Disclaimer : Tout m'appartient ici, sauf les Maraudeurs, Lily, Rogue, Regulus, Dumbledore et quelques autres, ainsi que le monde magique dans son ensemble. Ces derniers appartiennent à une dénommée JKR. Je ne reçois aucune rémunération pour ce travail pourtant éprouvant !
Corée appartient à Lauren.
Remerciements : pour leurs reviews, à Briséis, chocogrenouille, Lucilia, DR Ciboulette et elana11.
Note : Mon plus long chapitre, et de loin (1000 mots de plus qu'à l'habitude) ! Également le plus laborieux à écrire jusqu'ici, je suis très heureuse d'en être débarrassée. Promis, après ça je ne vous embêterai plus avec le Quidditch avant le chapitre 20 environ^^ Par contre, je retire ce que j'ai noté précédemment : encore plus difficile à écrire que le Quidditch, il y a les dialogues « pré-romantiques ». Arg ! J'espère que vous ne trouverez pas ça trop mauvais... Le « rapprochement » se fait petit à petit. Bonne lecture !
Chapitre 10 :
Balles et bal
Le dernier week-end d'octobre, non pas un, mais deux des événements majeurs de l'année scolaire se déroulèrent : le deuxième match de Quidditch de la saison - Gryffondor contre Serpentard - et le très attendu bal d'Halloween. Sans surprise, le premier des deux suscitait surtout l'émoi des garçons, le second celui des filles. Janis se consacrait plutôt aux Nouvelles, dont il faudrait bientôt songer à achever le premier numéro, mais elle n'échappa naturellement pas à la célébration de ces deux grandes messes poudlardiennes.
Dès le début de l'après-midi du samedi, Marius et Janis s'étaient assis aux premières loges dans les gradins du stade de Quidditch. Beaucoup moins amateurs de sport que leurs amis, Pénélope et Noah attendaient généralement le dernier moment pour se joindre à la foule des spectateurs. Ils devaient certainement en cet instant terminer de travailler dans la Bibliothèque, quasiment vidée de ses visiteurs habituelles.
- Pas sûr qu'on puisse leur garder des places, fit observer Marius.
Il regarda d'un air vaguement maussade le siège à sa gauche et ses propos se virent immédiatement confirmés par l'arrivée d'un grand Serdaigle dégingandé qui repoussa sans ménagement l'écharpe que Marius avait posé là dans l'espoir de signaler ainsi une place occupée.
- Après ce match, je pourrais boucler mon article, annonça-t-il, alors qu'il extirpait une plume et un parchemin d'une des poches de sa robe.
Janis s'amusa de l'extrême sérieux avec lequel son ami s'acquittait de sa tâche de reporter sportif pour les Nouvelles de Poudlard.
- Tiens à propos : tu es certain que « Quidditch de Poudlard et d'ailleurs » convient vraiment comme titre ? Parce que tu parles à peine de l'ailleurs, il me semble...
- J'ai quand même mis les résultats de la Ligue Britannique... mais enfin ce qui intéresse le peuple de Poudlard, ce sont mes commentaires avisés sur les matchs entre les maisons !
- C'est sûr.
- Mes comptes rendus des rencontres passeront à la postérité, poursuivit-il d'un ton théâtral. Des modèles de précision et d'objectivité journalistiques, je te dis !
- Mais, d'ailleurs, qu'est-ce que va donner un « compte rendu objectif » de notre match contre Serdaigle ? C'est possible ça ?
- Pas d'inquiétude, j'avais tout prévu !
Janis haussa un sourcil interrogateur.
- J'avais embauché Bertram Aubrey pour qu'il note les moindres événements du match ; j'ai presque fini de rédiger un récit très précis à partir de ses notes et de ce que j'ai vu moi.
- Merlin, on va avoir droit à la description de nos moindres faits et gestes ? s'inquiéta Janis.
Elle n'était pas très rassurée à l'idée de voir ses erreurs d'appréciation et ses coups de batte manqués consignés noir sur blanc dans son propre journal. Mais enfin, c'était le prix à payer pour la liberté de la presse !
- En gros, oui.
- Chouette... bon, pense quand même à citer Aubrey dans ta chronique.
- Et il y aura les photos de Noah, aussi. D'ailleurs, il devrait être venu plus tôt, il ne va rien pouvoir photographier s'il est trop loin !
La voix criarde de Lucas Stebbins, le commentateur habituel, retentit alors, annonçant l'entrée des deux équipes sur le terrain. L'atmosphère devint soudain plus tendue et les hourras des supporters se firent entendre plus nettement.
- Gryffondor ! Gryffondor ! se mit à scander Janis, avec la foule des supporters des rouge et or, qui contenait non seulement des Gryffondor mais aussi l'immense majorité des Poufsouffle et des Serdaigle.
C'était un fait que la maison Serpentard, depuis quelques années que la guerre faisait rage dans la Grande-Bretagne sorcière, se tenait généralement à l'écart des autres, supportant le camp de Voldemort contre celui de Dumbledore, soutenant la logique du sang-pur, méprisant toute idéologie prônant l'ouverture et la tolérance. Il y avait sans doute des exceptions, mais elles étaient peu visibles, tant se mettaient sans cesse en avant les plus sectaires du lot.
Le capitaine des Serpentard était Imogen Wilkes, un septième année. Il était grand et maigre, et un sourire narquois s'étalait sur ses lèvres. Il faisait lui aussi partie de la bande des « apprentis Mangemorts », en compagnie de son compère du même âge, Evan Rosier. Étant les plus âgés, ils en étaient les leaders depuis les départs successifs de Lucius Malefoy et Rodolphus Lestrange, qui avaient probablement rejoints les rangs des partisans de Voldemort à la sortie de Poudlard.
Les deux équipes se tenaient face à face, et faisaient étalage de leur aversion mutuelle sans aucune retenue. Wilkes lançait à James des regards agressifs ; Spinett, le gardien des Gryffondor, roulait des mécaniques dans l'espoir d'intimider ses adversaires ; il sembla à Janis que les regards de Sirius et Regulus s'étaient croisés, mais quelques secondes plus tard ils s'ignoraient à nouveau, effectuant des ronds sur leurs balais en attendant le début de la rencontre. Avec ce qu'elle avait appris récemment sur la nature des relations entre les frères Black, la confrontation prenait un visage particulier.
Madame Bibine lança d'un ton impérieux :
- Je vous demande à tous le plus grand fair-play !
Un conseil certes avisé, mais un vœu pieu, quand on connaissait l'inimitié millénaire des deux maisons qui s'affrontaient. L'arbitre siffla le coup d'envoi de la partie. James prit aussitôt possession du Souafle et le mena vaillamment à l'assaut des buts adverses. Avec une rapidité et une facilité déconcertantes, Sirius, Linda Fogerty et lui s'échangèrent d'impeccables passes et James marqua un but après avoir feinté le gardien vert et argent. Sirius leva le poing et poussa un cri victorieux, et avec lui les tribunes de Gryffondor.
- Premier but de la partie pour Gryffondor ! hurla Stebbins.
Les Serpentard remirent le Souafle en jeu, mais après seulement quelques passes, Wilkes reçut un Cognard parfaitement ajusté de la part du batteur de Gryffondor, Andrew Nicholls, qui lui fit lâcher prise. James s'empara de la précieuse balle. Il monta en chandelle, le Souafle sous le bras, s'élevant très haut au-dessus des autres joueurs. Pritchard et Barnes, deux des poursuiveurs de Serpentard se lancèrent à sa poursuite. James lâcha alors le Souafle qui tomba en flèche jusque dans les bras de Sirius.
- C'est un feinte de Porskoff ! s'enthousiasma Marius.
Il y avait désormais deux Gryffondor contre un Serpentard, et ils n'eurent aucun mal à inscrire un deuxième but.
Gryffondor était franchement supérieur, quasiment en tout point. Janis était impressionnée par leur technique et la qualité de leur jeu. Ils s'étaient encore améliorés par rapport à la saison précédente.
Trente-cinq minutes plus tard, le même schéma s'était reproduit un nombre spectaculaire de fois, et Gryffondor menait 360 à 40. De mémoire poudlardienne, on avait très rarement vu une telle dérouillée infligée par une équipe à une autre en si peu de temps. Janis se rappelait assez clairement un Gryffondor-Poufsouffle qui avait eu lieu lorsqu'elle était en première année, et que les Poufsouffle qui y avaient assisté désignaient avec une grimace de douleur par la formule « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-score ». Un camouflet qui avait plongé la salle commune dans un état de prostration intense durant les trois mois suivants.
- Un vrai massacre, commenta Janis en plissant le nez.
Ils avaient beaux être des Serpentard, les membres de l'équipe que se faisaient actuellement laminer devant trois-cent spectateurs lui inspiraient tout de même une once de compassion.
- Oui, au point où on en est, ça n'est même plus marrant... Si les Gryffondor nous écrasent comme ça en février, je démissionne.
Quelques places plus loin, Janis vit Mick, le visage tordu, probablement anxieux à l'idée de se faire écrabouiller par Potter et ses troupes quand son heure serait venue.
- Janis, regarde ! brailla Marius.
Elle reporta son attention sur le match et repéra tout de suite ce que Marius voulait tant qu'elle regarde. Le Vif d'Or, bien sûr.
Rita Meadows et Regulus s'étaient déjà lancés à sa poursuite. Janis supposa que Regulus se contenterait d'empêcher Meadows d'atteindre le Vif, car s'il s'en saisissait lui-même ce serait la fin de la rencontre et Serpentard aurait définitivement perdu. Les deux attrapeurs étaient au coude-à-coude. Ils évoluaient très près du sol, aussi tous les spectateurs s'étaient levés pour tenter de les apercevoir. La vue de Janis était désormais barrée par le gigantesque Gryffondor devant elle ; elle dut par conséquent se fier uniquement au rugissement du commentateur :
- Le jeune Black a eu le Viiiiiiif !
Stebbins faillit s'étrangler. Il fut saisi d'une quinte de toux, que le professeur McGonagall tenta de faire passer en lui donner de grandes claques dans le dos. Puis il parvint enfin à articuler distinctement :
- Incroyable, cent cinquante points pour Serpentard !
Les joueurs se posèrent sur la terre ferme, passablement désarçonnés. La mine hargneuse, Regulus tenait fermement le Vif d'Or dans son poing serré, comme s'il s'accrochait à son honneur bafoué. Il était au moins parvenu à sauver son équipe de l'humiliation.
- La victoire est malgré tout indiscutablement pour Gryffondor. Bravo à eux !
Les Gryffondor venait de remporter le match 360 à 190, mais James paraissait un peu déçu, et parlementait avec son attrapeuse au lieu de se joindre à la foule des rouge et or qui envahissait le terrain. Il aurait certainement aimé affliger une défaite encore plus sévère à ses ennemis jurés.
Après s'être frayés un chemin parmi la cohue qui quittait les gradins en chantant à tue-tête, Pénélope et Noah rejoignirent enfin leurs amis.
- Quel match extraordinaire ! s'écria Pénélope, qui n'était pourtant pas une connaisseuse.
On ne parla plus que de cette rencontre au scénario inattendu jusqu'à la fin de cette première journée d'un week-end riche en événements.
***
Le matin du 31 octobre, l'école s'était parée de décorations orange et noires à l'occasion d'Halloween, mais ce ne furent pas les seules couleurs mises à l'honneur. En effet, Pénélope et Janis ne purent que remarquer également, quand elles descendirent dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, un curieux changement dans les couleurs de cheveux de leurs camarades. Une nouvelle mode avait-elle été lancée durant la nuit ? À première vue, non, étant donné le flot continuel de filles en détresse qui quittaient la salle du petit-déjeuner avec des hurlements, essayant vainement de se couvrir la tête de leurs mains ou de leurs écharpes. Janis observa la scène, perplexe, et finit par trouver une forme de cohérence à ce qu'elle voyait.
En réalité, chacun des élèves présents dans la salle avait maintenant les cheveux à la couleur de sa maison. Les Serpentard poussaient des cris de rage en tirant vainement sur leurs chevelures désormais vertes. Les Serdaigle aux tignasses bleues tentaient divers sortilèges pour retrouver leur coloration naturelle. Les Poufsouffle jaune fluo paraissaient plus ou moins résignés à leur sort. Quant aux Gryffondor, ils semblaient moins alarmés que leurs camarades malgré les toisons rouge sang qui leur avaient poussé sur la tête. Quatre d'entre eux arboraient leur couleur de cheveux habituelle. Évidemment...
Avant de se permettre de rire du comique de la situation, Janis porta instinctivement la main à ses propres cheveux et constata avec effarement qu'eux aussi avaient tourné au jaune fluorescent. Elle se tourna vers Pénélope qui constatait le même phénomène avec une moue ennuyée. Les deux filles se dirigèrent tout de même vers la table des Poufsouffle où les membres restants de leur quatuor dévoraient déjà leurs tartines beurrées.
- Il y avait longtemps qu'on n'avait pas eu droit à une de leurs petites plaisanteries, fit remarquer un Noah d'un blond étincelant en les voyant arriver
Janis acquiesça et dit, fataliste, avant de tirer une chaise pour s'asseoir côté de lui :
- Que veux-tu, j'imagine qu'ils veulent célébrer comme il se doit leur victoire d'hier...
- Ils sont obligés d'embêter tout le monde pour ça ? demanda Pénélope avec mauvaise humeur.
Mais les Maraudeurs honoraient en réalité une tradition déjà bien installée à Poudlard : le jour d'Halloween, il fallait s'attendre de leur part à du grand art dans le domaine de la blague potache. Et encore, ce n'était rien à côté des trésors d'inventivité que déployaient les quatre garçons chaque année pour le 1er avril...
- C'est d'un puéril ! Il n'en ont pas marre ? continua de se plaindre Pénélope, qui semblait dans un état de tension considérable. Il y a un bal ce soir, tout de même...
Marius lui sourit doucement, puis suggéra l'air de rien :
- Janis, tu ne veux pas demander à Sirius de nous enlever ça ?
- Et qu'est-ce qui te fait croire qu'il m'écoutera ?
Personne ne répondit.
Janis ne rencontra Sirius de nouveau que dans la fin de l'après-midi, au détour d'un couloir au troisième étage, où se trouvait le QG des Nouvelles. Elle s'empressa de mettre en pratique le conseil de Marius, sans quoi elle craignait que Pénélope ne se départe pas de son air renfrogné de toute la soirée.
- Faudra que vous songiez à nous enlever ça ! lui balança-t-elle en désignant sa tignasse qui n'était plus vraiment fluo mais d'un jaune pâle et triste. Il y a un bal dans quelques heures à peine, je te signale.
- Comment ça, tu n'aimes pas être blonde ? répliqua Sirius avec un grand sourire.
Une demi-heure plus tard, chacun fut soulagé de retrouver sa teinte naturelle et l'atmosphère du dortoir de Janis paraissait largement allégée lorsqu'elle le regagna.
- Ah tu es là, Jan' ! Et nos cheveux sont à nouveau dans leur état normal. Allez, les garçons vont nous attendre, la pressa Pénélope avec un geste impatient de la main.
Beaucoup d'élèves avaient profité de l'occasion pour sortir en couple ou pour inviter quelqu'un qu'ils avaient en vue mais, sans réellement s'être concertés auparavant, c'est simplement en amis que Pénélope, Marius, Noah et Janis se rendaient au bal d'Halloween.
- Bon, on s'habille ? fit Pénélope, visiblement surexcitée.
Il existait des robes de soirée spéciales pour les sorciers, mais celles de sorcières étaient plus ou moins les mêmes que chez les Moldues. Janis n'en avait jamais possédé une convenable, aussi enfila-t-elle une jupe et un chemisier à l'allure à peu près correcte et troqua ses habituelles baskets élimées contre des mocassins qui lui faisaient mal aux pieds. Elle se sentit un peu honteuse à côté de Pénélope qui portait une robe blanche magnifique. Robe qui suscita visiblement l'approbation de Marius car celui-ci l'accueillit avec un sifflement admiratif. Pénélope resplendissait et Janis n'était pas sûre de comprendre ce qui se passait. Pénélope et Marius s'empressèrent de marcher devant. Noah se tourna vers elle et lui offrit son bras.
- Tu es superbe toi aussi, Janis, fit-il en lui donnant un baiser sur la joue.
- Merci, Shing, répondit-elle avec une moue sceptique.
- Je crois que ce sera seulement nous deux, ce soir, ajouta-t-il.
- Oui...
Ils montèrent les escaliers en direction du Hall, puis de la Grande Salle. Cette soirée paraissait n'avoir de bal que le nom. Il s'agissait plutôt d'un banquet : des mets raffinés étaient disposés délicatement dans des assiettes dorées le long des quatre tables des maisons et de celle des professeurs. Les tables étaient décorées de centaines de bougies calées dans des citrouilles de toutes tailles. Des chauves-souris volaient sous la voûte de la Grande Salle.
Janis aperçut Sirius et cette vérité la frappa plus encore qu'à l'habitude : il était extraordinairement séduisant. Aussi agaçant que cela puisse être, il était à peine étonnant qu'il suscite autant l'émoi de la gent féminine de Poudlard. Il se tenait appuyé contre la table des Gryffondor et examinait les quelques attroupements d'élèves avec l'élégance insolente et détachée qui le caractérisait.
- Janis, tu rêves ? lui glissa Noah avant de l'inviter à s'asseoir.
Le festin se changea rapidement en une sorte de buffet, car chacun se levait sans cesse de table pour aller converser avec des amis à l'autre bout de la salle et picorer dans les assiettes des autres. Un climat chaleureux qui plaisait beaucoup à Janis, en bonne Poufsouffle qu'elle était. Adèle Bether, justement, s'approchait d'elle en faisant de grands gestes.
- Janis ! Tu as le temps, là ?
- Euh... oui, bien sûr, répondit Janis, un peu déconcertée par cette entrée en matière.
Bien sûr, qu'elle avait le temps : on était à une soirée d'Halloween. Quand Merlin avait-elle donné l'impression qu'elle tenait un emploi du temps de président-sorcier du Mangenmagot (1) ?
- Regarde, commença Adèle en brandissant deux feuilles de parchemin remplies, ça y est j'ai copié tout notre texte !
Janis avait préféré demander à Adèle de recopier leur article commun avec sa belle écriture ronde et liée, plutôt que de le faire elle-même et de tout gâcher avec des ratures toutes les trois lignes. Elle remercia Adèle d'un sourire. Elle s'était vaguement demandée après le match, quinze jours auparavant, si la victoire de son équipe sur celle d'Adèle entraînerait un soupçon d'animosité entre elles. Après tout, Adèle était la capitaine des Serdaigle, et en tant que telle, c'est à elle que toute sa maison devait reprocher ce mauvais résultat. Mais il n'en fut rien.
Avec son chignon soigné et ses lunettes strictes, l'Adèle du journal et de l'école était très différente de l'Adèle du terrain de Quidditch. Son sérieux en toute circonstance contrastait avec l'étourderie de Janis, le style précis de l'une avec le lyrisme enthousiaste de l'autre. Leur collaboration journalistique se déroulait donc parfaitement.
- Tiens, je t'en ai fait un exemplaire, dit Adèle en lui tendant une autre liasse de parchemins. J'ai retenu le fameux sort de Lily, précisa-t-elle avec un sourire.
- Merci, Adèle, c'est parfait.
- Au fait, je voulais te dire, ajouta celle-ci sur le ton de la confidence... Je ne suis absolument pas une « prétendante » de Sirius.
- Ah, fit Janis, interloquée.
- Tu sais, c'est ce qu'il a dit le jour du match.
Janis se rappela vaguement une des nombreuses remarques crétines de Sirius en tant que commentateur.
- Donc, voilà, je ne m'intéresse pas du tout à Black, conclut Adèle.
- Euh... d'accord, lui répondit Janis, de plus en plus perplexe.
De toute évidence, Adèle cherchait une réaction plus éloquente de sa part, mais Janis ne sut vraiment quoi dire de plus sur le sujet. Elle prit congé et partit rejoindre ses amis de Serdaigle.
James, Sirius et Peter s'approchèrent de Janis qui s'était levée.
- Alors, cheveux jaunes, ça va ? plaisanta James.
Janis roula des yeux.
- Enfin, on a eu pitié de vous, pauvres mortels, et on vous a laissés vous faire beaux pour le bal.
- L'événement de l'année pour la rubrique « Commérages » des Nouvelles de Poudlard, renchérit Peter.
- Vous êtes tordants, les mecs, vraiment, ironisa Janis.
- Et brillants. Sans oublier incroyablement attirants, dit Sirius d'un ton faussement désinvolte.
S'il y avait bien une chose qui semblait ne devoir changer jamais, c'était cela : les pitreries des Maraudeurs. Au fond, c'était plutôt une bonne nouvelle.
- Comment s'appelle mon rencard, déjà ? se renseigna Sirius, comme si de rien n'était, auprès de son meilleur ami.
Celui-ci prit un air consterné.
- C'est Nora, abruti.
- Ah, oui. Eh bien, elle se fait attendre. Non pas que je sois spécialement impatient, m'enfin...
Janis cligna des yeux.
- Elle doit être en train de se repoudrer le nez pour la douzième fois, supposa Peter, perspicace.
- Ce n'est pas la peine de sortir avec des filles, si vous parlez d'elles avec aussi peu de considération, dit Janis, une pointe d'agacement dans sa voix.
- Il n'y a rien de méchant, se défendit Sirius. Elle est très sympa, cette Nora. C'est James qui me l'a conseillée.
- Je rêve... soupira Janis pour toute réponse.
- Et je ne sors pas avec elle, précisa-t-il. C'est juste comme ça...
Sur ces mots, James et Peter s'empressèrent de s'éclipser en prétendant rejoindre Remus qui discutait avec Corée Trawns du côté de la table des Serdaigle. Sirius décida de changer promptement de sujet :
- Qu'est-ce que tu as là, Warlock ? interrogea-t-il en se saisissant des quelques feuilles de parchemin que Janis tenait à la main.
- Un article d'Adèle et moi, sur Tu-sais-qui, répondit-elle, renonçant à protester.
Il se mit à parcourir le texte des yeux sans aucune conscience de l'embarras qu'il provoquait chez la co-auteure de l'article en question.
- « Des nouvelles de Vous-savez-qui », lut-il. Rien que ça !
Voilà qu'il commençait à lire à voix haute ! Les joues de Janis rosirent légèrement.
- « À la fin du mois d'août de cette année, un exemple parmi d'autres des horreurs dont le monde magique est à la fois le témoin, la victime et l'instigateur : le meurtre d'une famille moldue dans la banlieue londonienne, perpétré par un groupe de Mangemorts. Quelques quinze jours plus tard, aux actes odieux succède la parole non moins odieuse : le Mangemort Alexander Piner tient dans la presse des propos haineux envers les sorciers d'ascendance moldue et prône une société autoritaire dirigée de main de maître par les sang-pur. Dans leurs mots comme dans leurs agissements, les partisans du mage noir bien connu de tous sont la plus grande menace qui pèse à l'heure actuelle sur la démocratie sorcière et ses citoyens de toutes origines. Et le récit quasi-quotidien de leurs exactions ne nous laisse aucun doute. Nous pouvons clairement affirmer ceci : le monde magique est en guerre ». Waouh, quelle introduction !
Sirius reprit sa lecture en silence, se contentant de lire les inter-titres qui scandaient l'article.
- L'étendue des ravages, Des partisans de plus en plus nombreux, Une idéologie totalitaire, Quelle information pour le peuple sorcier ?, Le monde moldu n'est pas en reste, Le cauchemar de Barty Croupton... Bravo, ça va faire un carton ! assura Sirius en lui rendant enfin son précieux écrit.
- Pas sûr. Maintenant, la moitié de l'école doit être d'accord pour l'extermination des Sang-de-Bourbe…
- Mais enfin, Warlock, où est passé ta confiance en l'espèce humaine ?
Janis sourit. C'était presque vrai. Ces dernières semaines, elle avait vu, dans les journaux mais aussi dans l'école, croître l'influence de Voldemort. Elle éprouva alors une grande envie de rentrer chez ses parents, à Liverpool, pour se reposer un peu du monde des sorciers.
- À quoi tu penses, Warlock ? demanda-t-il doucement.
- À chez moi, confessa-t-elle.
- Tu veux dire, chez les Moldus ?
Janis sourit.
- Chez les Moldus.
- Ça te manque ?
- Un peu, répondit-elle en haussant les épaules.
- Qu'est-ce qui te manque le plus ? Je veux dire, à part les gens ? Il manque un truc ici par rapport à chez toi ?
Janis fut agréablement surprise par cette question. Elle réfléchit.
- La musique. Je ne peux pas écouter de disques ici, ces stupides ondes ne passent pas à Poudlard ! Je voudrais bien avoir mon piano, aussi...
- Tu joues du piano ?
Janis acquiesça.
- Oui, depuis quelques années.
- Tu as pris des cours ?
- Oh non, c'est beaucoup trop cher. C'est ma tante qui m'a appris.
- Et tu es douée ?
- Je me débrouille, répondit-elle en haussant les épaules. J'ai des amis qui sont aussi musiciens. Je crois qu'ils estiment que je fais partie de leur « groupe de rock », mais comme je suis rarement là, je ne sais pas si on peut considérer que c'est vrai.
Sirius émit un sifflement admiratif.
- Je n'en sais vraiment pas beaucoup sur toi, Warlock !
Janis sourit et dit après un silence :
- Bon, je vais y aller. Noah a l'air de s'ennuyer.
Ça, et elle n'avait aucune envie de rencontrer la cavalière – très probablement superbe – de Sirius. Elle adressa un signe de la main à ce dernier et fit quelques pas en direction de la table des Poufsouffle.
- C'est ta phrase préférée, non ?
Janis interrompit son mouvement et se retourna vers lui.
- Quoi donc ?
- « Bon, j'y vais, moi ! », fit-il en caricaturant le ton d'adolescente hyperactive qu'elle prenait de plus en plus souvent ces temps-ci.
Janis se mit à rire.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? reprit-elle plus sérieusement.
- Ben, tu t'en vas tout le temps.
Elle le regarda sans comprendre et il poursuivit.
- Tu passes ton temps à quitter un lieu pour un autre. C'est un truc que j'ai observé
- Ah... ah bon ?
La remarque était extrêmement perspicace et Janis resta sans voix. Elle fit un signe en direction de la table des Poufsouffle, qui signifiait exactement la même chose que « Bon j'y vais, moi ! », et elle courut se glisser sur une chaise vide à côté de Noah, fébrile.
- Cette fête est mortelle... gémit ce dernier en sa direction.
L'atmosphère plaisante du début de la soirée s'était vite dissipée ; chacun semblait las et la piste de danse était vide. Un menuet vieillot s'échappait d'une sorte d'orgue de Barbarie aux tuyaux rouillés qui se balançaient au rythme de la musique.
- Pour ceux qui n'ont pas pour objectif majeur la drague, en tout cas, c'est une vraie purge, continua-t-il.
- Tu n'as qu'à aller draguer, alors, le taquina-t-elle.
- Tu es tellement drôle, Janis, répliqua Noah avec un sourire ironique.
Leurs regards se reportèrent sur l'assistance.
- Ils sont tous venus en couple, ma parole, commenta-t-elle.
- Je crois que tout le monde est décidé à optimiser sa vie amoureuse, ce soir.
Des binômes garçon-fille batifolaient dans tous les coins de la Grande Salle, lui conférant une atmosphère de mièvrerie qui n'était pas loin de donner la nausée à Janis. D'autres personnes en revanche ne se dispensaient pas de toiser les heureux amoureux d'un regard de dédain.
- Regarde cette fille, fit Noah en indiquant du menton la table des Serpentard, on dirait qu'elle va jeter sous le Saule Cogneur quiconque s'approche d'elle.
Le Saule Cogneur était un arbre particulièrement agressif planté au milieu du parc de Poudlard. Les quelques têtes brûlées qui essayaient de temps à autre de s'en approcher se retrouvaient généralement à l'infirmerie pour plusieurs jours. Et la fille en question était Amy Quaife, son beau visage pâle empreint d'une acrimonie véritablement troublante. Quelques garçons de Serpentard lui jetaient des regards mais n'osaient pas l'accoster.
- Tiens ! reprit Noah. En parlant de vie amoureuse, regarde qui est déjà de retour.
Janis n'eut pas le temps de l'interroger sur son insinuation à peine masquée car Sirius avait fait sa réapparition et se dirigeait vers eux.
- Je reviens t'embêter, Warlock, ça te dérange ?
Janis fit signe que non. Sirius serra la main de Noah, puis il poursuivit leur conversation comme si elle n'avait pas été interrompue. Janis se demanda s'il venait simplement passer le temps en attendant l'arrivée de sa cavalière.
- Tu me parlais de ta vie chez les Moldus.
Janis hocha la tête.
- Qu'est-ce que font tes parents ? demanda Sirius l'air sincèrement intéressé.
Noah se détourna lentement, et se mit à parcourir (ou à faire semblant de parcourir) distraitement le menu de la soirée.
- Ma mère n'a pas de travail en ce moment. Et mon père est mécanicien.
Elle s'apprêta à lui expliquer en quoi le métier de son père consistait, mais Sirius s'exclama :
- Cool ! Il répare des motos aussi ?
- Oui oui, fit Janis, surprise. Il a une vieille moto qu'il adore. Il en prend toujours soin même si elle roule à peine. On la dirait neuve.
Sirius lui posa alors une série de questions techniques auxquelles elle ne comprit pas un mot.
- Je n'y connais rien, Sirius. Mais je t'enverrai une photo si tu veux.
- Cool, répéta-t-il.
Une jolie brune apparut alors et vint se pendre au bras de Sirius.
- Salut, fit-elle joyeusement.
- Salut.
- Je m'appelle Nora. Nora White.
Elle sourit de toutes ses dents parfaitement alignées et ajouta :
- C'est amusant non ? Sirius Black et Nora White, précisa-t-elle avec émoi quand Janis lui jeta un regard perplexe.
- Ah, fut sa seule réponse.
- Black et White, fit Nora avec un petit gloussement, et un bref coup d'œil avide vers son cavalier.
- Génial, commenta Janis d'un ton neutre.
Elle sentit les mouvements saccadés de l'épaule de Noah contre son dos : il retenait avec difficulté un éclat de rire. Sirius quant à lui suivait la conversation nouvellement engagée d'un air absent. Il ne semblait pas aussi émerveillé que sa partenaire par la parfaite concordance de leurs noms de famille.
- Et toi, comment t'appelles-tu ? repris Nora.
- Janis.
- Ah, c'est toi ?
Janis haussa les sourcils.
- Eh bien... oui, c'est moi
« C'est moi qui ? » se demanda Janis. Qui était-elle donc devenue, dans la tête des élèves de Poudlard ? La nouvelle copine des Maraudeurs ? La Poufsouffle née-Moldue attaquée par les apprentis Mangemorts ? La fille qui voulait publier un journal ?
- Tu es la copine de Pettigrow ?
Noah manqua s'étouffer avec sa Bièraubeurre. « La copine de Pettigrow » : c'était donc cela !
- Alors là, je t'arrête, pas du tout. Warlock n'est la copine de personne.
C'était Sirius qui était intervenu. Janis le fixa un instant puis s'empressa d'approuver d'un signe de tête frénétique.
- Ah bon, dit Nora, les sourcils froncés.
Janis détourna le regard quand Sirius et elle s'éloignèrent pour « danser sur cette chanson, c'est ma préférée ! ».
- Comme par hasard, c'est son morceau préféré, s'amusa Noah en donnant une tape affectueuse sur l'épaule de Janis.
Celle-ci se mit à rire nerveusement, et dodelina au rythme de ce qui semblait un pastiche sorcier d'un tube de pop anglaise moldue. Pénélope et Marius dansaient également, l'air rayonnant.
- Qu'est-ce qui se passe entre eux ? interrogea Janis, qui pensait avoir manqué un épisode.
- Bonne question ! On n'aura qu'à les soumettre à un interrogatoire chacun de notre côté...
Noah s'interrompit et se tourna vers son amie.
- Mais tu n'avais rien vu ?
- Vu quoi ?
- Qu'ils flirtaient.
- À vrai dire, non. Tu sais, je ne suis pas très observatrice.
- Oui, et puis tu avais d'autres préoccupations...
Janis ne sut dire avec certitude à quoi il faisait allusion.
Quand la fête s'acheva après une autre heure passée à commenter les faits et gestes des uns et des autres avec Noah, les élèves furent priés de quitter la Grande Salle dans le calme, ce qui fut compliqué pour certains couples manifestement sujets à des débordements hormonaux. Avant de regagner son dortoir, Janis ne put s'empêcher d'annoncer à Sirius qui lui avait lancé un sourire aimable :
- Bon, j'y vais, moi !
Le rire sauvage que lança Sirius en s'éloignant vers la tour des Gryffondor fut pour Janis la seule réelle satisfaction de la journée.
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(1) Président-sorcier se dit Chief-Warlock en version originale, d'où le jeu de mot.
