Bonjour/bonsoir à tous ! Nous voilà enfin à la conclusion de cette fic, je tiens tout d'abord à m'excuser au sujet du chapitre présédent. Effectivement j'avais homis de préciser qu'une scène dure (voir choquante pour certain) allée y avoir lieu, je comprends bien l'incompréhension qu'elle a suscitée et m'en excuse mais je tiens quand même à préciser que cet évainement était incontournable pour avancer dans cette histoire.
Du fait que nous a prenons de nos erreurs je tiens à ne pas reproduire cette dernière c'est pourquoi je vous préviens de ce pas que ce chapitre contient lui aussi des passages difficiles.
Surce je vous souhaite tout de même une bonne lecture !
Je tremble comme une feuille alors que je lâche ma prise et que le vide m'aspire, je ferme les yeux en réalisant que je vais enfin être libre...
Alors que la loi de l'apesanteur m'entraîne vers le vide, un bras passe le long de mon torse et me retient. Je suis tellement surpris que mon corps se raidit et mon souffle se coupe. Je sens la personne derrière moi me tirer de façon à me refaire passer de l'autre côté de la balustrade, mon corps se détend d'un coup et tous mes muscles semblent devenir du coton si bien que je tombe à la renverse emportant avec moi mon sauveur.
Allongé à même le sol, je suis de nouveau capable de respirer et prends de grandes bouffées d'air alors que quelqu'un – agenouillé à côté de moi – se place au-dessus de moi et me fixe d'un regard empli d'inquiétude.
— Natsu ? réalisais-je tentant encore de reprendre une respiration normale.
— Qu'est-ce qui t'a pris ?! J'ai bien cru que je te rattraperais pas ! m'interroge-t-il affolé.
Soudain je réalise ce qu'il vient de se passer et mes larmes réapparaissent au coin de mes yeux tandis que je me relève sur les coudes.
— Gray... murmure-t-il face aux gouttes salées qui dévalent maintenant mes joues.
— Pourquoi tu ne m'as pas laissé mourir ? demandais-je d'une voix éteinte en le fixant.
— Pourquoi ? répète-t-il choqué par ma question.
— Je veux juste mourir, que tout s'arrête, expliquais-je en me recouchant sur le sol.
Natsu ne répond rien mais me fixe effrayé, pourtant je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir se reposer après s'être tant battu pour rien. De toute façon je n'ai pas le choix, je peux pas vivre avec cette honte. Cette nuit j'ai perdu bien plus que ma virginité...
— Parce que je t'aime tout simplement, dit-il en brisant soudainement le silence.
Mes yeux s'écarquillent à l'entente de ces mots, je réalise bien plus de choses que je ne le voudrais. J'ai failli partir sans lui dire au revoir, je n'ai pas pensé à ce qu'il pourrait ressentir après ma mort. Je suis égoïste...
— Viens, on va parler tranquillement à la maison, propose-t-il en me tendant la main.
Cette même main que je fixe sans bouger, l'attraper reviendrait à accepter une autre issue que celle que je m'apprêtais à prendre. Mon regard remonte le long de son bras pour finir par se fixer sur ses prunelles, elles expriment tant de chose à la fois. Je sais qu'il veut seulement m'aider mais en est-il seulement capable ? Cette nuit encore, j'ai eu la preuve qu'espérer ne mène qu'à la souffrance pourtant j'ai envie de croire en lui. J'ai le sentiment que Natsu peut faire quelque chose. Fébrilement je tends le bras et me saisis de la main qui m'est offerte, Nat' m'aide à me relever et me sentant vaciller, il passe un bras dans mon dos pour me stabiliser.
A peine sommes-nous tous les deux debout, qu'il commence à m'emmener vers la porte qui donne sur les escaliers. Surpris, je lui lance un regard interrogateur auquel il répond :
— On sera bien mieux chez moi pour parler.
Il agrémente sa déclaration d'un petit sourire qui se veut rassurant. Sur tout le trajet entre le lycée et son studio je ne peux m'empêcher de me demander si j'ai fait le bon choix ? N'aurait-il pas mieux valu que je saute et mette un terme à tout ça ? Certes, j'ai envie de croire Natsu mais a-t-il réellement la capacité de changer les choses ? Et si jamais tout dérapait et que mon père finissait par s'en prendre à lui ?! Non, il faut que je m'ôte cette pensée. Jamais je ne les laisserais se confronter.
Nous arrivons finalement chez lui, je m'installe sur le clic-clac qui a été déplié pour la nuit tandis que Natsu m'apporte un grand verre d'eau. J'accepte volontiers le verre mais ne bois pas pour le moment, je reste tête baissée et préfère contempler le parquet plutôt que de le regarder dans les yeux. C'est un comportement puéril mais je commence à prendre conscience de ce que je m'apprêtais à faire sur le toit du lycée, j'en ai soudainement honte... Mais bizarrement je n'arrive pas à cerner si j'ai honte de mon envie de mourir ou si j'ai honte qu'on m'ait vu si faible et abattu.
— Tu comptes me regarder à un moment ? me demande Natsu me faisant soudainement sursauter, pourtant je ne lève toujours pas les yeux, je n'y arrive pas.
Je l'entends soupirer avant qu'il ne s'assoie à mes côtés.
— Gray... même si c'est dur d'en parler, je veux que tu m'expliques ton geste.
J'ai la gorge nouée et me décide enfin à prendre quelques gorgées d'eau mais je ne réponds toujours pas.
— Très bien, dans ce cas c'est moi qui vais commencer, désolé mais je vais être direct.
Je hoche légèrement la tête attendant avec crainte la suite.
— Je trouve que c'est lâche ce que tu as tenté de faire ce soir. On ne résout pas ses problèmes en les fuyant, on demande de l'aide et on les affronte pour y mettre fin. Gray, je ne sais pas ce qui s'est passé pour te mettre dans un tel état mais je veux t'aider.
J'écoute attentivement son discours dont le début me blesse, puis au fur et à mesure qu'il s'explique, je comprends que c'est lui qui a raison. Sa dernière phrase me chamboule, il tient tant que ça à moi ? C'est si évident que j'ai du mal à y croire, il y a vraiment quelqu'un qui m'aime sincèrement. Je veux en avoir le cœur net, je veux être sûr que je peux me confier à cœur ouvert.
— Natsu ?
— Oui ?
— Qu'est-ce que je représente pour toi ? demandais-je hésitant.
— Un être cher que je ne veux pas perdre, répond-il du tac au tac.
Sa réponse spontanée et sincère me chamboule, je sens de nouveau les larmes couler le long de mes joues alors que mes yeux ne peuvent se détacher de son visage si rassurant.
— Gray parle-moi, explique-moi ton geste. Je ne pourrais t'aider qu'en comprenant ce qui t'effraye.
— C'est mon père, lâchais-je soudainement.
Je me rappelle à quel point lui parler cette après-midi m'avait fait du bien, ses paroles sont cash mais justes alors je veux y croire, y croire une dernière fois : tout n'est pas perdu.
— Tu lui as parlé comme je te l'ai dit ?
— Non ce n'est pas ça, Natsu pardonne-moi mais je t'ai menti... Ou plutôt je ne t'ai pas tout dit.
— Je t'écoute, m'encourage-t-il d'une voix douce.
— Depuis aussi loin que je m'en souvienne, il me déteste, commençais-je en sanglotant.
Nat' se rapproche de moi et me frictionne le dos dans un geste qui se veut réconfortant, malgré tout, mes larmes s'intensifient alors que les souvenirs de toute cette vie de souffrance remontent à la surface et me compriment le cœur de tout leur poids.
— Continue, pourquoi tu penses que ton père te déteste ?
— Je ne le pense pas, je le sais... Il... depuis que je suis tout petit il...
Malgré mon acharnement, les mots restent bloqués au fond de ma gorge. Je sais pertinemment qu'une fois que j'aurais passé la ligne, plus aucun retour en arrière ne sera possible. Je le sais mais je veux faire bouger les choses, cette nuit j'ai compris à mes dépens que rien n'avancera si je continue à subir en silence. De plus, j'ai la chance de ne plus être seul, Natsu est à mes côtés et il va m'aider ! Il a réussi par sa simple présence à me convaincre de me battre.
— Il me bat, confessais-je enfin.
Natsu me fixe interdit, il semble choqué par mon aveu et reste quelques secondes sans réaction. Tout à coup sans que je ne m'y attende le moins du monde, il se retourne subitement et frappe avec rage le mur, au point de laisser une fissure. Il fait un nouveau demi-tour pour se placer face à moi et m'attrape par les épaules avant de me demander avec une pointe de colère :
— Pourquoi tu n'en as pas parlé avant ?!
— Parce que je pensais qu'avec le temps, les choses s'amélioreraient d'elles-mêmes, expliquais-je tremblant.
— Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? questionna-t-il de but en blanc.
Je ne pus retenir un sursaut de surprise mais aussi de peur suite à sa question, et si je venais à le dégoûter en lui avouant ce que j'ai subi ? Non, je sais pertinemment qu'il n'est pas comme ça, au fond je sais que j'ai trop honte pour avouer. Rien que d'y penser des flashs m'apparaissent, m'infligeant cruellement la réalité. Je regarde Natsu tremblant, mes yeux se gorgent d'eau et ma gorge se noue... Toujours assis sur le lit je soutiens le regard de Nat' car j'aimerais enfin avoir le courage de tout lui avouer, avoir la force d'espérer une dernière fois. Mais seulement voilà, cette force je ne l'ai pas.
Natsu quant à lui, est toujours debout face à moi et semble me sonder, cherchant sûrement à trouver la réponse à sa question sur mon visage. Soudainement son expression change et son visage se décompose laissant seulement apparaître un profond dégoût. Non pas ça ! Pitié ne me dites pas que c'est moi qui lui fais subitement cet effet...
— Tu boitais, tranche-t-il brusquement.
— De quoi ? articulais-je difficilement.
Sur le toit de l'école tout à l'heure, tu boitais... J'ai déjà vu ça dans ma vie à plusieurs reprises, je sais ce que ça sous-entend, explique-t-il tremblant visiblement de rage.
Il se penche vers moi et pose chacune de ses mains sur mes épaules, son visage est à quelques centimètres du mien si bien que je distingue des larmes se former au coin de ses yeux. A bien y regarder ce sont des larmes de colère qui s'apprêtent à dévaler ses joues, ça le touche à ce point ? Vraiment Natsu est quelqu'un d'à part, et plus notre conversation avance, plus j'ai le sentiment qu'à nous deux nous pourrons changer les choses. Il resserre légèrement sa poigne sur mes épaules, me ramenant soudainement à la réalité.
— Gray, dis-moi que je me trompe, dis-moi qu'il ne t'a pas violé.
— Je... Je suis désolé ! éclatais-je finalement en sanglots.
Sans que je ne m'y attende, il passe une main derrière ma tête et la place dans le creux de son cou tandis qu'il m'enserre d'un geste protecteur avec son autre bras. Je me rapproche un peu plus de lui, me sentant en sécurité comme jamais dans cette étreinte. Je m'accroche à son t-shirt et me laisse complètement aller, ce n'est sûrement pas un comportement viril mais ça me soulage de pouvoir évacuer toute cette douleur si longtemps cachée.
Natsu paraît partager ma douleur car je sens des gouttes rouler sur mon épaule, il finit par rompre l'étreinte pour de nouveau me faire face et par la même occasion confirmer mes doutes : il pleure.
— Cette ordure va me le payer ! s'emporte-t-il en s'emparant de son téléphone portable.
— Qu'est-ce que tu comptes faire ?
— Appeler les flics, il ne doit pas s'en tirer Gray ! Il va payer pour tout ce qu'il t'a fait, on va l'envoyer à l'ombre jusqu'à la fin de ses jours et il l'aura bien mérité.
Je me lève d'un coup et attrape sa main dans laquelle se trouve ledit portable, je sais qu'il a raison et que c'est la seule solution pour que mon cauchemar prenne fin mais je ne m'en sens pas la force ce soir. Je ne suis pas en mesure de supporter tous les interrogatoires des autorités ainsi que le brouhaha que représente un dépôt de plainte. J'ai parfaitement conscience que je n'y échapperais pas mais je veux un temps de pause, ma vie partie en éclat va encore être secouée une dernière fois mais je veux être prêt à l'encaisser.
— S'il te plaît Natsu, pas ce soir, implorais-je.
— Comment ça ? me demande-t-il dubitatif.
— J'ai besoin de me reposer un peu avant, je sais qu'une fois la police prévenue tout s'enchaînera très vite et je devrais faire face à tout ça d'une traite. C'est pourquoi je voudrais que tu m'accordes quelques heures de sommeil, tentais-je de le convaincre.
— D'accord mais dès demain on va au commissariat de la ville, accepte-t-il en reposant le téléphone sur la table basse.
Je le remercie d'un bref bisou sur la joue, ne me sentant pas prêt à de nouveau l'embrasser. Ses joues s'empourprent alors qu'un léger sourire étire ses lèvres, après ce petit instant de douceur Natsu me propose de se coucher maintenant histoire d'être un maximum en forme pour la journée de demain. J'accepte volontiers alors qu'il tire les draps et m'invite à m'insérer entre les couettes, je me glisse dans le lit et me tourne de façon à lui faire face, tandis qu'il en fait de même. Nous restons ainsi un long moment à nous contempler, il finit par approcher doucement sa main de mon visage, son geste est lent comme s'il ne souhaitait pas me brusquer. Elle termine sa course sur ma tête, puis commence à me caresser tendrement les cheveux, je me laisse aller à cette caresse bienvenue et ferme les yeux pour profiter au maximum de la sensation de bien-être et de sécurité qui m'enveloppe à cet instant.
Au bout d'un certain temps, je rouvre les yeux et me fige d'effroi. La main qui me caresse les cheveux est celle de mon père, lui-même qui me fait face avec un sourire carnassier et un regard empli d'une folie sans nom. Sa poigne se referme soudainement sur ma tête alors qu'il se place au-dessus de moi et se prépare à m'envoyer un puissant coup de poing. Je ferme les yeux par réflexe en voyant le coup arriver... Je les rouvre dans un sursaut et constate que Natsu est assoupi à côté de moi, ce n'était qu'un cauchemar ? J'observe Nat' qui semble avoir un sommeil paisible, je suis rassuré de constater que je ne l'ai pas réveillé. Mon mauvais rêve risque de l'inquiéter encore plus, si seulement c'est possible. Je redirige mon regard vers l'homme sans qui je ne serais plus, je lui dois tellement... Je ne comprends pas comment il peut faire pour m'aimer autant alors que je n'ai fait que lui montrer mes faiblesses, j'aimerais au moins juste une fois lui montrer que je suis fort, je voudrais juste lui prouver que je suis digne de son amour.
Je veux faire table rase du passé et m'offrir un avenir à ses côtés, pour ça je connais la solution : je dois régler cette histoire seul et ainsi lui prouver que je suis capable d'avancer. Ma décision prise, je dois encore trouver un moyen de l'appliquer sans emmêler Pinky. Je me retourne pour fixer le plafond tout en réfléchissant, si je vais au commissariat il me suivra. Je ne peux pas retourner au lycée pour en parler à Aries, c'est trop risqué au vu de mon état tout le monde comprendrait la vérité. Soudainement la solution s'impose à moi sans comprendre pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt, Mary ! L'assistante sociale qui m'a confié sa carte de visite la dernière fois.
Je me lève tout doucement du lit pour éviter de réveiller Natsu, une fois debout je m'éloigne du lit de quelques pas et commence à fouiller les poches de mon jean à la recherche de ladite carte. Après quelques minutes de recherches infructueuses, je dois me rendre à l'évidence, je l'ai laissée à la maison. Maintenant que j'y réfléchis je me souviens l'avoir laissée traîner sur le plan de travail, cette constatation m'amène à une pénible conclusion : je dois retourner là-bas. Bizarrement, savoir que je le fais pour Nat' m'empêche d'avoir peur, je n'ai pas peur d'y retourner. De plus c'est facile : je rentre doucement, la cuisine étant la première pièce à droite je m'y engouffre, j'attrape la carte ainsi que le téléphone fixe – qui est aussi sur le plan de travail – je passe le coup de fil et le tour est joué ! En plus mon père étant saoul, il doit dormir à poings fermés donc je n'ai aucun risque de le réveiller.
Satisfait de mon plan, je prends immédiatement la route en direction de ma maison. D'ailleurs maintenant que j'y pense, qu'est-ce que je vais en faire quand tout sera fini ? J'en parlerais avec Natsu en temps voulu et nous aviserons à deux. C'est incroyable à quel point l'idée d'une vie à deux avec lui m'enchante maintenant, alors que quelques heures plus tôt, je n'étais même pas sûr de mes sentiments pour lui.
J'interromps le fil de mes pensées quand j'arrive devant la maison, est-ce que c'est vraiment une bonne idée ? Non je ne dois pas penser de façon lâche ! Après tout ce chemin, je ne vais pas faire demi-tour maintenant ! Je dois lui prouver que je suis fort !
Je prends une profonde inspiration et entre tout doucement dans la pièce, il fait sombre mais j'arrive à me repérer facilement. Pourtant mon pied heurte un obstacle que je rattrape de justesse, c'est la barre de fer que j'avais déposée dans l'entrée pour changer la tuyauterie du radiateur. Je soupire de soulagement en réalisant que j'ai échappé au pire, je la repose doucement contre le mur. Je m'infiltre dans la cuisine et tente d'allumer la lumière, après avoir joué plusieurs fois avec l'interrupteur je comprends que l'ampoule est grillée. Décidément !
Je ne perds pas de vue mon objectif et cherche à tâtons de quoi m'éclairer, je tombe avec chance sur ce qui semble être un briquet. Après l'avoir testé, je constate que je ne m'étais pas trompé. J'allume quelques bougies que j'éparpille, puis pars à la recherche de la carte de visite. Il ne me faut pas plus de quelques minutes pour la retrouver sous un torchon, je m'empare du téléphone et compose le numéro prestement. Au bout de quelques tonalités quelqu'un décroche :
— Mary, j'écoute, prononce une voix féminine empreinte de sommeil.
— Bonsoir Mary, c'est Gray Fullbuster à l'appareil. Excusez-moi de vous appeler à une heure si tardive mais j'ai besoin de vous, expliquais-je, tremblant sous l'émotion.
— Je vous écoute, que puis-je faire ? demande-t-elle d'un ton plus assuré.
— Quand vous êtes venue chez moi l'autre jour, je vous ai menti et j'en suis désolé mais mon père me frappe. Je suis arrivé à un stade ou je ne peux plus encaisser...
— Vous êtes chez vous ?
— Oui.
— Ne bougez pas, j'arrive avec des renforts !
— Merci, soupirais-je avant de raccrocher.
J'ai à peine reposé le combiné qu'un bruit semblable à une respiration saccadée venant de derrière, m'interpelle. Je me retourne et découvre avec effroi mon père qui semble avoir tout entendu...
Il me dévisage avec ce regard noir, empli d'une haine sans limite, je sens la peur monter en moi. Je reste le plus vigilent possible car je sais qu'à la moindre seconde d'inattention c'est fini pour moi. Je passe un rapide coup d'œil sur la salle dans l'espoir de trouver une échappatoire ou de quoi me défendre, mon regard s'arrête sur un couteau qui traîne sur le plan de travail. Je repose immédiatement mon attention sur mon père qui se tient face à moi dans l'encadrement de la porte, je ne veux absolument pas qu'il devine mes intentions. J'amorce un lent mouvement pour m'approcher doucement du plan de travail, à peine m'a-t-il vu bouger qu'il s'élance vers moi et là tout s'est enchaîné très vite…
Je me suis précipité vers le plan de travail mais il m'arrête avant que je l'atteigne. Il me plaque contre le mur en me bloquant avec son bras qu'il presse sur ma gorge, me privant ainsi d'air. Je lui empoigne le bras de toutes mes forces dans l'espoir de le faire lâcher, sentant que je résiste, mon père me donne un coup dans l'abdomen. Je suffoque après ce choc puissant, j'ai l'impression que mes entrailles se déchirent sous ce coup. Il ne m'avait jamais frappé avec autant de force. Il retire son bras et me laisse tomber au sol. Dans ma chute, mon regard s'accroche au plan de travail sur lequel reposait le couteau mais je n'arrive pas à apercevoir ce dernier. Une fois au sol, je me tords de douleur en me maintenant l'abdomen. Chaque mouvement me fait souffrir, je ne comprends pas ce qui se passe, alors que je sens quelque chose de chaud couler dans mes mains. Je regarde ces dernières qui sont couvertes de sang, du sang ? Je relève doucement la tête vers mon père et constate avec effroi qu'il tient le fameux couteau dans sa main, alors il m'a poignardé… poignardé… moi, son propre fils ! Il m'a poignardé ! Je panique en comprenant toute l'horreur de la situation, il est sérieux, mon père s'apprête vraiment à me tuer pour de bon… Mais je refuse de mourir ! Dans une ultime tentative de fuite, je m'élance vers la sortie mais à nouveau mon père m'intercepte en m'envoyant un violent coup de pied sur ma plaie. Je me retrouve à nouveau au sol, étouffant sous l'assaut de la douleur qui fuse en moi, elle s'imprègne dans tout mon corps transformant le moindre de mes mouvements en une longue agonie. Il continue de me frapper, s'abreuvant de mes hurlements comme s'ils étaient, à ses yeux, la plus belle mélodie en ce monde.
— Tu sers vraiment à rien ! Depuis ta naissance tu fais que me poser des problèmes ! Crève, crève que j'ai enfin la paix ! me hurle mon père au summum de la colère.
Il persiste à me frapper alors que la douleur est déjà insoutenable, ma vision se trouble petit à petit, les hurlements de mon paternel ne sont plus que des murmures lointains à mes oreilles, je commence à avoir froid alors que mes paupières deviennent lourdes.
Je suis en train de mourir ? Ainsi, c'est comme ça que je vais passer de l'autre côté ? Battu à mort par mon propre père… non il ne mérite même pas que je le considère comme tel, il n'est que mon géniteur et rien de plus. Maman attends-moi, j'arrive…
— T'es vraiment le portrait de ta mère ! Elle aussi servait à rien, en plus elle pensait pouvoir partir avec toi comme si de rien n'était ! Genre j'allais la laisser faire, genre j'allais la laisser me prendre mon punching-ball préféré. Alors tu sais quoi ?! Un soir où elle était en ville, j'ai sorti la voiture pour la rejoindre et quand je l'ai trouvé elle traversait la rue. A ce moment-là, j'ai compris comment l'empêcher de partir, j'ai accéléré jusqu'à la percuter ! Et ouais ! C'est moi qui ai tué cette putain de grognasse qu'était ta mère !
A l'entente de ses aveux, je sentis la colère me consumer et malgré mon état je réussis à stopper son pied avec la paume de ma main. Je me relève légèrement et difficilement jusqu'à être assis et adossé au mur, je relève mon visage ravagé par les larmes de douleurs et de colère pour le fixer dans le blanc des yeux. Je lui jette un regard haineux, je sens toute la colère et la douleur accumulée ces dix dernières années exploser en moi.
Je repousse violemment son pied ce qui lui fait perdre l'équilibre, je profite de l'effet de surprise pour fuir. Mais au moment de me relever, mes forces m'abandonnent, je chute à nouveau et me retrouve allongé face contre sol. Le monde tangue autour de moi, j'arrive – en utilisant mes dernières forces – à tourner la tête en direction de mon père. Ce dernier s'était relevé et s'approchait de moi, chaque pas résonnait comme un compte à rebours avant la sentence… ma peine de mort infligée par ce monstre de cruauté.
Je ferme les yeux, résigné face à l'inévitable, je ne peux plus échapper à la mort. J'abandonne tout espoir et ma dernière pensée va à Natsu, je n'ai qu'une chose à lui dire : merci, grâce à toi j'ai eu le courage d'affronter mes ténèbres et c'est fier de moi que je vais rejoindre ma mère. Je l'entends se rapprocher de plus en plus, j'arrive même à distinguer sa respiration rapide et forte due à notre confrontation et à la colère qui bouille en lui. Il se stoppe à quelques centimètres de moi, ça y est, il va porter le coup final… J'entends un bruit sourd comme quelque chose de lourd qui entre violemment en contact avec une surface dure, suivi du son d'une masse qui s'écroule. Pourtant je ne sens rien, aucune douleur, aucune pression, rien. Je me force alors à rouvrir les yeux, malgré ma vision floue j'arrive à distinguer mon père allongé au sol à mes côtés. Mon regard capte ensuite une silhouette debout face à nous, une barre de fer à la main, bien qu'elle soit très floue j'arrive à discerner une chevelure rose… Natsu ? Que fait-il ici ? J'entends sa respiration affolée alors que ma vue se précise je constate qu'il ne bouge pas, il reste à fixer avec effroi le corps inerte de mon père.
— Natsu… tentais-je de le raisonner mais ma voix est éteinte presque imperceptible.
Pourtant, il semble m'avoir entendu car il détourne son regard pour me fixer. Il s'empresse de jeter son arme avant de s'agenouiller devant moi, je ne sais pas pourquoi mais à ce moment je sens comme une odeur de brûlé et aperçois les rideaux en train de prendre feu. Bizarrement je m'en fiche et reporte mon attention sur mon sauveur, ce dernier me retourne avec une délicatesse que je ne lui connaissais pas avant de me prendre dans ses bras avec tout autant d'attention.
— Tiens bon, Gray ! Il faut que je te sorte de là.
Il commence à avancer d'un pas pressé – tout en faisant attention à ne pas aggraver mes blessures – vers la sortie, je jette un dernier regard dernière nous pour voir les flammes prendre rapidement possession des lieux. Mon père ne bouge toujours pas mais je crois l'avoir vu respirer, je sais pertinemment que si l'on ne fait rien, les flammes vont le dévorer mais j'espère qu'il en sera ainsi…
Nous quittons la maison alors que le feu se propage brusquement dans toutes les pièces, j'ai l'impression de voir ma vie partir en fumée. Cet incendie sonne pour moi comme la fin de mon ancienne vie et le début d'une nouvelle, j'ai l'impression de renaître, libéré de mes ténèbres.
Natsu me dépose sur le trottoir, épuisé par mon poids, il passe son bras dans mon dos pour me relever légèrement et me parle. Il essaye sûrement de me rassurer mais je ne l'écoute pas, hypnotisé par la scène qui se déroule face à moi, Natsu, le visage éclairé par la maison qui brûle derrière lui. Une seule chose me vient à l'esprit à ce moment-là, qu'il est beau ! De petites boules blanches attirent mon regard, je les observe quelques secondes avant de réaliser qu'il neige. Natsu qui observait aussi le bal silencieux des flocons, reporte rapidement son attention sur moi, il plonge son regard onyx dans le mien, puis me gratifie de son plus beau sourire avant d'ajouter :
— C'est magnifique, non ?
— Oui…
Je sens que mes forces s'évertuent à me lâcher malgré tout, mon sang continue à se déverser sur le bitume, emportant petit à petit ma vie avec lui… à nouveau ma vue se floute et je commence à trembler.
— Ne me lâche pas Gray ! Reste avec moi ! m'ordonne Natsu, je distingue de l'inquiétude et de la peur dans sa voix.
J'essaye de m'accrocher, je me bats pour vivre ! Je veux profiter de cette nouvelle vie, je veux saisir cette deuxième chance ! Je veux lui dire tout ce que je pense, tout ce que j'éprouve, tout ce que je lui dois…
— Merci…
C'est le seul mot que j'arrive à prononcer alors que j'entends au loin les sirènes des pompiers. J'admire mon ami une dernière fois avant que mes yeux ne se ferment définitivement, me plongeant ainsi dans un sommeil sans fin, l'âme apaisée de toutes souffrances…
Bon avant de me trainer au bucher, de me lapider ou je ne sais quoi d'autre, sachez qu'une surprise est en préparation ^^
