Le 08 Mars, 1998

Severus,

J'espère que ces mots ne s'effaceront pas, ni à travers le temps, ni à travers ton cœur. Pardonne-moi, de t'avoir trahi, de t'avoir abandonné, de ne pas t'avoir fait confiance, de t'avoir rien dit.

Je crois qu'à travers toutes nos lettres, nos conflits, nos retrouvailles ou bien nos moments, nous nous sommes aimés à nous détester. Je le crois vraiment. Sinon pourquoi l'avoir fait si souvent ? Peut-être que j'essaye de me convaincre qu'à travers toute cette douleur, nous avons été quelque chose, quelque chose qui n'était pas malsain. Plus d'une fois, je me suis recroquevillé, plus d'une fois, j'ai eu ce cœur qui me faisait si mal, que j'ai souhaité ne plus rien ressentir. Toute cette violence qui nous contemplait avec passion, toute cette souffrance qui nous suivait à travers nos ombres. Je ne sais plus ce qu'on a été.

Peut-être que j'ai été trop pessimiste, peut-être que j'étais trop sombre pour y croire à l'époque. Je n'ai pas vraiment de justification à cela. Enfin si, une seule. J'ai grandi ainsi, je sais qu'on n'a jamais parlé de mon enfance. C'était le sujet interdit. En même temps, comment en parler ? Quand le seul homme auquel nous avions confiance a trahi cela. Il me faut aussi, laisser cette haine de côté si je veux survivre.

Et parfois, je me doute bien que par nos souffrances, nous nous sommes réunis. Peut-être que c'est une coïncidence, peut-être le destin, appelle cela comme tu veux. Je ne sais pas comment je dois l'appeler. C'est aussi cela qui nous a réuni, qui a formé, ce qu'on a pu être, par le passé, aujourd'hui, ensemble.

Je me doute que tu aies reçu les nouvelles, qu'on est venu te demander de me retrouver, et que cette marque t'a brûlé. J'ai senti ma cicatrice, à nouveau. Comme s'il était dans la pièce avec moi, comme s'il était fier de ma désobéissance et de mes choix. Je sais que tu penses que je vais tomber dans un piège, que je vais sûrement mourir, que c'était stupide. Je sais. Je ne peux pas te dire avec certitude que je sais ce que je fais. Pourtant, au fond de moi, j'ai ce sentiment que c'est la chose à faire. Et je crois que c'est cela qui me manquait, c'est cela que je recherchais à travers les lettres, à travers mon attente, à travers ce conflit, et même avec moi-même. C'est compliqué d'expliquer, de mettre des mots sur tout cela.

Je sais bien que je ne peux pas tout faire tout seul, c'est pourquoi l'ordre existe. Je le sais bien. Ne crois pas un seul instant que je suis le gamin égoïste que tu as tant décris. Cependant, ce que l'ordre refuse de comprendre depuis la mort de Dumbledore, c'est qu'il y a une partie de cette guerre, une infime partie que je dois accomplir seul. Il me l'avait confié. J'ai trop attendu. Je ne savais pas quoi faire, j'étais perdu, j'ai mis du temps à comprendre. Peut-être qu'à travers cette lettre, je te demande de me laisser faire, de me laisser partir.

J'entends à travers la radio d'Hermione, que nous sommes recherchés. J'entends ces mots en boucles, même dans mon esprit, quand j'ose fermer les yeux. Et parfois, lorsque j'arrête de courir et de fuir, je me permets de respirer à nouveau. Je n'y arrivais plus, même dans l'appartement. Je ne savais plus comment respirer. Je trouve du sursis dans certains souvenirs. Pourtant, je m'empêche d'y penser. J'ai toujours peur au fond de moi, qu'il soit là, avec moi, dans mon esprit et qu'il puisse tout savoir. Alors, lorsque je me mets à penser un peu trop, je me mets à faire autre chose. Et finalement, c'est comme ça que je me rends compte, qu'il n'y a aucune nuit silencieuse.

Hermione a toujours su me comprendre, mieux que je n'y arrivais. Elle savait que j'avais ce besoin de courir, de partir, d'exprimer cette furieuse colère. Je crois qu'elle l'a compris parce qu'elle a cette même colère au fond d'elle-même. Elle ne pardonnera pas, elle ne peut pas. Et à nouveau, elle me comprend. On ne peut pas pardonner d'avoir pris des décisions à notre place, on ne peut pas pardonner d'avoir décidé nos vies, on ne peut pas. Alors parfois, lorsqu'elle est assez ouverte, et optimiste, elle me parle d'un avenir. Certes, un avenir loin de tout. Cependant, son projet est beau. Elle souhaite ouvrir un laboratoire, quelque chose pour travailler sur les potions, les maladies, les loups-garous, tout ce qui aujourd'hui est rejeté. Elle a toujours voulu combattre les injustices.

Et c'est ainsi que j'ai réalisé, et moi ? Et moi, je ferai quoi, si je viens à survivre ? J'ai toujours imaginé le pire. J'ai toujours imaginé mourir, et ainsi, il n'y avait pas d'avenir. On a jamais parlé d'avenir parce qu'on s'était promis d'être condamné. Et si, finalement, j'y arrivais ? Cela serait quoi l'avenir ?

Parfois, quand je me permets de penser, quand je me permets de voir plus grand, et que je suis aussi optimiste qu'Hermione, je vois ce champ. Le même que la dernière fois. Peut-être que dans mes pensées, il fait plus chaud, parce que le champ est coloré. Il y a cette odeur qui m'envahit. Une odeur de paix, je n'ai pas ce sentiment de peur, d'empressement. Il n'y a rien autour qui me force, je suis bien. Pour la première fois depuis longtemps.

À chaque fois que je prenais le temps de penser dans l'appartement, je n'étais qu'un observateur. Je ne pouvais qu'observer à travers les minces fenêtres, ce qu'il se passait dehors. Et lorsqu'on voulait bien me raconter ce qu'il se passait, il y a quelque chose qui m'était caché, on me mentait. Je n'avais pas le droit de savoir, pas le droit de voir, et peut-être aussi pas le droit d'être. C'était cela qui faisait le plus de mal. Ce refus, cette façon qu'on avait de me réduire à ce que je ne suis pas. Et peut-être qu'au départ, j'aurais voulu te convaincre que cela valait la peine, qu'il y a toujours quelque chose qui vaut la peine, et que j'ai une bonne raison à tout cela. Finalement, je me rends compte, après tous ces combats, toute cette lutte qu'on s'est imposé, je n'ai jamais eu besoin de te convaincre. Je cherchais à me convaincre, à chercher ma liberté.

J'ai cru qu'en partant, je pourrais tourner la page. Notre page. Laisse-moi te dire que c'est faux. J'ai pris des risques inutiles, je me suis battu avec moi-même, avec toi, avec ce qu'on est, mais c'est ce qui m'a ramené vers toi. C'est cette douleur, au fond de nous, c'était le prix à payer pour tout cela.

Et quand je repense à nous, à notre histoire, il ne reste que peu de chose à dire. Il nous aurait fallu un peu plus de temps pour profiter de cette tendresse, un peu plus de temps aussi, pour se comprendre. Il aurait fallu du temps. C'est comme si, nous nous étions réunis au mauvais moment, à la mauvaise période. Je suis persuadé au fond de moi, que cela aurait marché. Cependant, dans cette lutte, dans ce combat avec lui, il me manque une chose pour être plus grand, plus fort, tes lèvres. Il me manque tes fines lèvres sur les miennes, il me manque la caresse de ta main au détour d'un mouvement. Il me manque, aussi, tes yeux qui me dévorent avec envie, et ton silence pour mes propos stupides. Il me manque toi. C'est avec toi que j'ai pu être la personne que je suis, c'est avec toi que je peux être libre.

Et dans ma tête, j'ai mille scénarios, tous meilleurs les uns que les autres, puisqu'à la fin, nous nous retrouvons. Je sais que c'est faux. Je ne crois pas à nos retrouvailles, et même pas sur un champ de bataille. J'espère que cette guerre t'épargnera, que cette fois-ci, tu partiras. Je t'écris, parce que j'espère encore qu'il y aura un après, une chance, quelque chose qui nous fera exister et nous sentir vivant. Je ne peux pas te nier, ni te renier, parce que tu as été quelque chose de vivant dans ma vie, quelque chose de libre. Tu m'as effleuré, tu m'as traversé, et je t'ai aimé. Tu m'as donné la force d'y croire et de me relever.

La chasse n'est pas si facile. Je pense que tu en as aussi, entendu parler. La banque Gringott en a souffert. La lumière qui passait à travers les immenses vitres de la banque me remplissait de honte. J'avais peur, à chaque mouvement, que cela soit le mouvement de trop, que je finisse par être découvert. Hermione aussi. Le pire, c'était qu'on n'arrivait pas à respirer. La chaleur augmentait à chaque pas qu'on faisait à travers cette banque. Je me rappelle encore des mots d'Hagrid. Il disait que c'était une forteresse, qu'on ne pouvait pas la prendre. Peut-être que c'était pour cela que j'avais si peur. Peut-être parce que je me rappelais des mots de ma jeunesse. Je ne m'attendais pas à cette douleur, je ne m'attendais pas à devoir vaincre tout cela. C'est comme si je devais sans cesse, avoir quelque chose de plus. C'est une question de temps avant qu'il ne me trouve. Une question de temps. Je le sens, presque partout maintenant. Ce n'était jamais ainsi, j'avais toujours une part de contrôle. Peut-être parce que tu m'as appris. Je me souviens encore de la chaleur que dégageait ma peau juste pour tenter de me contrôler, de ne pas te laisser tout voir de moi. Je me souviens avoir pensé à un moment que j'allais mourir de chaud, que j'allais m'évanouir tellement cela me faisait mal. Je pensais qu'on perdait notre temps, qu'on aurait pu faire autre chose, quelque chose où l'apprentissage aurait été loin de nous deux. Néanmoins, le temps qu'on a perdu, cela me permet aujourd'hui de trouver un peu de répit, pour pouvoir t'écrire.

J'aurais aimé encore être dans un endroit, rien que toi et moi. Cela aurait pu être dans tes appartements privés, dans cet endroit où tu m'as emmené, ou bien autre part. J'aurais aimé voir ton visage, encore une fois. Entendre ta voix, t'entendre me dire ce qu'il se passe pour toi. Peut-être que parfois, j'ai rêvé de normalité, mais j'ai rêvé de normalité encore plus, avec toi. Je voulais cette normalité, cette vie avec toi, celle qu'on s'imagine, qu'on construit et qu'on contemple. Je ne crois pas au destin, et ce genre de chose. Je n'ai pas beaucoup de croyance, d'ailleurs. Cependant, la vie en a fait différemment. Je ne sais pas quand on se retrouvera et si on se retrouvera. Je me permets d'imaginer le contraire, parce que je crois que j'ai besoin de me préparer. Je crois que c'est ce que je redoute le plus. Quelque chose loin de toi.

Harry.


Eeeet oui ! Retour du PDV d'Harry Potter ! J'espère que ce chapitre vous plaira !

Désolée du temps d'attente.

N'hésitez pas à me dire votre point de vue sur ce chapitre.

Ps : On approche de la fin de l'histoire. Je compte finir l'histoire avec la bataille finale (qui se déroule en mai).