Avant-Propos : J'ai toujours apprécié le design des créatures de Starcraft, chacunes très bien dans leur genre, même si les Terran avaient selon moi de trop grandes similitudes avec les space marines de Warhammer 40000. J'appréciais notamment les Protoss mais regrettait qu'il n'y ait pas un seul représentant de la gente féminine dans le premier épisode. Aussi quand j'ai vu débarquer la matriarche j'étais content. Mais elle est morte. Ce qui nous ramène à un seul héros féminin qui serait présent dans Starcraft II : Kerrigan. Et pourtant non ! En fouillant sur le site du jeu, j'ai découvert l'illustration d'une certaine Selendis, protoss. Et elle claque ! Allez voir sur le site officiel, c'est l'illustration numéro 52. Alors que Kerrigan a un style clairement cyber-punk, Selendis reste dans un style très "warcraftien", genre fantasy. Manque plus qu'un mettre un personnage féminin consistant chez les Terran et le tour sera joué, je serai comblé. Pourquoi croyez-vous que la majorité de mes persos soient des filles ?

Sinon, retour au présent à au clash mère/fille. Bonne lecture !


ARRANGEMENT (PRESENT)

« Et vous avez pu vous en aller à temps ?

La nouvellement sœur de Will était captivée par le récit de cette dernière. Cela faisait dix minutes que Will parlait sans s'arrêter. Elle avait finalement marqué un temps d'arrêt. Will acquiesça avec un sourire gêné.

– Oui, j'ai… échappé à notre mère. C'était très déstabilisant pour moi. J'étais heureuse de partir. Mais en même temps j'abandonnais celle qui m'avait donné la vie… Enfin redonné la vie.

– J'ai l'impression que nous avons pas mal de points en commun, toi et moi.

– Oui, je crois bien. Mais nous ne sommes pas dans des situations identiques…

Will commençait à avoir des bouts d'idée sur la raison de ce qui était une « expérience ratée » en somme. Il se pouvait bien que sa mère ne soit pas si condamnée que ça à rester zerg. Peut-être… Et elle ne savait comment vérifier. La petite zerg vint la tirer de sa réflexion.

– Bien, il faudrait peut-être y aller, mère doit s'impatienter.

Will serra les poings et acquiesça lentement. Elle vérifia une dernière fois son corps et eut un petit sourire étrange en voyant les plaques qui cachaient son sexe. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas pris une forme totalement bestiale… Elle craignait cette transformation. Elle craignait les instincts qui pourraient remonter avec. Mais en fin de compte, elle ne se sentait pas différente à l'intérieur, ce qui la rassurait grandement.

La petite sœur de Will pencha la tête sur le côté en voyant quelque chose sur le corps de la femme aux cheveux roses. Elle montra du doigt le cristal qui était encastré dans l'épaule de Will. Il était assez petit, cinq centimètres de diamètres, et la peau s'était refermé autour. De plus, ne dépassaient que les faces lisses, il n'y avait pas de pointes. Le joyau ressemblait de fait à un bijou décorant son corps.

– Il s'agit d'un morceau de cristal Khaydarin, expliqua Will. Alors que j'étais en mission afin d'espionner une faction Protoss indépendante, il y a eu un problème… Une explosion… Et ce truc m'est rentré dans l'épaule. Lorsqu'on a essayé de l'enlever, on s'est aperçu qu'il était entré en résonance avec mon esprit.

– A cause des pouvoirs psychiques que nous possédons ? tenta la petite sœur.

– Euh… Oui. Tu sais ça ?

– Maman nous a déjà parlé de ces cristaux. Ils ont un pouvoir psy gigantesque d'après elle.

– Et c'est bien vrai… Je n'ai pas trouvé beaucoup d'applications jusqu'ici, mais je l'ai senti à plusieurs reprises. Allez, descendons.

La jeune sœur acquiesça.

– Au fait tu as un nom ? demanda Will.

– Et toi ? rétorqua sa cadette.

– J'ai fini par retrouver mon nom. Mais toujours pas mon passé complet. Je me nomme Will Visconti. Et donc, toi ?

– Maman m'a baptisé Eva. Mais elle ne nous appelle pratiquement jamais par nos noms. Elle utilise plus souvent un lien télépathique pour montrer qu'elle s'adresse à nous.

– Je vois. Eh bien il faudra qu'elle apprenne à m'appeler moi par mon vrai nom.

Elles descendirent jusqu'à ce que Will savait être la « salle du trône ». En gros, c'était une grande salle circulaire avec un promontoire au fond depuis lequel sa mère dirigeait la nuée, entourées de synapses de la ruche réceptives à ses pensées. Un moyen de contrôler plus efficacement le développement de cette ruche.

Mais Will découvrit deux nouveaux promontoires sur lesquels trônaient deux créatures comme Eva mais au regard beaucoup plus zerg et à l'aspect bien plus adulte. Elles ne ressemblaient pas de visage à Kerrigan, mais avaient la même attitude, ce qui mit Will sur ses gardes. Cependant, alors que les deux acolytes de la Reine des lames toisaient la nouvelle arrivée avec méfiance, la Reine elle-même semblait comblée de joie.

C'était bien la réaction qu'attendait Will. Malgré le fait qu'elle ait fuit, le fait de revoir sa fille dans sa forme zerg remplissait la Reine des Lames d'allégresse. Et Will craignait ce comportement. Car la fierté de la mère envers la fille se répercutait sur la fille qui se sentait coupable de s'être éloignée de la mère. Will serra les poings, enfonçant ses griffes dans ses paumes sans la moindre douleur.

« Me voici, mère…

Le commandant Visconti put saisir des regards agacés de la part des deux acolytes de Kerrigan. Elle pensa à de la jalousie.

– Je suis tout simplement ravie, susurra Kerrigan alors que la porte vivante de la salle se refermait d'un coup. Je n'ai pas très envie de te laisser partir maintenant.

– Et notre arrangement ?

– On verra s'il me donne assez de satisfaction pour te laisser repartir, mon trésor…

Elle tourna soudainement la tête vers sa fille de droite avec un air de reproche. Cette dernière cacha ses yeux sous sa chevelure tentaculaire, apparemment honteuse. La Reine siffla :

– Elle est ta sœur et ton aînée !

– Ca ne me dérange pas du tout qu'elle ne me considère pas de la famille, fit Will en essayant par là même de se convaincre elle-même que c'était le cas.

– Allons, ma fille…

– C'est Will, maman. Will Visconti.

La Reine s'assombrit.

– Alors tu as retrouvé ton nom… Ca devait bien arriver un jour où l'autre… Will.

– Puis-je t'appeler Sarah ?

– Si ça te chante, fit Kerrigan avec mépris. Mais ça ne représente plus rien pour moi.

– Je vois. Et si tu m'expliquais… Comment la famille s'est agrandie comme ça ?

– Puisque l'infestation que j'ai réalisé sur toi n'a pas entièrement réussi alors que je la pensais parfaite, j'ai créé moi-même des êtres capables de contrôler la nuée comme des lieutenants. Ton défaut était ton humanité d'antan. C'est ta conscience qui t'a fait sortir prématurément. Mes nouvelles filles n'ont pas ton défaut.

– Tu voulais des marionnettes ? L'infestation classique suffisait…

– Pas pour garder tous le potentiel psychique et physique… Ce qu'il fallait c'était quelqu'un comme moi ! La réussite de l'Overmind ! La création parfaite d'un zerg à partir d'un pathétique humain !

– Pourquoi ta progéniture a-t-elle des traits plus ou moins humains ? Pourquoi cette forme ? Ta forme. Ma forme, fit Will à contre-cœur.

La Reine ricana.

– Parce que c'est ma progéniture tout simplement. Elle doit me ressembler… Comme toi.

– La petite Eva ne semble en tout cas pas totalement te ressembler, chère mère…

Kerrigan descendit de son piédestal et vint vers Eva en la toisant de haut.

– J'ignore comment elle a pu être contaminée, par quoi… Peut-être juste une erreur d'inattention.

– Une erreur laissant échapper l'humanité encore en toi ?

Une tentacule vint étrangler Will de suite. Ce qui la fit prendre conscience qu'elle n'était encore rien face à sa mère en terme de rapidité et de force.

– Je ne comprend pas que tu oses encore jouer la carte de la provocation face à moi, jeune imbécile, fit Kerrigan avec un ton froid. Tu n'es rien contre moi, je te domine !

Will réussit à dire avec une voix étranglée :

– Pas psychiquement, maman… Et c'est ça qui… Glp… Qui compte.

Will fut aussitôt prise d'un mal de crâne horrible, lui faisant perdre toute notion sensorielle. Lorsque la douleur disparut, elle était par terre sur le dos, la Reine des Lames lui faisant face avec grandeur.

– Tu disais ?

– D'accord… D'accord, admit Will en serrant les poings. Tu as l'ascendant pour le moment.

– Pour le moment ?

– Je grandis, maman… Enfin, arrêtons de parler de ça. Ta progéniture ne m'intéresse pas. Parlons de cet arrangement.

– Tu as raison. J'ai hâte de savoir ce que tu penses être susceptible de te laisser repartir.

– Unissons nos forces, mère.

– Je crois avoir mal entendu.

Will inspira un grand coup et se lança dans son jeu de négociation, voire de séduction, se rapprochant de la reine d'un pas lent et majestueux.

– Je me souviens d'une des raisons pour laquelle tu m'as choisie moi pour ton expérience.

– A savoir ? fit la reine avec méfiance.

– Mengsk. J'étais une victime de Mengsk. Il t'as trahie également.

– Je dois l'admettre.

– Je me demande… Le remercies-tu de t'avoir fait telle que tu es ou lui en veux-tu de t'avoir abandonné sur un champ de bataille comme un pion sacrifié dans une partie d'échec.

– De pion, comme tu dis, je suis passée à reine. Devrais-je me plaindre ?

– Etant donné que tu ne regrettes pas ton humanité, non, bien sûr que non.

– Exactement. Cependant… Je dois t'avouer ne pas pouvoir me débarrasser de cette rancœur envers cet être en qui j'avais confiance et qui m'a trahi sans aucun scrupule. Je veux me venger. Lui faire le plus de mal possible et me débarrasser de lui ensuite. C'est seulement parce que je veux le voir souffrir qu'il est encore en vie.

– L'Empire Terran reprend du poil de la bête, mère, dit Will avec malice.

– Et donc ? fit la Reine non sans montrer un intérêt amusé envers sa fille.

– Je pense qu'il serait judicieux pour toi comme pour moi de lui infliger une nouvelle défaite.

– Alors tu penses réellement à une alliance entre toi… et moi ?

Elle explosa de rire.

– Je n'ai pas besoin d'aide, ma chérie !

Will s'attendait à ce genre de logique.

– J'ai des choses que tu n'as pas et que j'ai…

– A savoir ?

– Des espions… Et des espions fidèles. Pas…

Will ne put se retenir de provoquer de nouveau sa mère.

–… Un Terran infesté qui se barre peu avant la grande bataille et qui se révèle être en fait libre de penser. Tu sais que j'ai rencontré Samir Duran il n'y a pas si longtemps ?

– Où ?! cria Kerigan avec force. Où as-tu trouvé cet enfoiré de traître ?!

– Il ne doit plus y être maintenant. Alors peu importe.

– Que faisait-il ? Que t'as-t-il dit ?!

– Qu'il s'était bien foutu de ta gueule…

– Will, ne joue pas avec moi !!

Le commandant Visconti estimait être une victoire que sa mère l'appelle par son vrai prénom. Cependant, Kerrigan semblait maintenant très énervée, ses ailes dans son dos développées au possible. Car quoi de plus frustrant, pour un être si fier comme la reine des zergs, que de se faire berner de cette façon. Will décida de calmer le jeu. Sa stratégie nécessitait de montrer un maximum de bonne volonté envers sa mère.

– Pardonne-moi, mère. En réalité, je n'ai pas pu apprendre grand chose le concernant lorsque je l'ai croisé. Zeratul était dans le secteur et l'a mis en fuite. Il m'a juste révélé qu'une nouvelle race allait naître, mais ce n'est certainement pas pour tout de suite. Cet homme sert une cause qui est étrangère au trio qui se fait la guerre depuis toutes ces années.

Kerrigan fit une grimace qui paraissait – chose extraordinaire pour Will – représenter la honte.

– J'ai négligé de la surveiller. Ce n'est certainement pas quelque chose de sérieux pour le moment, mais il faudrait garder un œil sur lui. Donc le retrouver. Tu ne sais pas où il est parti ?

– Cet étrange personnage est entouré de scientifiques et d'anciens « spécialistes », il sait très bien brouiller les pistes.

– Il se réclame d'une faction ?

– Non. Je pense que ceux qui le suivent sont des mercenaires. Ou alors des illuminés qui croient à sa nouvelle race…

– Je vois. Ma fille…

Kerrigan prit un air dégoûté.

– Je suis bien obligée d'admettre que tu viens de me fournir de précieuses informations et je t'en remercie. Que comptes-tu faire concernant Mengsk ?

– Espionner, comme je le disais. Infiltrer Augustgrad et voler des informations. Puis anéantir tous ses projets. Je dispose de technologies avancées pour servir « d'agence de renseignement ». Tu frapperas une fois que je t'aurai donné toutes les cartes…

– Une répartition des tâches ? C'est intéressant sur le plan théorique. Mais qui te dis que je ne vais pas tout simplement te retenir ici, t'arracher des renseignements, infester tes camarades et les utiliser pour espionner ?

Will ne put retenir un petit rire sarcastique mu par la fierté.

– Tu n'aurais pas honte de moi si ça pouvait être aussi facile ?

La reine ne sut répondre.

– Mère, tu peux me faire souffrir, mais je ne lâcherai jamais une telle information. Et quand bien même tu saurais où se trouve le QG des Ailes de la Liberté, tu n'attraperais jamais mes meilleurs agents. Contrairement à ce que pense Arcturus, nous ne sommes pas un ramassis de déserteurs pathétiques. Je suis avec les meilleurs des meilleurs.

Elle appuya ses dires d'un regard perçant, faisant briller ses yeux. La reine renifla avec méfiance puis dit doucement :

– Je crois que je te sous-estime. Peut-être devrais-je te tuer ?

– Je ne te sers plus à rien si je suis morte. Alors que telle que tu me vois…

Elle dressa ses ailes.

– Je suis une zerg qui ne demande qu'à travailler de concert avec sa mère. Pour cette bataille. Cette proposition te semble-t-elle stupide ? Je désires m'allier à ma mère… Essayer de reconstruire quelque chose…

– Pour mieux me poignarder ensuite ?

– Je ne devais pas être méfiante moi-même ? Je sais très bien que tu n'es pas digne de confiance envers les humains ou les protoss. Mais je pense que je peux faire confiance à celle qui m'a donné vie. Tu ne peux pas faire confiance à ta création alors que nous allons vers un but commun dans cette opération ?

– Tu parles bien… C'est un don humain, et je dois pourtant admettre en être affectée. Soit. Si tu y tiens… Faisons ainsi.

Les deux créatures derrière elle parurent clairement hostiles à cette alliance. Kerrigan les fixa tour à tour avec courroux.

– Vous doutez de mon jugement ?

Les deux autres se reculèrent avec honte. La reine parut alors seulement remarquer Eva.

– Et toi, qu'en penses-tu ?

– Mère, vous me demandez mon avis… A moi ?

Eva ne semblait pas en revenir.

– Oui…

– Euh, je… Je fais confiance à notre sœur… Elle est venue jusqu'ici, a accepté de redevenir zerg alors qu'elle n'aime pas ça… Je pense qu'elle est sincère et qu'elle mérite qu'on s'allie avec elle.

Kerrigan jaugea sa dernière fille un bon moment puis acquiesça lentement.

– Tout cela n'est pas faux. Bien, Will tu peux repartir, à une condition.

– Laquelle ?

– Donne-moi une garantie quand au fait que tu reviendras…

– Je n'ai rien à donner.

– Tu n'as pas du venir seule…

– Rêve, maman…

– Il faut que je sois sûre que tu reviennes.

– Colle une des tes filles après mes basques. Si elle voit que je ne suis pas le plan, elle te préviendra…

– J'ai besoin de mes filles.

– Même d'Eva ?

– Qu'as-tu en tête ? fit Kerrigan avec méfiance.

– Elle me semble bien sympathique. Mais elle ne te trahira pas, non ? C'est toi qui lui a donné vie, l'a façonnée…

– C'est vrai…

– Tu n'auras qu'à garder le contact télépathique.

– Je vais savoir où tu es…

– Si tu attaques, je la tue et crois-moi nous aurons fui avant que tu arrives. Nous saurons si tu pars en croisade.

Eva regardait le sol avec un air particulièrement troublé. Will venait de parler avec un ton glacial, avec exactement le même ton de sa mère. Elle se demandait si celle qui se disait encore humaine ne se laissait pas prendre par son côté zerg.

Ce n'était pas du tout le cas. Will était heureuse de réaliser qu'elle ne virait pas comme Kerrigan une fois sa forme bestiale retrouvée. Elle avait en réalité un jeu d'acteur assez efficace et arrivait très bien à imiter sa mère. Sa mère qui visiblement en fut assez étonnée.

– Eh bien, eh bien… Je ne m'attendais pas à ça de ta part. Tu peux partir avec ta petite sœur. Eva ?

– Oui, mère ?

– Tu as intérêt à la surveiller de près et à garder un contact permanent.

– Je le ferai ! » fit-elle avec conviction.

Will pencha la tête sur le côté en regardant la petite fille. Elle ne s'attendait pas à ce qu'elle puisse être si déterminée, mais d'un autre côté, elle ne semblait pas jusqu'ici avoir beaucoup compté pour Kerrigan. Il était alors normal de vouloir assurer lorsque l'occasion se présentait de briller aux yeux de sa génitrice. Ce qui mit Will mal à l'aise. Car elle comptait bien éloigner Eva de l'influence de sa mère. Une zerg à moitié humaine… Elle ne pouvait pas manqué l'occasion de ne plus être la seule dans cette situation.


Le personnage d'Eva va évoluer à une vitesse folle en raison de sa croissance, j'ai moi-même du mal à adapter la chose. Pour le passage sur Duran, un chapitre ultérieur viendra donner du détail.