Nouvelle Lune.
Natsuki considéra une dernière fois son falcata. La lame trop lourde dans sa main fébrile, les entrelacs complexes qui ornaient le fer et semblaient en cet instant fait d'or et de sang.
Puis son regard descendit sur Shizuru, immobile et tellement belle, tellement innocente avec ses grands yeux pourpres brulants de larme et ses lèvres à peine entrouvertes sur un souffle irrégulier…Mais Natsuki n'avait pas le choix.
Elle resserra sa prise sur son arme, les muscles raidis, prête à frapper. Allez, s'intima-t-elle, allez tue-la et que ce cauchemar finisse !
« S'il te plait Natsuki, tu l'as promis. » Comme en écho à ses pensées, Shizuru l'encouragea. Et tandis que des larmes d'effroi dévalaient ses joues, son bras consentit enfin à s'abattre.
Il y eut un éclat sourd lorsque la lame s'enfonça la paillasse, venant se planter dans le sommier de bois. Un instant de silence, d'embarras. Et puis la voix de Natsuki s'éleva difficilement dans la mansarde :
« Je ne peux pas. »
En réalité, la simple pensée de ce qu'elle s'était apprêtée à faire la révulsait complètement. Elle était incapable de la tuer de sang froid. Non : elle ne voulait pas en être capable. Elle secoua la tête, articulant avec peine :
« Non…» Une inspiration et les mots finirent par sortir par saccade, à demi-étranglés par les sanglots frénétiques qu'elle ne tentait même plus de restreindre.
« Je ne peux pas, je ne peux pas l'faire, je ne peux pas…
- Natsuki. »
La vue brouillée par ses pleurs, elle croisa le regard de la demi-elfe, figée sous elle et ce qu'elle y lut lui glaça le sang.
Reproche, déception, colère.
« Tu…tu avais promis…Natsuki avait promis ! » Trop accaparée par sa détresse, la rôdeuse ne prêta pas attention aux inflexions de la voix, devenue en un instant étrangement froide et distante.
Oui, Natsuki avait fait une promesse. Une promesse morbide et dénuée de sens, elle en avait désormais conscience mais tout ce qu'elle pouvait faire, c'était rester bêtement à sangloter au dessus de Shizuru. À pleurer sur le monstre qu'elle était devenue, sur ses cinq Automnes perdus, sur la vie gâchée de la demi-elfe et celle assassinée de Nao.
« Je suis désolée, Shizuru, mais je n'peux pas le faire. Je suis vraiment désolée…
- Alors ils nous retrouverons. » La demi-elfe avait attrapé sans délicatesse le visage de le brune, faisant taire de ce geste ses lamentations. D'une poigne ferme, elle l'obligea à lui faire face, à accepter sa défaite.
Sa faiblesse.
« Ils nous retrouveront et nous captureront. Mais Natsuki le sais, n'est-ce-pas? »
Et celle-ci ne put qu'hocher la tête, ravalant un instant ses larmes. Evidement, elle savait que d'ici peu les troupes sélunites allaient débarquer. Elle, elle pouvait encore espérer se sauver ou même demander la protection de Midori.
Mais pas Shizuru.
Pour Shizuru, il n'y aurait que la noirceur des cachots et des longues nuits de tortures. Ils en feraient un être brisé, tourmenté, implorant pour sa mort. Et peut-être qu'un jour, ils consentiraient enfin à l'achever. Un jour, quand de la demi-elfe, il ne resterait qu'une coquille vide. Des cendres. Tout juste une ombre de la jeune femme insouciante qu'elle avait cru connaitre.
Oui, elle le savait.
« Et pourtant Natsuki ne veut pas tenir sa promesse… »
Cette fois ci, il y avait eu de la peine dans cette voix, du désarroi même. Mais Natsuki ne pouvait pas la tuer. Se tuer. C'était véritablement au dessus de ses forces.
« Je suis désolée, Shizuru, je suis désolée… »
- Menteuse.
Ses pleurs reprirent de plus belle à son accusation tandis qu'elle sentait la main chaude de la demi-elfe quitter son visage pour glisser lentement sur son bras et enfin se nouer autours de ses propres doigts.
Enserrant avec elle la fusée de son falcata.
Natsuki n'eut pas le temps de réagir.
Déjà sa lame plongeait dans le corps de Shizuru dans un bruit effroyable de chair déchirée et d'os fendu par l'acier.
Et puis dans le tumulte du sang.
Brulant, bouillonnant entre ses doigts, imbibant les draps sales de sa paillasse, imprégnant son cuir usé, coulant sur le plancher sans paraître vouloir cesser de se déverser.
Ce rouge qui, une fois de plus, envahissait tout alors que les yeux pourpre de Shizuru s'assombrissaient et que ses derniers mots restaient en suspens sur ses lèvres :
« Tu avais promis… »
C'est un haut le cœur qui précipita Natsuki hors de son rêve.
Une main portée à sa bouche pour restreindre sa nausée, elle dut attendre un long moment, le temps que les lambeaux de son cauchemar se dissipent, avant de se lever et quitter la tiédeur de son lit.
L'air de la pièce était sec et froid et un calme duveteux régnait dans l'atmosphère. Un silence propre aux temps de neige et en regardant par la fenêtre, Natsuki constata sans surprise qu'un voile cotonneux drapait le paysage.
Etouffant un bâillement, elle se rapprocha de la cheminée. Quelques braises rougeoyaient encore. Elle avança sa main au dessus des charbons ardents et après un court instant de concentration, les flammes se ravivèrent.
La brune resta prés du foyer pour se réchauffer, espérant que le feu l'aide à chasser véritablement ses terreurs nocturnes. Même si elle savait qu'il en serait rien et que ces images abominables hanteraient encore longtemps son sommeil. De toute façon, Natsuki avait conscience qu'elle ne pourrait plus se rendormir. Seule, dans cette chambre trop froide et ce lit trop grand.
Jugeant qu'elle s'était assez réchauffée, elle se leva et emmitouflée dans une couverture, elle s'approcha de sa fenêtre. Le ciel commençait à se parer de parme, de fuchsia et d'indigo : l'aube n'allait pas tarder et Natsuki eut un triste sourire un soleil levant suffira toujours à lui faire penser à la jeune roublarde d'Amon Romen.
D'un revers de main, elle essuya la buée, essayant de percevoir le paysage au travers le givre qui se cristallisait sur le verre glacé.
Sa modeste bicoque se trouvait presque à l'extérieur du village. Enfin, si par village on pouvait désigner ce ramassis de cahuttes bigarrées montés sur pilotis et qui paraissait flotter à la surface gelée du lac.
Il y avait quelque chose, dans les toitures d'ardoise en guingois et les parois biaisées, qui lui rappelait vaguement les quartiers de Ville-Basse. L'organisation des lieux quant à elle évoquait davantage celle du sanctuaire : reliées les une aux autres par des pontaux de bois, les baraquements s'étendaient sur les abords de l'eau en un étrange réseau tentaculaire, formant d'étroits canaux que les pêcheurs empruntaient pour se rendre d'un endroit à l'autre.
Bien qu'en réalité il n'y avait pas beaucoup d'endroit où se rendre. Un lac pour pêcher, quelques étals qui faisaient commerce, un postier qui recevait les colporteurs et autres camelots. Et puis une bonne taverne. La bière qu'elle servait était affreusement corsée mais cela n'avait pas empêché Natsuki d'en devenir une habituée.
Si elle délaissait le village et portait son regard au loin, elle pouvait voir une chaine montagneuse, nacrée de neige dans le jour naissant.
Les Marches d'Argent.
Une contrée nordique, tellement éloignée du Royaume du Cormyr qu'elle n'en avait jamais entendu parler avant d'y mettre les pieds.
Ici, l'Hiver semblait être une constance, bien que les autochtones lui aient assuré que durant les Etés le climat était plus clément. Une maigre consolation.
Il y avait aussi quelque chose d'étrange dans l'air, quelque chose de magique si Natsuki pouvait en juger. Une curieuse impression que cette région, toute en glaciers bleutées et en vallées profonde et secrètes, n'avait pas été crée pour l'homme. Non, pas qu'elle était hostile, Natsuki ne ressentait guère de danger dans ces terres, mais elle était différente. Terriblement différente du Cormyr.
Même la faune et les habitants lui paraissaient particuliers.
Natsuki avait pu apercevoir des chasseurs chevaucher d'énormes loups des neiges. Des bêtes qui rivalisaient en taille avec Duran. Avec effroi, elle avait fait la rencontre de quelques araignées des glaces, aussi grosses que des chats et aussi pâle que la Lune. Elle avait eu l'occasion aussi de repérer des lynx de fumée roder, à la nuit tombée, sous ses fenêtres.
Et il n'avait pas été rare qu'elle croise, durant son périple, des elfes. Des Drows aux cheveux niellés d'or et d'argent et aux yeux étincelants de grenat.
Enfin, surtout, ici ils avaient tous un étrange accent. Suave et mélodieux. Identique à celui de Shizuru. Etrange à constater pour Natsuki qui avait toujours imaginé que les intonations langoureuses de la blonde tiraient leur origine de quelques contrées ensoleillées.
« Shizuru… »
Un murmure comme un appel, qui brisa doucement la quiétude de sa chambre, bien que Natsuki ait conscience que la jeune femme ne pouvait l'entendre.
Avec un soupire de lassitude, elle se retourna vers son lit. Toujours aussi désert et désormais glacé.
Un autre soupir, et elle fit une rapide toilette avant d'enfiler ses vêtements et de revêtir une épaisse cape.
.
Dehors, le froid de l'aube lui coupa presque le souffle et c'est les yeux rougis par le climat glacial, que Natsuki s'aventura sur les ponceaux blanchis de givres.
Le vieux Petir Pièbois était déjà sur la digue, affairé à forer la glace pour lancer sa ligne de pêche. D'un revers de main, il torcha sa bouche dégoulinante de surelle et adressa à la brune un sourire édenté en guise de bonjour. Natsuki se contenta d'un vague signe de la main. Malgré ses efforts, elle avait encore du mal à se sociabiliser avec les riverains. Peut-être parce qu'au fond d'elle-même, elle savait qu'un jour où l'autre elle devrait quitter ce paisible hameaux, caché dans l'ombre des Marches d'Argent.
Avec un certain soulagement, elle regagna enfin la terre ferme. Une terre maculée de neige que la flore locale semblait vouloir braver pour annoncer l'approche du Printemps. Et en attendant que la toundra refleurisse complètement, Natsuki pouvait voir, lors de ses escapades matinales, des troupeaux de rennes s'approcher du village, cherchant parmi les congères des plaques de lichens. Mais bien qu'à chaque fois le spectacle de cette nature pétrifiée de gel l'impressionnait, ce n'était guère pour cette raison que Natsuki s'aventurait dehors au petit matin.
Elle se permit un sourire de satisfaction en repérant enfin de légères empreintes devant elle. Des traces de pas humain qui filaient jusqu'à un bosquet de bouleaux. Entre les grands arbres blancs, une silhouette se détachait, tournée vers le soleil naissant qui inondait désormais les landes de ses rayons dorés.
Retenant son souffle, elle s'approcha à pas de loup et se saisit vivement de la taille de la jeune femme.
Pas même un sursaut. La brune savait qu'elle n'était pas encore assez discrète pour la surprendre ainsi.
« Tu es encore sortie, cette nuit.» La rôdeuse s'empressa de lui reprocher, tandis qu'elle enfouissait son visage dans le cou de cette femme qui lui tournait toujours le dos. Ses doigts glissèrent entre les siens, tièdes malgré la froideur ambiante et cette fois-ci elle la sentit tressaillir.
« Natsuki, tu es gelée !
- Y a tout qu'est gelé ici. »
Sauf elle évidement. A peine revêtue d'une simple pèlerine de peau sur des habits de lin, Shizuru semblait toujours aussi insensible aux morsures de l'Hiver.
Une particularité salvatrice pour Natsuki lorsque durant leur fuite, perdue dans les steppes nordiques de La Sayaddar, les bras chauds de la demi-elfe avaient été ses seules protections contres les nuits glaciales.
Et ses terreurs nocturnes.
Une course folle, pour échapper aux sélunites à leurs trousses et tenter de devancer l'Hiver.
Parce que Natsuki n'avait réellement pas pu tuer la demi-elfe.
Parce que Shizuru était restée tétanisée, ne comprenant pas le trouble de cette femme au dessus d'elle.
Il n'y avait eu aucune larmes de versées.
C'était seulement dans ses cauchemars que ses sanglots éclataient et à vrai dire, Natsuki pensait bien être incapable de pleurer de nouveau un jour.
Aucunes larmes, juste le constat froid qu'elle ne pouvait pas accomplir sa promesse, qu'elle en était incapable. Le constat qu'elle l'avait toujours su, mais qu'elle s'était efforcée, durant cinq Automnes, de tenir cette pensée dérangeante le plus loin de son esprit.
Parce que Natsuki ne voulais pas être une tueuse. Parce qu'elle voulait désespérément vivre et qu'il ne lui restait que Shizuru. Shizuru et leur étrange relation faite d'amour et de haine. Mais bien plus tenace que n'importe quel pacte de sang.
Natsuki avait alors pris sa décision.
Elle avait empoigné Shizuru la forçant à se relever, s'était réarmée alors que la blonde semblait défaillir à la vue de ses épées. Et puis lancer Duran au galop pour franchir les portes d'Amon Romen et se ruer dans les landes poussiéreuses de Tilverton. Une chevauchée à l'aveuglette, étrangement semblable à son départ du sanctuaire. Où aller ? Que faire ? Natsuki préférait ne pas y songer. Pas encore. Seulement fuir et quitter à jamais cette ville maudite.
Quand Shizuru avait repris ses esprits, elle lui avait conseillé de mettre le cap au Nord. Leur seul salut : franchir le col des Cornes des Tempêtes avant les premiers froids en espérant que la neige bloque leurs poursuivants.
Cela avait peut-être fonctionné car Natsuki n'avait croisé qu'une seule fois la route d'un détachement de sélunites...et encore aujourd'hui, elle se refusait de penser à ce qui s'était passé à ce moment là.
Non, elle n'était pas une tueuse. Mais elle n'avait pas eu le choix. Ils ne lui avaient pas laissé le choix.
La demi-elfe avait préféré prolonger leur chevauchée, mettant le maximum de distance entre elles et le Cormyr. Et Natsuki se doutait très bien que si elle n'avait pas fait partie du périple, Shizuru n'aurait guère mis de temps à atteindre les Marches d' Argents.
A cette pensée, la rôdeuse s'était souvent demandée si son amie ne regrettait pas d'avoir suivi sa route. Car contrairement à elle et Duran, la blonde n'avait guère besoin de repos et de nourriture et, sitôt remise des blessures infligées par Alyssa, elle aurait été capable de marcher jours et nuits pour atteindre son but.
Cette endurance, son acclimations au froid et sa maitrise de la magie…autant de caractéristiques que Natsuki avait déjà pu observer chez la jeune femme, mais plus elles s'étaient approchées des contrées nordiques, des terres natales de Shizuru, plus ces particularités s'étaient exacerbées.
Shizuru devenait de plus en plus elfique.
Et de moins en moins humaine.
Que resterait-il au final de son amie ? Est-ce cette autre qui dominerait son esprit ? Une inconnue qui n'hésiterait peut-être pas, une nuit, à laisser le fardeau qu'était Natsuki, pour disparaitre dans les blizzards iridescents de givres…
Mais ses craintes s'étaient vite dissipées, lorsqu'un soir, blottie contre la demi-elfe, elle avait sentit les lèvres de celle-ci frôler les sienne. Un baiser chaste et timide. Le premier depuis celui qu'elles s'étaient échangées dans les geôles des sélunites.
Il n'y avait eut aucun mot, aucune explication. Après tout, à quoi bon ? Elles savaient toutes deux à quoi s'en tenir. Il y aurait toujours des doutes et des non-dits, peut-être même de la rancœur.
Une haine larvée au plus profond de son être.
Mais à cet instant, alors que Shizuru continuait de l'embrasser avec désespoir, alors que ses bras s'étaient noués à sa taille dans une étreinte moins innocente, Natsuki avait réalisé que, malgré toutes les difficultés à venir, Shizuru était devenue sa seule raison de vivre.
Sans toi, ma vie n'aurait plus de sens … Les mots de la demi-elfe lui étaient revenus en tête et peut-être était-ce la première fois qu'elle les avait réellement compris.
Etrange et ironique, songeait parfois la rôdeuse que la personne qui lui avait tout pris était désormais celle qui donnait un but à sa vie. Et la brune ne pouvait s'empêcher de se demander si la demi-elfe ne lui avait pas jeté un sort. Ou, si tout simplement, elle n'était pas au final aussi démente que Shizuru.
.
Perdue dans ses réflexion, Natsuki sentit à peine la demi-elfe bouger dans ses bras, se retourner pour lui faire face.
Les lèvres qui se posèrent avec douceur sur les siennes la sortirent de sa torpeur. Ce baiser et cet accent languissant :
« L'aube est à peine lever : tu devrais être dans ton lit à te reposer et non ici.
- J'ai encore fait ce cauchemar. »
Shizuru se contenta d'acquiescer, vaguement soucieuse. Natsuki n'avait jamais vraiment osé lui raconter les détails de ce rêve. Qu'est-ce qu'il pouvait y avoir de plus horrible que de dire à la personne aimée que chaque nuit elle se voyait la tuer ? De toute façon, Shizuru ne lui avait jamais demandé d'explication. Peut-être par pudeur. Peut-être parce qu'elle savait parfaitement ce qui la tourmentait.
La bouche de la demi-elfe s'entrouvrit un instant, nimbant son visage de buée. Elle sembla chercher ses mots, puis se ravisa. Changea de sujet :
« Tu as une course à faire aujourd'hui ? »
Natsuki approuva. De temps à autres, pour les pêcheurs, elle se rendait dans les villages des alentours avec lesquels ils faisaient du troc. Des repaires de trappeurs et la seule vue des bêtes prêtes à être équarrir suffisait à chaque fois à lui retourner l'estomac. Bien sûr elle aurait put refuser ces tâches. Le travail de Shizuru en tant que guérisseuse rapportait assez pour leur assurer un certain confort. Mais il était hors de question pour Natsuki de dépendre de sa compagne, hors de question qu'elle lui laisse endosser seule le labeur de leur survie. Shizuru en avait déjà assez endurée dans sa vie.
Le demi-elfe n'avait eu aucun mal, contrairement à elle, à s'intégrer dans cette communauté et à rapidement trouver sa place. Quand Natsuki le lui avait fait la remarque, admirative, Shizuru avait ri. Elle lui avait alors expliqué que sa vie était ainsi depuis son douzième Eté. Voyageant sans cesse, elle avait appris à être débrouillarde, à gagner son pain quotidien que cela soit grâce à sa science des plantes ou à sa musique. Et surtout à toujours rester vigilente.
« Tu feras attention à toi sur la route, promis ?
- Ne t'inquiètes pas, » Natsuki assura tout bas alors que sa main se posait sur la poitrine de son amie. Au même endroit où, dans ses cauchemars, sa lame venait se planter. Ses doigts glissèrent sur le chemisier, retraçant la longue blessure qu'elle savait dissimulée par le tissu. L'héritage de sa mère, en quelque sorte.
« Mais toi, reste un peu avec moi, la nuit.
- Natsuki… » C'était presque une réprimande et la brune se sentit rougir. Bien sûr qu'elle se doutait que la demi-elfe préférerait passer les nuits au chaud avec elle au lieu de parcourir les terres enneigées. Mais la blonde tenait à s'assurer que personne n'avait retrouvé leurs traces. Et prévenir leur fuite le cas échéant.
Seulement, ce qui au départ était l'affaire de quelques expéditions nocturnes était devenu peu à peu des sorties quotidiennes. Depuis les premières fontes de neige en faite. Et Natsuki comprenait avec un certain effroi que le Printemps était là.
Le Printemps…
Les routes de montagnes allaient de nouveau être praticables, les steppes dégèleraient et il n'y aurait plus aucunes défenses entre elles et les sélunites.
Le Printemps… jamais cette saison n'avait paru si cruelle à la rôdeuse.
« Ils nous retrouveront, n'est-ce pas ? » Natsuki chuchota, le regard plongé dans les yeux pourpres de sa compagne. Des yeux que le soleil levant rendait incandescents, ardents comme du feu liquide. Des yeux où se terraient parfois, comme un animal fourbe, les fantômes de sa démence. Mais un animal que Natsuki avait peu à peu réussi à apprivoiser, à défaut de le dompter.
« Oui. Un jour ils nous retrouveront. »
Sa main caressa délicatement la joue de la brune, s'attardant sur ses lèvres tandis qu'un sourire confiant se dessinait sur les siennes. Un sourire qui lui était propre, d'une innocence presque enfantine. C'en était troublant, quand Natsuki songeait au démon qui sommeillait en elle, prêt à surgir au moindre danger.
« Un jour, surement. Mais pas aujourd'hui.»
.
"Qui vit de combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie" Friedrich Nietzsche
.
.
.
Voila, voila cette fiction se termine. Merci en tout cas à ceux et celles qui ont suivi cette fiction, à ceux qui ont pris le temps de laisser une review. Pour l'instant je me mets en pause sur ffnet. Quelques temps du moins, le temps de travailler sur des projets perso. Mais je reviendrai certainement…y a une histoire de piraterie du XVIIIème siècle qui me trotte en tête depuis un moment ^^.
Bref, à la prochaine !
