Merci à Aventurine-san et Artmis pour vos reviews anonymes. J'espère avoir répondu à tout le monde.

Je suis agréablement surprise que vous ayez été aussi nombreux à avoir été tristes pour la rupture entre Jake et Charlie, que vous aimiez autant Jake. Ça m'a fait plaisir. Croyez-moi, les faire rompre n'a pas été simple pour moi non plus mais fallait que je le fasse.

Attention, chapitre citronné !


10

Ce fut un Harry calme qui passa, armé de son gros sac, la porte de l'appartement de Charlie. Tout était plongé dans le noir.

– Charlie ? appela-t-il, inquiet de savoir son ami dans cette obscurité.

– Tu étais parti, souffla le rouquin du canapé, tout bas. Tu veux rentrer à Londres, c'est ça ? Partir, définitivement. Me laisser.

Harry posa sa valise par terre et s'approcha du sofa. Il alluma au passage la lampe sur la petite table qui éclaira le visage de son ami, visage ravagé par les larmes, les yeux gonflés et l'air épuisé de quelqu'un qui n'avait pas dormi de la nuit. Le brun se sentit coupable d'avoir laissé une personne dans le besoin. D'avoir laissé Charlie seul ici alors qu'il venait tout juste de se faire larguer.

– Je suis désolé, Charlie. Je voulais juste... Je sais que je n'aurais pas dû partir comme cela en te laissant juste un mot. Pardonne-moi.

Il s'agenouilla près du vétérinaire qui braqua ses grands yeux bleus sur lui.

– Je t'ai cherché tout à l'heure et j'ai vu... ta lettre.

Charlie montra ce qui était autrefois une feuille de papier qui avait été froissée de nombreuses fois pour finir à moitié en lambeaux. L'homme s'était roulé en une boule toute petite, souhaitant sans doute disparaître entre les coussins du canapé. Il était mal, devina Harry. Très mal. Un peu comme lui lorsque Drago s'était montré épouvantablement mauvais avec lui. Ou encore après sa rupture avec Marcus.

– C'était hier.

Entre temps, il avait changé d'avis. Il avait envoyé un message à ses parents juste après avoir discuté avec Franck pour annoncer qu'il avait réfléchi.

– Tu m'as laissé, comme Jake.

– Je suis désolé, répéta Harry tout doucement. Au début, c'est vrai que je voulais partir. Mais ce n'était pas à cause de toi. Ce n'est pas à cause de toi. C'est à cause de moi. Après tout, si Jake et toi n'êtes plus ensemble, c'est de ma faute. Je me suis dis que je devais partir.

– Pourquoi ? fit la voix rauque de Charlie.

– Parce que... commença Harry, incertain. Je suis responsable. Je sais, je vous ai entendus tous les deux vous disputer. Jake ne voulait pas de moi ici. Il est parti en disant qu'il t'aimait encore. Alors je me suis éloigné pour... pour que tu puisses le retrouver et lui faire comprendre que vous étiez bien ensemble. Je voulais rentrer en Angleterre, parce que... de toute manière, je ne fais que détruire tout. Je l'ai fait avec votre couple sans le vouloir. Je devais m'en aller.

Il se félicita pour avoir dit ces mots sans fondre en larmes. Cette nuit avec Franck et leur discussion l'avaient aidé à réfléchir, à comprendre et accepter qu'il ne pouvait pas se sentir coupable de tout. Surtout pas des décisions des autres.

Alors il était revenu, un peu mal à l'aise.

– Jake m'a quitté parce qu'il disait être le seul à aimer entre nous et qu'il préférait partir avant d'avoir le cœur brisé. Mais moi aussi je l'aime.

– Je ne comprends rien, avoua Harry, perdu.

Comment Jake pouvait-il avoir fait une telle chose ? Cependant, cela montrait bien que le brun avait raison. Qu'ils étaient faits pour être ensemble Charlie et Jake.

– Moi non plus.

– Donc je suis bien de trop, affirma Potter. Je vais...

– Non ! l'interrompit fortement Charlie en se redressant brutalement. Je t'en supplie, ne pars pas. Je... j'ai besoin de toi ici. Ne me laisse pas tout seul. Sans Jake et sans toi... je ne pourrai pas...

Presque les mêmes paroles que Drago. Sans lui, l'autre ne pourrait pas vivre. C'était ce que son ex lui avait dit, répété souvent, à chaque fois que Harry voulait partir. À la différence que Charlie n'était pas le petit ami de Harry, qu'ils n'étaient pas en couple, ni même attirés l'un par l'autre. Ils n'étaient que deux amis dont l'un venait de se faire larguer par son amant depuis un an.

Là, Harry n'avait pas peur de rester, il ne voulait pas refuser. Parce que cette fois, quelqu'un avait vraiment besoin de son aide.

Franck avait été clair. Si Charlie le mettait dehors, il partirait. Si Charlie voulait qu'il reste, même si Harry était un monstre comme il s'appelait lui-même, alors il resterait. Par amitié pour le rouquin qui avait tant fait pour lui.

– Ça va aller. Tout va bien, fit-il doucement en caressant l'épaule habillée d'une couverture malgré le temps dehors. Je ne bouge pas d'ici, promit-il malgré ses mots un instant plus tôt.

Il aida Charlie à se lever et à retourner dans sa chambre.

– Je vais te faire quelque chose à manger.

– Pas faim, marmonna Charlie.

– Je sais ce que ça fait d'être largué par une personne qu'on aime. Vraiment. Mais je sais aussi que se laisser dépérir n'est pas une solution.

C'était un peu l'hôpital qui se moquait de la charité puisqu'il avait été lui-même dans cet état, celui d'épave ou de loque, à se laisser aller au chagrin, refuser de manger, passer son temps au fond de son lit à se morfondre.

– S'il te plaît, murmura le rouquin en se glissant sous les draps. Je n'ai vraiment pas faim.

– D'accord, capitula Harry doucement. Je te laisse pour aujourd'hui. Mais demain, je serai pire que ta mère.

– Je n'en doute pas.

– Si tu as faim, tu me préviens, je te préparerai quelque chose.

Le jeune homme referma la porte dans son dos et soupira avant de se mettre à l'ouvrage, déterminé à aider Charlie à aller mieux. Jusque là, il avait été un simple invité ces deux derniers mois, participant un peu aux tâches ménagères. Aujourd'hui, il était plus que cela.

Harry ouvrit les volets roulants, réarrangea les coussins du canapé et mit un peu d'ordre dans le séjour.

Durant toute la matinée, il fit le ménage, récura les surfaces qui n'avaient pas été faites depuis longtemps, briqua la douche, le lavabo, le carrelage, passa l'aspirateur dans presque toutes les pièces, fenêtres grandes ouvertes et musique allumée.

Vers midi, il commença la préparation du repas, du moins tenta. Le réfrigérateur était vide, les placards aussi. Harry soupira, résigné.

Il ne prévint pas Charlie qu'il sortait faire quelques courses.

En revenant, le brun se surprit à penser que cela allait beaucoup mieux, que toutes ses pensées négatives sur le fait de détruire son entourage avaient été remplacées par une certaine joie de se sentir utile.

Parce que c'était cela, n'est-ce pas ? Il se sentait utile à quelque chose. Pour la première fois depuis des mois, il n'avait plus l'impression de n'être qu'un parasite sous la semelle de quelqu'un, une personne dont on s'encombrait la présence, une personne que l'on supportait plus par obligation que par choix.

Charlie lui avait toujours dit qu'il pouvait rester. Cependant, jusque là, Harry n'avait été rien de plus qu'un poids pour son colocataire. Une bouche à nourrir, un être à surveiller, à s'occuper pour éviter qu'il ne finisse dans le caniveau.

Aujourd'hui, ce n'était plus ce qu'il ressentait.

– Il s'est passé quelque chose ici ? fit Charlie d'une voix pâteuse et encore rauque en pénétrant dans le séjour pendant que Harry cuisinait.

Le vétérinaire était vêtu d'une horreur trop grande, d'un abominable orange qui jurait avec ses cheveux roux et décoiffés, de même qu'avec sa barbe de deux jours qui couvrait ses joues et son menton. Un pyjama à n'en pas douter. Harry n'en aurait même pas voulu comme chiffon.

Charlie avait l'air épuisé. Ses yeux rouges indiquaient il était encore au bord des larmes. Surmonter le départ de Jake serait difficile. Surtout lorsqu'on éprouve toujours des sentiments pour lui.

– Petit ménage de printemps ? avoua le brun.

– Au cœur de l'été ?

– Je devais m'occuper. D'ailleurs, c'est ce que je ferai dorénavant. Comme je ne reprends pas les cours et que tu m'héberges, il faut bien que je fasse ma part, non ? Donc ménage, repas, je m'en charge. Pareil pour les courses. Tu as faim ? s'enquit Harry en se souvenant de ce qu'il avait dit dans la matinée à son ami.

– Disons que moi non, mais mon estomac si. Il gargouille tout le temps depuis qu'il a senti la nourriture. Tu fais quoi de bon ?

– Dinde à la crème, riz.

– Ça a l'air bon, constata Charlie en s'approchant de la plaque pour regarder le contenu de la poêle dans laquelle deux escalopes de dinde cuisaient doucement. Tu as l'air d'aller bien. Mieux que moi, ça c'est sur, mais mieux que depuis que tu es arrivé ici. Tu as l'air... plus vivant.

Harry aurait bien voulu répliquer que pour l'instant, ce n'était pas de lui dont il fallait parler mais de Charlie. Toutefois, il savait que pour un amoureux au cœur récemment brisé, il était préférable de penser à autre chose. Si Charlie voulait parler de lui, alors Harry ne s'y opposerait pas.

– Je me sens bien, sourit-il.

– Ça se voit. Tu as meilleure mine. Ça fait du bien de te voir comme ça.

– Merci. Tu veux prendre une douche ? Pendant que le repas finit de cuire ?

Charlie fit mine de se regarder. Du bout des doigts, il tira le tissu informe et pinça les lèvres avant de hocher la tête.

– Oui, je crois que je vais aller me laver. J'ai l'air... lamentable.

Il avait surtout l'air absent. Il faisait tout son possible pour ne pas penser à Jake, ce qui le rendait légèrement ailleurs.

Harry n'ajouta rien, concentré sur sa poêle et sur les escalopes qui doraient doucement. Le riz cuisait dans sa casserole d'eau bouillante. Il entendit rapidement la douche qui coulait pendant qu'il se chargeait de couper les tomates dans deux assiettes qui furent rapidement dressées et posées sur la partie réservée aux repas.

Et puis Charlie revint, rasé de près, les cheveux humides d'un lavage récent, habillé simplement d'un jean trop large et troué et d'un tee-shirt informe dont les couleurs avaient passé avec les lavages. Il n'avait pas fait d'effort vestimentaire, ce n'était pas non plus Harry qui allait lui en tenir rigueur. C'était toujours mieux que le pyjama atroce qu'il portait avant.

– À table.

Le rouquin se posa à sa place. Il eut un regard triste sur la chaise vide à ses côtés, là où s'installait Jake. Harry aurait voulu lui dire que son amant reviendrait, le rassurer, lui affirmer que tout irait bien. Il ne le fit pas, parce que ce n'était pas ce qu'il pensait au final.

Jake était parti et ne reviendrait pas. Même s'il aimait Charlie et réciproquement. Il avait pris sa décision.

Harry prit le parti de servir son « invité » qui commença à manger.

Le repas se déroula en silence. Charlie termina son assiette, signe qu'il avait plus faim qu'il ne l'aurait cru. Lorsqu'il fit mine de se lever pour débarrasser, Harry secoua la tête.

– Va t'asseoir, je m'en charge.

– Mais...

– Va t'asseoir, Charles !

Charlie ne chercha pas plus. Il avait horreur qu'on l'appelle Charles. C'était son prénom de baptême. Tout le monde préférait son surnom. En général, lorsque Charles était employé, c'était mauvais signe. Il préférait soit fuir très loin ou battre gentiment en retraite, laissant Harry faire la vaisselle et ranger un peu.

– D'ordinaire je ne laisse pas mes invités se charger de ce que je suis censé faire. Surtout quand ils ont fait tout le ménage et le repas.

– D'ordinaire rien du tout. Je ne suis plus ton invité. Je vis ici, il est normal que je t'aide. C'est comme ça, un point c'est tout !

Lorsqu'il eut fini, il s'installa aux côtés de Charlie dans le canapé devant une émission sans intérêt aucun. Cela lui parut étrange de ne pas s'exiler dans sa chambre, d'être là et de partager un peu le quotidien de son ami.

D'ailleurs, ce dernier semblait aller relativement bien après sa rupture. Pour Harry ce n'était qu'une façade. Il tentait de dissimuler ce qu'il ressentait vraiment, essayant de ne pas penser à Jake.

En lui jetant de rapides coups d'œil, le brun se rendit compte que Charlie pleurait. De simples larmes coulaient le long de ses jours. Larmes vite essuyées par des mains rageuses. Le rouquin s'était également replié sur lui-même, roulé en boule sur le canapé, coussin entre ses bras telle une frêle protection contre le chagrin.

Harry ne dit rien, se contentant de faire ce qu'il avait dit, c'est à dire être là. Il serait présent pour Charlie, l'épaule sur laquelle pleurer si le vétérinaire le désirait, la personne qui l'écouterait s'il avait besoin de se confier. Il serait là et l'aiderait à remonter tout doucement la pente. Seul le temps apaiserait cette déchirure dans son cœur.

0o0

Bouche en train de mastiquer, yeux clos pour savourer, Charlie goûtait le plat de Harry. Il jouait avec un relatif plaisir le rôle de cobaye. Le jeune Potter s'était découvert une certaine affection pour préparer les repas. Il avait investi dans un livre de cuisine et s'ingéniait à refaire toutes les recettes, avec plus ou moins de succès.

– Pas mal, affirma son goûteur personnel. Ça manque peut-être d'un peu de sel.

– Du sel ? Charlie, j'ai presque vidé le pot de sel dans le plat. Va vraiment falloir que je refasse toute ton éducation culinaire mon pauvre. C'est n'importe quoi, râla Harry, légèrement boudeur.

Pas mal, c'était synonyme de passable, mangeable, tout juste comestible. Ce n'était pas du tout la réponse qu'il attendait alors qu'il avait passé trois heures à faire ces fichus nems que Charlie lui demandait.

– Je te donne mon avis. Et mon avis, c'est qu'il manque du sel.

Un mois et demi qu'ils vivaient juste tous les deux. Harry n'avait pas failli à sa promesse de veiller sur Charlie qui allait de mieux en mieux chaque jour. Ils ne parlaient pas de cette rupture. Du moins, Harry n'en faisait pas mention, préférant que cela vienne de Charlie qui n'avait pas l'air décidé.

– On dirait que ce n'est jamais assez salé pour toi.

– Enlève le « on dirait », ce n'est jamais assez salé. Je trouve que c'est fade sans, je n'y peux rien.

Harry goûta et secoua la tête. Lui trouvait qu'il y a avait juste ce qu'il fallait. Ni plus ni moins.

– À part ça, c'est très bon.

– C'est mieux que le pas mal de tout à l'heure.

– Ne boude pas, Ryry, ça te fait des rides et un jeune homme de vingt-trois ans avec des rides ne pourra pas draguer ce soir.

– Hein ? Quoi ?

Draguer ? Qui ? Eux ? Charlie aurait-il décidé de tourner la page ? Cela ne faisait qu'un mois et demi. C'était à la fois très long et très court pour surmonter une rupture, Potter en savait quelque chose.

– On va en boîte ce soir, annonça Charlie, fier de lui. J'ai besoin de m'aérer l'esprit, de changer d'air et de rencontrer des mecs.

– Heu... d'accord, acquiesça Harry.

Il ne romprait pas l'autre promesse qu'il s'était faite, à savoir ne pas pousser Charlie à lui parler. Sauf qu'en cet instant, il en avait très envie.

– Quoi ? voulut savoir le rouquin en le regardant. Qu'est-ce qu'il y a ? Vu ta tête, tu réprouves, je me trompe ?

C'était sans compter que Charlie commençait à bien le connaître et inversement. Après tout, cela faisait un mois et demi qu'ils ne vivaient que tous les deux. Les seules fois où ils se quittaient, c'était lorsque le maître des lieux allait travailler ou que Harry voyait Franck – bien que sur ce dernier point, son amant était bien silencieux. Le reste du temps, ils étaient ensemble.

– Tu... Tu fais ce que tu veux. C'est ta vie après tout.

C'était la vérité. Harry n'avait pas à dire ce qu'il convenait ou non de faire. D'ailleurs, il n'était pas un exemple. Il s'était mis en couple avec Drago quelques semaines après sa rupture douloureuse avec Marcus.

– J'essaie de l'oublier, de tourner définitivement la page, claqua la voix de Charlie, perdant toute amabilité.

Elle était froide cette voix. Glaciale. Comme si elle cherchait à lui faire comprendre qu'il était en tort de penser que Charlie n'était qu'un idiot qui ne savait pas ce qu'il faisait.

– Charlie, je ne suis pas là pour te faire la morale ou pour faire tes choix à ta place.

– Alors pourquoi tu tires cette tête ? Si tu n'étais pas contre, tu aurais souri.

Harry soupira et reposa sa cuillère dans le plat plein de farce à nems. Autant dire la vérité.

– Effectivement, je trouve que c'est bien trop tôt. Sauf que... tu es grand, tu fais ce que tu veux. Si tu désires t'envoyer en l'air avec un autre type, c'est ton problème, pas le mien. Par contre, ne fais pas la même erreur que moi de t'attacher à quelqu'un qui s'immisce trop vite dans ta vie. Comme je l'ai fait avec Drago.

– Tu...

– Je ne suis pas psychologue, loin de là. Je n'ai pas forcément beaucoup d'expérience avec les garçons, vu que les deux seules que j'ai eues se sont révélées plus que désastreuses, parce qu'aucun des deux ne m'a vraiment aimé, que j'ai donné mon cœur et qu'ils l'ont sciemment piétiné avec leur sourire. Je ne prétends pas connaître tout de l'amour. En revanche, je sais ce qu'un cœur blessé peut faire. C'est comme ça que Drago m'a eu. Parce que j'étais fragile, amoureux d'un enfoiré qui n'en avait rien à faire de moi et qu'il a su me montrer une image que je voulais. Celle d'un sauveur. Sauveur qui était aussi mauvais que Marcus. Alors... non, je n'y connais rien. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Mais fais attention. Fais simplement attention.

Charlie le fixa sans animosité aucune. Comme s'il réfléchissait.

Harry n'avait pas envie de le voir faire les mêmes erreurs que lui, s'acoquiner avec un homme qui ne cherchait qu'à le blesser un peu plus. Encore et toujours. Il refusait d'assister à ce spectacle.

– Je ferai attention, assura Charlie. De toute manière, je ne suis pas prêt de tomber amoureux. Pas alors que ça fait encore mal. Moins qu'au début. Je l'aime tu sais, Jake je l'aime encore. Lui aussi. C'est stupide de penser qu'il va revenir alors que je suis au courant qu'il ne repassera pas cette porte pour venir me dire qu'il est désolé. J'ai tenté de le joindre, il a refusé, me disant que je devais ouvrir les yeux, cesser de me voiler la face, que je ne l'aimais pas autant que je le disais. Comment peut-il dire une chose pareille ? Hein ? Comment ?

Harry ne dit rien, se contentant de l'écouter, satisfait au fond de lui d'entendre son ami se libérer enfin, de cracher ce qu'il avait sur le cœur. Charlie souffrait encore de cette rupture. Ce qui était normal. Mais ce qui le blessait plus encore, c'était que son – maintenant – ex croyait quelque chose qui n'avait pas l'air réel, le fait que Charlie ne soit pas aussi amoureux de lui qu'il l'était.

– Il m'aime et me laisse tomber. On a passé un an ensemble. Un an de pur bonheur. Un an qu'il jette aux oubliettes du jour au lendemain parce qu'il me trouve trop protecteur envers toi. C'est normal de protéger le meilleur ami de son frère, surtout quand il va mal. J'ai essayé de lui faire comprendre. Il affirme que je me voile. Voiler quoi ? À l'écouter je suis amoureux de toi. Sauf que je ne peux pas l'être. Tu es... je t'ai vu grandir, Harry, rigola Charlie – un rire un peu forcé qui choqua son interlocuteur. Tu es un peu comme mon frère. Je ne peux pas t'aimer. J'ai tenté de... mais encore une fois, il n'a pas voulu me croire. Il m'a dit que tant que je n'ouvrirais pas les yeux, je serais malheureux.

– Charlie...

– Comment je peux simplement penser à toi comme étant autre chose que mon ami, mon petit frère ? C'est presque malsain !

Potter se mordilla la lèvre. Il voulait ne rien montrer, que ces propos le choquaient un peu lui aussi. Il n'avait jamais pensé à Charlie comme un amant potentiel. Parce que, comme lui, c'était hautement improbable. Déjà Ron ne lui pardonnerait jamais d'avoir mis le grappin sur son frère qu'il devait croire hétérosexuel. Ensuite... il avait passé des années à le voir tel un membre de sa famille. Bill, Charlie, Percy, Fred et George étaient les frères aînés qu'il n'avait jamais eus. Ron était son jumeau, Hermione et Ginny, ses sœurs, au même titre que Hope.

Que Charlie puisse avoir des sentiments pour lui était inattendu et dérangeant. Il espérait que ce n'était qu'une vue de l'esprit de Jake et que la vérité était tout autre.

– Je comprends, répliqua doucement Harry. Tu veux toujours aller en boîte ? proposa-t-il un brin nerveux et avec un sourire un peu forcé.

– Oui. Pas à celle où on va d'habitude. J'en connais une autre. Si ça ne te dérange pas d'aller ailleurs.

– Pour les nombreuses fois où je suis sorti, railla Harry dont le nombre de sortie en discothèque ici, à Sydney devait se compter sur les doigts d'une main.

Le compte était d'ailleurs vite fait, en trois mois et demi, il était sorti le soir deux fois. Le reste, c'était pour voir Franck et il passait la nuit chez lui.

– Pourquoi j'ai la sensation qu'il s'agit d'un reproche ? fit Charlie.

– Ce n'en est pas un. Je ne sors pas en boîte et ce n'est de la faute de personne, sauf de la mienne. Donc je ne peux pas dire que celle où vous alliez était celle de d'habitude pour moi, parce que ce n'est pas le cas.

– Ok. Tu comptes inviter ton... Franck ?

– Non. Cette soirée, c'est entre toi et moi. Si tu veux te trouver un plan cul là-bas, je ne te retiendrais pas. Pour ma part, je n'amène personne. Sauf toi.

– Et côté plan cul ? Tu... si t'en trouves un aussi, tu refuseras ? Franck dira quoi si tu lui annonces qu'il n'est plus tout seul en lice ?

– Rien. Lui et moi, ce n'est rien d'autre que de la baise, assura Harry, certain de lui. Je n'ai aucun compte à lui rendre et lui non plus. D'ailleurs, s'il venait à me faire des reproches, il serait bien mal placé, parce que je ne suis pas le seul qu'il saute quand il en a envie.

Franck lui avait fait une petite liste de tous ses amants qu'il voyait régulièrement, jusqu'à ce que l'un d'eux s'accroche trop et qu'il se fasse larguer. Il n'y en avait pas autant que Harry ne l'aurait cru. Cinq, peut-être six, grand maximum. Les autres n'étaient que des visages d'une nuit, voire deux. Ils étaient quantité négligeable.

– Ça ne te fait rien ? De le savoir infidèle ?

– À partir du moment où c'est clair pour nous deux, il n'y a pas d'infidélité. Je ne cherche pas à le retenir et je ne le désire pas. Il n'y a pas d'amour. Au mieux, de l'amitié. Ce qui me contente. Pour l'instant. Quand je désirerai me fixer, j'arrêterai les frais avec lui.

Cet aveu sembla laisser Charlie pensif.

– Pourquoi tu me demandes ça ?

– Parce que... Je ne m'imagine pas faire pareil. Pas avec un inconnu.

– Personne ne t'oblige à le faire si tu n'en as pas envie.

C'était ce qu'il pensait. S'il s'était acoquiné avec Franck, c'était non seulement parce qu'il le désirait mais également pour se prouver qu'il était désirable aux yeux d'un autre.

– Pourquoi tu l'as fait, toi ? Surtout si rapidement après ta rupture ?

– J'avais mes raisons, Charlie. Si tu décides de choisir quelqu'un, tu auras les tiennes.

– Dis-moi.

Harry se tâta, se demandant si c'était une bonne idée de parler de cela à un homme blessé. Lui aussi l'avait été. Sauf que les circonstances étaient différentes. Charlie et Jake avaient rompu alors qu'ils s'aimaient encore. Harry avait délibérément et définitivement coupé les ponts avec un être mauvais qui ne l'aimerait jamais.

Toutefois, la supplique le convainquit de se libérer de ses démons. Comme Charlie l'avait fait. Il ne s'agissait pas de se justifier, simplement de faire voir son point de vue.

– Je ne vais pas encore très bien, je le sais. Drago a complètement ruiné qui j'étais. En venant ici, je n'étais à mes yeux qu'un fardeau dont il fallait se débarrasser. Je vous gênais Jake et toi. Pour moi, je n'étais plus désirable. J'étais un être laid, stupide, incapable. C'était ce que j'avais fini par croire parce que Drago ne cessait de me le répéter encore et encore. Je vous jalousais Jake et toi d'avoir l'air si heureux alors que je n'avais jamais connu cet amour. Et puis on est sorti tous les trois. Au début, je comptais rester sagement dans mon coin, espérant malgré ma peur que quelqu'un viendrait me voir et me draguerait. J'espérais mais je n'y croyais pas, parce que je me trouvais insignifiant. J'avais totalement perdu confiance en moi. Franck m'a vu finalement. On a dansé. Je me suis senti... vivant, désiré, aimé. Il voulait être avec moi. Juste du sexe. C'était le deal. Mais il me voulait moi, petit Anglais binoclard alors qu'il y avait plein d'autres beaux mâles qui n'attendaient que ça. Moi ! Et j'avais aussi envie de sexe. Je ne me suis pas vraiment posé de question. Je l'ai suivi. Et voilà.

– Tu lui fais confiance ?

– Dans une certaine mesure, répondit doucement Harry qui ne comprit pas vraiment la question. Tu sais, j'ai agi comme ça mais personne ne te demande de faire pareil.

– Ça fait mal, confia Charlie. Là. Ça fait mal, dit-il en posant sa paume contre son cœur. J'avais été en couple plusieurs fois avant lui. Jamais très longtemps. Deux, trois, quatre mois grand maximum. Lui, c'était différent. J'avais la certitude que c'était lui. J'ai rencontré sa fille, ses parents, ses amis. On ne s'est jamais vraiment installés ensemble, il venait plus souvent chez moi que l'inverse, donc j'ai supposé qu'il considérait cet appartement comme le sien. Je l'aimais. Je l'aime encore. À la folie. Tous les jours, j'espère le croiser. Quand j'entends mon téléphone, je veux que ça soit lui. Quand on sonne, je prie pour qu'il soit en bas. Mes nuits sont peuplées de Jake qui revient vers moi. Sauf que dans la réalité... il ne reviendra pas.

Il se tut, les yeux clos, la respiration profonde pour refouler les larmes qui menaçaient.

– Ça fait un mois et demi que je désire qu'il se manifeste. Un mois et demi que je te vois tenter de m'aider à aller mieux. Et un mois et demi que je me maudis de ne pas arriver à surmonter ça alors que tu l'as fait.

– C'était différent, répliqua Harry avec ardeur. Tu n'étais pas en couple avec un monstre arrogant, égoïste et égocentrique. Jake t'aime, Charlie. Il t'aime. C'est là toute la différence avec moi. Vous vous aimiez ! Dans mon couple, j'étais le seul à aimer et le seul à être détruit à petit feu. À la fin, j'avais tellement peur que dès que le téléphone, la sonnette ou le moindre mail, courrier, sonne ou arrive que ce soit lui. J'avais la boule au ventre. Ça, ce que j'ai vécu, ce n'est pas ce que toi, tu as vécu ! J'ai réussi à surmonter parce que je savais que Drago ne m'aimerait jamais !

Il était fou, ivre de rage à l'idée que Charlie puisse seulement comparer l'échec de ses relations avec Marcus et Drago et la réussite – jusqu'à la rupture – de celle de son ami avec Jake.

Harry s'obligea à se calmer. Son corps tremblait, son cœur battait la chamade dans sa poitrine et son sang rugissait dans ses tempes, lui donnant un début de mal de tête.

– Je ne veux pas me faire passer pour une personne qui a plus souffert que toi. Loin de là. Et je pense que de nous deux, celui qui souffre le plus, c'est toi, Charlie. Tu dois comprendre que si j'ai pu m'en remettre, c'est bien parce que Drago se jouait de moi, qu'il m'a fait du mal. Toi, si tu as du mal, je pense que c'est normal. Tu t'accroches. Moi, je ne m'accroche plus. J'ai décidé que je n'aimerai plus. Parce que j'ai donné mon cœur deux fois et ces deux fois, ils me l'ont arraché, brisé, piétiné sans aucune considération. Je ne veux plus aimer. Franck m'apporte ce que je désire. Du sexe. Personne ne t'oblige à aller t'envoyer en l'air avec le premier venu si tu ne veux pas. De même que personne ne cherche à te recaser avec quelqu'un si tu ne le désires pas. Donc, je repose ma question, tu veux toujours aller en boîte ? Tu es certain de ce que tu veux ?

– Je veux oublier. Me soûler jusqu'à me rouler par terre.

– Pas besoin de sortir pour ça. On peut se chercher une bouteille de whisky et la vider à deux. Tu en dis quoi ? Personne pour nous dire qu'on est bourré, pour nous dire qu'on ne peut pas rentrer. Pas besoin d'attendre un taxi, de s'endormir n'importe où ou alors de faire une bêtise qu'on va regretter demain. Toi et moi, on peut se bourrer la gueule ici, chez toi.

– C'est aussi une bonne idée.

C'était la pire idée au monde, pensa Harry quand ils se retrouvèrent dans le salon, avec quelques bouteilles d'alcool que Potter était allé acheter à la supérette d'en bas. S'ils picolaient allègrement, ils risquaient fort de sombrer dans un coma éthylique ou de faire n'importe quoi.

– À nous deux, pauvres éclopés en amour, annonça Charlie en levant le premier verre d'une longue série. Puissions-nous ne jamais retrouver l'amour entre les bras de connards qui ne nous méritent pas.

– Amen, salua Harry en l'imitant.

Ils burent leur fond de whisky cul-sec et se resservirent.

– Santé ! firent-ils de concert avant d'avaler le contenu de leur verre.

Au bout de trois, Harry sentit l'alcool commencer à faire son effet. Sa tête devenait lourde, ses pensées se bousculaient dans sa tête, sa bouche était pâteuse et réfléchir semblait insurmontable.

– L'amour, c'une connerie, baragouina Charlie. J'sais pas pou'quoi les gens y z'aiment ça.

– Sais pas non plus, admit Harry alors que formuler la moindre pensée était difficile.

Il émit un rot sonore, faisant rire Charlie qui l'imita. Ils descendirent une bonne partie de la bouteille avant de se sentir mieux que bien. Leurs esprits étaient embrumés, lucides sans l'être vraiment.

– C'tait un'bon' idée Ryry. J'me sens... gay, annonça le rouquin avant d'éclater de rire à sa blague.

– C'mieux qu'une boîte d'nuit, hein ?

– Clair.

Charlie se tourna vers lui et le fixa, comme s'il le voyait pour la première fois.

– Quoi ? J'ai qu'quchose sur le nez ?

– T'es beau.

Cette fois, ce fut au tour de Harry de rire bêtement. Même ivre, il était parfaitement conscient que c'était une énormité. Même mignon n'était pas un adjectif qui le caractérisait. Banal ou quelconque, peut-être mais beau, certainement pas.

– N'importe quoi. T'es bourré.

– Toi 'ssi. Mais j'suis sur de c'que j'dis. T'es beau et j'ai envie d't'embrasser.

Une petite voix lui souffla que c'était une bêtise énorme et qu'il ne devait pas se laisser faire, qu'il devait fuir, refuser. Sauf qu'au fond de lui, il en avait envie. Il avait envie des lèvres de Charlie sur les siennes. Son corps avait besoin de se sentir aimé au moins une fois. Vraiment. Pas juste du sexe avec un partenaire, mais un peu d'amour.

– Pou'quoi ? J'croyais qu'tu aimais encore Kaje... Jaje... Jake, bafouilla-t-il.

– J'croyais. Mais en t'voyant, j'me dis que final'ment, l'avait p'êt' raison le Jackie. Que j'l'aimais pas autant qu'je l'disais. J'peux t'embrasser ?

– Mmh, si t'veux.

Charlie posa sa bouteille par terre – ou sur la table, il ne savait pas vraiment – et se pencha vers Harry, son haleine chargée d'alcool. Il posa ses lèvres sur celle de son ami qui se laissa faire. Mieux encore, il l'agrippa par les épaules pour le forcer à s'installer sur ses genoux sans rompre le baiser, refusant de comprendre ce que Charlie avait voulu dire.

– C'est bon ?

– Très, répondit Harry.

Ce poids sur ses cuisses, cette chaleur qui l'entourait, ces lèvres sur les siennes, cette odeur envoûtante. Charlie sentait meilleur que Drago ou même Marcus. Il était aussi plus beau, nota Harry dans ses pensées embrouillées par l'alcool.

Tout cela avait manqué au jeune homme. Franck lui apportait le sexe, mais pas le reste que Potter désirait dans une relation. Jusque là, il s'était voilé la face, acceptant ce que son partenaire lui donnait.

Il ne savait pas pourquoi il pensait au sexe alors qu'entre Charlie et lui, ce n'était rien de plus qu'un simple baiser.

– J'peux r'commencer ? murmura le rouquin.

– J'dis pas non.

Charlie s'empressa de retourner à sa tâche, dévorant ses lèvres, les goûtant, suçant sa langue, fouillant sa bouche avec ardeur alors que ses mains s'étaient décidées à partir à la conquête du corps sous lui. Harry fit de même, électrisé par le contact de ces paumes sur sa peau.

– Encore, supplia Harry en l'attirant de nouveau à lui.

– T'veux aller plus loin ?

Plus loin ? Harry, sobre, aurait refusé, surtout au vu de la conversation qu'ils avaient eue durant la préparation des nems. Mais là, sous l'emprise de l'alcool, il en avait envie. Presque autant que ce baiser si délicieux.

– J'crois que c'est clair, non ? commenta Harry alors que dans son pantalon, une érection avait commencé à naître.

Ce n'était guère surprenant. Charlie avait tout fait pour attiser cette envie en se frottant doucement contre lui.

– Toi aussi ? ricana bêtement le vétérinaire.

Il lui prit la main et vint la poser sur la bosse qui déformait son pantalon.

– Tu la sens ?

– Ici ou dans la chambre ? susurra Harry en la massant délicatement.

Charlie se retint au dossier du canapé, yeux fermés, pour apprécier la caresse sur son sexe à travers le tissu de son jean. Harry profita de sa position pour se toucher dans le même temps, les deux sexes étant proches l'un de l'autre.

– Comme tu veux. J'suis bien ici, moi. Su'tout t'rrêt pas.

Harry regarda la bosse et sa main qui passait et repassait dessus. Nulle envie de se lever, de quitter ce poids sur ses genoux.

– Ok, fit le jeune homme en remontant vers la taille.

Il fait sauter le bouton du jean et descendit la braguette avant de caresser le boxer noir tendu. Il ne voulait pas encore passer dessous pour toucher directement la hampe lourde et chaude.

– Prends-la dans ta main, supplia Charlie. J'ai besoin...

Harry ne se fit pas prier. Il tira le sexe de sa gangue de tissu et le fixa un instant, s'imprégnant de son image. Ce pénis tendu était juste de la taille idéale. Le brun l'imagina le pénétrer. Il se mordit la lèvre.

Au lieu de cela, Harry l'attira de nouveau à lui pour lui dévorer la bouche.

C'était meilleur qu'avec Franck. Peut-être était-ce à cause de l'alcool. Mais il s'en fichait.

– Continue, l'exhorta Charlie en accentuant le contact avec cette paume chaude. Embrasse-moi encore.

– Ok.

Ils continuèrent de se bécoter quelques minutes en même temps que Harry masturbait doucement son futur amant. Jusqu'à ce qu'ils arrêtent pour passer à autre chose de plus sérieux. Charlie fut le premier à se lancer en se redressant totalement sur ses pieds – titubant au passage parce que l'alcool ingurgité n'aidait pas à garder une certaine stabilité. Il retira ses vêtements, soutenu par Harry qui l'empêcha de tomber au moins trois fois en moins de deux minutes quand il s'empêtra dans ses chaussures en retirant son pantalon.

– Pitié, Potter, r'tire tes fringues. Sinon, c'moi qui vais l'faire.

– Fais-toi plaisir, rigola Harry, mais tu tiens pas d'bout, 'Lie alors arriver à m'enl'ver mes f'ingues... J'arrive pas à parler c'rrect'ment, rit-il. T'es beau, 'Lie. Très beau.

Indéniablement parfait avec sa peau laiteuse, ses taches de rousseur, ses poils roux qui descendaient de son nombril jusqu'à son pubis, son sexe dressé entre ses jambes musclées, son torse musclé. Ses yeux bleus voilés par l'alcool, ses joues rosies, ses cheveux de feu décoiffés.

Une bombe ambulante et Jake était le dernier des crétins de l'avoir laissé tomber.

Harry se mordit les lèvres. Son sexe eut un sursaut dans son caleçon.

– En fait, garde tes fringues. J'sais c'que j'vais faire.

Le brun vit son ami s'approcher avec son regard de prédateur et s'installer de nouveau à califourchon sur ses cuisses.

– J'ai rien pour ça mais ch'suis clean, affirma Charlie. En fait, c'est dans ma chambre mais j'pourrais pas aller l'chercher. Pas envie d'me casser la gueule.

– Ch'suis clean aussi.

Il avait fait des tests après sa rupture mais aussi peu après avoir couché avec Franck, peu sûr que son amant soit si net avec toutes ses conquêtes, malgré le fait qu'il ait mis à chaque rapport un préservatif.

– Tu m'laisses faire ? murmura Charlie en redescendant des cuisses pour les écarter.

Il s'accroupit entre elles et d'une main maladroite, ouvrit le pantalon puis libéra l'érection de son carcan de tissu.

– 'Lie ? Tu fais quoi ?

Charlie ne répondit pas, se contentant d'ouvrir la bouche et de lécher le gland violacé. Il l'engloutit quelques instants plus tard, faisant gémir Harry qui rejeta la tête en arrière.

Totalement perdu dans son plaisir, il vit à peine Charlie se relever mais sentit la bouche quitter sa verge et son ami s'installer de nouveau sur lui, juste au-dessus de son sexe tendu vers ces fesses diablement attirantes.

Harry ne pensa qu'à une seule chose en cet instant : c'était lui qui allait prendre l'autre.

Pendant ses années de relation avec Marcus et Drago, il n'avait pas pensé un seul instant à pénétrer l'autre. Parce que ses amants avaient été clairs, il était hors de question que quelque chose rentre dans leur popotin. Harry avait accepté.

Là, Charlie allait le laisser prendre le dessus sur lui, le pénétrer.

Quand le rouquin s'abaissa sur sa verge lubrifiée par la salive, il aurait pu jouir sur le coup tellement c'était bon. Son sexe était là, serré dans cet antre chaud. C'était divin.

– Bordel !

– Bouge pas, 'Ry, haleta Charlie, le visage tordu par la douleur. Attends un peu.

Malgré son désir implacable de soulever son amant pour le faire aller et venir sur lui, Harry le laissa accepter peu à peu l'intrusion. Ses mains étaient posées sur sa poitrine, tout près de son cœur.

Le temps parut s'étirer, interminable. Jusqu'à ce que Charlie commence tout doucement à bouger sur lui. Infimes mouvements de hanches que le brun s'empressa d'intensifier en l'attrapant par les hanches.

– 'Core, exigea Charlie.

Harry grogna, le corps en sueur, ses mains humides glissant sur les hanches de son amant. Il tentait d'aller plus vite, plus loin pour toucher ce petit point qu'il savait faire beaucoup de bien sa prostate. Lorsque Charlie ouvrit la bouche, les yeux révulsés, il sut qu'il l'avait touchée. Il s'ingénia donc à revenir la taper encore et encore.

Aucun des deux ne sut si c'était à cause de l'alcool ingurgité, de la position lascive de Charlie, nu, sur les genoux de Harry, le fait qu'ils se soient masturbés ou alors le manque de sexe, mais ils ne tardèrent pas à jouir à quelques secondes d'intervalle.

Le cadet Weasley se laissa tomber sur son amant, le souffle court. Harry l'entoura de ses bras, soudain étrangement vidé.

– 'Lie ? fit Harry. Va au lit ? T'les deux ?

– Mmh. Suis bien moi, ici. T'conf'table.

Cahin caha, ils se redressèrent et filèrent sans pudeur aucune dans la chambre de Charlie avant de s'écrouler sur le lit. Harry pensa de façon lucide à se déshabiller aussi, histoire d'être à l'aise puis se coucha sous les draps, son amant contre lui.

– L'avait raison Jake. J'crois qu'j'l'aimais pas autant qu'j't'aime toi, bredouilla Charlie avant de s'endormir, rapidement suivi de Harry.


À suivre

Alors ? Que va-t-il se passer entre les deux ? Couple ou pas ? Une chose est certaine, on ne tape pas l'auteure !

D'ailleurs, en parlant de ça, samedi prochain, le chapitre sera sans doute posté dans la soirée. Et les reviews... je ne pourrai peut-être pas y répondre. Je ferai de mon mieux sauf que je ne serai pas chez moi du jeudi au samedi (examens obligent, oui encore). Donc autant vous prévenir. Mais pas de soucis, la fic est bien au chaud dans mon pc. Il reste d'ailleurs 5 chapitres après celui-là avant la fin.