Chapitre 10

Une Simple Cigarette

Il n'avait vraiment pas besoin de ça. Sa vie était déjà suffisamment compliquée comme ça. Alors se coltiner en plus un blondinet androgyne, merveilleusement beau, mais fils du feu Seigneur des Ténèbres ? Trouver le temps de le surveiller alors que ses journées étaient déjà bien remplies ? Et 24 heures sur 24 ? Vivre avec lui, sous le même toit, manger à la même table… Définir si ce monstre était bien le fils de son père ou un simple gosse en pleine dépression ? Dans les deux cas, c'était la misère !

Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de le défendre ?

Pour contredire le Ministre… Mais ce satané Scrimgeour lui avait bien fait payer son audace. Il regrettait amèrement maintenant. Dorénavant, il maudira le jour où ce lion momifié lui avait collé l'héritier de Voldemort entre les pattes ! Lui, il était le « Sauveur », l'« Elu », le « Survivant ». Alors s'il devait lui-même tuer ce futur Mage Noir, il le ferait sans hésiter !

Harry était tout à sa colère, et ne prêta pas une seconde d'attention à toutes les explications de ses deux amis sur l'histoire de cette maison. « En plus, il faut tout lui expliquer à cette fillette ! » Harry avait la haine.

Il le trouvait beau, envoûtant, intriguant, hypnotisant… Et cette sensation ne faisait qu'accroître sa méfiance envers lui. Ce n'était pas naturel une telle attirance. Sûrement une ruse chargée de Magie Noire ! Et ces yeux, Merlin ! Ces yeux qui semblaient pourtant dévoiler son âme, mais qui pourtant la cachaient merveilleusement bien. Il mourrait d'envie de s'emparer d'un couteau et de les ouvrir pour voir s'ils ne dissimulaient pas un secret honteux.

A cette pensée, il esquissa un sourire sadique.

- « Quelque chose ne va pas, Harry ? » demanda timidement Hermione.

Ils avaient fini de tout lui raconter, et le silence était revenu. Draco arborait un visage neutre et semblait réfléchir. « Si jamais il cherche un moyen de tirer à profit la Magie Noire de la maison de mon parrain, je jure de lui faire payer ! s'exclama silencieusement Harry. Et je le saurais ! Je lui collerais aux basques ! Tant qu'il n'en pourra plus de moi ! » Et il ricana intérieurement.

Le beau blond fit un mouvement vers sa poche. Harry se braqua, près à répliquer s'il sortait sa baguette, mais se reprit vivement. « Ron et Hermione sont là. Il n'osera rien tant qu'il se trouvera en infériorité numérique ». Non, Draco sortait simplement son paquet de cigarette, machinalement, par pur réflexe pour parvenir à absorber la somme considérable d'informations qu'il venait d'ingérer.

- « On ne fume pas ici, » dit sèchement Harry.

L'androgyne sursauta, revenant à lui. Mais ses iris prirent une teinte rougeoyante. Il n'aimait pas du tout le ton qu'avait pris le brun.

« Mais c'est qu'il l'allume ! », s'insurgea l'« Elu ».

Ron et Hermione étaient pétrifiés. Ils savaient leur ami en colère, et lorsque c'était le cas, mieux valait éviter de le contrarier. Eux, préféraient attendre que cela passe tout seul avant de lui parler à nouveau. Mais Draco ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Il inspira une longue bouffée de nicotine, l'air provocateur, et la souffla au visage du brun… Cela s'annonçait mal…

Harry s'était calmé. Allongé sur son lit, il méditait son comportement. Même ses pensées le révulsaient. Après tout, Draco n'avait rien fait de mal… Pour l'instant. Il était sans cesse en train d'hésiter entre sa culpabilité et son innocence. Et à chaque fois, il était sûr de lui. Persuadé qu'il était le pire des Mages Noirs, pire que Voldemort lui-même. Ou certain que ce n'était qu'un pauvre gamin, jeté à la rue, qui avait vécu comme le plus misérable des miséreux. Il ressentait pour lui, soit une haine féroce, soit de la pitié qui lui serrait le cœur. Ce garçon lui inspirait des sentiments extrêmes, jamais entre deux. Il le faisait tourner en bourrique.

Tout à l'heure, le « Survivant » n'avait pas bougé le petit doigt. Mais sa magie avait explosée, faisant éclater tous les objets de la pièce. Les deux fiancés avaient été obligés de jeter Draco sous la table pour le protéger. Et ce geste n'avait fait qu'augmenter la colère de l'« Elu ». De sa baguette, il avait invoqué les eaux qui s'étaient déversées rageusement dans la pièce, la transformant en piscine qui manqua de les noyer. Avec un sourire sadique, il avait pataugé jusqu'à l'androgyne pour lui prendre lui agripper le menton et relever son visage ruisselant vers lui.

- « Essaie encore une fois d'en allumer une dans ma maison, et je jure de t'enfermer dans un aquarium jusqu'à ce que tu passe de vie à trépas. »

Et il était parti sans un regard en arrière.

Maintenant qu'il avait dévasté sa chambre, et que sa rage s'était envolée, il réalisait à quel point il avait été cruel. Cruel et stupide. Il venait de montrer qu'il était sérieusement atteint mentalement. Un dérangé. Et un dangereux. Il s'était laissé emporter, et sa magie était trop puissante pour ne pas faire de dégâts…

Un terrible sentiment de malaise l'envahi. Tout ça pour une simple cigarette ? Il savait que le blond fumait : il l'avait senti en entrant dans son appartement. Certes, l'odeur était dérangeante lorsqu'elle finissait par imprégner durable les pièces. Mais il aurait suffit d'ouvrir une fenêtre ! S'il était vraiment accro, il ne pouvait pas lui ordonner d'arrêter du jour au lendemain ! C'était le meilleur moyen pour l'obliger à se cacher pour fumer, et donc le premier pas vers les secrets. Et Harry se devait de mieux connaître le garçon, qu'il n'ait aucun mystère pour lui. Il devait faire un rapport. Qu'allait-il mettre dedans ? « S'enferme dans la salle de bain pour assouvir de viles dépendances que je lui ai interdites » ? Il passerait pour un toxico. Et une cigarette de temps en temps, même si c'est par besoin, n'a jamais été la preuve d'une sévère toxicomanie. On penserait qu'il se drogue. Et Harry ne devait pas mentir, ni rien exagérer. Il se devait d'être juste, et faire très attention à ce compte rendu détaillé qu'il devait faire, tout en sachant que le moindre mot pourrait coûter la vie au garçon. Sans le connaître, les gens avaient déjà une très mauvaise opinion de lui. Même lui.

« Mais aussi, quoi, Merlin ! Il me provoque ouvertement alors que j'ai le droit de vie ou de mort sur lui ! Il le fait exprès ma parole ! Il n'a aucune jugeote ? Sa vie ne compte-t-elle pas à ses yeux ? »

Cette dernière pensée faucha littéralement Harry. Et s'il se moquait de vivre ou mourir ? Non, il aurait déjà mit fin à ses jours, ou n'aurait pas cherché à se défendre lors du procès… Peut-être se laissait-il faire aveuglément ? Mais pourquoi ? Il n'avait donc aucune volonté ? Ni celle de vivre, ni celle de mourir ? Avait-il une aussi piètre opinion de lui-même ?

Harry se redressa brusquement… Si le brun se sentait dépressif, comment qualifier le comportement du blond ?

Il fût brusquement interrompu dans ses pensées par coups secs frappés contre la porte.

- « Harry ? fit la voix d'Hermione, visiblement excédée. Tu t'es calmé maintenant, sombre crétin ? Parce-que je me sens d'humeur à te faire la leçon de ta vie ! »

L'interpelé grimaça. Il l'avait mérité, c'était sûr, mais les leçons de la jeune femme étaient souvent loin d'être douces…

Hésitant, Harry se glissa lentement jusqu'à la porte qu'il entrebâilla… avant de se faire propulser contre le mur par une Hermione, furibonde, entrant tel un ouragan.

- « Harry ! C'est quoi ce comportement irresponsable ? Non mais tu t'es vu un peu ? Tu réalises ta bêtise ? Tu as failli nous noyer tous les trois ! Et tu as terrorisé ce pauvre garçon ! C'est toi qui a voulu le sauver, et je t'avais prévenu ! Tu es responsable de tes actes ! Assume-les ! Mais même sans parvenir à comprendre une chose aussi simple, ce que tu as fait était inadmissible ! C'est digne de Bellatrix Lestrange ! Non mais tu te rends compte ? Est-ce que tu te rends compte ? Et tu avais l'air tellement content de ton coup ! Tu avais ce bonheur malsain imprimé sur la figure ! C'est toi qui devrais recevoir le baiser du Détraqueur ! Tu réalises à quel point tu es dangereux ?...

- Hermione ! la coupa Ron. Tu vas un peu loin là !

- Non, je ne vais pas loin ! Mais est-ce que tu comprends ce qui vient de se passer ? Il…

- Je sais ! s'écria Harry, la coupant à nouveau dans son monologue véhément. J'ai compris Hermione… Et crois-moi, je ne suis pas fier… »

La jeune femme ne sembla pas calmée pour autant, mais ne dit plus rien. Elle se contenta de toiser Harry du regard, cherchant à percer un mensonge derrière ce retournement de situation.

- « Bien, fit-elle finalement en voyant qu'Harry était sincère. Alors tu vas aller t'excuser, et plus vite que ça ! »

Elle pointa résolument le doigt sur la porte. Impossible de la contredire. Elle aurait été capable de lui jeter un « Avada Kedavra » rien qu'avec ses yeux. Et Harry se demanda vaguement lequel des deux était le plus dangereux… Seul Ron semblait inoffensif dans cette maison de fous furieux.

Harry s'approcha d'un pas lourd vers le couloir et descendit les escaliers. Il repassa dans sa tête tous les mots d'excuses qu'il pouvait trouver pour être convaincants, sans paraître faible aux yeux d'un possible futur Mage Noir… S'excuser auprès du fils de Voldemort… Lui, le « Survivant »… C'était un comble !

Il hésitait encore sur deux phrases lorsqu'il pénétra dans la cuisine. Le sol avait été nettoyé, de nouveau sec, sans doute par un sort d'Hermione. Mais la petite boule de draps enroulés autour d'une frêle silhouette tremblotait encore, une tasse fumante dans une main pâle qui dépassait. En le voyant entrer, Draco sursauta, et lui lança un regard noir. Oui, noir. Noir de peur, même s'ils se voulaient chargés de haine. Le cœur d'Harry se serra, et il oublia tous ses mots soigneusement choisis.

- « Je suis désolé, dit-il en voulant éclairer la couleur de ses iris. Pardon, je n'aurais pas du réagir comme ça… »

Mais voyant que ses mots n'opéraient aucun changement, il ajouta :

- « Tu peux fumer, si tu veux… Ca ne me dérange pas. »

Brusquement, le gris réapparut. Et l'expression de son visage reflétait la surprise et l'incompréhension. Arrivé à ses fins, Harry ne put s'empêcher d'ajouter…

- « Mais ne me provoque plus ! »

Hermione aurait sauté à la gorge du brun si le blond n'avait pas acquiescé.