-il la gorge nouée.

- « Vous n'avez pas à l'être. »

- « A quel stade en est-il? » demanda Rodney

C'était horrible mais il était le seul de l'équipe à n'être pas allé au chevet de John depuis plusieurs heures. Non pas en raison d'un manque de temps, ayant constaté depuis plus de deux heures que ses recherches s'avéraient vaines, mais il ne pouvait pas tout simplement. Voir de ses propres yeux un ami s'enfoncer dans la maladie en constatant les ravages alors qu'il avait toujours connu un John d'apparence indestructible, c'était au dessus de ses forces. En dépit de toutes les horreurs à quoi il avait pu assister depuis le début de cette expédition, celle-ci était la pire.

- « Les dernières radios nous montre un oedème lésionnel : il est en détresse respiratoire aiguë comme il le serait avec une pneumonie. » informa Keller.

Tous pâlirent en comprenant où le médecin voulait en venir.

- « Mais .. » enchaîna Keller en affichant un demi sourire « J'ai une bonne nouvelle. Ronon vous voulez leur dire? »

- « C'est vous le médecin. »

Jennifer rapporta la conversation qu'elle avait eu avec Ronon voilà quelques heures auparavant. C'était une vraie bénédiction, le runner possédait dans ses gênes une immunité naturelle qui permettait d'enrailler l'Y.Pestis, la muant d'un fléau en une maladie guérissable sous quelques jours. Après s'être assurée qu'il s'agit du même bacille ayant touché le runner et le colonel, Keller s'était attelée à créer un antibiotique spécifique en modifiant la formule de base. Ce n'était pas gagné par avance, mais après un acharnement sans failles la jeune femme était finalement parvenue à un sérum.

- « On vient de le lui administrer. »

Elizabeth ne put réprimer sa joie, elle plaça ses deux mains sur la bouche pour camoufler un cri.

- « Attendez avant de clamer victoire trop tôt » murmura Rodney finaud, mais tous l'avaient entendu.

- « Mais enfin pourquoi voir toujours tout en noir? » le réprima Teyla

Sa nature pessimiste, mais également l'expérience de la vie lui avaient tout simplement démontré que rien n'est aussi facile. Il y a toujours un obstacle pour se mettre au travers... En l'occurrence il suffisait de voir le visage sombre du médecin pour se laisser convaincre du fait qu'il y ait un « mais ».

- « Rodney a raison. »

- « Comment ça?! » s'étrangla Elizabeth. « Vous.. vous n'êtes pas certaine de la fiabilité de votre sérum? »

- « Disons plutôt de son efficacité » bégaya Keller dont l'affolement de la dirigeante lui faisait perdre tous ses moyens.

Ronon, qui jusqu'à là était resté silencieux, décida de lui apporter son aide.

- « Ce que Keller veut dire c'est que le temps joue contre nous. La peste a causé des dommages... et qu'il est peut être déjà trop tard pour le sauver. »

- « Mais vu sa condition physique et son âge, il faut continuer de garder espoir » poursuivit Keller son aplomb retrouvé. « On doit laisser le temps faire son oeuvre. »

Les mâchoires crispés, Ronon ne trouva rien d'autres à ajouter et se tapit dans un coin de la pièce. Il avait trop attendu avant de parler de ses doutes au médecin, bien trop attendu...Peur de se montrer ridicule, peur de faire perdre du temps à Keller, le runner avait préféré se taire en premier lieu, et finalement, dicté par son instinct il lui en avait parlé. Son hésitation coûterait peut être la vie à John... Si tel est le cas, jamais il ne se le pardonnerait.

Keller devina les pensées du runner. Comment aurait-il pu sans la moindre formation médicale faire un lien entre sa maladie et celle de John ? Beaucoup d'épidémies présentent les mêmes symptômes alors que l'issue n'est pas pareille. La grippe n'est pas en règle générale mortelle, pourtant les prémices de cette maladie sont identiques à ceux de la peste jusqu'à ce que le spécimen présente une dyspnée. Ronon n'avait pas à se jeter la pierre, bien au contraire sans lui John n'aurait eu pas une seule chance. Au moins à présent, il disposait d'une arme contre quoi lutter l'Y.Pestis.

- « Quand serons nous fixés? » s'enquit Elizabeth

- « Je ne peux pas vraiment vous le dire, dans une heure peut être plus...Tout ce qu'on a faire c'est d'attendre. »

- « Si ce n'est pas trop tard » maugréa Ronon en pivotant sur ses talons pour sortir de cette pièce qui lui semblait rétrécir à vue d'oeil.

- « Mais enfin qu'est ce qui lui arrive encore? » demanda Rodney

- « Il s'en veut d'avoir trop attendu pour venir vous en parler, c'est ça? » hasarda Elizabeth

Sous ses airs de bourru sans coeur, se cachait un coeur d'or, le coeur d'un homme fidèle en amitié prêt à tout donner pour aider ceux qui comptaient pour lui. Ronon ne cesserait jamais de les surprendre, et ce dans le bon sens du terme. D'un certain côté, il ressemblait beaucoup à John dans le fait où les deux hommes s'étaient pris d'affection l'un pour l'autre mais sans jamais se l'avouer ouvertement. Mais la situation était claire pour eux : un lien d'amitié les unissait. C'était certainement la raison pour laquelle le runner se portait à faux d'avoir trop attendu. Ce n'était pas tant l'homme qui lui avait permis de rester sur atlantis qu'il risquait de perdre, mais un ami tout simplement, un frère d'armes.

Elizabeth chercha Ronon après qu'il ait quitté si brusquement le bureau de Keller, mais il n'était pas allé bien loin. La jeune femme le trouva au chevet du militaire, elle préféra donc laisser les deux hommes parler en privé. De là où elle était, Elizabeth ne pouvait pas entendre la conversation mais elle devina aisément qu'il s'agissait pour le runner d'une discussion à coeur ouvert.

- « Il vient de s'endormir » informa Ronon en rejoignant Elizabeth qui était restée tapis dans un coin de l'infirmerie.

- « Au moins quand il dort il ne souffre plus » dit-elle en croisant les bras. « Ronon... »

- « Je lui ai demandé pardon. »

Surprise, la jeune femme ne sut quoi rétorquer face à un tel aveu.

- « Mais il a refusé de me pardonner estimant que je n'avais rien à me reprocher » enchaîna t-il

- « Et il a eu raison de vous le dire. Ecoutez... personne ici ne vous reproche quoi que ce soit. Vous n'étiez qu'un enfant lorsque vous aviez contracté la peste. Comment auriez-vous pu faire si facilement le lien, alors que vous aviez survécu ainsi que votre peuple? N'importe qui à votre place aurait eu les mêmes hésitations... Et John le sait. »

- « Comment pouvez réagir ainsi alors qu'il fort probable que l'homme que vous aimez ne survive pas? »

- « Je me suis permise de craquer.. maintenant je me dois de me montrer forte d'autant plus qu'il y a une chance qu'il guérisse alors qu'il y a à peine quelques heures il n'en avait pas. »

- « Il vous aime comme un dingue, vous savez? »

Elizabeth esquissa un sourire et reporta son attention sur John endormi. Il semblait si paisible... mais les apparences sont souvent trompeuses, il suffisait pour cela d'entendre sa respiration saccadée et sifflante.

- « Je le sais, oui. »

Leur histoire ne devait pas se finir de la sorte, pas comme ça. Ils avaient encore tant de choses à vivre et à partager, à commencer par la venue de leur enfant. Le fruit de leur amour.

- « Je suis enceinte » annonça t-elle en croisant le regard du runner.

Sans savoir vraiment pourquoi, Elizabeth avait ressenti le besoin de lui parler de sa grossesse, alors que Ronon n'aurait pas été la première personne à qui elle l'aurait annoncé dans des circonstances normales. Un besoin de se décharger un peu de ce lourd fardeau d'avoir un enfant sans père peut être...

- « Oh... »

- « Oui, oh comme vous le dites. »

- « Est-ce qu'il le sait? »

- « Non. »

- « Vous devriez le lui dire. »

Ronon avait raison. Or, elle avait toujours pensé annoncer une potentielle grossesse à l'homme qu'elle aime dans des circonstances particulières afin que ce moment soit en quelque sorte mémorable. Un moment qui sonnerait comme le début d'une nouvelle vie, un bon souvenir qu'on aime à se rappeler.