Ohayo mina' !

Bien, ceci est le dernier chapitre avant mon départ en vacances... je ferai ce que je peux pour être disponible et trouver Internet (j'me sens tellement dépendante en disant ça, c'est atroce). Hé oui, mon dur labeur est terminé, une fois le boulot plié... je pars pour me dorer la pilule peinarde. Mais ça sera avec plaisir que je vous retrouverai fin août ! (oui, je pars longtemps et oui, j'en ai besoin, sinon je yoyote de la théière) Je déteste promettre monts et merveilles, mais je pense pouvoir publier au moins un chapitre d'ici là.

De toute façon, celui-là va tellement vous faire sortir les yeux de la tête que vous allez me retrouver et me torturer lentement, alors... autant que je mette les voiles très loin de chez moi...Merci à toutes et à tous de me suivre dans cette aventure, avec notre allumé notoire et notre biscuit national ! :)

Un point, avant que vous ne lisiez la monstruosité sortie de mon esprit... gros clin d'oeil à flllora pour notre conversation ;)
Connaissez-vous Breaking Bad ? oui, non ? je vous résume : c'est l'histoire d'un chimiste de génie, qui se sait condamné par un cancer en stade terminal. Il décide de produire de la méthamphétam*ne et de vendre la drogue pour assurer l'avenir de sa famille... et déraper. Et ce qui était un mec attachant et pitoyable va devenir un véritable monstre au fil du temps, et se faire détester et haïr, en devenant un vrai c*nnard.

Et bien... c'est exactement ce que je suis en train de faire avec Luffy et Ace. Surtout Ace.

Voilà~, j'arrête de vous pourrir, RDV en bas pour les guests ! :)
Et...

Enjoy it !


J-164 avant l'impact

.
POV Luffy :

Il y a foule, au Bar de l'Arnaque, ce soir. Un monde de dingue… des rires, des éclats de voix, de la musique, et une sacrée ambiance. Il n'y a presque que des habitués. Tous connaissent Shakky, et Ace semble faire partie des meubles, puisqu'il officie comme barman, ce soir, juste pour aider la propriétaire un peu surbookée qui lui a demandé de l'aide pendant une petite heure.

De le voir si à l'aise, tellement dans son élément, au milieu de cette foule, de cette proximité avec les autres… j'me sens de trop, c'est dingue. Il m'adresse un grand sourire dès qu'il le peut, mais j'ai la nette impression qu'il a la tête ailleurs ; un petit air concentré, sous sa désinvolture, qu'il n'a que quand on est en plein braquage. Je mettrais ma main à couper qu'il attend quelqu'un.

- Bébé… ? tu veux boire quelque chose ?

- Une bière, s'il te plaît.

- Brune, blonde ?

- Brune, souris-je en regardant ses cheveux sombres retenus par son élastique.

Ça lui va plutôt bien, ça change de ses boucles qui lui tombent devant les yeux.
Il sourit à son tour et fouille dans les réfrigérateurs du bas pour sortir une bouteille, la décapsuler et la poser devant moi ; je le remercie d'un sourire immense, comme il les préfère, et la prends dans mes mains. Une des siennes se referme sur mes doigts et je relève les yeux, un peu surpris – il se penche par-dessus le comptoir et prend mon menton dans sa main pour m'attirer à lui et m'embrasser langoureusement. Mmn... mes mains se crispent sur ma bière et je le sens sourire contre mes lèvres, dont il trace le contour d'un délicat coup de langue.
Il m'allume avec autant de monde à proximité...? sérieusement ?

- J'viens d'en entendre une bonne. Quelle est la différence entre un hétéro et un gay ? murmure-t-il contre mes lèvres.

- ... euh... j'en sais rien... ?

- Six bières, plus ou moins.

Je pouffe de rire et il me caresse la joue.

- ... c'est sûrement valable dans les deux sens. Alors mollo, sur l'alcool, j'ai pas envie de te retrouver à l'intérieur d'une nana, me prévient-il.

- T'en fais pas, le rassuré-je.

Hors de question de finir entre les jambes d'une fille. Eeerr... j'en frissonne rien que d'y penser.
Ace me sourit et s'éloigne à l'autre bout du comptoir pour servir d'autres clients. L'étage est plein à craquer et je me demande où est-ce qu'il a l'intention de faire ses magouilles, si magouilles il y a. Ace ne semble pas être préoccupé par ce détail – son regard seul trahit ce qu'il pense.
Il cherche une silhouette et il a vraiment l'air de savoir qui va venir ou non.

Shakky lui tourne autour et j'ai envie de bouffer ma bouteille de bière. Et Ace n'a vraiment pas l'air contre les attentions qu'elle lui porte. Elle n'en fait pas exprès, j'en suis sûr, elle agit comme elle l'a toujours fait – naturellement. Mais Ace...

Foutu connard bisexuel.

La musique semble aller crescendo ; celui qui a choisi les sons est plutôt bon. J'essaye de me concentrer uniquement là-dessus, quand un morceau plus que sensuel résonne dans l'endroit bondé.
Je repense à la dernière fois que je me suis envoyé en l'air avec Ace, sur le rythme d'une musique plutôt rythmée qui résonnait dans le container. Je revois ses yeux embrumés de plaisir – il adore me regarder me déhancher sur lui – et son sourire enjôleur. J'ai chaud. Un peu trop.

Je termine ma bière et je tourne les talons en me frayant un passage dans la foule. J'ai juste besoin d'un peu d'air. La porte se referme derrière moi dans un claquement sec et j'inspire l'air frais de la nuit de printemps. Je suis courbaturé et je me demande encore pourquoi ; ah, oui… mon stress de l'après-midi. La longue sieste en fin de journée n'a rien arrangé, mais au moins… j'ai l'esprit un peu plus calme.

On a passé le reste de la soirée à faire le point sur ce que j'avais vu dans la banque. Enfin, vu… pas vu, surtout. Ace m'a montré tout ce qu'il avait repéré en une heure de temps et j'en avais le vertige. Quand je lui ai dit que je me sentais inutile, il s'est contenté de me dire que ça s'apprenait et qu'il me montrerait quoi repérer dans quelque chose de plus petit, sûrement dans les deux semaines à venir.

La musique résonne toujours. Et j'ai froid, maintenant. Peut-être qu'Ace saura me réchauffer sur une danse... je me détourne et je retrouve la chaleur du bar, les rires et les éclats de voix.
Je me demande où est passé Ace… il est grand et moi, j'ai l'air d'un nain au milieu des mecs qui se pressent au comptoir. Des types dont le tour de cuisse égale mon tour de hanches.

Glauque.
Le Bar de l'Arnaque porte vraiment bien son nom, avec tous les types louches qui vont et viennent ici.

Je repère des cheveux châtain au milieu du reste et je me dirige vers eux – Ace, à n'en pas douter. Une silhouette s'écarte et je me fige. Mes ongles s'enfoncent dans mes paumes à me faire hurler, mais mes dents serrées ne laissent rien échapper.
Le... fils de pute.
Enfoiré.

"Alors mollo, sur l'alcool, j'ai pas envie de te retrouver à l'intérieur d'une nana."
... putain d'hypocrite.

C'est bien Ace, aucun doute, effectivement. Son visage, ses taches de rousseur, son long corps musclé sous sa chemise cintrée.
Un corps censé respecter ce que ma mère appelle « une limite physique acceptable » avec les autres personnes de ce bar ; Ace semble s'en taper totalement.

Shakky ondule doucement dos à lui au rythme de la musique. Ses mains manucurées sur sa nuque, ses fesses contre ses hanches. Ace a le nez dans son cou, sous ses cheveux noirs, et ses grandes mains caressent ses courbes. Ça n'a l'air de déranger personne – apparemment, leurs « relations mutuellement bénéfiques » ne sont pas aussi rares qu'il veut bien me le faire croire.
Ace guide ses ondulations contre lui et la pulpe de ses doigts se perd sur l'arrondi de ses seins, avant de descendre le long de son ventre et de caresser son aine et la naissance de ses jambes, à travers le tissu moulant de sa robe noire ; je jurerais avoir vu une de ses mains s'égarer entre les cuisses de la barmaid.

Ma jalousie me pousse à dire que c'est obscène ; on a presque l'impression qu'ils font l'amour. C'est insupportable à regarder pour moi.

Je fouille dans ma poche et je sors mon téléphone, composant le numéro d'Ace. J'attends, et la tonalité se met en route.
Ace embrasse Shakky sur la joue et sort son portable : il sourit. Le genre de sourire qu'on a quand quelqu'un qu'on apprécie particulièrement vous appelle.

... putain ! J'suis censé l'engueuler, pas lui promettre ma dévotion éternelle… !
Il décroche et porte le cellulaire à son oreille.

- Yep… ?

- J'te dérange pas ?

Il tourne la tête et croise mon regard ; son sourire s'agrandit. Mon expression doit être impayable.

- Nan, nan.

- Si t'as envie d'te taper Shakky, dis-le.

- Ben, j'le dis. J'ai envie d'elle.

J'écarquille les yeux et il pouffe de rire avant de raccrocher et de venir vers moi. Si quelqu'un a pitié de moi, qu'il me donne un truc à lui foutre dans le ventre. Contondant, de préférence. Je regarde autour de moi et mon regard accroche quelque chose sur le comptoir. Bon, ben, faute de mieux…

.
POV Ace :

Qu'est-ce qu'il cherche… ? un truc pour me taper dessus ?

Il y a bien les tabourets, mais je crois que c'est un peu extrême, comme solution. Pas sûr que Luffy l'ait envisagée, d'ailleurs…
Je m'arrête devant lui, prêt à lui servir ma salade habituelle, et quelque chose m'éclabousse le visage ; je soutiens son regard noir et je passe ma langue sur mes lèvres. Mmn…

- Vodka… liqueur de café… crème. Tu viens de me balancer un Russe blanc à la figure ?

- J'aurais pu te foutre directement le verre en pleine gueule.

Enervé, on dirait ; je prends un torchon par-dessus le comptoir et je m'essuie le visage – tant pis pour ma chemise. Luffy n'a vraiment pas l'air commode. C'est une expression que je ne suis pas habitué à lire sur son visage.

- T'es genre super-fâché ?

- J'suis genre "je récupère mon sac et je me barre". Ça te va ?

- Disons que le message est bien passé.

- C'est quoi, alors, le problème ? j'te satisfais déjà plus ? quoi, tu veux qu'on baise encore plus souvent ?! j'suis désolé, on le fait déjà matin et soir, au-delà j'ai peur de plus pouvoir m'asseoir, mais j'peux faire un effort, j'suppose, t'en penses quoi ? mmnh ?!

Il a l'air vraiment furieux, mais je sens une violente amertume dans sa voix. On dirait qu'il est mordu, et je ne sais pas encore si c'est une bonne ou une mauvaise chose. Je me rapproche et je caresse sa joue rouge de fureur. Il repousse ma main, alors j'agrippe son jean et je le tire vers moi – pas de douceur, j'ai compris.

- Bien sûr que si. C'est juste une mauvaise habitude que j'ai prise.

- Par « mauvaise habitude », t'entends : être à deux doigts de baiser la patronne du bar alors que mon mec est juste à côté ?

- Mon mec ? tu te considères comme mon « petit-ami »… ?

Je peux pas m'empêcher de rire, et la déception que je vois passer dans ses yeux à ma réaction me fait soudain terriblement mal. Un coup au cœur, que je n'avais jamais ressenti avant.

- … t'es qu'un con, murmure-t-il.

Une larme, que j'avais pas vue venir, s'échappe et roule sur sa joue. Luffy me repousse et s'éloigne vers l'arrière du bar, où il a laissé sa veste ; il l'agrippe au passage et sort en claquant la porte. Je vois sa silhouette passer devant les vitres et disparaître.

Si on pouvait m'expliquer ce qui vient de se passer, j'suis preneur. Je jette un regard à Shakky qui me sourit à travers sa fumée de cigarette et me désigne la porte d'un mouvement de la tête. Quoi ? j'dois y aller ? putain, bonjour l'ambiance au container. 30 mètres carrés prêts à exploser… cette prise de tête, je la sens pas. Je pousse un long soupir en récupérant mon cuir et je l'enfile tout en plantant un baiser sur les lèvres de ma barmaid préférée – j'vais quand même pas me priver de ça – et je sors sous le ciel d'un noir d'encre. Fait chier, mon contact doit arriver d'une minute à l'autre, j'ai vraiment pas l'temps de jouer à cache-cache avec Luffy…

Il est nulle part. Sérieusement. Je me fais le quartier au pas de course pendant près d'une heure et je ne le trouve pas… il s'est foutu dans une poubelle ou quoi ?! Je laisse tomber en voyant l'heure de dingue sur mon téléphone ; j'ai autre chose à faire que gérer sa crise existentielle de la soirée.

Quand je retourne au bar, Shakky m'a réservé l'étage ; la trappe est entrouverte et je comprends que mon fournisseur est déjà là. Super. J'suis à la bourre et je sais qu'il a horreur de ça. Je grimpe l'escalier en colimaçon et je claque le battant derrière moi en poussant le verrou du pied – hors de question qu'on soit dérangés.

- Désolé, un truc urgent.

- J'ai cru comprendre. La bière est sur ta note, raille sa voix, dans la pénombre.

- T'as bien fait.

Je m'avance et il me sourit derrière le goulot de sa bouteille. Nom de Dieu, j'avais oublié à quel point il pouvait foutre les chocottes… dans le genre malsain, il se défend.

- Avant que je commence mon laïus…

Il tend la main et son sourire s'agrandit. Flippant.

- Arrête de sourire comme ça, Trafalgar, j'te jure que ça met hyper mal à l'aise.

- Oh… je n'ai pas le souvenir que tu sois le genre de type facilement impressionnable…

- Et si tu la fermais ?

Je fouille dans ma veste pour trouver l'argent qu'il m'a demandé et son regard ne lâche pas le mien. Des yeux gris, glacials, qui n'augurent jamais rien de bon. Et pourtant… nan, vaut mieux pas y penser. Ce mec est un grand malade, même au lit. Surtout au lit.

Et pourtant, j'me suis débattu, mais quand Law a une idée en tête, personne peut le faire changer d'avis. C'était l'année dernière, après avoir eu la brillante idée de le chauffer à mort. Visiblement, il m'a pris au mot, ce soir-là. Il voulait mon cul, et il l'a eu. Humpf. Rien que d'y penser, mes fesses hurlent au meurtre. J'suis resté au plumard pendant deux jours. Deux putains de jours, à gémir et à me traîner pour me mettre des pains de glace sur le derche.

Ça m'apprendra à jouer les durs, tiens.

Il prend les liasses et les jauge d'un coup d'œil – plus par réflexe que par réelle méfiance, il a l'habitude travailler avec moi. Ses doigts poussent une pochette vers moi et je l'ouvre pour regarder à l'intérieur.

- Tu as toute la doc là-dedans. Ton laser est déjà à ton container depuis un peu plus d'une heure. Il est prêt à être mis en route. Mais je te préviens, y mets pas tes doigts, parce que tu risques de plus pouvoir t'en servir. Et ça serait vraiment dommage.

- … merci d't'inquiéter pour mes doigts. Et merci pour le laser.

- Tu me donnes toujours du challenge, ça brise la monotonie de mes journées… et en parlant de ça…

- Désolé, j'suis déjà pris.

- C'est quoi ce mensonge éhonté… ? sourit Trafalgar en portant sa bière à ses lèvres.

Personne ne veut y croire. C'est presque vexant. Quoi, j'ai tellement la tête du type qui pense qu'à queuter ? pas que ça soit dérangeant, mais...
... ouais, si, ça m'dérange en fait.

- J'te jure.

- Mec, nana ?

- Mec, pour changer.

- … tu l'as menacé de tuer sa famille ?

- Très drôle. T'es pas casé, toi, peut-être ? ta folle hystérique… l'écolo hippie, avec sa poudre verte…

- Ah, Vivi… ? c'est ma régulière. Mélange pas tout. Tu me surprends, Ace…

- On devrait tous être légèrement improbables.

- Si tu te mets à citer Oscar Wilde, alors c'est que t'as définitivement viré de bord. J'pensais que tu allais finir par faire de Shakky une honnête femme, se moque-t-il en s'installant un peu plus confortablement sur sa chaise.

Shakky, une honnête femme ? même mariée, bardée de mômes et croulant sous les tâches ménagères, Shakky serait tout sauf honnête… et je perdrais gros, c'est sûr.

Je ne sais pas pourquoi j'me mets à penser à Luffy ; le perdre lui, ou perdre Shakky… pourquoi est-ce que je pense à ces conneries ?! mon père avait un vieil adage, qu'il a fini par suivre en quittant définitivement la maison – pour nous protéger – juste avant de se faire pincer.

Je l'applique tous les jours.
Mais j'crois qu'aujourd'hui, avec Luffy, c'était la fois de trop.

Law se rend compte que je suis parti vraiment très loin dans mes pensées, et c'est un bon coup de pied dans le genou qui me ramène à notre conversation.
Enfoiré, ça fait mal, ça… !

- … d'ailleurs, il est où, ton nouveau jouet ?

- Ben, c'est là que ça coince, marmonné-je en étendant mes jambes. J'l'ai un peu fait chier, ce soir.

Trafalgar hausse un sourcil et un coin de sa bouche se plisse – il a envie de rire mais sa réserve l'empêche de sortir le balai qu'il a dans le cul.
J'sens que j'vais en prendre pour mon grade, j'sais pas pourquoi…

- … soit. Genre… t'as essayé d'te taper Shakky ?

Il sourit mais change vite d'expression quand il se rend compte qu'il a plutôt tapé juste. C'est dingue… j'me sens minable.
J'crois qu'on a mis un truc chelou dans mon verre ; je ne regrette jamais rien, et là, ce soir, je donnerais tout pour ne pas avoir tripoté Shakky, même si j'en avais carrément envie. Law pianote du bout des doigts sur sa bière, pensif ; ses yeux me dérangent, même s'ils sont les plus beaux que j'ai pu voir. Gris limpide.
Je me remets à penser à Luffy, et j'ai le souvenir amer de ses yeux chocolat qui me fixent avec hargne... et de la larme sur sa joue. Bon, OK, j'ai compris le message de mon cerveau

Je me lève et Law soupire. J'sens qu'il va me sortir un truc qui va me mettre mal à l'aise.

- Fais attention avec ça.

- Ça quoi ? le laser ?

- Joue pas l'abruti, ça ne te va absolument pas, Portgas. Tu sais très bien de quoi je parle.

- Ah ouais ? ben j'dois être un con, j'pige pas bien.

Et après la leçon de moralité sur ma vie dissolue, voilà le sermon sur le respect des engagements ou je sais pas quelle autre connerie inventée par le genre humain, quand on est pas foutu de s'astreindre soi-même des limites.

- Tu ne peux pas avoir un truc aussi stable qu'une relation amoureuse et continuer à faire tes conneries.

- J'suis pas amoureux. On baise, point barre.

Law se contente de hausser les épaules et j'ai envie de lui balancer un truc, comme Luffy. Cerveau de merde. Faut que j'arrête de penser à lui, au moins jusqu'à la fin de la conversation.

Law remet sa veste et je récupère nos bouteilles vides pour les ramener à Shakky, pendant qu'il me suit dans les escaliers. Je dépose les cadavres sur le comptoir et je sors dans la nuit, où la pluie tombe à nouveau. Je suis en voiture – celle que j'ai tirée pour venir ici – mais Luffy est à pieds. Et introuvable.
Et j'ai déjà gardé la caisse trop longtemps, il va falloir que je m'en débarrasse avant que les flics ne tombent dessus avec son signalement. Quelle soirée de merde...

Law rabat sa capuche sur sa tête pour se protéger et me lance un regard indéchiffrable ; à quoi est-ce qu'il pense, là… ?

- Retrouve-le. J'sais pas qui c'est, mais s'il t'a mis la main dessus… il doit être sympa, comme mec.

- Je le partage pas.

Law sourit et secoue la tête, mais ses yeux gris me transpercent toujours. Ce type est tellement tordu… c'est lui qui m'a dit qu'on « commençait à s'amuser à partir de six ». Mmmn… mouais.

- Ben raison de plus. Grouille, il commence vraiment à faire un temps de chien.

- Ouais, ouais.

Il s'éloigne après un hochement de tête, et je le vois disparaître à l'angle d'une ruelle. Bon, il est temps que j'me mette en quête de mon extension. Où est-ce qu'il a pu se fourrer… ?
Je tourne dans le quartier encore une fois. Et en voiture, histoire d'aller plus vite. Il est introuvable, toujours. Ça me bouffe de l'imaginer seul sous la pluie à ruminer ses pensées. J'essaye de l'appeler mais son portable est coupé. Cette puérilité… oh et puis merde, j'connais ni son nom ni son âge ! il est p't'être plus vieux que moi, qui sait… ? Faudrait sûrement que je me remue à propos de ça, d'ailleurs. En savoir plus sur lui.
Si dans trente minutes je l'ai pas retrouvé, je retourne au container. S'il fait une crise existentielle, je peux rien pour lui. « I know you want me » de Pitbull résonne dans la voiture. Mon portable… la sonnerie de Luffy. Je décroche aussitôt.

- Lu' ? t'es où ? ça fait des heures que j'te…

- C'est pas Luffy. C'est Zoro.

... oh.
J'ai jamais eu l'honneur de connaître le meilleur ami de Luffy. Je sais juste qu'il va le voir de temps en temps. Il a un timbre de voix qui en impose, mais il m'impressionne pas. Le seul à avoir éventuellement un ascendant sur moi, c'est Law. Ce Zoro, j'en fais qu'une bouchée.

- Luffy va bien ?

- Devine. Il rentre pas, ce soir, il reste chez moi.

- Hn-hnn. Mauvaise réponse. Je viens le chercher.

- Essaye toujours.

Il raccroche et je laisse tomber mon téléphone sur le siège avant. Je sais pas où habite ce type et le seul capable de me répondre doit pioncer, comme d'habitude – Marco est plutôt bon pour me dégoter des adresses, mais avec son éternel air d'endormi, c'est à se demander sur quel plan de l'existence il vit, ce type.
Je tente quand même et je reprends mon téléphone pour composer son numéro – s'il est réveillé, il me répondra. S'il est au pieu avec une meuf, il répondra aussi. S'il se pieute… là, j'peux pas lutter, et je devrai attendre que Luffy se décide à réapparaître.

Une minute de sonnerie. Rien. Le vide total de l'autre côté du téléphone.

Je grogne et je pose mon front contre le volant en essayant de réfléchir – ça me pose jamais de problème, mais quand je le fais, c'est toujours en pensant à mes braquages. Là, penser à Luffy, ça me donne mal aux ch'veux.
Au moins, il n'est pas paumé quelque part ; chez Zoro, il ne craint rien. C'est déjà ça. Programme de la soirée : je rentre, je me couche et demain, il f'ra jour.

Ouais, sauf que si je fais ça, je risque de m'envoyer la tête dans les casiers. J'ai besoin de me défouler.

Je redémarre et je retourne au bar, fermé au son de cloche des trois heures du matin bien tassées. Au moins, je serai tranquille. Je me gare et je sors sous la pluie, et je me dépêche de me mettre à l'abri en passant par l'arrière du bar.
Shakky est derrière son comptoir et range les verres qu'elle vient de laver ; elle fredonne sur la musique qu'elle a laissée, un peu moins forte, et ses yeux bruns balayent la salle du regard. Elle est pas vraiment maniaque, mais elle aime bien l'ordre.

Elle m'entend et relève la tête pour m'offrir un léger sourire.

- Tu l'as retrouvé ?

- Il est chez un pote à lui, il va bien.

Je me sers un verre de bourbon et Shakky termine son rangement en fredonnant toujours, avant de faire le tour du comptoir pour aller essuyer les tables. Je ferme les yeux en savourant le parfum de l'alcool qui descend dans ma gorge.

J'ai besoin de penser à autre chose, ou je vais exploser. Sérieux.

Je ne sais même pas ce que je fais, quand je termine mon verre avant de traverser la salle. C'est purement mécanique. Je prends Shakky par la main et son regard est plein de douceur et de compassion. J'ai horreur de ça.

- Quoi ?

- Tu es sûr de ce que tu fais… ?

- J'ai envie de toi.

Shakky soupire et je me sens comme un gamin – c'est ce que je suis, avec elle. Shakky a trente-sept ans – j'ai trouvé son permis de conduire – et j'en ai treize de moins. C'est moi, le gosse, dans l'histoire. Mais elle n'essaye pas de me faire la morale ; c'est à moi de me gérer, elle le sait et elle me laisse faire mes propres expériences.

Je l'attire à moi pour un baiser et elle s'accroche à ma nuque pour m'embrasser. Je la plaque contre la table la plus proche et repousse sa robe sur ses hanches, hâtif, tout en débouclant ma ceinture, pendant que nos mains explorent le corps de l'autre. Mes hanches frappent les siennes et un soupir de plaisir lui échappe. Une voix féminine, à des milliers de kilomètres de celle de Luffy. Mes doigts s'enfoncent dans ses cuisses et sa prise se ressert sur ma chemise.

J'ai besoin d'oublier Luffy, juste pour ce soir.

Ses jambes se referment autour de moi et je la soulève d'un bras, l'autre enfouie dans ses cheveux pour garder ses lèvres collées aux miennes. Je ne veux pas m'arracher à elle. Pas une seconde. Si j'le fais… je vais changer d'avis.

Mes pas nous emmènent à l'arrière du bar, là où vit Shakky. La porte claque derrière moi et elle me tire jusqu'à son lit ; cette fois, j'la laisse pas prendre les commandes.

Trop besoin d'extérioriser.

Son parfum est subtil, sa peau est douce. Je la goûte du bout de ma langue et ses mains détachent ma chemise, pendant que mes doigts dégrafent son chemisier. Elle sent la liqueur et le tabac blond... mes mains s'activent un peu plus et écartent les pans de son vêtement avant de tirer sur la dentelle qui me sépare de ce que j'convoite. Ma bouche erre sur sa poitrine voluptueuse et mes mains se glissent sous sa jupe, et la débarrassent de son sous-vêtement, alors que mon jean tombe sur mes hanches. Mon boxer suit le mouvement et je me retrouve entre ses jambes.
Son corps est tellement différent de celui de Luffy. Exactement ce dont j'ai besoin pour ne plus penser à son absence. Nos bouches se trouvent et je savoure la douceur de ses cuisses sur ma taille.

Du sexe, juste du sexe. Pour oublier. L'oublier, lui, pour me prouver à moi-même qu'il n'a aucune influence sur ma vie.

Je plaque mes mains de part et d'autre du visage de Shakky, arc-bouté au-dessus d'elle. Elle me contemple sans dire un mot... je n'ai pas envie de me faire sermonner, comme avec Trafalgar, alors autant agir. Ma main libre fouille dans mon jean et j'en sors une capote, que j'ouvre d'un coup de dents avant de reprendre les lèvres de Shakky ; elle se laisse faire, pour une fois. Elle a certainement compris que j'ai besoin de me défouler. Je glisse une main entre nous et, question d'habitude, il me faut que quelques secondes pour enfiler cette saleté – ça me fait encore penser que j'en ai jamais mis avec Luffy. On est totalement timbrés, sérieux. Mais c'est vraiment pas l'moment de penser à ça.

Je presse mon érection contre la chaleur entre ses jambes et je me retrouve à hésiter, juste une seconde – rien qu'une.
Une seconde, où je prends une des pires décisions de ma vie.
Mes lèvres trouvent les siennes et je la pénètre d'un coup de rein, mon basin plaqué entre ses cuisses ; Shakky soupire de plaisir et ma peau frémit à ce son. Mon regard plongé dans le sien, nos corps liés, sa chaleur contre la mienne. C'est un peu sèchement que je me mets à bouger, mais tant pis. Mes reins se creusent et son corps suit souplement le rythme. Ma langue capture la sienne dans un baiser torride, alors que je vais et viens profondément en elle.

Elle est belle, sensuelle, douée au pieu et cultivée. J'me demande vraiment pourquoi elle s'est pas casée.
Trop monotone, peut-être. La routine, le train-train. Ce qu'il n'y a pas entre moi et Luffy.

... Luffy.

Je me fige quand des larmes roulent sur les joues de Shakky ; elle sourit, mais les larmes semblent ne pas s'arrêter de couler.
Pourquoi est-ce qu-…
Je veux lui parler, mais ma gorge refuse d'articuler le moindre mot. Les doigts de Shakky me caressent la joue ; sa main est mouillée. Je lui jette un regard – elle est trempée de larmes.

Les miennes. Celles qui perlent de mes yeux et qui tombent sur le visage de Shakky.

- Je… j'peux pas…

Je suis sidéré par ce que je dis.
Depuis quand je peux plus baiser, moi ?! sérieusement !? si je rêve, merci d'me réveiller, ça devient vraiment dérangeant, là !

- Je sais, murmure Shakky en caressant toujours ma joue. Je me demandais quand est-ce que tu allais t'en rendre compte, trésor.

Je me retire lentement, et mes bras tremblent.

- Je… j'suis désolé… je…

- Chut… viens là.

Elle me prend dans ses bras et je me laisse faire en m'allongeant à côté d'elle. Un câlin ? J'ai plus besoin de câlins depuis que j'ai eu 10 piges ! c'est quoi ce délire ?!
Je me recroqueville et Shakky me caresse doucement les cheveux en fredonnant. Je me laisse aller et je ferme les yeux.

Luffy me manque. C'est viscéral. C'est de lui dont j'ai besoin, là, maintenant. Tout ça, c'était qu'une excuse pour pas retourner au container tout seul. Je supporte pas son absence, et c'est pire de penser que cette fois, elle pourrait être définitive.
Je voudrais réparer, mais je peux plus rien faire. Au pire, je risque d'aggraver la situation – je suis maladroit dans mes paroles et Luffy risque de se braquer. Et c'est la dernière chose que je veux.

« L'attachement personnel est un luxe que nous ne pouvons nous permettre qu'après avoir éliminé tous nos ennemis.
Avant cela, tous ceux que nous aimons sont des otages qui sapent notre courage et corrompent notre jugement. »

Voilà, c'était ça, l'adage de mon père. Et tout se serait passé comme prévu, dans ma chienne de vie, s'il n'y avait pas eu cette BM et ce gosse à l'intérieur.
Je repense à Luffy, à son rire, ses yeux noirs, son sourire à tomber par terre, sa voix qui me dit qu'il m'aime, et mes larmes n'ont pas l'air de vouloir s'arrêter.

- S-Shakky... sangloté-je comme un môme dans ses bras. Je... Luffy est...

- Laisse-lui du temps, Ace. Il t'aime, j'en suis sûre. Il va revenir.

- Il mérite pas de...!

- Toi non plus, tu n'as pas mérité la vie que tu as eue. Chacun son fardeau, Ace... relâche un peu le tien. Luffy comprendra, tu verras.

- ... il comprendra jamais... y'a rien à comprendre, pleuré-je. J'suis juste un connard... j'mérite même pas d'vivre, j'le sais...!

Shakky me gifle et je reste sans voix – ça faisait longtemps, tiens.
Aïe.
Elle a l'air furieuse... et je me sens minable. Encore.

- J'ai juré à ton père que je ne te laisserai pas mourir... alors arrête, maintenant. Ressaisis-toi. Tu es grand, Ace, tu ne peux plus te cacher derrière un sourire ou une bravade.

Je trouve refuge dans ses bras à nouveau ; juste une dernière fois... juste cette nuit. Juste pour m'endormir, avec ma culpabilité.
J'aime Luffy, j'aime vraiment pour la première fois de ma vie, et je n'ai pas été fichu de comprendre que j'étais accro à lui avant cet instant.

... tu vois, Maman... je suis amoureux, finalement.
Mais c'est trop tard.

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Lufna : Wow, euh, merci... ? ^^ Oui oui, des lemons, tout du moins pas mal de lime aussi... (donc beaucoup de lemons interrompus, je vois que ça te frustre un peu, wari wari !) il y aura une explication pour la cicatrice de Luffy, mais plus vers la fin de la fiction, et vous en saurez plus sur son père, c'est bien prévu :) doucement, avec les orties, ça pique ! Oui, la fin est... ouais, "chelou" est un bon terme. Mais t'en fais pas... un jour, tu auras la réponse. Un jour... hé hé. Merci pour ta review ! À bientôt ;)

xLawffy : *pouffe de rire* sympa c't'Église ! boarf, j'aime bien qu'on m'appelle Harlem, et puis c'est un prénom, en vrai, donc c'est tout comme ;) ce chapitre posait un peu les choses, le grand point de vue d'Ace apporte un changement par rapport aux autres POV Luffy majoritaires ! Aaah, cet impact... vous avez toutes une théorie à ce propos et j'avoue que mon côté sadique prend un pied énorme à vous voir chauffer du citron pour deviner... y'en a qui s'en rapprochent pas mal, d'autres qui partent dans des trucs totalement ouf', c'est très divertissant ^^ oh, la 100e review ! *te tend un Harlem d'Or* tiens... tu écriras la 200e ! hé hé. T'en fais pas pour la question, t'avais le droit de demander ! À plus, miss ! merci d'être au RDV ! :)

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Je boucle mes valises et je tire ma révérence ! (avant de me faire torturer séance tenante) Je pourrai répondre à vos reviews jusqu'à lundi soir, après ça... nous verrons si je trouve de la civilisation ! (je m'excuse encore pour l'horreur dans laquelle je vous laisse...)

À très vite, j'espère, je vous embrasse toutes et tous :) bonnes vacances !