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Totalement imperméable à tout ce qui l'entourait, Ori se laissa tomber au sol en se tordant de douleur. La souffrance était telle qu'elle avait gommée toutes les autres sensations, émotions ou perceptions, l'enfermant dans une carapace de douleur opaque. Il ne ressentit même pas la pression des mains fermes qui s'emparèrent de son bras et de l'aiguille qui perça sa peau, mais il eut le reflexe de se débattre de toutes ses forces.

Le manque lui faisait tellement mal qu'il suppliait sans s'en rendre compte qu'on l'achève, murmurant le nom de Dwalin en le conjurant de lui venir en aide.

— Courage gamin, c'est bientôt fini…


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Bilbo se réceptionna en expulsant un souffle douloureux. Sonné, il chercha à tâtons son épée qui s'était échappée de ses mains, mais une ombre le couvrit et il eut le reflexe de faire une roulade sur le côté pour éviter la lame d'Azog sans parvenir à retenir un gémissement lorsque celle-ci lui lacéra le flanc. L'orc pâle grogna et lança un puissant coup de pied en direction de sa victime. Le cambrioleur, qui se relevait à ce moment, se prit le coup qui le cueillit au menton et le renvoya au sol.

Il y resta, étourdit, et n'eut que la force de se débattre faiblement lorsque la créature se pencha sur lui pour l'attraper par la gorge et le soulever sans effort. Il vit son adversaire lever son arme, prêt à l'éviscérer et son instinct de survie pris le contrôle de son corps. Avec rage, il se tendit et lança son poing au visage du plus grand de toutes ses forces, sans s'occuper de la douleur qui jaillit dans ses doigts lorsqu'ils se fracassèrent contre la pommette du plus grand. Azog grogna en le laissant tomber et Bilbo en profita pour prendre la fuite au plus vite.

Poursuivit par son ennemi, il parvint enfin à sortir du palais. Il marqua un temps d'arrêt en remarquant, horrifié, que la ville était devenue un champs de bataille. Sans perdre de temps, il s'élança vers les ruelles étroites en espérant s'y cacher, mais Azog le rattrapa et le tacla furieusement, le jetant au sol. Il chercha encore à se débattre mais un coup de poing brutal lui martela la mâchoire et il se calma, sonné.

— Il serait tant que tu te résignes, cambrioleur.
— Lâche-moi !

Azog s'était baissé sur lui et l'avait immobilisé en posant son genoux sur son torse frêle et Bilbo rua pour chercher à se défaire de la prise, mais il était totalement dominé par la puissance destructrice de l'orc qui s'amusa à le voir se débattre désespérément. Puis, avec dévotion, Azog dégaina lentement son épée qu'il posa sur la gorge du plus petit qui s'immobilisa, le souffle court.

— Le moment que je préfère : le regard de la victime qui s'éteint avant même que je ne lui donne la mort…

Paralysé par la peur, Bilbo ne lâcha pas la lame des yeux, incapable de concevoir l'idée qu'Azog allait lui faucher la vie d'un moment à l'autre. Il eut cependant le reflexe de s'emparer d'un petit couteau qui ne le quittait jamais et il le planta rageusement dans la jambe de l'orc, une première fois, puis une deuxième, visant le genoux. La créature rugit et ferma son poing pour le frapper une nouvelle fois mais Bilbo se défendit en portant sa lame à la rencontre du poing qui s'embrocha dessus. Azog feula de douleur et s'empara de la lame qu'il fit voler au loin et le cambrioleur parvint à se défaire de sa prise en frappant son genoux blessé. Il se releva en titubant et parvint à reprendre la fuite, étourdi mais maitre de son corps.

Il s'engouffra dans la ruelle la plus proche, mais dû bifurquer pour éviter un combat qui opposait des elfes contre des orcs, cela ne le ralentit pas et il prit son élan pour sauter sur le toit d'une maison un peu plus bas. Instinctivement, ses pas le guidèrent vers le bas, vers le cœur de la cité, actuellement grouillante de combats, mais il connaissait suffisamment les bas-fond de la ville pour espérer y trouver un endroit où se cacher.

Le cambrioleur retrouva un étroit passage pour descendre plus rapidement. Il se souvenait des mots de Thorin et il chercha à se diriger vers les manufactures de laine, espérant les rejoindre avant de se faire attraper.


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Engourdi et le cœur au bord des lèvres, Ori ouvrit les yeux en gémissant. Il mit du temps à comprendre que s'il ne touchait pas le sol, c'était parce qu'il était porté par Dwalin, sur ses épaules massives, et que le nain marchait sans effort dans les galeries sombres.
Lorsqu'il sentit son fardeau bouger légèrement, le plus grand s'immobilisa et le laissa glisser au sol, l'aidant à s'asseoir contre le mur de pierre.

— Ca va ?
— Qu'est-ce que… Que s'est-il passé ?
— Rien dont tu ne doives te souvenir… Les uruks t'ont retrouvé au moment où ta crise de manque s'est déclenchée. Ils ont voulu te faire parler, mais ils n'en ont pas eu le temps…
— C'est toi qui les a… ?
— Est-ce que tu peux marcher ?

Ori acquiesça mais il ne fit pas mine de bouger. Il se contenta de fixer le plus grand dans les yeux, déterminé à recevoir sa réponse :

— C'est toi qui les a interrompu ?
— Qui veux-tu que ce soit d'autre ?

Les yeux écarquillés, l'espion resta bouche bée puis il remarqua les nouvelles blessures qui zébraient la peau de Dwalin, sur les bras et les quelques déchirures de son vêtement.

— Mais… Pourquoi ?

Le plus grand soupira et hésita à répondre. Il se releva et regarda les filons de pierres phosphorescentes qui veinaient la roche, illuminant suffisamment la galerie pour qu'ils y voient clair.

— A aucun moment je n'ai considéré que tu méritais la mort ou bien les tourments que tu as enduré et que tu connaitras sans doute par la suite. Mais dans la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, un élément comme toi est bien trop dangereux pour que nous prenions le risque de te garder en vie sans protection. J'ai tenté de t'assassiner il y a quelques heures car je savais que les uruks étaient à ta recherche pour te faire parler et qu'ils étaient conscients que tu n'hésitais pas à leur mentir. Et mes craintes étaient fondées : les crises de manque que tu connais sont de plus en plus fortes et ils savent en jouer… Tu as eu le temps de leur parler de l'Arkenstone et des projets de Thorin avant que je n'intervienne…

Sentant les reproches dans la voix du plus vieux, Ori baissa piteusement le museau et il tressaillit lorsque Dwalin s'agenouilla face à lui et prit son menton entre ses doigts pour le forcer à relever le visage.

— Je connais peu de nains qui auraient été capable de supporter ce que tu as vécu, Ori. Smaug a voulu faire de toi une arme, mais tu as révélé un double tranchant acéré. La plupart d'entre nous auraient lutté de toutes leurs forces pour se soustraire à la domination du dragon, certains auraient choisis la mort… Toi, tu as lutté à ta façon et de la manière la plus efficace qui soit…

La main qui tenait son visage se fit plus douce et le pouce vint distraitement caressé sa mâchoire et sa joue qui avait pris la jolie couleur des pivoines en floraison.

— Malheureusement, s'il remet la main sur toi, nous serons tous condamnés au pire.
— Tu vas… Tu as l'intention de me tuer à nouveau ?
— A nouveau ?

Dwalin aurait bien répliqué que s'il avait pris la peine d'attendre l'attaque des uruks pour risquer sa vie en les combattant et récupérer les quelques doses de Dana Skylde qu'ils avaient en leur possession, ce n'était pas pour l'exécuter après avoir fait quelques miles en le portant sur son dos. Mais quelque chose dans l'intonation d'Ori lorsqu'il murmura sa dernière question lui donna l'impression que la conversation avait glissé sur un autre sujet. Intrigué, il s'approcha du plus jeune qui eu du mal à garder la tête froide.

— Je ne me rappelle pas… T'avoir tué d'une quelconque manière…

La voix était grave et le souffle était bien trop proche d'Ori qui se sentit suffoquer, piégé par le regard envoutant du plus grand duquel il n'eut ni la force, ni la volonté de se soustraire. Il tâcha de contrôler le tremblement de ses mains avant de répondre timidement, parvenant à maitriser sa voix sans qu'elle ne bégaie ou qu'elle ne le trahisse.

— Tu l'as… Tu l'as fait.
— Comment ?

Dwalin s'était encore approché, subjugué par les rougeurs qui coloraient sa peau pâle, par les émotions qui débordaient de son regard nerveux mais expressif, par ses lèvres qui s'étaient légèrement entrouvertes, en réponse instinctive au rapprochement de son corps. Il leva sa main et vint griffer le ventre plat de l'espion, s'amusant de déceler les tressaillement qui parcoururent son torse nu et le souffle qui se bloqua dans sa gorge. Il posa sa paume à plat juste au dessus du nombril et la remonta sensuellement, caressant les pectoraux puis l'épaule avant de redescendre sur les flancs. En réponse, le corps du plus jeune s'arqua et Ori retint un juron, épouvanté de constater qu'il commençait à perdre contenance.

— Sensible… Alors ? Si tu m'expliquais de quoi tu es en train de parler ?

Accoutumé à parler sous la torture, Ori parvint à retenir sa voix qui était prête à avouer l'attirance viscérale qu'il ressentait pour lui. Mais, plus que tout, il redoutait son dégoût et son rejet et, s'il lui avait déjà donné l'occasion de lui montrer le premier, il ne voulait pas provoquer le deuxième et il estimait en avait déjà trop dit.
Dwalin nota son trouble et il retint un sourire. Il se surpris à le trouver craquant, séduit plus que de raison par ce tumulte qu'il voyait en lui et dont il devinait aisément la source.

Taquin, il lui caressa doucement la joue et il tressaillit lorsque, soudainement, Ori lui attrapa le poignet, ancrant dans ses yeux un regard noir.

— Je ne suis pas un jouet, Dwalin.

Le guerrier se figea, étonné par la véhémence des mots du plus jeune et il fronça les sourcils.

— Ce n'est pas ainsi que je te considère.
— Comment alors ? C'est flagrant que tu ne me vois que comme un divertissement !

Le plus grand resta médusé. Il était évident que le plus jeune était prêt à tout lui donner, son cœur, son corps et tout ce qu'il lui demandera à la moindre sommation, Dwalin n'était pas naïf et il avait très bien compris la teneur de ses sentiments envers lui.

Toutefois, il resta troublé par sa réaction ambigüe, car si tout en Ori le suppliait d'aller plus loin, de l'accepter et de s'emparer de lui de la manière qui lui convenait le mieux, même son corps l'appelait de façon indécente sans même qu'il ne s'en rende compte, le plus petit le rejetait pourtant à la première approche.

Ils étaient coincés dans les galeries, certainement le lieu le moins dangereux à quelques miles à la ronde et Dwalin ignorait combien de temps il avait marché en portant le plus jeune, quelques heures ou une journée, mais il estimait qu'il avait le droit à une pause, et Ori, non seulement lui avait semblé partant pour passer un doux moment, mais, en plus, l'avait inconsciemment aguiché, avec son regard désireux, sa sensibilité à fleur de peau et sa fière manière de garder la tête haute malgré tout.

— C'est quoi ton problème ? Tu m'allumes avec tes sous-entendus et ton attitude, et ensuite, tu refuses de me laisser profiter de ce que tu me proposes…

Pris au dépourvu, touché par la dureté du regard de Dwalin, Ori déglutit puis il baissa le visage en serrant les poings.

— C'est ça, le problème… Tu as simplement l'intention de te servir… Alors que j'aimerai… Ne pas être un simple passe temps... A tes yeux.

Le guerrier haussa un sourcil en se demandant ce qu'il devait comprendre dans sa déclaration à mi mots.

— Est-ce que… Il s'agit uniquement de moi ou-
— Personne d'autre.

Ori avait une nouvelle fois planté son regard dans le sien et ils restèrent immobiles et silencieux un instant : le plus jeune n'en revenait pas de l'audace insoupçonnée qui l'avait poussé à se déclarer et Dwalin assimilait doucement la signification de ses mots. Il avait fait l'erreur de ne pas comprendre que les sentiments d'Ori étaient sincères, profonds, et certainement vieux de quelques années.

Finalement, ça n'avait rien du désir superflu d'un corps en manque de chaleur et d'attention et, au fond de lui, le guerrier fut ravi de constater que le plus jeune avait préféré mettre les choses au clair dès maintenant plutôt que de se laisser faire et de s'enliser dans une relation simplement basée sur quelque chose de charnel, car cela témoignait de la maturité de ses sentiments.

Doucement, Dwalin étudia l'idée de considérer cet espion autrement que comme le gamin discret qu'il était. Son regard parcourut son corps peu étoffé, zébré de nombreuses cicatrices et taché d'hématomes qui se résorbaient à peine, dont la couleur sombre témoignait de la violence des coups qu'il s'était pris durant les dernières semaines sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit, ses prunelles qui dissimulaient difficilement une panique épouvantée et ses doigts, encore refermés sur son poignet, qui se voulaient fermes, mais dont le tremblement était perceptible…
Se sachant observé impudiquement, l'espion couvrit rapidement de la main la marque que Smaug avait ancrée sur son ventre pour la cacher à Dwalin et le plus grand remonta les yeux pour croiser les siens.
Ori détourna le regard, mal à l'aise et ses doigts posés sur son ventre se rétractèrent pour griffer inconsciemment l'odieuse marque « Propriété de Smaug » comme s'il cherchait mécaniquement, une nouvelle fois au vu des anciennes lacérations, à la faire disparaître.

— Arrête, ne fais pas ça.

Le plus grand lui prit le poignet pour le forcer à arrêter et ils échangèrent un long regard qui le déstabilisa tant les émotions qui vibraient dans les yeux d'Ori étaient palpables.

— Ca te dérange ?

Dwalin le fixa intensément, sondant son regard, puis, lorsqu'il se rendit compte de la proximité alarmante de leur visage, il le lâcha et se releva, avant de s'éloigner en grommelant sombrement.

— Après tout, tu fais ce que tu veux.

Ori resta au sol quelques instants, complètement étourdi par la tournure que venaient de prendre les événements et ils eut besoin de plusieurs minutes avant de trouver la force de se relever et de s'appuyer sur ses jambes tremblantes. Il attrapa les trois doses de Dana Skylde que Dwalin avait posé à côté de lui et il se mit en marche, suivant le guerrier de loin.


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— Qu'est-ce que tu fous ? La galerie pour sortir est celle de droite !
— Et celle de gauche…
— Elle mène au cœur de la ville, à éviter en ce moment…

Nerveux, Fili regardait son frère immobile et fronça les sourcils lorsqu'il constata que celui-ci, engagé dans le couloir de gauche, ne faisait pas mine de revenir sur ses pas, au contraire.

— Smaug, une fois sous sa forme initiale, n'est pas maitrisable… Il laisse sa soif de carnage dicter sa conduite, s'abreuve de la terreur et du sang dans lequel il se vautre…
— Raison de plus pour foutre le camp…

Kili tiqua, mais il ne bougea pas et il posa sa main sur la gaine sertie d'Emeraudes de son épée, le visage de plus en plus sombre.

— Il va cracher son feu sur la ville… Lorsque la plus grande partie des armées de l'Alliance seront piégées dedans… Il l'embrasera, orcs, civiles, soldats… Le dragon ne fera aucune différence… Ce n'est que de cette manière que sa soif de sang débridée sera assouvie… Et c'est la raison pour laquelle il a fait mine de se laisser piéger par l'espion hobbit et qu'il lui a fourni tous les renseignements, falsifiés, qu'il a ensuite fait parvenir aux rois humains… Il y a certaines choses qu'il n'avait pas prévu, mais il a tout de même gardé quelques coups d'avance… Cela fait des années qu'il attend ce moment…

Kili serra la mâchoire, puis il se tourna pour faire face à Fili, le regard sombre.

— Il m'a nommé prince d'Erebor, il est temps que je prenne l'entière responsabilité de ce titre. Ma ville est envahie par une armée qui se proclame unie pour la paix, mais des centaines de femmes et d'enfants sont pris entre deux feux sans que personne ne leur vienne en aide… Et dans quelques heures, il n'en restera que des cendres…
— Horthor, ne te débats pas en vain ! L'avenir de ces hommes est scellé ! Il faut-
— Mais il faut les prévenir, par Mahal ! Il faut que l'on fasse sortir les civiles de là ! Fili, il s'agit de mon peuple ! Qu'ils soient hobbits, humains ou elfes, je dois leur donner une chance ! Je vais montrer à mon père qu'un prince n'est pas un simple pion malléable à merci !

Fili fronça les sourcils, mais il n'eut pas le temps de répliquer, son frère avait tourné les talons et s'était élancé dans le couloir de gauche sans attendre son avis. Il jura en Khudzul et partit à sa poursuite, déterminé à ne pas laisser seul. Que ce soit dans les flammes du roi-dragon ou bien dans les cavernes resplendissantes des anciens royaumes nains, Fili se savait dorénavant prêt à accompagner son frère partout où qu'il aille.

— Je ne t'ai pas demandé de me suivre !
— Ca tombe bien, je ne suis pas à tes ordres.

Hûn Horthor lui répondit d'un claquement de langue agacé et il accéléra le pas, ignorant de quelle manière il devait lui exprimer son soulagement de le savoir à ses côtés.


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— Ho non…

A bout de souffle, Bilbo se figea et posa avec douleur sa main sur le mur de pierre pilée qui scellait la voie dans laquelle il s'était engagé. Il se tourna lentement pour faire face à Azog qui s'était immobilisé à l'entrée du cul-de-sac et qui souriait comme un damné. Après une désagréable course-poursuite à travers Erebor et la bataille qui y sévissait, le plus petit était enfin piégé.

— Moi qui pensais te tuer rapidement et sans douleur, je pense avoir changé d'avis.

Désarmé et sans défense, vidé de ses forces, Bilbo se pressa contre le mur en serrant les poings, décidé à défendre sa vie. Mais, alors que la créature s'approcha en dégainant une petite lame aiguisée, plus douloureuse que mortelle, la combativité sans faille et la ténacité qui lui avaient toujours interdit de baisser les bras l'abandonnèrent après un dernier sursaut pugnace qui fut facilement maitrisé par l'orc pâle qui le jeta au sol en ricanant.

— Smaug m'a donné l'ordre de te tuer, crois moi, je vais le faire avec plaisir.

Le cambrioleur se débattit faiblement, mais c'était en vain et, lorsque la lame pénétra dans sa chaire, entre ses côtes, dans un point trop douloureux pour être supportable, il s'immobilisa immédiatement et se cambra pour fuir la douleur. Mais cette dernière disparu brusquement lorsqu'un coup surpuissant cueillit Azog par surprise, l'écartant du plus petit.

Il se redressa en feulant de rage et Thorin, qui lui faisait face après s'être placé entre lui et le cambrioleur, lui répondit en dégainant son arme, le fixant d'un regard mortel.

— Si tu aimes tant la mort, vient donc chercher la tienne !

Le plus grand rugit et, sans attendre, se jeta sur le nain qui se porta lui aussi à l'attaque, sous le regard abasourdit de Bilbo qui puisa dans ses dernières forces pour se relever en s'aidant du mur, sans lâcher le combat du regard.

Sa grande taille donnait l'avantage à Azog, et Thorin devait compenser en redoublant de technique et d'agilité, mais l'orc menait le combat avec une facilité évidente, même s'il ne parvenait pas encore à mettre le nain en difficulté.
Sans un bruit, Bilbo s'empara d'un couteau de lancer caché dans sa ceinture et il le soupesa avant d'attraper la lame avec expérience. Il visa et attendit la première ouverture pour tirer, conscient qu'il n'aura pas de seconde chance. Elle advint lorsque, au détour d'une botte, le nain bloqua l'attaque de l'orc en hauteur, présentant le torse au cambrioleur qui ajusta et lança.
Thorin sursauta lorsque la lame frôla sa joue avant de se ficher dans la poitrine d'Azog qui rugit. Son rugissement se transforma en hurlement lorsque, d'un brutal coup de tête, le prince nain enfonça l'arme plus profondément en lui, perforant le cœur, avant de volter pour lui donner le coup fatal.

Mais le plus grand riposta, car, à l'instar des animaux sauvages, l'approche de la mort le rendait plus dangereux que jamais et il attaqua Thorin furieusement. L'épée du nain explosa sous la violence de ses coups et, sans défense, il ne put éviter lame qui s'abattit sur lui, puis Azog termina son attaque en le jetant à terre d'un revers fourbe et violent.

— Non !

Sans réfléchir, Bilbo sauta sur l'orc, mais celui-ci parvint à l'empoigner par les cheveux et il le jeta au sol, à côté de Thorin qui gisait, immobile, son sang se répandant sinistrement sur le sol. Paniqué, le cambrioleur voulut se relever, mais un coup de pied le renvoya à terre. En se réceptionnant, il posa sa main sur l'un des éclats de l'arme brisée du nain qui lui ouvrit la paume sans qu'il ne s'en rende compte et, avec l'énergie du désespoir, il s'en empara et la lança de toutes ses forces, visant le visage. L'orc l'évita sans mal, mais il ne s'attendait pas à ce que le hobbit l'attaque ensuite avec un autre éclat de métal et, prenant son élan, le plus petit s'élança sur le monstre, le ceintura de ses jambes et, dans un cri de rage, planta son arme improvisé à la base de la gorge, tranchant la jugulaire une première fois, puis une deuxième et une troisième, jusqu'à ce que l'orc, vidé de son sang, ne s'écroule, emportant le hobbit dans sa chute, l'écrasant sous sa masse.

Ecoeuré par le sang chaud et noir qui coula sur lui, Bilbo paniqua et se débattit, mais il n'avait pas la force de soulever le cadavre qui l'avait piégé. Ce fut Thorin qui l'aida à s'en défaire et qui, une fois libéré, refusa de le lâcher, le gardant contre lui pour une étreinte soulagée.

— Bilbo… Tu es tellement… Surprenant…

Le plus petit ferma les yeux et se cramponna à Thorin en tremblant de tout son corps, puis, lorsqu'il sentit que la poigne du nain se faisait de plus en plus légère, il se sépara de lui en fronçant les sourcils et retint une exclamation horrifiée lorsqu'il constata que ses vêtements étaient imprégnés d'un sang rouge et frais.

— Thorin…
— Ca va aller.
— Tu es blessé !
— Ne t'en fais pas, Bilbo, il faut que l'on sorte d'ici.

Bridant la douleur, Thorin se releva en serrant les dents et il ouvrit la marche, déterminé à ramener Bilbo hors des murs de la cité avant que la colère du dragon ne s'y abatte.


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— Ca va aller, je te le promets.
— Pippin…
— Tu vas t'en sortir, Merry… S'il te plait…

Etouffé par les sanglots, le plus jeune ne put que supplier son cousin de faire quelques pas de plus. Mais, à bout de force, le hobbit fini par se laisser glisser au sol et il posa sa tête contre le mur derrière lui en fermant les yeux.

— Tu dois me laisser Pippin… Tu sais aussi bien que moi ce qu'il va se passer dans quelques heures.
— Pas sans t-
— Beaucoup des nôtres ont réussi à prendre la fuite… Si moi j'étais leur leader, toi tu restes leur roi et tu dois agir en tant que tel… Grace à toi, j'ai l'occasion de partir dignement, mais je refuse de t'emmener avec moi dans la mort.

Comme vidé de ses forces, le plus jeune se laissa tomber à genoux près de son cousin, les larmes aux yeux.

— Non… Ne dis pas ça.
— J'avais un rêve, Pippin, tu te souviens ? Je voulais que la Comté verdisse à nouveau, je voulais entendre des enfants rire et chanter… Tu sais… Si tu redonnes la vie à nos terres et le sourire à notre peuple… tout n'aura pas été vain… Promets le moi, s'il te plait, promets moi que la Comté renaitra…
— Je ne peux pas… Pas tout seul…
— Tu ne seras pas seul… Des centaines de hobbits te suivront… Pip, fais le. Pour moi, pour toutes les victimes de Smaug, pour tous ces esclaves morts enchainés…

Pippin porta sa au visage pour écraser les larmes qui avaient roulé sur ses joues et il se pencha en avant pour enlacer le plus vieux qui n'eut même pas la force de lui rendre l'étreinte.

— Je vais te porter…
— Tu en as ni la force, ni le temps…

Après un long moment à sangloter contre l'épaule du plus vieux, Pippin se résigna enfin et il posa un ultime baiser sur le front brulant.

— Je reviendrai te chercher, Merry, je te le promets.
— Je t'attendrai.

Le touque se leva ensuite et, après un long regard vibrant d'émotion, il se détourna et parti en courant, sentant dans sa poche tous les titres et cartes territoriales que Bilbo avait volé à Smaug et qui permettront à la Comté de retrouver son statut de terre libre et possédée par les hobbits.

Une fois seul, Merry s'autorisa enfin à fermer douloureusement les yeux et à laisser dévaler les larmes de détresse qu'il avait difficilement contenu pour ne pas briser plus encore le cœur de Pippin.
Sa tête tournait et son corps n'était que douleur mais, même s'il avait refusé d'être un poids mort pour le plus jeune, l'idée de se laisser mourir comme un chien dans un couloir du palais lui faisait horreur. Alors il se releva doucement et, appuyé contre le mur, il marcha lentement vers la sortie. Mais il ne fit que quelques mètres avant de se laisser tomber à genoux, pris au piège par son corps qui était incapable de faire un pas de plus, malgré son esprit déterminé.


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— Je vais m'arranger pour faire sortir le plus possible de civiles de la ville, vous pouvez compter sur moi.
— Il faut aussi prévenir les rois de l'armée, ils doivent faire sortir leurs troupes de là.
— Baïn ?
— j'y vais, papa.
— Fait attention à toi.

L'adolescent hocha la tête et se précipita à l'extérieur de la maison. Bard se tourna ensuite vers les deux nains qui lui faisaient face, le visage sombre.

— Même si je parvient à détruire quelques barrages, tout le monde ne sortira pas vivant de là…
— Il y a bien un moyen…
— Kili…

Avec douceur, Fili posa sa main sur l'épaule de son frère qui commençait à paniquer.

— Le seul moyen que je connaisse, c'est de tuer le dragon… Le plus vite possible, avant qu'il n'atteigne l'apogée de sa puissance.

Sous sa main, le blond sentit le corps de Kili frémir dangereusement et il s'inquiéta soudainement. Ses craintes se confirmèrent lorsque le plus jeune se tourna vers lui, planta son regard noisette dans le sien.

— M'accompagnes-tu ?
— Je te suivrai dans les flammes si c'est par elles que doit passer ton chemin. Jusqu'à la mort s'il le faut.
— Ho. Merci, Fili.

Emu, Kili enlaça son frère, incapable d'exprimer par les mots à quel point le savoir à côté de lui le rassurait profondément. Fili lui rendit l'étreinte, puis il planta son regard dans celui de Bard qui étudiait ses cartes pour relever les points de passage les plus accessibles.

— Il nous faut des armes.
— Quoi d'autre ?
— Des chaînes, les plus solides que tu ais en stock. Et des spores fumigènes, s'il t'en reste.

L'humain hocha la tête et s'éclipsa pour se procurer ce que Fili lui demandait tandis que les deux frères se servaient en protections et armures dans l'entrepôt du receleur, ignorant le tumulte des combats qui faisaient rage autour des bâtiments.


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— Encore un embranchement, comment savoir quel chemin mène à la sortie !?

De rage, Dwalin frappa le mur en grinçant des dents.

Adossé contre la roche, Ori restait silencieux, n'osant adresser la parole au guerrier furieux qui en avait par dessus la tête de ces galeries interminables.

— Si tu as une idée, elle sera la bienvenue.
— Je suis désolé… Je ne suis jamais venu par ici.
— Sans blague…

Poussant un soupire lourd, Dwalin posa son dos contre la paroi et se laissa glisser au sol. L'espion, épuisé par les derniers événements et la longue marche au rythme infernal imposé par le plus grand fit de même et retint un souffle soulagé lorsque ses muscles endoloris s'autorisèrent enfin du repos.

Du coin de l'œil, il observa Dwalin, dont le visage était tourné vers l'embranchement et qui traçait distraitement des motifs au sol à l'aide de l'acier acéré greffé sur ses doigts.

Jamais Ori n'avait passé autant de temps en sa compagnie et il fut effaré de se rendre compte que, durant ces dernières heures, son amour inconditionné pour le plus grand n'avait fait que croitre. Si avant il ne se contentait que de l'apercevoir de loin, aujourd'hui, non seulement il avait capté son regard, mais, aussi, son attention, et il s'en était épris.
Il jeta un coup d'œil vers les galeries en se disant que, lorsqu'ils en seraient sortis, les choses risquaient de reculer drastiquement et l'idée lui faisait de la peine. Toutefois, l'épuisement l'empêcha de penser plus loin et, doucement, il ferma les yeux, laissant le sommeil s'emparer de lui sans parvenir à lutter.

Ce fut le froid qui le réveilla quelques heures plus tard et il bondit sur ses pieds lorsqu'il se rendit compte qu'il était seul dans la galerie sombre. Claquant des dents et paniquant, il sonda les alentours, sans apercevoir la moindre trace de Dwalin et, incapable de mettre de l'ordre dans ses esprits, il se tourna vers l'embranchement et les deux galeries qui s'enfonçaient dans les ténèbres en sentant sa gorge obstruée commencer à bruler, signe que les larmes n'étaient pas loin.

— Hé bien, on peut dire que tu avais du sommeil à récupérer !

Ori sursauta violemment et fit volte face pour se trouver face à Dwalin qui revenait de derrière lui, de la galerie qu'ils avaient suivit la veille. Puis il haussa un sourcil admiratif lorsque son regard tomba sur le torse nu fichtrement bien fait de Dwalin, avant de rougir brusquement lorsqu'il se rendit compte que, si le guerrier se baladait sans vêtement, c'était simplement parce que son épaisse tunique, c'était Ori qui la portait pour une raison inexpicable. Sans noter son trouble, le plus vieux continua en pointant l'embranchement du doigt :

— Ces deux là ne mènent nulle part, je les ai exploré pendant ton sommeil. Nous n'avons pas pris la bonne direction à l'avant-dernier embranchement, il faut faire demi-tour et prendre la voie de droite.

Le plus jeune acquiesça en silence et emboita le pas du plus grand après avoir distraitement écrasé les quelques larmes qui avaient menacé de couler. Mais il s'immobilisa soudainement et faillit se noyer dans sa salive lorsque Dwalin se tourna une nouvelle fois vers lui pour le détailler intensément de haut en bas rapidement avant de reprendre la marche sans un mot. Ori pensa avoir rêvé l'éclat intéressé qu'il avait cru apercevoir dans son regard, mais ses soupçons se confirmèrent lorsque, sans ralentir sa marche et sur le ton de la conversation, le guerrier s'adressa à lui :

— Ca te va bien, le bleu. Ca te donne un air franchement sexy.


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— Que faisons-nous des civiles ?
— Nous sommes là pour nettoyer l'engeance du dragon, nous n'avons pas le pouvoir de sauver ces gens. Ordonne la retraite ou bien tes hommes mourront ! Il faut te rendre à l'évidence, ton espion nous a trahi, aucune des informations qu'il nous a données n'est valable ! Nous devons partir avant qu'il ne soit trop
tard !

Sans s'occuper de l'injonction d'Elrond, Eomer serra la mâchoire et se tourna vers les deux autres rois humains qui étudiaient nerveusement les plans de la ville. Les armées elfes et dunedaines avaient fait du bon travail et s'étaient avancées profondément dans la cité, un peu trop même, trop pour que leurs leaders, Elrond et Aragorn, n'aient l'espoir de les faire évacuer avant que le dragon ne retrouve sa forme d'origine. Les cavaliers d'Eomer nettoyaient les frontières et les territoires alentours et les rodeurs du Gondor, dirigés par Faramir, s'étaient rendus aux frontières, auprès de Bard, sous les ordres de l'intendant, Boromir, pour aider les civiles à sortir de cet enfer.
Les plans que Merry avait fait parvenir à Eomer étaient erronés, le dragon s'était arrangé pour que l'espion balance ses alliés dans la gueule du loup, mais Ori en avait fait de même de son côté et énormément de trolls et d'Uruks s'étaient fait prendre en embuscade par les troupes elfes.

Thranduil, quant à lui, s'était attaqué au palais avec la ferme intention de retrouver la cause du mal qui sévissait dans son royaume et avait mis à sac les salles d'armes et de trésor. Même les immenses distilleries, le lieu ou la Dana Skylde était confectionnée, avaient été pillée et des millions de doses étaient actuellement distribuées dans la ville, calmant la folie qui s'était emparée de ceux qui redoutaient de mourir par le manque plus que par les armes ou le feu.

— Nous devons nous rendre à l'évidence : nous sommes arriver trop tard et nous avons été piégés ! La transformation du dragon n'était pas prévue, même les orcs et les uruks tentent de prendre la fuite et abandonnent le combat, nous devons en faire de même. Les frontières doivent être détruite, cela permettrait aux hommes de Boromir d'évacuer un plus grand nombre de civiles.
— Elrond, vous voyez bien qu'il est impossible de faire sortir vos hommes de là !

Aragorn poussa un soupir lourd suite à l'affirmation raisonnée de Boromir et il s'assit dans un vieux fauteuil poussiéreux en croisant ses mains. Il réfléchit un instant puis prit la parole, les yeux plongés dans le vide.

— Il faut attaquer le problème à la source : le dragon doit être détruit.

L'annonce jeta un froid et Elrond, même s'il se doutait que l'entreprise était risquée et, sans aucun doute, mortelle, hocha la tête pour exprimer son accord avec le roi Dunedain. Boromir en fit de même et Eomer s'avança, le point serré.

— Aragorn et Elrond, vous devez organiser la retraite de vos hommes. Quant à Boromir et moi, nos troupes sont conduites par Faramir ou bien par mes Maréchaux, nous pouvons-
— Nous partons pour le palais, maintenant.

Les deux rois humains échangèrent un regard et hochèrent la tête avant d'appeler à eux quelques uns des soldats de leur garde. Après un brefs échange avec les deux autres seigneurs qui prirent en charge l'évacuation, ils se dirigèrent vers le sommet de la cité, qui avait déjà commencé à bruler, répandant dans le ciel une fumée noire et opaque.


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— Fili, bon sang, fait attention à toi !

Pâle comme la mort, Kili lança un regard épouvanté à son frère qui porta sa main à son épaule droite, lacéré, et le blond fronça les sourcils avant de tacler son frère pour le jeter au sol. La queue reptilienne du dragon, qui faisait maintenant la taille d'un troll des cavernes, faucha l'air quelques centimètres au dessus d'eux et le blond se redressa ensuite en relevant son frère et ils se jetèrent tous les deux derrière un meuble de pierre au moment où un jet de flamme s'écrasa dessus.

— Je suis trop occupé à surveiller tes arrières pour me concentrer sur autre chose ! A quoi tu pensais ? C'est un ticket pour un aller simple que nous avons pris en venant ici et si l'un de nous deux doit survivre, ce sera toi !
— Ho, ferme-la par pitié, je déteste ce genre de discours !

Fili ne pu répliquer, car, d'un coup de patte, Smaug fit exploser le meuble derrière lequel ils se trouvaient et ils se séparèrent, roulant chacun d'un côté pour échapper à la folie meurtrière du dragon. Laissant Kili faire diversion en attaquant le monstre de face, non sans ressentir une terrible appréhension pour la vie de son petit frère, Fili s'empara des chaines que lui avait donné Bard et les lesta avec des marteaux de lancer afin de les utiliser comme bolas. Il s'éjecta de sa cachette au moment ou Kili fut envoyé au sol et, d'un geste d'une précision redoutable, il lança son arme, déviant la trajectoire au dernier moment.

Les chaines qui auraient du faucher les ailes naissantes fusèrent vers la gueule de la créature au moment où le feu allait en sortir pour immoler Kili vif. Le dragon rugit de rage et de douleur et il se débattit pour se défaire des liens qui s'étaient refermés sur sa mâchoire, le muselant cruellement.

Fili en profita pour attraper Kili et il le remit sur pied pour le balancer au large. Smaug frappa à ce moment et le blond fut propulsé au sol. Il y resta allongé, trop sonné pour se remettre sur pied malgré le hurlement de Kili qui cria son nom.
Le dragon s'approcha de lui après avoir fait voler les chaines en éclat d'un furieux claquement de mâchoire et Fili parvint à prendre appuie sur ses bras pour se redresser partiellement, étourdi par le coup qu'il venait de se prendre. Il eut tout de même le reflexe de s'emparer d'une petite bille fumigène qu'il jeta aux pieds du monstre avant de rouler sur le côté pour éviter le coup, aveuglé, qui lui aurait donné la mort.
Le brun vint l'aider à se remettre debout et il l'entraina à l'abri avant de sortir son arc et ses flèches d'ébonites. Il banda l'arme et retint son souffle, se tenant droit et fier dans le nuage crée par les fumigènes. Il devinait la masse du reptile qui se mouvait dans le brouillard aveuglant, à leur recherche, et il attendit. Lorsque les pas lourds se dirigèrent vers eux, il resta figé et ses doigts s'ouvrirent au moment où la gueule de Smaug fut suffisamment proche pour qu'il puisse voir ses yeux briller.
Le dragon poussa un feulement de souffrance et il ouvrit la gueule pour expulser le feu qu'il avait en lui, se débattant pour se soustraire à la douleur de son œil percé par la petite flèche d'ébonite.

— Kili, il faut qu'on parte, sinon, le feu nous tuera !

Le brun hocha la tête et, après un dernier regard sur le dragon qui crachait ses flammes, s'enroulant dedans dans une danse hypnotisante, il prit la fuite, son arc encoché prêt à tirer.

— Traitre ! Traitre ! Toi que j'ai élevé comme mon fils, comment oses-tu ?

Le rugissement du dragon les incita à accélérer et Fili eut le reflexe de ralentir pour faire passer Kili devant lui. Mais la créature se lança à leur poursuite et ne mit pas longtemps à les rattraper. Ivre de colère et de douleur, il se débarrassa de Fili, qui s'était dressé face à lui, d'un coup brutal qui l'envoya contre le mur et il se tourna ensuite vers Kili, qui décocha une nouvelle flèche. Le tyran intercepta le trait au vol et le brisa de sa mâchoire avant de s'avancer sur celui qu'il avait nommé Hûn Horthor pour signer sa victoire.
Le jeune brun recula tout en encochant une nouvelle flèche, mais, il n'eut pas le temps de tirer, car le dragon avait bondit sur lui, griffes en avant, et l'avait jeté à terre, le clouant au sol sous son poids.

— Tu vas payer, Hûn Horthor, pour ta trahison. Et tu vas souffrir, au nom de la race des nains !
— Lâche moi !

Se débattant, le prince s'empara de sa flèche qu'il planta dans la patte du dragon, mais les écailles qui commençaient à prendre forme étaient maintenant trop solides et le coup n'eut aucun autre effet que celui de briser la flèche. Courroucé, Smaug claqua la mâchoire et il se pencha sur le jeune nain qui se débattait désespérément.

— Tu ne me fais plus peur, Smaug ! Tu ne me contrôles plus, tu n'obtiendras rien de moi, pas même des suppliques ou des pleurs !
— Tu en es certain ? En cinquante ans, j'ai eu l'occasion de beaucoup apprendre sur toi…

Avec un grondement gutturale, Smaug se redressa et, vif, il se désintéressa de Kili pour s'en prendre à son frère qui avait tenté de l'attaquer par derrière. Fili se défendit vaillamment, mais le dragon parvint à le désarmer et, d'une patte sertie de griffe, il l'épingla contre le mur avant de se tourner vers Kili, qui s'était relevé et qui s'était emparé de son arc et de sa dernière flèche.

— Je serai toi, je ne ferai pas ça, Horthor.

Le prince s'immobilisa en jurant lorsque, avec délectation, le dragon fit glisser une griffe le long de la jugulaire du blond immobilisé.

— Bien. Il me semble que je ne t'apprends rien si je te dis que je distille la Dana Skylde grâce au poison qui se trouve dans mes griffes et dans mes crocs…

Parfaitement figé, Kili eut peur de comprendre où le roi-dragon voulait en venir et il poussa un gémissement angoissé lorsque, doucement, le reptile incisa la peau de Fili qui tressaillit lorsque le poison pénétra dans son sang.

— Non ! Arrête, ne fait pas ça !
— Je t'ai dis que tu allais payer, Hun Horthor, et voilà ta sentence : tu vas regarder celui que tu aimes périr dans la douleur et, lorsqu'il te suppliera de mettre un terme à son supplice, ce sera à toi de lui porter le coup fatal.

Fili chercha à se débattre mais la force du dragon était nettement supérieure à la sienne et il ne put rien faire lorsque, soudainement, Smaug se pencha sur lui pour planter ses dents dans sa chaire. Il hurla lorsque la douleur se propagea dans son corps intoxiqué et il tomba à genoux aux pieds du reptile au moment où il le lâcha.

— Profite bien de ce dernier moment avec lui, ce sera le dernier avant que la douleur ne lui retire toute lucidité. Et, même si tu parviens à lui trouver quelques doses de Dana skylde pour retarder l'échéance, le poison qu'il a en lui est pur, comparé à celui dilué dans les doses… Il ne s'en défera pas si facilement…

Le dragon grogna une dernière fois de contentement, puis il se détourna et il déploya ses ailes, maintenant développées entièrement. Son corps continuait de grossir et il avait maintenant atteint la taille de celui d'un Mumakil adulte. Son œil droit qui était, par contre, irrémédiablement crevé, pulsait de douleur et une grande quantité de sang et de liquide jaunâtre s'en écoulait. Dans un rugissement, il pris son envol et détruisit le toit de son palais pour sortir à l'air libre, faisant tomber une pluie de gravats sur Kili qui protégea son frère de son corps.

Smaug resta un long moment immobile, sur le plus haut sommet de la ville, s'abreuvant des lamentations et s'enivrant de la terreur et de la folie qui en émanait.

Puis, il gonfla sa poitrine et invoqua le feu qui sommeillait en lui.

Il voulait plus.
Il voulait taire à jamais ce triste chant d'espoir qui résonnait encore dans les murs de son royaume.
Il voulait un carnage innommable et inoubliable, que ceux qui survivent à ça en parlent afin que l'horreur et la peur se répandent comme une trainée de poudre. Erebor sera là source d'un chaos indéfinissable qui s'abattra ensuite sur les havres elfiques et les cités humaines.

Il déploya ses ailes et ouvrit la gueule, prêt à abattre un déluge de flamme sur la cité qui se débattait encore et qui espérait naïvement survivre à la calamité qu'il était.

Avide de s'imprégner du chant embrasé de la destruction et des tourments, le Requiem dédié à la mort, il prit son envol.


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