Et voilà le dernier OS de ce tome I d'Acceptation ! Bah oui, je vais constituer un tome II pour Age of Ultron. Cet OS s'apparente plus à une conclusion et une transition avec ce tome II. Il est donc court et ne comprend pas véritablement une histoire... m'enfin, vous comprendrez en lisant.^^
Merci beaucoup de m'avoir lue et d'avoir laissé des reviews ! J'espère vous retrouver sur Acceptation II. ;3
Bonne lecture.
Fantômes du passé
Même s'il jouissait désormais tant d'un foyer que d'amis solidaires, une multitude de traces, physiques comme mentales, rappelaient sans cesse au Docteur Bruce Banner qu'il avait vécu dans la fuite et la peur pendant des années. Il les appelaient affectueusement fantômes du passé, les connaissaient et ne s'y attardaient plus guère - et il préférait souvent oublier le temps où il en désespérait. Mais parfois, il s'en souvenait, et il souriait doucement car ces fantômes avaient pratiquement tous cessé d'exister.
Il y avait d'abord les regrets de tout ce qu'il avait perdu par sa transformation. Ces regrets qui revenaient le hanter par trop souvent, lui rappelant encore et toujours ce qu'il avait été obligé d'abandonner.
Il regrettait cette vie normale à laquelle tout homme inspire et qui, à lui, avait été refusée et le serait toujours, quand bien même arriverait-il à se débarrasser du Hulk. Car les autres n'oublieraient jamais le Hulk et la peur de le voir resurgir se dresserait toujours entre lui et eux. Les autres avaient tant de pouvoir dans leur société, ce qu'ils disaient avait force de loi ; la rumeur devenait l'opinion générale et l'opinion générale créait aux yeux des autres une loi fondamentale. Non, s'il arrivait à obtenir la paix en se débarrassant du Hulk, il n'arriverait plus jamais à obtenir une vie normale.
Ce regret était passé avec l'Initiative Avengers. Oh ! La vie qu'il menait n'avait rien de normale, tout au contraire, mais elle lui convenait parfaitement. Il était entouré, accepté, lui, l'homme, mais également le Hulk qui avait réussi, il ne savait trop comment en vérité, à se faire intégrer dans l'équipe. Se passer des repas en commun, bruyants et animés, des heures folles passées dans le laboratoire avec Tony, des discussions en pleine nuit avec Natasha ou Clint, des conversations livresques avec Steve, de ses séances de "psychologie lokisienne" - l'expression était devenue courante au sein de la Tour - avec Thor, serait désormais un regret bien plus grand.
Son ancien renom scientifique le manquait parfois aussi, lorsqu'il devait contourner une quelconque sécurité scientifique pour accéder à un travail. Pirater les données ne lui posait pas le moindre problème : J.A.R.V.I.S. l'aidait bien volontiers et bien fort serait le système qui lui résisterait. Si ce qu'il découvrait alors était véritablement à maintenir au secret, il s'arrangeait pour améliorer la sécurité après avoir assimilé les données. La première fois que Tony avait découvert son manège, il en avait tant ri qu'il avait rameuté le reste de l'équipe.
Bruce avait facilement fait taire ce sursaut d'orgueil malvenu. Ses premiers travaux étaient largement connus du public scientifique - Tony n'était pas le seul à y avoir accès et à les reconnaître comme une référence. Quant à ses travaux les plus récents, ils étaient connus des personnes les plus importantes et cela suffisait amplement. Il travaillait exclusivement pour le S.H.I.E.L.D. et les Avengers, lorsqu'il n'étudiait pas le Hulk ou aidait Tony, et de tels travaux n'étaient pas à porter à la connaissance de tous. Rien que pour éviter des mouvements de panique.
Son plus grand et profond regret était Betty Ross. Il se souvenait de leur bonheur à tous les deux, des temps de félicité où il était heureux aux côtés de cette femme qu'il avait aimé de tout son cœur. Elle lui manquait encore, bien souvent, et il rappelait alors d'elle avec mélancolie. Elle avait été la première à avoir essayé d'accepter le Hulk. C'était son éloignement à lui qui l'en avait empêché, il avait laissé le S.H.I.E.L.D. les séparer, s'occuper de leur divorce, permettre à Betty de reconstruire sa vie avec un autre qui lui donnerait le bonheur qu'elle méritait et qu'il ne pourrait jamais plus lui offrir. Bruce Banner n'était pas assez égoïste pour imposer le Hulk et leurs problèmes schizophréniques à la femme qu'il aimait. Il avait fui pour l'en libérer.
Peu après son aménagement à la Tour Avengers, il avait eu la surprise de voir Betty se présenter à l'accueil et demander à le voir. Son premier réflexe avait été de vouloir fuir mais Tony l'en avait empêché. L'ingénieur l'avait sermonné pour sa lâcheté et envoyé se faire une beauté tandis qu'il allait accueillir la femme. Bruce avait longuement hésité dans sa chambre, si affolé que le Hulk avait manqué de sortir, puis avait accepté d'affronter ce fantôme-ci ; le plus grand de tous les fantômes du passé qui le hantait.
Tony avait introduit Betty dans le salon commun des Avengers et discutait gaiement avec elle, Stark du bout des ongles à la racine des cheveux, agaçant, grandiloquent, bourré d'humour et de charme. Malgré sa prestance et son charisme envahissant, il avait perdu l'attention de Betty dès que Bruce était rentré dans la pièce et il s'était sagement éclipsé en marmonnant quelque chose à propos d'un rendez-vous avec Pepper.
Bruce s'était donc retrouvé seul avec Betty, indécis de la marche à suivre. Elle avait choisi pour lui en se jetant dans ses bras sans aucune hésitation et, parmi ses rires et ses pleurs mêlés, il avait compris qu'elle était rassurée de le voir vivant et bien.
- Comment vas-tu ? lui avait-il demandé une fois qu'ils s'étaient assis et avaient calmé les émotions des retrouvailles.
- J'ai une vie normale.
Bruce avait compris ce que sous-entendait cette phrase sibylline et la culpabilité qu'elle cachait. Il avait doucement secoué la tête et lui avait sourit.
- Ne prends pas ce fardeau sur tes épaules, Betty. Je vais bien.
Il y avait rien de plus à ajouter. La réalité était telle : il allait bien et avait plus ou moins fait la paix avec sa nature. Peut-être qu'un jour tout remonterait à la surface, le replongeant dans les affres de la fuite, et la paix ne serait qu'un lointain souvenir mais, pour l'heure, tout allait bien.
Lorsque Betty était repartie en lui promettant de passer régulièrement le voir, Bruce s'était senti allégé, comme si on lui avait enlevé une partie de son fardeau.
Il y avait ensuite les blessures consécutives à des années de fuite qui le marquaient encore. Le Hulk ne pouvait être tué et la moindre égratignure guérissait dans la seconde. Il n'en restait pas moins que Bruce Banner souffrait de blessures d'autres types.
La première fois qu'il s'était retrouvé dénudé devant ses camarades, après la bataille de Manhattan, il avait bien remarqué leurs regards choqués. Ils avaient essayé de camoufler leur surprise mais leurs yeux avaient eu du mal à quitter ses côtes faméliques. Il était déjà bien difficile de trouver décemment à manger lorsqu'on fuyait les armées du monde ; cela l'était encore plus lorsque un alter ego enragé et énorme brûlait les calories plus vite qu'il ne les assimilait.
La proposition de rester à la Tour Avengers lui avait permis de satisfaire son grand appétit comme il l'entendait. Le Hulk demandait de manger considérablement alors, soit, il mangeait. Et ce qui le désespérait jusqu'alors avait pris une note amusante lorsque son besoin s'était transformé en concours de qui mangerait le plus avec Steve et Thor. Evidemment, Thor remportait à chaque fois haut-la-main ; le dieu semblait possédait un gouffre sans fond à la place de l'estomac. Clint s'écriait souvent à la triche lorsqu'il essayait de suivre la cadence, en pure perte.
Il avait donc repris du poil de la bête, ses côtes avaient disparu et il s'était suffisamment rembourré pour ne plus ressembler à un chien errant. Mais il n'en n'était pas ainsi de toutes ses blessures. Certaines, plus profondes, ne s'affaiblissaient guère avec le temps et il doutait qu'elles guérissent un jour.
Il se réveillerait toujours à l'aurore, soit-il allé au lit quelques heures plus tôt. Son corps était programmé pour ne dormir que sur une oreille et le moindre bruit le réveillait en sursaut. Il se sentait parfois comme un animal mal apprivoisé, toujours aux aguets, en attente du prochain coup qui viendrait faire voler en éclats l'atmosphère bienheureuse dans laquelle il baignait. S'y rajoutait souvent les cauchemars qui le hantaient depuis des années et qui continuaient de le faire, miroirs de ses peurs et de ses insécurités. Ces nuits-là étaient courtes mais il s'y faisait et allait s'occuper dans le laboratoire ou dans le salon commun où l'un des Avengers traînait souvent.
Sa méfiance des étrangers ne faiblissait pas non plus. Lorsqu'il n'était pas en mission, il restait confiné dans la Tour, appréciant le calme et les conversations avec J.A.R.V.I.S. . Les conférences de presse, les interviews, les galas de charité, tout ce qui le mettrait en contact avec une grande foule le rebutait et il s'était fait maître dans l'art d'esquiver ces événements. Parfois pourtant, Bruce surmontait sa crainte et sortait à la rencontre d'autrui, loin de la foule, dans des hôpitaux, des orphelinats, des cliniques où il pouvait aider son prochain sans se faire remarquer.
Et, même si ces blessures ne disparaîtraient peut-être jamais, il se sentait heureux et accepté.
Désormais, sa plus grande peur était que ces fantômes reviennent ou que de nouvelles blessures en créent d'autres. Il n'était pas assez naïf - ou plutôt n'en avait pas le luxe - pour se voiler la face. Un jour viendrait où tout volerait en éclats. Jusqu'à ce moment-là, il chérirait chacun de ces petits moments de paix.
Petit coup de pub.
J'écris actuellement une mini-fic intitulée Un sort de pacotille ! avec Tony et Bruce en personnages principaux. Sous couvert d'humour et de situations cocasses - ils se retrouvent dans une réalité alternative moyenâgeuse à cause d'un sort de Loki - je compte traiter (encore et toujours) les problèmes psychologiques des personnages.
Je croise les doigts pour être suivie. ;3
