Note : On en arrive au dernier chapitre que j'ai en stock. A partir de maintenant, tout va dépendre de ma motivation ... qui dépends beaucoup de l'enthousiasme de vos reviews j'avoue ^^' On verra bien ! En attendant, je vous souhaite une bonne lecture :)
Chapitre 9 : Alpha
Quand Evan était petit, il avait perdu sa maman. Elle était morte à quelques centaines de mètres à peine de l'endroit où il était caché. Pas assez loin pour qu'il n'entende pas son cri d'agonie. Elle était la femelle de l'alpha. Son père que tout le monde appelait sobrement "Rosier" était mort lui aussi. C'était ce qu'il se passait quand deux meutes se croisaient. La plus grande ou au moins la plus forte mangeait l'autre. Evan était le seul gosse de la meute, le fils du couple alpha. Il n'était pas bien vieux, pas assez pour prendre le contrôle d'un groupe, c'est peut-être pour ça que le grand alpha noir dont le poil était encore tâché du sang de ses parents ne l'avait pas tué. Ou peut-être parce qu'Evan était malin. Il n'avait pas hésité à se soumettre. Il n'avait pas hésité à prêter allégeance, parce que c'était ça, la vie des loups. L'important c'était de vivre dignement dans leur coutume et d'appartenir à une meute puissante pour être en sécurité. Deux choses que la meute de Voldemort lui avait permis durant un certain temps.
A présent, il était -non officiellement pour le moment- à la tête d'une petite meute de quatre personnes, en se comptant et en comptant l'oméga, ce qui était risible. Le garçon avait peut-être un instinct de survie, il ne savait pas pour autant se battre. En matière de puissance, Evan pouvait donc compter trois loups et pas forcément les plus costauds qu'il aurait pu trouver. Barty était plutôt fluet, presque élastique. Augustus semblait plus épais, mais il ne l'était pas tant que ça. Leur puissance d'attaque était donc relativement réduite. Cela signifiait qu'il fallait éviter les autres meutes, les attaquer par surprise ou se préparer à avoir un véritable problème.
C'est pour ça que lorsqu'ils croisèrent la trace d'une autre meute, il préféra bifurquer largement, quittant le confort tout relatif des abords de la rivière et des plaines gelés autour pour préférer s'enfoncer vers la forêt la plus proche. Manier les traîneaux là-bas ne serait pas des plus évidents. Ils allaient y perdre du temps, mais peut-être que ça leur permettrait de sauver leurs vies. Evan fixa de nouvelles règles concernant les feux de manière à limiter au maximum leurs traces. Ce n'était pas évident. Ils avaient froids et faims. Barty continuait à leur rapporter des proies mais Draco et Augustus étaient de véritables poids. Evan chassait plutôt bien à l'occasion. Forcément, les tensions apparurent.
L'air de rien, Evan avait pris tranquillement le contrôle du groupe et il décida de faire de cette période d'incertitude et de famine le moment où il asseyait son contrôle. C'était maintenant ou jamais, avant qu'Augustus ne fasse l'erreur de remettre ses choix en question un peu trop fort, un peu trop clairement. S'il devait sévir, le groupe risquait d'exploser.
Alors, Evan donna de plus en plus d'ordre, de plus en plus clairement, de moins en moins délicatement. Il fit comme si l'obéissance allait de soi, tout en s'assurant toujours que tout était "simple" à suivre. Il ne voulait pas provoquer la désobéissance. Elle arriverait toute seule bien assez tôt.
Elle vint sous la forme d'un feu, trois jours après qu'ils soient rentrés dans la forêt. Ils avaient tous faim. Barty était de plus en plus volatile. Il disparaissait par moment pour choper un rongeur, peut-être plus, il ne ramenait rien néanmoins. Augustus était fatigué. C'était souvent lui qui traînait le gosse. Evan avait dit que Barty devait être allégé pour avoir l'énergie de chasser. Mais Evan, lui, il ne tirait rien, pensait amèrement l'homme sans se rendre compte qu'Evan courait souvent à l'avant, vérifier les pistes, les traces et ouvrait la voie.
Ce soir-là, la faim avait été rejointe par le froid et l'épuisement l'empêchait d'essayer de se réchauffer dans l'oméga. Il avait envie d'un grand feu. Crépitant et chaud. Il en rêvait alors certes, Evan avait dit "non", mais qui était Evan pour décider qu'il devait avoir froid après tout ? En quoi méritait-il son respect ? Lui, il était l'un des loups du grand alpha noir, et son alpha lui laissait toujours faire un feu lorsqu'ils s'arrêtaient. Jamais on ne lui avait imposé ce genre d'idiotie.
Alors il réunit les branches les plus sèches qu'il put trouver pour faire son feu. Il ordonna à Draco d'aller en chercher d'autres. Le garçon sortit de ses couvertures, en tirant le pull vers ses genoux tout en grelottant. Il alla courageusement dans la neige, mais il hésitait fortement à obéir. Lui, il avait bien compris. La meute n'était plus là. Celui qui dirigeait, c'était Rosier. C'était lui qui choisissait les chemins, les lieux où ils dormaient et comment ils organisaient leurs journées. C'est lui qui lui avait donné sa nouvelle place d'oméga au sein de cette nouvelle meute. Draco n'était pas vraiment ravi de tous ces changements -mais qui était-il pour les juger ?-, néanmoins il les avait compris. Evan avait dit "pas de feu", s'il le prenait à ramasser du bois, il le punirait sans doute, mais s'il restait près d'Augustus sans obéir, c'était Augustus qui le punirait.
Draco hésita un moment. Il était glacé et restait immobile n'était pas une solution. Il s'avança dans la forêt à la recherche de quelque chose, quoique ce soit d'intéressant. Au bout de quelques pas, il préféra muter plutôt qu'affronter le froid. Quand il revient, le feu crépitait et Evan surgissait des bois, fou de rage. Il éteint rapidement le feu, sourd aux protestations d'Augustus et changea tout en se déshabillant. Le loup qui se retourna dévoilait la totalité de ses crocs. L'attaque fut brève mais très claire pour Augustus. Ils n'étaient plus égaux. Il devait obéir à Evan parce qu'Evan était son alpha. Il avait appuyé son autorité sur lui.
Evan se retourna vers le petit loup blanc et ses branches pleins la gueule. Il grogna un instant avant de comprendre de quoi il s'agissait. Ce n'était pas du bois pour le feu mais des branches pleines d'une sève comestible. Ils pourraient s'en nourrir. Ce n'était pas idéal. Ce n'était pas ça qui leur remplirait le ventre, mais ce serait toujours bienvenu. Alors il indiqua au garçon de retourner dans ses couvertures, directement dans le traineau, pendant qu'ils préparaient le camp. Ce soir-là, ils se séparèrent quelques rongeurs et les branches de Draco. Ce n'était vraiment pas lourd, mais ils tiendraient. Ils survivraient jusqu'au printemps et là, les choses allaient changer. Les forêts grouilleraient de vies. Ils pourraient manger les insectes sous les pierres, autant que les premières portées naissantes. Ils trouveraient les premiers champignons, les baies et bien d'autres richesses. Ils pourraient se faire des provisions. Ce n'était qu'un mauvais moment à passer. C'est ce que leur dit Evan autour du feu éteint. Il les rassura, parce que personne n'aimait être dirigé par un tyran, alors il leur offrit l'espoir et juste après, il leur expliqua en long, en large et en travers les dangers que représenter les autres meutes pour eux. Il leur expliqua qu'ils seraient dépouillés et laissés pour mort. Il leur dit que tout le monde avait faim en ce moment et personne n'aurait envie de les garder. Il n'y avait que lui, Evan, qui acceptait de prendre soin d'eux. Il se posa en sauveur jusqu'à voir l'admiration d'Augustus qui n'attendait finalement que ça : avoir un nouveau maître.
Du fond des couvertures, sous forme lupine, Draco attendait que la nuit passe. Les grands discours, ça ne le touchait pas vraiment. Avoir le droit de rester au chaud. Avoir le droit de rester à l'abri dans le traîneau. Ça, c'était important. Il savait pourtant que ça ne durerait pas. Il ne pêchait plus la nuit. Il était totalement inutile en dehors de son rôle d'oméga et son corps allait de mieux en mieux, avant la fin de l'hivers, il serait forcé de courir à côté des traineaux et ce serait sous forme lupine assurément. Il n'était plus assez couvert pour pouvoir le faire sous forme humaine.
Il s'endormit finalement en écoutant d'une oreille distraite des histoires sur des meutes surgissant de nul part pour détruire d'autres meutes. Il s'endormit sur les histoires de morts épiques et de meutes survivantes. Rosier assurait qu'ils pouvaient s'en sortir. Ils pouvaient le faire, mais tant qu'une autre meute était dans les parages, il fallait vraiment qu'ils se montrent discrets.
Le lendemain, ils gagnèrent une crête d'où ils purent voir les fumées de la meute dont ils avaient aperçu les traces. Elles étaient loin, de l'autre côté du versant d'une montagne. Rosier choisit de continuer dans une direction opposée et assura que d'ici deux jours si tout allait bien, ils pourraient reprendre un rythme normal. Ce n'était qu'une période de prudence. Ça n'allait pas durer.
S'ils avaient eu une carte pour tracer leur trajet, ils se seraient rendu compte qu'ils étaient en train de partir en direction d'une zone tout à fait nouvelle, loin des secteurs affectionnés par la meute de Voldemort qui partait moins à l'aventure qu'il n'aurait pu y paraître, préférant effectuer d'énormes boucles sur plusieurs années, ratissant des endroits déjà brûlé, trois, quatre, parfois cinq ans plutôt, rarement plus, jamais moins. Voldemort avait ce défaut -ou tout du moins cette particularité- d'aimer ses petites habitudes.
Evan ne serait pas ce genre d'alpha, il le savait déjà. Il préférait avancer en fonction des opportunités et restait discret. Une meute plus grosse serait une sécurité, mais il faudrait toujours respecter un équilibre permettant de s'installer pour chasser un moment. C'était ainsi que ses parents avaient toujours géré et ils n'avaient jamais eu faim. Tout ce que cela imposait, c'était d'être discret et le jour où une meute s'avançait à leur encontre, il faudrait savoir fuir pour sauver leurs vies. Voilà tout.
C'est en appliquant cette philosophie, en avançant doucement, en retrouvant une rivière riche en poisson -un vrai soulagement- et en prenant du temps pour la chasse qu'ils traversèrent l'hivers et en réchappèrent. Le temps avait été long et compliqué. Ils avaient eu froid de nombreuses nuits, malgré le petit oméga qui réchauffait leurs couches et leurs corps. Ils avaient eu faim plus souvent qu'à leurs tours. Cependant, la neige fondait, laissant de grandes flaques humides qui seraient bientôt recouvertes d'une herbe drue et la vie reprenait son cours. Pendant cette fin d'hivers, ils n'avaient pas croisé le moindre village et dans le cas contraire, ils n'auraient sans doute pas tenté le moindre raid. Ils n'étaient pas assez nombreux. Pas assez forts non plus.
Ce fut ainsi qu'ils devinrent une véritable meute aux yeux de Rosier. Une meute de loup chassant pour leurs survies au plus près de la nature. C'était très satisfaisant et tout à fait honorable. Il se sentait de nouveau digne de porter le nom de Rosier, alors qu'il ne s'était jamais aperçu qu'il avait eu l'impression de perdre ça. Les raids étaient des moments tout à fait normaux au sein de la vie d'une meute, ils n'étaient juste pas censés devenir le cœur de ce qu'ils faisaient.
