Chapitre 9 Goten

Quand Bra et son père disparurent de son champ de vision, Goten se laissa lourdement choir sur les marches du proches, assis la tête dans les bras. Son crâne était encore douloureux des abus de la veille et du manque de sommeil. Il se sentait très fatigué quoique l'adrénaline agitait encore ses nerfs.

Il sentit une main sur sa nuque. Marron s'accroupit à côté de lui.

- Je vais y aller, sauf si tu veux que je reste, annonça-t-elle d'une voix douce.

- C'est bon grogna-t-il.

Il l'entendit ramasser ses affaires et remuer tout un tas de choses dans la maison avant de ressortir. Il n'avait pas bougé. Elle posa une tasse de café sur le sol à son attention et s'assit à côté de lui.

- Le taxi va arriver, précisa-t-elle

Il sentait son regard désolé sur lui. Elle voulut passer sa main sur son épaule mais il s'écarta instinctivement. Elle retira sa main, un peu peinée.

- Je suis désolée Goten, murmura-t-elle, la voix un peu cassée.

- T'y es pour rien, t'inquiète. Combien de fois on s'est endormi comme ça ? Si j'avais pas tant bu, j'aurais réfléchi, c'est tout.

Elle baissa les yeux en tripotant nerveusement ses mains.

- Il avait raison, lâcha Goten en portant la tasse de café à ses lèvres.

- Qui ? s'étonna Marron

- Végéta. Il avait raison. Je n'aurais jamais dû m'approcher d'elle. Je me l'étais promis.

Marron ne répondit pas et se contenta de regarder au loin. Elle aussi avait pensé que ces deux-là n'allaient pas bien ensemble.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda-t-elle finalement.

Il la regarda avec une pointe de surprise.

- Marron, je ne peux pas vivre sans elle, c'est comme… elle est tout ce qui me manque, expliqua-t-il avec le plus grand sérieux, comme s'il énonçait une règle scientifique.

- Je vois, se contenta de répondre Marron en se levant tandis que le taxi s'approchait de la maison.

En fait, Marron ne voyait pas. Elle ne ressentait qu'un chagrin inattendu qui envahissait son esprit. Elle ne se l'expliqua pas vraiment mais plus tard, elle comprit que personne n'avait jamais dit ça d'elle. Aussi magnifiques soient le corps et l'esprit que Dieu lui avait donnés, elle n'avait jamais manqué à la vie de personne.

Elle déposa un baiser sur la tête de Goten en lui faisant promettre de l'appeler si ça n'allait pas et le laissa seul, assis sous son porche.

Il était vraiment exténué et aurait voulu dormir mais il savait qu'il n'y arriverait pas. Il revoyait le regard incrédule de Bra et les paroles cruelles de Végéta retentissaient dans sa tête. Une démonstration. Végéta avait démontré implacablement qu'il n'était pas à la hauteur de sa fille. Et Goten ne trouvait aucun argument pour le contredire.

Qu'était-il ? Pas de travail. Pas d'argent. Même sa maison appartenait en fait à Gohan. Pas vraiment d'avenir. Un penchant pour la bouteille et la fête, qu'il ne s'était pas réellement résolu à freiner. Ses quelques talents pour le combat étaient noyés depuis longtemps. Il ne savait que s'endormir très raide, tout habillé, avec sa vieille copine de beuverie.

L'addition était assez accablante mais il ne pouvait se résoudre à faire le total pour tirer un trait sur Bra.

Brusquement, il se leva pour récupérer son portable et composa son numéro. Evidemment, il fut aussitôt dirigé sur son répondeur. Entendre sa voix lui serra le cœur, il écouta l'annonce jusqu'au bout mais coupa sans laisser de message.

Il décida alors d'aller faire quelque chose qu'il n'avait plus fait depuis très longtemps, il décida de partir s'entraîner. Il s'envola et repéra une petite prairie tranquille à quelques kilomètres de sa maison.

Il s'échauffa et retrouva progressivement les réflexes et les mouvements des entraînements de sa jeunesse. Tout son corps se mit rapidement à protester et il s'aperçut que sa rapidité avait beaucoup souffert de son inertie de ces dernières années. Même sa force paraissait amoindrie et il se blessa assez rapidement.

Pourtant, une sorte de rage le poussait à poursuivre, avec l'impression que l'effort physique évacuait un poison qui s'était installé en lui depuis bien longtemps. Aussi, très vite, la concentration qu'il mettait dans ses gestes écartait son esprit de sa peine et de son angoisse.

Au bout de deux heures, exténué, transpirant, il réalisa qu'il avait faim. Après quelques tentatives risibles, il réussit à pêcher un poisson dans la rivière qui coulait à quelques mètres. Il le fit griller comme son père le lui avait appris.

Comme il mangeait, il eut l'impression de revenir des années en arrière. Il n'aurait pas été étonné de voir son père surgir de la forêt. Il se souvint de ce qu'il était avant. Avant Valèse, avant d'avoir une vie d'adulte compliquée, pleine de déceptions, de regrets et de doutes. Il sourit. Il n'avait pas toujours été ce qu'il était aujourd'hui et ça le rassurait en un sens même si il savait qu'il ne pourrait pas revenir en arrière. Il ne pourrait pas revenir en arrière mais il pouvait peut-être encore aller en avant.

Il s'endormit dans l'herbe, le ventre plein et l'esprit étrangement serein.

Il ne revint chez lui qu'en début de soirée. Après avoir hésité un peu, il se décida à appeler Bra. Contre toute attente, elle décrocha. Pris au dépourvu, il resta muet.

- Goten ?

- Il ne s'est rien passé avec Marron, répondit-il bêtement.

C'est la première chose qui lui vint à l'esprit. Il n'était pas bon pour les discours. Il se trouva très stupide, ce qui augmenta son embarras. Il l'entendit soupirer.

- Goten, tu comprends pas.

- Je comprends pas quoi ? hurla-t-il presque, désespéré par cette phrase qui n'augurait rien de bon.

- Je pensais que… On va peut-être réfléchir un peu tous les deux, si tu veux bien.

- Réfléchir à quoi, Princesse ? demanda-t-il un peu misérablement.

Elle ne répondit pas. Il eut l'impression qu'elle pleurait mais elle reprit d'une voix à peine vacillante.

- Goten, je pensais que je pourrais te guérir de tes démons. On aurait pu… juste… je sais pas, être bien juste bien, tous les deux. Mais les choses ne sont pas aussi simples.

- Mais si, les choses sont simples. Bra, me laisse pas comme ça. Je ferai tout ce que tu me demanderas. J'arrêt de sortir, même de voir Marron, si tu veux,

- Goten ! coupa-t-elle presque en colère.

Il sentit sa gorge se nouer. Il sentait qu'il ne trouvait pas la réponse qu'elle voulait entendre, il cherchait mais il ne comprenait pas ce qu'il devait dire. Et il ressentait l'urgence de le dire maintenant, de ne pas la laisser raccrocher.

- Goten, je ne veux pas être ton flic. Je ne veux pas que tu soit quelqu'un que tu n'es pas parce que je te demande. Ca ne m'intéresse pas. Je veux juste que tu fasses les choses que tu juges les meilleures pour toi.

Il se concentrait sur ce qu'elle lui disait mais sa panique à l'idée de la perdre, le ton qu'elle prenait et qui lui laissait entendre que la sentence était déjà irrémédiablement tombée, l'empêchait de capter le sens de ses mots.

- Si tu n'es pas là… bredouilla-t-il

- Goten, arrête ! Ca ne sert à rien. Mets un peu d'ordre dans ta vie et fais tes choix, c'est tout. Je ne veux plus m'inquiéter pour toi à tout bout de champs.

- Tu n'auras plus à t'inquiéter. Laisse-moi venir te voir, je te montrerai…

- Non.

Bra avait dit ce simple mot d'une toute petite voix, à la fois ferme et chevrotante. Il entendit un son mat et la communication coupa. Il reposa piteusement le téléphone d'un geste lent. Il joua avec l'appareil un petit moment. La discussion ne pouvait pas finir comme ça.

Il se leva d'un coup, sortit en trombe et s'envola en direction de la Capsule. Lorsqu'il fut en vue de la maison si caractéristique, il suspendit son vol.

Il devait réfléchir à ce qu'il avait à dire. Il était à cet instant persuadé qu'il pouvait convaincre Bra de revenir sur sa décision. Il avait senti la tristesse de sa voix. Il fallait juste qu'il trouve les bons mots.

Il n'eut pas le temps de raisonner plus, un coup de poing venu de nulle part le propulsa vers le sol.

Il s'effondra et cela lui prit quelques minutes avant de se redresser à peu près, la bouche en sang. Il leva les yeux et se retrouva, sans grande surprise, face à Végéta.

- C'était pas vraiment nécessaire mais ça me démangeait, lâcha le Saïyen.

Goten cracha le sang qui lui avait giclé dans la bouche et s'essuya du revers de la main. Son corps endolori par les excès et l'entraînement forcé, le lançait de toute part. Le jeune homme se remit debout et dévisagea Végéta sans ciller.

- Tu n'es pas le bienvenu ici, annonça ce dernier.

- C'est à Bra d'en décider, tu crois pas, Daddy ? demanda Goten avec défi quoiqu'il redoutait intérieurement une autre attaque.

- Elle a déjà décidé, je crois. Et ne joue pas au plus malin avec moi. Si je ne t'ai pas encore dérouillé, c'est pour éviter les ennuis avec Bulma mais ça me chatouille.

Goten, qui n'oubliait pas la part de responsabilité de Végéta dans la situation, fit mine d'avancer pour poursuivre son chemin vers la Capsule.

- Vraiment, t'aurais dû m'écouter, grogna l'autre en commençant à accumuler de l'énergie entre ses doigts.

Goten s'arrêta, incrédule. Il observa la boule qui continuait à grossir entre les mains du Saïyen.

- Papa ! cria la voix de Trunks derrière son père.

Le jeune homme marcha d'un pas déterminé vers Goten.

- Il s'en va. Je vais régler la question, calme-toi, poursuivit-il

Végéta abaissa ses mains avec un certain désappointement. Trunks saisit Goten au col et s'envola avec lui.

- Qu'est-ce que tu cherches avec mon père ? marmonna Trunks à son ami, une fois que Goten eut stabilisé son propre vol.

- Je venais voir ta sœur, qu'est-ce que tu crois ? grinça Goten.

Les deux amis atterrirent devant la maison de Goten.

- T'as mangé ? demanda Trunks.

- Ce midi.

- Je commande des pizzas. Il faut que je t'explique deux-trois petites choses, décréta Trunks.

Goten le laissa faire. Il ne sentait pas d'humeur à encaisser la morale de Trunks ou de n'importe qui d'autre. Il sortit le tabac à rouler que Marron avait oublié le matin et se mit à se confectionner une cigarette. Trunks qui venait de raccrocher avec la pizzeria le regarda avec étonnement.

- Tu fumes, maintenant ?

- Merde, répondit simplement Goten que la rencontre avec Végéta avait mis de très mauvaise humeur.

Trunks eut un sourire amusé.

- Il faut vraiment que tout ça se passe quand ma mère est pas là, soupira-t-il.

- Excuse-moi, j'avais pas vraiment pris rendez-vous avec ton père.

- En tout cas, la dernière chose à faire, c'est d'essayer d'aller voir Bra.

- Comme si tu savais exactement les choses à faire, toi ! T'as jamais aimé une seule fille dans ta vie ! Putain, t'en as tiré des dizaines, t'en as pas aimé une seule ! C'est pas vrai ? cria Goten

- T'en prends pas à moi, Goten ! Qu'est-ce que t'avais besoin de dormir avec Marron, d'abord ?

- Mais on a fait que dormir, j'étais à peine en mesure d'ouvrir mes yeux ! Combien de fois on a dormi ensemble ? Combien de fois t'as dormi avec elle, toi ?

Trunks se renfrogna un peu.

- En tout cas, c'est pas la peine d'aller voir ma sœur. D'abord, y a mon père, je veux pas d'ennuis, et de toute façon, je la connais, c'est la dernière solution pour la récupérer. Elle t'appellera quand elle sera calmée.

Les pizzas arrivèrent quand Goten, ayant fini son long combat contre le tabac filocheux et le fragile papier à cigarette, s'allumait enfin ce qui ressemblait à un cornet surprise relativement vide.

Il tira une ou deux bouffées tandis que Trunks partageait les parts. Il balança rageusement le montage douteux, impossible à fumer, en crachant des miettes de tabac.

- Pas très concluant, observa Trunks en contemplant le demi-mégot.

Ils mangèrent en silence. Trunks savait que Goten avait plus que de gros problèmes d'argent et que son frigo était vide. Il aurait dû chercher un boulot mais Trunks ne misait pas là-dessus dans l'immédiat. Marron avait dans l'idée de l'embaucher pour l'aider pour l'exposition.

- Quand crois-tu qu'elle m'appellera ? demanda Goten.

Trunks leva les yeux au ciel.

- J'en sais rien. Ecoute, si vraiment, tu veux la voir, attends quelques jours, il y a une garden-party chez les Stunt et j'ai pour mission de m'assurer personnellement qu'elle y soit, répondit-il en désespoir de cause. T'as qu'à t'arranger pour venir.

- Une Garden-Party ? Ca se fait encore ça des garden-party ? Chez les Stunt en plus ? Tu veux ma mort ? Aucune chance que je me faufile là-dedans en plus.

Trunks sourit. Goten avait une réaction très proche de celle de sa sœur.

- A ton aise, mon pote. Je disais ça pour aider. En tout cas, tu fous pas les pieds à la Capsule.

- Je vais faire de mon mieux, marmonna Gotan.

Trunks se leva et s'étira, prêt à rentrer.

- Au fait, j'ai appelé Pan, annonça-t-il tout à coup.

Goten le regarda intensément.

- Tu sais ce que tu vas lui dire ?

- J'ai ma petite idée, disons. Je la vois demain soir.

Goten hocha la tête d'un air songeur. Tandis que son ami s'éloignait pour prendre son envol, il le rappela. Trunks se tourna vers lui, attentif.

- Pas de connerie avec ma nièce, hein ?

Il lui sourit et plaça ses deux doigts sur sa tempe en signe d'obéissance militaire avant de disparaître dans le crépuscule.