C'est avec grand plaisir que je vous retrouve pour un nouveau chapitre ! Si vous avez comme moi lu le dernier chapitre d'Extra-Game, j'espère que vous aurez eu le temps de vous remettre de vos émotions (et tentatives de meurtre), sur ce ! Je vous souhaite une bonne lecture !

Kara, ma chère Kara !Je vais bien, merci, j'ai bien profité de quelques journées ensoleillées et j'espère que tu te portes toujours aussi bien ! Ah ah pour ce qui est d'Aomine j'aimais bien lui coller une apparence qui le change un peu, mais attention, chaton mignon, chaton grognon ! Pour ce youkai je n'ai pas d'espèce particulière à référencer, il est juste né de beaucoup d'images que j'ai pu voir, désolée ! XD Oui Niji en doit une belle à Ore pour le coup, mais bon, il en bave tellement il risque surtout de demander une augmentation :P D'autres perso viendront, mais il faudra patienter un petit peu pour cela ! Merci encore milles fois pour ton soutient, ma chère ! J'ai hâte de voir ce nouveau compte que tu te feras, hu hu ! Passe un super weekend, chu !


Dixième Parchemin

Le soleil commençait à se coucher, projetant les ombres des trois kitsune sur les portes du temple. Retourner jusqu'au temple avait pris bien plus longtemps que ce que les deux plus jeunes auraient imaginé ; Nijimura ne les avait jamais emmené aussi loin et ils comprirent que la distance avait été triplée pendant leur course poursuite. Aussi Oreshi fut soulagé lorsqu'il pouvait enfin s'asseoir sur les tatamis, observant tout de même les règles de savoir vivre élémentaires.

Patiemment assit avec ses jambes repliées sous lui, il observa non sans amusement Nijimura pousser les espiègleries à leur limite. En effet pendant leur trajet l'adulte s'était trouvé une nouvelle passion dans l'art de la taquinerie, tout particulièrement lorsque Bokushi en était l'objet.

Malgré les plaintes de ce dernier, Nijimura refusait de le reposer au sol, bien qu'ils furent arrivés à destination, et le transportait d'une pièce à l'autre pendant qu'il cherchait de quoi s'occuper de leurs égratignures. Il ne faisait aucun doute qu'il savait où le tout se trouvait : le temple était petit et n'offrait pas beaucoup de rangement, pourtant Nijimura était déjà retourné plus de trois fois dans leur chambre. Bokushi en avait tiré la même conclusion et n'avait pas manqué de lui faire remarquer, ce à quoi le brun se contenta d'un sourire malicieux en passant une nouvelle fois dans la pièce.

Le manège continua jusqu'à ce qu'Oreshi abaisse subtilement ses oreilles pour tenter d'étouffer les cris indignés de Bokushi, parfaitement audibles bien qu'ils étaient dorénavant dans la pièce réservée à Nijimura. Puis, ce fut le silence, et un rapide cri de surprise s'éleva, cette fois dans le ton plus grave de Nijimura. Oreshi regarda curieusement en direction de l'entrée et vit quatre queues rousses hérissées passer devant la porte à toute vitesse, suivit du bruit familier de la porte de leur chambre se refermant brusquement.

« Tu es détestable, Shuuzou ! »

Nijimura le rejoint avec un rire franc, aucunement soucieux des mots du plus jeune. Sa manche gauche avait été relevée dans la commotion et Oreshi n'eut aucun mal à discerner quelques bulles de sang se former là où les crocs de Bokushi avaient transpercé la peau.

« Vous ne vous énervez pas. » Nijimura ne prit pas la peine de relever la tête tandis qu'il fouillait une boite posée bien en évidence pour en sortir les articles qui l'intéressaient. Il déposa un flacon et plusieurs rouleaux de bandage sur les tatamis, puis se saisit d'une bassine avant d'enfin répondre :

« Je n'ai pas de raison de le faire, c'est comme ça que les renardeaux apprennent à se défendre.

— Le Shogi me semble plus approprié. » Nijimura le regarda en penchant légèrement la tête sur le côté, preuve de réflexion, mais ne dit rien.

Il disparut de sa vue un instant puis revint avec la bassine remplie d'eau dans les mains et des serviettes sur le bras. Il déposa le tout et se laissa tomber en tailleur face à Oreshi. Il retira sa veste sombre à col de fourrure blanche (il la mettait de côté de plus en plus avec l'amélioration du temps) ne laissant que son haut noir sans manche, et trempa une des serviettes dans l'eau fraiche pour nettoyer le sang couvrant son bras droit.

Il fit une grimace des plus comiques au contact du liquide froid avec sa peau, et réprima un frisson en s'efforçant de faire disparaître le plus gros du sang séché. Oreshi restait hypnotisé par la ténacité des marques qui laissaient sa peau une teinte plus sombre que la normale malgré ses efforts.

Nijimura dut l'appeler pour gagner son attention. Il lui tendit une seconde serviette et lui dit de se débarbouiller un peu. Oreshi ne se rendit compte des traces de terre sur sa peau qu'après en avoir vu la couleur déteindre sur le tissu immaculé.

Une fois qu'il pensait avoir fini, il releva ses yeux sanglant vers Nijimura, lui demandant silencieusement son avis. L'adulte se contenta de lui prendre le tissu des mains pour le poser à côté de la bassine d'eau avant de ne se saisir d'un autre et recommencer. A la différence que l'adulte n'évitait aucunement les griffures et autres zones douloureuses, au contraire.

« Si on laisse toutes ces saletés dans les plaies ça fera bien plus mal après, crois-moi. » Expliqua-t-il vaguement en parant aux tentatives d'Oreshi pour se dérober au contact.

Lorsque le supplice s'arrêta enfin, Oreshi pouvait sentir des larmes s'accrocher à ses cils, mais ce n'était aucunement pour cela que Nijimura le fixait de la sorte.

« Ce n'est pas le youkai qui a fait ça, pas vrai ? Aomine n'avait pas une coupure. » Constata-t-il calmement. Oreshi baissa la tête, assaillit par un sentiment de culpabilité alors qu'il repensait à la scène. Il répondit dans un marmonnement difficilement audible :

« J'ai tenté d'arrêter Bokushi, mais cela ne s'est pas aussi bien passé que je le pensais. Nijimura écarquilla les yeux en surprise.

— Il t'a attaqué ?

— Non ! Oreshi releva brusquement la tête. C'est juste que… j'ai voulu l'arrêter, mais il courrait de plus en plus vite et je ne savais pas vraiment quoi faire d'autre. On est tombés tous les deux et ce youkai était là. » S'ils avaient continué à courir, ce youkai n'aurait sans doute pas pu les arrêter non plus, au final il ne faisait aucun doute que tout était arrivé par sa faute. Ses pensées furent interrompu par un poids entre ses oreilles qui se redressèrent d'un bond.

« Tu as fait du bon boulot. Essaye juste de travailler la réception, ok ? » Dit doucement l'homme en agitant des mèches rousses dans tous les sens. Le calme dans sa voix suffisait à le rendre crédible et Oreshi hocha silencieusement la tête, les joues rougies.

Nijimura s'attela ensuite à appliquer le liquide du flacon sur ses plaies les plus profondes, ce qui résultait en une brûlure insoutenable sous sa peau, mais il ne chercha pas à fuir cette fois-là. Ensuite ses jambes disparurent partiellement sous les bandages, et Nijimura fixa des pansements sur ses joues à l'aide d'onguents.

« Tu as mal autre part ? » Lui demanda-t-il finalement, et même si Oreshi n'avait aucune envie que la torture reprenne, il admit avoir mal dans le dos.

L'adulte fut rapidement derrière lui, l'aidant à abaisser son kimono jusqu'à sa taille, où les étoffes étaient retenues par son obi. Les quatre queues rousses s'écartèrent docilement et Nijimura eut une petite exclamation de surprise. Le dos de l'enfant, normalement d'une pâleur uniforme, était recouvert d'hématomes naissants virant de rouges profonds à des violets des plus inquiétants.

« Tu aurais dû le dire avant, ça doit faire un mal de chien !

— Plus tellement, à vrai dire je l'avais presque oublié. » Nijimura poussa un long soupir agacé qui réussit à dessiner un sourire sur les lèvres du plus jeune, puis il alla chercher une pommade qu'il se dépêcha d'appliquer sur la surface meurtrie. La fraicheur du produit était des plus agréables et Oreshi ne s'en plaignit pas une seconde.

« La pommade devrait empêcher le tout d'enfler. On verra demain si je vous emmène chez Midorima, comme ça on lui rendra le plateau de shogi.

— Pourquoi ? S'exclama soudain Oreshi qui se dépêcha de remettre son kimono correctement pour suivre Nijimura qui quittait la pièce.

— Il n'a fait que le prêter, je te rappelle.

— On peut lui rendre les futon à la place ! » Nijimura se contenta de hausser un sourcil avant de remettre la conversation au lendemain et d'entrer dans la chambre des kitsune avec le nécessaire médical.

Bokushi eut tout d'abord le réflexe de s'éloigner de l'adulte, juste au cas où celui-ci aurait de nouvelles idées derrière la tête. Mais Oreshi parvint à le convaincre de le laisser se faire soigner après quelques tentatives. L'enfant resta silencieux le temps qu'il fallut à Nijimura pour nettoyer et panser les plaies de son visage et ses mains. Alors que l'adulte se saisissait d'une serviette propre pour retirer les débris des plaies de ses genoux, il retrouva sa langue et lança :

« Ce youkai était vraiment faible. » Nijimura allait lui rappeler qu'ils avaient tout de même dû leur sauver la mise, mais le regard impassible de Bokushi le stoppa net. Il n'était aucunement moqueur et continua de parler de l'incident comme s'il ne faisait qu'analyser une situation qui ne le concernait aucunement.

« Une fois que ce chat bizarre est arrivé, il nous a complètement oublié. Un simple matou l'a terrorisé et il n'était plus bon à rien, à se débattre dans tous les sens… Pourtant tu l'as traité comme une menace. Le regard hétérochrome se leva pour le scruter.

— Je ne dirais pas vraiment qu'Aomine n'est qu'un simple chat. Mais plus important, ce youkai avait sa propre façon de combattre, enchaîna-t-il avant qu'ils puissent poser d'autres questions. Il avait dissimulé sa présence et son aura meurtrière jusqu'à ce que vous avanciez droit dans ses bras. Ce n'est pas le genre de youkai qui vous bondit dessus et vous met à terre en un coup. Il vous a sans doute immobilisé, un hochement de tête confirma ce fait, et il allait vous dévorer sans vous laisser le temps d'y faire quoique ce soit. Ce genre de youkai sont des chasseurs, mais leur spécialité reste les embuscades. Ils ne sont pas habitués à se confrontés directement avec leur victime et n'ont pas vraiment de moyen de se défendre quand ça arrive.

— Ils sont nombreux à agir dans l'ombre comme lui ?

— Méfiez-vous de tout ce que vous voyez. C'est le seul moyen de se protéger, et c'est pour ça que je vous apprend à connaître les environs, comme ça vous remarquerez quand quelque chose n'est pas à sa place. Il réfléchit un instant et demanda, en fait, comment tu as su, Oreshi ? Tu m'as dis avoir voulu l'arrêter, tu avais des soupçons non ? Ce fut au tour d'Oreshi de réfléchir longuement à sa réponse.

— Rien de précis. Juste… un mauvais pressentiment, je dirais.

— Tu as dû sentir sa présence, même si tu n'en étais pas conscient. C'est un bon début. »

Le brun adressa un sourire au jeune kitsune qui sentit la chaleur lui monter au visage, ses queues s'agitèrent nerveusement dans son dos alors qu'il détournait vivement le regard. Presque aussi vite, Bokushi ramenait sa jambe contre lui, l'a retirant des mains de Nijimura qui tentait d'y fixer un bandage. Bien entendu le brun n'eut aucun moment d'hésitation et à peine ses oreilles tressaillirent en agacement qu'il tirait de nouveau la jambe vers lui, arrachant une grimace de douleur au plus jeune.

Pendant qu'il s'occupait de la seconde jambe de l'enfant, Oreshi se risqua à demander s'ils pourraient tout de même retourner chasser un jour. Il savait pertinemment qu'ils avaient énervé l'adulte en prenant ces risques et n'aurait pas été surpris qu'ils perdent ce privilège en réponse. L'atmosphère s'alourdit alors que Nijimura gardait le silence, un faux air songeur sur son visage. Il ne pouvait pas s'empêcher de les faire mariner.

Son amusement décupla lorsqu'il remarqua que Bokushi s'empêchait d'ouvrir la bouche, retenant ainsi des vagues de plaintes et d'insultes diverses. Il était plus futé qu'il n'y paraissait, espérant acheter ses bonnes grâces avec un comportement plus respectueux que d'ordinaire.

« Ce n'était pas de votre faute. Finit-il par admettre, et il entendit les deux renardeaux relâcher leur souffle. Je voulais vous laisser cette chance de vous dégourdir un peu les pattes, mais je ne m'étais pas attendu à ce que vous perdiez le contrôle de vos pouvoirs dans l'action. »

Bokushi fut rapide à nier l'accusation, bien entendu il ne supporterait pas que l'on sous-entende qu'il ait été trop faible pour garder le contrôle de lui-même. Cependant le regard pesant d'Oreshi suffisait à valider les dires de Nijimura. Il se rappelait trop bien de l'état de Bokushi à ce moment, aucun de ses mots n'avaient pu l'atteindre, pas même sa présence, et lui-même n'avait pas été mieux avant de reprendre pied avec la réalité.

« Pendant que vous chassiez, vous vouliez plus de pouvoir, la force d'attraper ce piaf ou quelque chose comme ça. Et sans vous en rendre compte vous avez mobiliser une grande partie de votre pouvoir spirituel, il préféra ne pas en préciser la réelle puissance, c'était comme un appel pour les youkai des environs. Enfin ce n'est pas vraiment mal en soit, ajouta-t-il devant la mine défaite des enfants, il faut juste apprendre à le contrôler. Mais au fond, ça veut juste dire que vous avez du potentiel. »

Bokushi commença automatiquement à se vanter et Nijimura le laissa faire jusqu'à ce qu'il eut finit de consolider le bandage autour de son deuxième genoux. Après quoi, il précisa sournoisement qu'il serait tout de même obligé de leur appendre à contrôler leur présence avant de se concentrer sur la technique du kitsune-bi. Bokushi croisa ses bras sur son torse de son air le plus impérieux (et vraiment, Nijimura n'avait aucun mal à l'imaginer en tant que jeune empereur pourri gâté) mais Nijimura mit rapidement fin à la posture d'une pichenette contre le front de l'enfant.

« Ne boude pas, tu veux ? Le contrôle sera la première étape du kitsune-bi de toute façon. »

Il poussa un soupir amusé quand Bokushi releva un regard noir vers lui, ses mains plaquées contre son front et ses oreilles couchées en arrière.

La nuit était déjà tombée quand il avait enfin finit de s'occuper des blessures des enfants, c'est pourquoi il ne tarda pas à leur confectionner quelque chose à manger avant qu'ils n'aillent tous se coucher. L'adulte devait avouer que même-lui était épuisé après cette journée, et il s'endormit aussitôt allongé sur son futon.

Le lendemain matin fut cependant bien plus agité que la veille, et les enfants se réveillèrent aux grondements irrités de leur hôte. La voix de Nijimura était éloignée et semblait venir de l'extérieur, ne se sentant pas visés, ils ne se dépêchèrent aucunement à quitter leurs couvertures. Au fur et à mesure que leurs sens chassaient les restes de sommeil, il décelèrent des insultes plus précises, et surtout des ordres encourageant des intrus à partir.

Ils n'étaient pas surpris d'entendre Nijimura rejeter des invités, mais ils ne l'avaient encore jamais entendu autant hausser la voix. Leur curiosité finit par avoir raison d'eux et ils quittèrent leur chambre au petit trot. Ils furent surpris de trouver les portes donnant sur l'extérieur fermées, Nijimura mettant un point d'honneur à les ouvrir chaque matin. Ils n'hésitèrent qu'un instant avant de faire coulisser l'un des battants, juste assez pour les laisser sortir discrètement.

A leur grande surprise, Nijimura n'essayait pas de se débarrasser d'un gêneur, mais plutôt d'une véritable troupe d'entre eux. Une dizaine de youkai que les rouquins n'avaient jamais vu, tous à l'apparence très différente des uns et des autres, se tenaient dans la petite cour du temple. Certains faisant directement face à Nijimura, qui agitait furieusement ses queues dans son dos, tandis que d'autres essayaient de s'approcher sournoisement du temple.

Ils ne purent observer plus longtemps, qu'une tête féminine surgit de dessous le temple pour se planter droit devant eux, les yeux onyx les fixant sans émotion. Oreshi recula d'un bond, rencontrant avec dureté les portes dans son dos qui réveillèrent les douleurs dans la zone sensible. Bokushi, lui, fit l'inverse, se faisant particulièrement imposant devant la créature surnaturelle.

A peine l'onyx rencontra-t-elle l'or qu'une main aux ongles acérés se saisit des cheveux de la tête flottante et la tira violemment en arrière. La tête poussa un cri perçant alors qu'un long cou glissait de dessous le temple à sa suite. Lorsqu'un corps féminin s'extirpa à son tour, Nijimura se saisit du cou de l'étrange créature et la traina rageusement jusque dans la forêt. Un regard de sa part suffit à faire fuir les plus téméraires restant dans les parages.

Lorsque Nijimura revint vers eux, Bokushi profita de la hauteur offerte par la structure du temple pour le toiser du regard.

« C'était quoi tout ça ? Eux aussi voulaient nous dévorer ? Demanda-t-il en fronçant ses fins sourcils.

— La sortie d'hier a dû les exciter. Mais ils sont juste là par curiosité.

— Pourtant vous les avez chasser. » Décidément, ils ne laissaient rien passer.

Le katana redevint une simple brindille dans la main de Nijimura et il l'a jeta sur le sol sablonneux. Jusqu'à présent les youkai avaient été assez peu nombreux pour qu'il puisse s'en débarrasser dans le dos des enfants, malheureusement le soudain réveil de leur présence en avait précipité un grand nombre jusque là.

« Ils deviennent rapidement agaçants. Et comme ils s'attirent mutuellement, je ne veux pas risquer de piquer l'intérêt de youkai plus puissants. Donc il faut bien que je me débarrasse du menu fretin. »

A ses mots, Oreshi baissa la tête et contracta sa mâchoire tandis que Bokushi serrait ses poings à ses côtés.

« Je peux m'en charger ! Je ne suis pas faible, Shuuzou, nous n'avons pas besoin de garde du corps ! » S'écria Bokushi, ses pupilles s'aiguisant plus que jamais.

Il s'interrompit quand la main gauche de Nijimura s'empara de son épaule, son autre main faisant de même avec Oreshi, puis l'adulte se pencha avec complicité vers eux. L'acier attendit patiemment que l'or et le rouge daignent le regarder.

« Vous vous en chargerez en temps et en heure. Pour le moment, c'est moi qui m'en occupe. Vous n'avez rien à me prouver.

— Nous ne voulons pas vous déran-…

— Vous n'allez quand même pas m'enlever mon seul moyen de rester en forme, si ? Je sais que je me fais vieux mais je peux quand même m'occuper d'un ou deux garnements de plus. Il se redressa en relâchant leurs épaules, mais assez papoté, allez manger quelque chose et jouez au shogi autant que vous voulez, car ce soir le jeu repart. Deux paires d'yeux s'écarquillèrent en horreur.

— Ce n'est pas la peine d'aller voir Midorima-san, nous nous portons très bien !

— Comme si un youkai aussi inutile pouvait nous blesser !

— Et c'est justement car vous voulez autant garder ce stupide jeu que je vous y emmènerais quoi que vous disiez. »

Les enfants tombèrent dans le silence et il les conduit patiemment à l'intérieur.

Comme il leur avait conseillé, ils ne quittèrent pas le plateau de shogi de la journée. Ce fait réussit à le convaincre qu'ils avaient finit par accepter de s'en séparer plus tard, bien qu'ils passèrent l'après-midi à exprimer leur mécontentement en l'ignorant.

Le seul véritable contact qu'ils eurent fut lorsqu'il alla chercher Bokushi pour lui faire réparer la sandale cassée la veille. Haizaki n'avait acheté que deux paires pour enfant, et il devait donc la réparer le jour même s'il ne voulait pas aller pied nu jusque chez Midorima. Bokushi fut un élève plus performant qu'il ne l'eut cru et ne s'en sortit pas si mal pour repiquer les coutures déchirées.

Après la leçon imposée cependant, il avait filé dans leur chambre, là où ils avaient installé le jeu de shogi, pour ne plus en ressortir. Il se décida à les laisser en profiter et s'occupa de chasser les youkai qui venaient rôder autour du temple sans arrêt. Cependant, lorsque la nuit vint, il fut plus qu'heureux de délaisser son poste pour aller chercher les renardeaux.

« Ce n'est pas trop tard pour rendre une visite ? Se plaignit Oreshi en se levant tout de même.

— Car tu as eu l'impression que mes invités se souciaient de l'heure ? Comme il vit au village, je préfère que l'on parte quand la majorité des habitants sont couchés, mieux vaut ne pas être vu par les humains. »

Il prit le plateau de jeu et l'écrin contenant les pièces de jeu qu'ils lui tendirent, il ne questionna pas le fait que les kitsune avaient déjà tout rangé avant son arrivée, et vérifia plutôt qu'ils n'avaient pas essayé de dérober des pièces en jetant un coup d'œil à l'intérieur. Satisfait, il rangea l'étuis dans sa veste et garda le plateau sous le bras, et ensuite leur fit signe de sortir du temple, par la porte de devant néanmoins.

C'était la première fois que les kitsune s'enfonçaient dans la montagne dans cette direction, Nijimura ayant jusqu'alors préféré leur faire découvrir la montagne à l'opposée du village le plus proche. Aussi ils furent impatients de découvrir ces nouveaux endroits et se dépêchent de descendre les marches de pierre du long escalier deux par deux. Ils prirent une bonne avance sur Nijimura, qui les rappela à l'autre aussitôt avait-il posé le pied sur la dernière marche.

« Je ne vois pas de quoi tu as peur, Shuuzou. Ce n'est pas comme si des personnes aussi faibles que Shintarou pouvaient nous faire du mal ! » Se plaignit rapidement Bokushi dans leur avancée alors que Nijimura exigeait qu'ils restent attentifs à mesure qu'ils se rapprochaient du village.

Il était vrai que pour le moment ils n'avaient rencontré que le médecin, en comparaison des autres youkai qui avaient croisés leur route, il devait avoir l'air aussi inoffensif qu'une poupée de son. Toutefois, il ne pouvait pas les laisser être aussi négligents, pour leur sécurité comme pour la sienne.

« Tues un youkai et dans le pire des cas tu auras affaire à un autre qui n'a pas apprécié le geste. Par contre, tues un humain et c'est toute l'espèce qui te traquera. Nous chasser est le seul moyen qu'ils aient trouvé pour contrôler leur peur de la mort.

— Alors Midorima-san…

— Non, Nijimura esquissa un sourire, en ce qui le concerne il est trop stupide pour craindre une mort inévitable. Il a d'autres préoccupations. »

Les renardeaux l'observèrent longuement avant de se lasser du sujet et de continuer à marcher dans un silence, interrompu par rien de plus que quelques questions et remarques volatiles. Ce ne fut que bien plus tard qu'ils se retrouvèrent à suivre un chemin qui longeait la paroi de la montagne, comme si taillé dans les rochers eux-mêmes. De là ils avaient une vue imprenable sur le village et ses structures mises en relief par les rayons fantomatiques de la lune.

Les deux rouquins s'arrêtèrent pour mieux observer et Nijimura ne put retenir un ricanement en entendant l'un d'eux souffler que « c'était donc ça, un village ». Il leur indiqua une des rares bâtisses encore éclairées à cette heure et en retrait des autres comme étant la clinique et habitation de Midorima puis ils se remirent en route.

Oreshi finit par lui demander s'il existait également des villages de youkai, semblant trouver cela naturel que Nijimura ne vive pas dans l'un d'entre eux si tel était le cas. L'adulte lui expliqua patiemment que de telles choses seraient impossibles, des youkai s'entretueraient pour la moindre bricole, aussi les laisser vivre trop proche les uns des autres serait chercher le pire. Cependant, il précisa que là d'où il venait, dans le monde spirituel, on pouvait trouver de réelles citées youkai, puisque les grandes familles préféraient régler leurs problèmes par des menaces ou des duels civilisés. Il se retint de dire que ce n'était qu'une façon pompeuse d'exprimer leur égo surdimensionné.

Bien entendu, les profondeurs de la montagne n'étaient pas si différentes du principe des villages. La seule différence était que les youkai y vivant ne s'inquiétaient pas vraiment d'avoir un toit sur leur tête, dans le cas contraire ils allaient occuper la maison d'un humain, ou récupéraient un endroit inhabité, comme il l'avait fait en arrivant dans la région.

Arrivés au niveau du village, Nijimura fit attention à ce qu'ils maintiennent une bonne distance avec les structures. Les deux rouquins étaient trop étonnés par ce qu'ils voyaient, des herbes poussant sur les toits de paille ou du bétail (Pourquoi les élever quand on peut chasser ? s'était moqué Bokushi), pour vraiment trouver à s'en plaindre. Une fois devant la porte de la clinique de Midorima, Nijimura ne perdit pas une seconde pour toquer sèchement contre les battants de bois.

La porte s'ouvrit quelques secondes plus tard sur le propriétaire des lieux qui haussa un sourcil dans sa direction, avant de ne remarquer les deux kitsune derrière lui et d'étirer un minuscule sourire.

« Je vois que tu es sans espoir en tant que gardien. Railla-t-il en notant les bandages.

— Rah, ferme-la, tu veux ? » Midorima haussa une épaule et se dégagea de l'ouverture pour les laisser entrer.

Bokushi et Oreshi traînèrent des pieds, le nez retroussé devant l'odeur forte des plantes médicinales. Bokushi ne se retint que peu de temps d'en faire le commentaire, mais Midorima était trop habitué aux plaintes de ses jeunes patients pour le relever. Le médecin accepta de se pencher sur les blessures des enfants et de vérifier les soins qui avaient déjà été donnés. Il se fit le plaisir de reprendre Nijimura sur la qualité médiocre de ses bandages et les refit correctement, puis appliqua un baume plus puissant sur les ecchymoses d'Oreshi.

Evidemment, il exigea un paiement, et Nijimura tenta sa chance en lui tendant le jeu de shogi.

« J'espérais un peu plus que ce qui m'appartient déjà. » Marmonna le médecin en prenant tout de même le jeu. Nijimura effaça alors son sourire le plus impertinent et fouilla sa veste pour en sortir un sac de velours bleu nuit que Midorima connaissait très bien.

Une nouvelle flamme alluma soudain le regard du médecin et il posa vivement le jeu de shogi sur une commode avant de s'avancer. Dans sa hâte il ne remarqua pas que l'écrin se balançait dangereusement au-dessus du vide et il tomba inévitablement au sol. Cependant, bien qu'il s'était ouvert dans la chute, il n'y eu pas le bruit de toutes les pièces touchant le sol, mais le son mâte d'un sac de pierre tombant sur les tatamis. Une exclamation de surprise échappa à Oreshi et dans un nuage de fumée semblable, le plateau de jeu devint un simple bout d'écorce perché sur la commode.

Les deux jeunes kitsune s'agitaient en appréhension, tandis que Midorima dirigeait un regard courroucé vers Nijimura. Cependant, ce dernier n'était capable que d'un regard incrédule oscillant entre ce qu'il restait du jeu de shogi et les rouquins. Il n'arrivait pas à croire que tout ce temps il avait tenu deux illusions sans s'en rendre compte, il ne les pensait pas capables de rester concentrés si longtemps sur leurs pouvoirs.

Les lèvres du brun s'étirèrent en un grand sourire, et il ne pu s'empêcher de se rapprocher des enfants pour leur ébouriffer les cheveux.

« Vous n'arrêterez jamais de me surprendre. »

Oreshi releva la tête d'un air ébahit avant de lui rendre timidement son sourire et sans surprise Bokushi se dégagea du contact de son air le plus courroucé. Ce fut presque avec regret qu'il se retourna en direction de Midorima.

« Je te rapporterais le jeu demain, désolé pour ça. Midorima poussa un soupir impatient avant qu'une opposition ne puisse être formulée.

— Honnêtement, te connaissant je pensais que le jeu avait déjà disparu, donc j'ai pris la liberté de m'en procurer un autre. Ils peuvent garder l'ancien s'ils le souhaitent. »

Nijimura fut plus qu'agacé par le sous-entendu, mais ne dit rien lorsque les renardeaux remercièrent gracieusement le médecin. Ils n'avaient pas de si mauvaises manières, finalement.

« C'est d'ailleurs un très beau jeu, venu tout droit du continent, mais je n'ai pas encore trouvé d'adversaires de valeur pour l'essayer. Il est dans la pièce d'à côté, vous pouvez aller installer les pièces et je vous rejoindrais. »

Le regard des renardeaux s'illumina un peu plus à la proposition de Midorima et ils ne se firent pas prier. Nijimura les suivit du regard, s'attendant presque à ce que l'homme ait mis un filet en place pour les piéger lorsqu'ils ouvriraient la porte, ce ne fut heureusement pas le cas.

Il tendit alors à nouveau le sac de velours à son vis-à-vis, qui s'empressa de lui prendre des mains pour en fouiller le contenu. Il en sortit une perle orangée faisant tout juste la largeur de son pouce et releva un regard méfiant vers le kitsune adulte.

« On les appelle 'larmes de phoenix', on dit que ces perles sont créé à chacune de leur réincarnation et sont les responsables des plus grands incendies connus sur cette terre. »

Midorima saisit la sphère entre son pouce et son indexe et l'observa à la lumière d'une des bougies. Nijimura n'attendit pas plus pour rejoindre les enfants dans le salon, Midorima –exigeant des explications sur l'utilisation de l'artefact – sur les talons.