Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.
Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !
Omi, j'espère que ce chapitre-là répondra à tes attentes et t'apportera lui aussi un grand plaisir de lecture. Bonne semaine à toi aussi - et vivement les vacances ^^ !
Note : il semblerait que ffnet refuse de publier certaines de mes phrases en entier (en plus de faire sauter tous les points virgules) en dépit de toute tentative de correction. Il ne s'agit donc pas d'oublis malencontreux de ma part...
CHAPITRE X
Un silence pesant s'était abattu entre Nana et DJ Froïde une fois qu'Hiroshi avait disparu de leur vue. Ses pas tintaient sur les barreaux métalliques à un rythme lent, fréquemment interrompu. Après ce qui leur parut une éternité, le jeune homme rebroussa chemin et retourna auprès de ses camarades.
« Alors ? On peut passer ?
- Je crois que c'est bon. Il faudra faire très attention à ne pas toucher les blocs. J'ai aussi repéré un barreau qui n'a pas l'air très bien fixé, mais sinon, ça semble jouable. Je ne suis pas allé jusqu'en haut, bien sûr, donc on n'est pas à l'abri d'une mauvaise surprise, mais je crois que c'est faisable. On va devoir laisser nos sacs ici, par contre.
- On s'en fout, des sacs, affirma Nana, péremptoire, balayant la question d'un geste de la main. Bon, qui passe en premier ?
- Je peux y aller… commença DJ Froïde, mais la jeune fille l'interrompit aussitôt.
« Toi ? Alors là, pas question ! Tu aurais vite fait de nous envoyer les rochers sur la figure !
- C'est bon, je t'ai dit que j'étais pas un assassin ! Lâche-moi avec ça, maintenant !
- Bon, alors c'est moi qui passe en premier, déclara Hiroshi.
- Quoi ? Moi je reste pas seule avec ce type ! protesta vivement Nana. On sait bien comment ça arrive, les accidents !
- Honnêtement, je commence à penser qu'un accident de ce genre aurait de sérieux mérites, grommela Hiroshi entre ses dents. OK, alors c'est toi qui y vas la première mais ne viens pas te plaindre s'il y a un problème.
- Attends, elle est capable de nous balancer les blocs dessus une fois qu'elle sera en haut ! C'est une folle, cette meuf ! » s'exclama le DJ. La moutarde monta brutalement au nez d'Hiroshi qui éprouva l'envie brûlante de ramasser une grosse pierre pour en fracasser les crânes vides de ses deux compagnons de galère.
« Ça suffit ! s'écria-t-il. Ito, tu montes la première, et pas de conneries. Je passe ensuite, et toi, Yamada, tu grimpes en dernier. Et avant que tu dises un truc, non, on ne te laissera pas au fond de ce trou ! » Bien que ce ne soit pas l'envie qui m'en manque en cet instant précis, acheva-t-il mentalement. Bougonnant pour la forme et adoptant un air crâne, bien qu'elle ne se sentît absolument pas rassurée, Nana se dirigea lentement vers l'échelle, cala sa lampe dans sa main droite, et se mit à monter.
Si la leader des Bloody Jezabel cumulait une quantité assez impressionnante de défauts – plus ou moins cultivés pour certains – elle ne reculait jamais devant l'obstacle aussi, en dépit de la peur qui lui faisait trembler les jambes, elle se glissa sans encombre jusqu'en haut du conduit, négociant avec prudence et adresse les passages les plus scabreux de sa montée. Parvenue au bord du trou, elle se hissa sur une plate-forme bétonnée et s'y laissa tomber à genoux avec un profond soupir de soulagement.
« Putain… » souffla-t-elle en jetant un coup d'œil aux alentours. Le conduit de ventilation – ou quel qu'ait été son usage – débouchait au beau milieu d'une clairière artificielle laissée à l'abandon. Le bloc de béton sur lequel elle se trouvait était parcouru de lézardes, et des hautes fougères qui couvraient le sol émergeaient des arbustes broussailleux aux branches tordues qui formaient comme un hostile mur végétal. Une odeur forte de décomposition organique prenait à la gorge la mine les avait conduits jusque dans la forêt.
« Hé ! C'est bon, j'y suis ! appela-t-elle en se penchant au-dessus du boyau. Vous pouvez monter !
- J'y vais, annonça Hiroshi avec un petit signe de tête à DJ Froïde qui arborait un visage un peu crispé. T'en fais pas, on se retrouve là-haut. »
Quelques instants qui parurent interminables plus tard, le guitariste émergea à l'air libre, suivi peu après par le DJ. Il avait enfin cessé de pleuvoir mais le ciel était toujours plombé et la lumière avait beaucoup décliné.
« J'en reviens pas qu'on ait passé des heures là-dessous, et il reste encore à rentrer à l'hôtel, fit DJ Froïde en consultant sa montre, dont les chiffres digitaux indiquaient 17h57. Les autres doivent s'inquiéter de ne pas nous voir revenir.
- Et on ne sait toujours pas où se trouve Shuichi… ajouta sourdement Hiroshi.
- Bon, les mecs, vous êtes bien gentils mais on pensera aux copains une autre fois, car au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, on a un léger problème, lança Nana en écartant nerveusement sa frange de devant ses yeux.
- Quoi, encore ? Qu'est-ce qu'il y a, cette fois ?
- On est paumés au beau milieu de la forêt. Comment on va retrouver le chemin qui mène à l'hôtel ? »
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« Merci d'avoir visité la Fukusawa Silver Mining, nous espérons vous revoir bientôt parmi nous », plaisanta DJ Froïde dans l'espoir de détendre l'atmosphère. Sa piètre tentative d'humour ne rencontra qu'un silence hostile, et Nana laissa échapper un juron quand le sol détrempé se déroba sous ses pieds.
« Putain, mais pourquoi on a suivi son idée ? ragea la jeune fille.
- Peut-être parce que tu n'en avais pas de meilleure, rétorqua Hiroshi.
- On suit quand même le plan d'un type qui a essayé de nous zigouiller ! » s'insurgea Nana.
Et s'il veut la noyer, je serai ravi de lui donner un coup de main, songea le guitariste.
L'idée en question, pas si bête au demeurant, était de rejoindre la côte et la longer ensuite. L'île n'étant pas si grande, ils finiraient bien par atteindre l'hôtel, peu importe la direction choisie. En outre, le roulement des vagues, au loin, les guidait vers la mer. Néanmoins, cheminer à travers les taillis était loin d'être une partie de plaisir le sol était glissant, instable et, sous le feuillage dense des grands arbres, la luminosité assez faible. Sans compter qu'ils commençaient à fatiguer.
Ils mirent trente minutes pour rejoindre la côte. Piquetée d'or, la mer s'étendait à perte de vue. Le soleil se couchait sur Mimata-jima. Quelques mouettes survolaient la surface des flots à présent calmes.
En dépit de tout, Hiroshi trouva ce paysage quasi paradisiaque. En d'autres circonstances, il aurait aimé le partager avec Ayaka. Le soleil déclinant caresserait sa peau douce et parfumée sur laquelle, plus tôt dans la journée, il aurait étalé avec bienveillance – et désir, soyons honnête – de la crème solaire. Elle lui sourirait tendrement en lui proposant des mets délicieux préparés par ses soins. Il reposerait le bentô, se pencherait vers elle, remettrait une mèche derrière son oreille, l'embrasserait et…
« Bordel, fait chier ! » grogna Nana une énième fois.
Son rêve amoureux éclata comme une bulle de savon. Irrité, il jeta un regard à ses deux collègues, qui cheminaient derrière lui. La première faisait la gueule (était-elle seulement capable d'afficher une autre expression ?) et le second, en dépit de son air paisible, avait tenté de les « tuer » pour les effrayer et leur faire avouer un méfait que personne n'avait commis personne, du moins, chez les Bad Luck. Les autres étaient peut-être responsables, après tout ? On pouvait rêver meilleure compagnie…
Toutefois, une légère ombre subsistait. DJ Froïde n'était pas responsable de tout ce qui s'était passé. Hiroshi ressassait cette histoire depuis les aveux du DJ. Il se passait autre chose, et deux questions le taraudaient : pourquoi et qui ?
Au fur et à mesure que le jour baissait, une certaine fraîcheur enveloppait les marcheurs mais le vrai danger venait du manque de lumière. Les aspérités du sol devenaient de plus en plus difficiles à distinguer, et le moment était vraiment mal venu pour avoir un accident.
« Tu sais, Nakano, ton pote Shindo a peut-être juste fait un tour comme nous et maintenant il est retourné avec les autres, risqua DJ Froïde pour briser le silence gênant.
- N'en rajoute pas, Yamada. Je ne t'en veux pas autant que Ito mais ça ne veut pas dire que tu m'es sympathique. Je te rappelle que si tu n'avais pas vidé le jerrycan, on n'en serait sans doute pas là. De manière indirecte, tu es complice de quiconque essaie de s'en prendre à nous en ce moment. »
Le DJ ne trouva rien à dire son camarade avait raison.
Quand la lumière devint trop mauvaise, ils allumèrent leurs torches et poursuivirent leur pénible voyage de retour.
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Dans le salon, devenu le QG officiel des participants à Tropical Hotel Paradise, un lourd silence pesait. Même Shuichi, d'habitude très loquace (trop selon certains), se taisait, plongé dans d'effroyables pensées. Il n'avait pas réussi à joindre Yuki. Aucun réseau dans l'île. Mis au courant du passage de la tempête, son amant le croyait peut-être mort. Peut-être même qu'il avait refait sa vie, bien que deux jours seulement se soient écoulés.
Deux jours sans entendre sa voix. Pas même celle du répondeur pour le consoler, lui réchauffer le cœur dans cette jungle dangereuse et inhospitalière. Combien de temps devait durer l'émission ? Et s'il tentait de regagner la côte à la nage ?
« Des lumières ! Là ! », s'exclama soudain Yukari, s'arrachant elle aussi à ses pensées moroses. Alarmés, tous se tournèrent dans la direction qu'elle pointait du doigt.
« Vous croyez que ce sont eux ? s'enquit Mao, incertaine.
- Eux ou nos agresseurs », répondit Chisei en s'approchant à pas lents de la fenêtre qui donnait sur le jardin. Il faisait trop sombre au dehors pour qu'il fût possible de discerner les nouveaux arrivants, mais manifestement, ceux-ci ne faisaient pas grand-chose afin de dissimuler leur présence. Très vite, il apparut qu'il s'agissait bien de leurs camarades, encore plus sales et fatigués que l'avait été Shuichi à son retour. Celui-ci, le visage rayonnant, s'élança aussitôt à leur rencontre.
« Hiro-chan ! »
Les traits las du jeune homme s'éclairèrent et il accueillit son ami à bras ouverts, remerciant silencieusement tous les kamis de la création de l'avoir sauvegardé.
« Shuichi ! Tu as pu t'échapper ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Échappé ? Je ne me suis échappé de nulle part.
- Tu étais passé où, alors ? »
Le garçon adopta un air légèrement coupable. Tandis que le reste du groupe regagnait le couvert de l'hôtel sous une salve de questions empressées, Shuichi retint Hiroshi devant l'entrée, sur la terrasse.
« Je suis sorti pour téléphoner, confessa-t-il en se frottant nerveusement l'arrière du crâne. Je cherchais du réseau pour joindre Yuki mais… » Sa voix s'étrangla et ses yeux s'embuèrent. « Mais je n'ai rien trouvé ! Yuki doit être mort d'angoisse de ne pas avoir de mes nouvelles. »
Hiroshi le dévisagea avec des yeux ronds. Dans leur situation, n'importe qui possédant un téléphone aurait cherché en priorité à joindre les secours, pas son petit copain, surtout qu'un psychopathe rôdait visiblement dans le secteur. Cependant, sa joie de retrouver son meilleur ami sain et sauf l'empêchait de s'indigner. Qu'importe ! l'équipe technique allait bien finir par arriver !
« Tu es vraiment le plus grand crétin de la Terre, Shu, mais je suis tellement heureux qu'il ne te soit rien arrivé », dit-il, le regard brillant.
Un hurlement outragé retentit soudain à l'intérieur de l'hôtel et ils échangèrent un coup d'œil alarmé avant de se précipiter vers le salon, d'où émanaient d'intenses vociférations.
Si la tempête avait cessé dehors, elle se déchaînait à présent dans le salon. Quand les deux garçons franchirent la porte, Yukari, que maintenaient Mao et Suguru, tentait de se jeter sur DJ Froïde, que les autres dévisageaient avec des expressions allant de l'incrédulité à la fureur. Des insultes fusaient.
Ito a tout balancé, conclut aussitôt Hiroshi.
En effet, à peine arrivée, Nana avait de but en blanc lâché à tous la culpabilité de DJ Froide et les caractères les plus sanguins s'étaient aussitôt échauffés.
« T'es vraiment qu'un sale taré ! hurlait la bassiste. J'aurais pu m'ouvrir la tête contre la baignoire ! Et vous, lâchez-moi ! »
Les bras croisés, un peu en retrait, Nana contemplait avec délectation le chaos qui régnait dans la pièce. Après tout, elle n'était pas responsable elle s'était contentée de jeter un peu d'huile sur un feu déjà allumé.
Seul Chisei restait en dehors de cette lapidation verbale. Hiroshi tenta de se remémorer les occasions où il s'était éloigné du groupe, mais ce ne fut pas concluant.
« Je crois qu'on devrait tous se calmer, déclara Suguru en dépit de la colère froide qui l'habitait aussi. Monsieur Yamada doit répondre de ses actes mais… » Les cris de Yukari couvrirent la fin de sa phrase et elle lui décocha un coup de coude qui lui coupa le sifflet tout net.
La scène était ubuesque. Comprenant de quoi il retournait, Shuichi s'enflamma à son tour et bondit au cœur de la mêlée.
« C'est à cause de toi que Yuki a refait sa vie ! Je vais te tuer ! »
Hiroshi ne comprit rien de cette dernière histoire, mais les choses commençaient à tourner mal et si personne ne se calmait, il allait vraiment y avoir un mort qui, assez ironiquement, serait le « meurtrier » présumé.
« On se calme ! » le devança Miki, élevant la voix parmi les récriminations.
Tous la regardèrent. Avec Fujisaki, elle était la plus jeune. Blessée de surcroît, elle venait pourtant d'arriver à faire taire tout le monde.
« Fujisaki a raison. Écoutons ce que Yamada a à dire. De plus, il n'est pas responsable de tout, on le sait. Des accidents se sont produits aussi en son absence. » Elle grimaça et se frotta doucement la nuque avant de se rasseoir.
Dans le calme revenu, Mao relata alors à Hiroshi, Nana – et DJ Froïde – ce qu'il était arrivé pendant leur absence. Yamada disait donc vrai : il n'était pas responsable de tout, ou alors il œuvrait avec un complice. Le guitariste tourna son regard vers Chisei qui, il en avait le sentiment confus, leur cachait quelque chose.
« Tu ne dis rien, Miyamoto ?
- Hein ? Non. Enfin, moi aussi j'ai les nerfs mais à cause de ma chute, je ne me sens pas super bien », expliqua le garçon.
L'émotion désormais retombée, DJ Froïde exposa piteusement la même chose qu'il avait avouée dans la mine. En même temps qu'il parlait, la stupidité de ses actes lui apparaissait avec une cruelle netteté mais il était trop tard pour changer quoi que ce fût.
« Je suis vraiment désolé, acheva-t-il. J'aurais pas dû vider le jerrycan ni arracher les photos. J'étais plus moi-même, je sais pas ce qui m'a pris. Je vous demande pardon à tous. »
Un grand silence accueillit ces paroles, et les candidats échangèrent des regards.
« Et ta copine, elle va mieux ? demanda gentiment Fumie.
- Non. Elle m'a quittée et ne veut plus avoir de contact avec personne. Même ses parents n'ont pas réussi à la convaincre. Elle a perdu son emploi et n'est plus que l'ombre d'elle-même. »
L'émotion faisait trembler sa voix et ses camarades ressentirent clairement son chagrin et ses regrets.
« Elle est trop conne ta meuf, c'est tout. »
Tous sauf une, évidemment.
« Nana, tu es vraiment sans cœur, protesta Miki.
- Non, je suis réaliste. Il essaie de vous apitoyer pour noyer le poisson. On aurait l'électricité sans cet abruti.
- Mais sans amour, l'électricité ne sert à rien. »
Suguru manqua de s'étouffer devant l'ineptie de cette phrase, qui ne pouvait venir que d'une seule personne.
« Tu dois te battre ! reprit Shuichi, les yeux larmoyants. Si tu l'aimes, si tu l'aimes vraiment, redonne la vie à ta copine. Bats-toi pour elle, pour vous. Ne la laisse pas s'enfermer dans son appartement et dans son cœur. Montre-lui la lumière, le monde, l'amour ! Rien n'est impossible ! »
Le garçon était debout, le poing levé en guise de défi au mal qui rongeait l'ancienne petite amie de DJ Froïde. Certes, il avait voulu l'étriper dans un premier geste, mais comment condamner un acte passionnel ?
- Bon, c'est très joli tout ça mais moi je crève la dalle, alors tes beaux discours, ce sera pour une autre fois, l'interrompit Nana qui se tourna vers ses ex-compagnons d'exploration. Vous n'avez pas faim, vous ? »
Les deux garçons acquiescèrent. Retombé le stress des dernières heures, ils se sentaient affamés et épuisés.
« Mais il ne vaut mieux pas quitter le salon, argua Mao. C'est dangereux, et maintenant il fait nuit noire !
- Il faisait nuit noire dans la mine aussi, répondit Hiroshi. Si on y va à plusieurs…
- Non ! Il ne faut pas qu'on se sépare ! insista Fumie. Il n'y a que dans le salon qu'on est en sécurité ! »
L'estomac de DJ Froïde gargouilla abominablement en réponse et Hiroshi se frotta le ventre par réflexe. Lui aussi mourait de faim.
« On n'a qu'à y aller tous les trois. Après ce qu'on a passé dans la mine, c'est pas une cuisine qui va nous faire peur, déclara-t-il.
- Je viens avec vous ! » claironna Shuichi.
Contrairement à la veille où les éclairs illuminaient le ciel à intervalles réguliers, il faisait un noir d'encre dans l'hôtel et le couloir principal s'ouvrait devant eux comme une bouche de ténèbres. À présent que le vent ne soufflait plus, le silence aussi était oppressant. Prudemment, les quatre candidats traversèrent le hall et pénétrèrent dans la cuisine. Ils ne s'attardèrent pas dans la réserve et récupérèrent des paquets de biscuits ainsi que quelques bouteilles d'eau minérale avant de vite retourner auprès des autres. Ce repas frugal fut pris sans beaucoup de paroles, à la lumière d'une unique lampe torche et, une fois achevé, la fatigue ne tarda pas à se faire sentir.
« Il est temps d'aller se coucher, bâilla Shuichi en se frottant les yeux.
- Se coucher ? Pas question de dormir, rétorqua Miki. On va rester là et monter la garde jusqu'à ce que le jour revienne. Sinon ils en profiteront !
- Mais si on ne dort pas, on va s'effondrer demain, gémit le chanteur de Bad Luck. Moi je suis claqué, j'ai marché toute la journée !
- Personne ne t'a obligé à aller passer ce coup de fil imbécile à l'autre bout de l'île, cingla Yukari. Mais si tu as envie d'aller dormir tout seul dans ton bungalow, ou même à l'étage, aucun problème. Ça te concerne, après tout. »
Maussade mais impressionné, Shuichi se renfonça dans sa banquette. Ses paupières papillotaient déjà et, à ses côtés, Hiroshi n'était pas vraiment plus frais.
« Nous devons tenir jusqu'à demain, répéta Fumie. C'est une question de vie ou de mort.
- J'ai une idée. » Chisei prit une chaise et cala la poignée de la porte du salon avec le dossier. « Si on n'a pas de clef, au moins ça bloquera un peu et on entendra si quelqu'un essaie d'entrer. »
Cette initiative rencontra l'approbation de ses camarades, mais Suguru sentit malgré tout un frisson lui parcourir l'échine. Avec la porte bloquée, ils étaient enfermés dans le salon. Et si une porte dérobée permettait d'y accéder d'une pièce voisine ? Attaqués par surprise, ils seraient pris au piège comme des rats dans une nasse. Il avait les nerfs à vif lui, au moins, ne risquait pas de s'endormir ! À la lueur de la lampe posée au centre de leur cercle, les visages des autres avaient l'air de masques sinistres dans lesquels des points d'ombre figuraient les yeux. Si tout le monde devait dormir, lui veillerait.
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La pièce était plongée dans l'obscurité sans doute déjà fatiguées, les piles de la lampe avaient fini par flancher. Dans le salon, personne ne bougeait et seuls les souffles mêlés des dix candidats de Tropical Hotel Paradise se faisaient entendre. Vaincus par le stress et l'épuisement, ils s'étaient endormis.
Un vif élancement de douleur à la nuque tira Miki de son sommeil et elle gémit en portant la main à son cou. Pendant quelques secondes, elle se demanda où elle se trouvait, dans une position si inconfortable et plongée dans le noir. Puis, tout lui revint en mémoire. À côté d'elle, Yukari était profondément assoupie.
Précautionneusement, l'adolescente s'efforça d'adopter une position moins douloureuse pour son cou endolori, mais comme elle se tournait dans l'autre sens, son souffle resta soudain bloqué dans sa gorge et un grand froid la saisit tout entière. De l'autre côté de la fenêtre, qui donnait sur le jardin, des lumières dansaient.
À suivre…
