Downtown Los Angeles, 10 août 2014, 23h15
Je me rendormis dans les bras de Nines une fois rassurée. Et il me sembla que seulement quelques secondes s'étaient écoulées entre le moment où je fermai les yeux et celui où je les rouvris. Le lit était vide à côté de moi, l'enveloppe bleu nuit du matelas était froissée mais la place était vacante. Je levai les yeux sur le réveil à affichage digital pour voir qu'il était quand même très tôt dans la nuit. Moment que choisit mon portable pour sonner et je m'éjectai plus ou moins vite du duvet pour répondre en extirpant l'engin infernal de ma besace qui était restée ici.
Victoire !! « Allô ?
-Mademoiselle Vilorë ?
-Elle-même.
-Bonsoir, on m'avait dit que vous étiez impossible à joindre la journée mais je n'y ai pas cru.
-Désolée d'avoir bousillé votre forfait – fis-je, cynique. Commençait à me courir sur le haricot l'illustre inconnu, là.
-C'est Gareth MacPherson au téléphone – fit-il sans faire mine de relever le cynisme – je voulais vous inviter au restaurant.
-Oh ! Pardonnez-moi – mon œil – je suis surprise !! Quand voudriez-vous ?
-On m'a conseillé – ah, à 'on', comprendre sans aucun doute Garcia Salvador – de vous emmener en un endroit nommé Red Moon. Il n'ouvre qu'après minuit.
Un restaurant tenu par des vampires et pour des vampires dans Beverly Hills, hum, on y recevait aussi des humains quand ils avaient assez d'argent pour prendre une table. Mais au nom du restaurant l'image de l'autel rouge en forme de lune me fit dire – non !
-Vous ne voulez pas y aller ?
-Si, pardon je… parlais à mon chat qui grimpe sur le rideau, si bien sûr. Je serais ravie d'y aller ! »
Tu parles, j'avais envie de rester au lit ouais !
« Je viendrai vous prendre en voiture dans une heure, ça ira ? Où dois-je me rendre, à votre demeure à Hollywood ? »
Valait mieux pas s'il m'attendait devant. « Non, j'ai une chambre à l'ancienne tour Ventrue, retrouvez moi là-bas ?
-Très bien, j'y serai et j'ai hâte de vous revoir ! » Me lança t-il, la voix chargée de… De choses non identifiables pour mes oreilles innocentes.
De sexe.
« Mais à quoi je pense moi… » Grognai-je en fusillant mon portable des yeux. Je veux bien que le maire de la ville veuille mettre sa potiche dans son lit, mais là quand même il exagérait. Ou alors ça lui a échappé ? … Naaa.
Donc j'avais un rencard avec un mec. Ben putain, si on m'avait dit que je devais attendre d'avoir 29 ans et d'être transformée en vampire à 25, j'aurais pris ça pour la pire mauvaise blague des prochains millénaires. En plus si on ajoute le fait que ce type est le maire de Los Angeles, mon pantin, et qu'il croit qu'il pourra faire un rodéo avec moi dans le rôle du cheval, ben il se gourre. Oh God ! Mais ! « Je suis presque trentenaire ! O.O
-Attends d'avoir mon âge et tu pourras faire des yeux ronds, » grogna Nines dans mon dos, ah oui, j'avais tourné le dos à la porte. Le Brujah tout en parlant avait glissé ses bras autour de mes hanches et noué ses mains sur mon bas-ventre. Oh. La. La.
Est-ce que Nines avait entendu ma conversation avec Gareth ? Il était jaloux, oh que j'aime quand on est possessif avec moi, je sens sa colère sur et sous toute ma peau, ça me faisait un drôle d'effet surtout que c'était la première fois que j'avais une telle conscience aigue des sentiments de l'Anarch.
Surtout quand il pressait son ventre et son bassin contre mon dos et mes fesses.
Au début de l'année, Karen était venue à Los Angeles et Nines et elle s'étaient encore envoyé des vannes avec moi au milieu de leurs jalousies. Bien que je les aime tous les deux, Nines avait dû accepter que ma meilleure amie, Tzimisce ou non, était tout pour moi. Ma loyauté allait d'abord à elle, surtout que la situation dégénéra rapidement et que j'aurais laissé tomber les Anarch si ça m'aurait permis de sauver Karen. Nines avait compris ça sans que moi j'arrive à l'expliquer. Je les aimais, mais je la connaissais bien avant tout ça.
« Karen… Si je devenais folle ou si je mourrais… » Soufflai-je en fixant le sol, angoissée.
Le Brujah me serra un peu plus fort jusqu'à me faire un peu mal, assez pour que je redescende sur terre. « Ca n'arrivera pas, mais si ça peut te rassurer, on peut l'inviter à nous rendre visite, » murmura t-il près de mon oreille. Encore tout doucement, j'avais l'impression d'être un petit chiot mort de peur qu'on rassure.
Mais j'étais rassurée à ce qu'il me serrât si étroitement dans ses bras au lieu de me repousser. Je posai mes mains sur ses avant-bras et baissai la tête en fermant les yeux. J'étais calme maintenant, cette étreinte me réconfortait.
« Lia, » commença soudain Nines près de mon oreille, et à son ton je savais de quoi il allait parler.
Et je ne voulais pas en parler, je n'en avais pas le courage. « Je dois y aller, » coupai-je en me retournant du mieux que je pus vers lui.
Il fronça les sourcils et je vis sa mâchoire se contracter, son air dangereux me donnait de méchants frissons et des idées peu catholiques. Sa colère mêlée de jalousie était un feu passionné qui le rendait encore plus sexy qu'en temps normal.
J'avais envie de lui virer sa chemise estivale bleu nuit pour toucher ses épaules. Alors je déglutis et baissai les yeux, mais là encore ça ne m'aidait pas : il avait sa chemise à manches courtes aux trois quarts ouverte sur son torse couvert d'un marcel noir.
Et cette saloperie de tissu moulait méchamment bien ce qu'il y avait dessous : un poitrail musclé et solide comme du roc. Mon Dieu, dire que dans ma jeunesse je craquais sur des jeunes Japonais à peine musclés et maintenant je fantasmais sur le prototype du mâle tout comme il faut. Pas un Arnold Schwarzenegger, pas un mannequin mais pas une lavette non plus. Entre Schwarzy et le mannequin.
Je relevai finalement les yeux sur son visage pour voir ses yeux bleus briller comme des diamants glacés. Les rides profondes sur son front me donnaient des démangeaisons aux doigts, et la barbe éternellement naissante autour de ses lèvres et sur son menton n'arrangeait rien aux démangeaisons. La couleur pâle cuivrée de sa peau et de ses lèvres fines. Mes yeux s'arrêtèrent là et le vampire me contourna sans me quitter des yeux. Son bras musclé frôla mon épaule nue et je frissonnai en serrant les dents et levant les yeux au ciel pour invoquer de l'aide. Sauvez-moi de mes instincts primaires s'il vous plait, parce que c'est pas très poétique ce que j'ai dans le crâne.
« Tu sais que Garcia est derrière tout ça, » me glissa Nines en se penchant vers moi et le souffle de ses paroles glissa contre ma gorge, et sa petite barbe picota ma peau et son nez frôla mes cheveux. Sa voix me réchauffait avec sa fureur contenue, un grognement.
« Je sais, mais je… me demande aussi… s'il mijote un coup fourré ou s'il cherche à nous renforcer, » croassai-je en fixant le plancher, ma gorge était nouée. Je me rendis compte que je crevais d'envie de le déshabiller et de jouer au docteur. Quelle honte. En fait, miraculeusement, on n'avait pas couché ensemble depuis… Heu… La première fois… Huit mois, c'est long.
Non, c'est pas long, c'est vertueux et bordel je sais pas comment ça marche !!
Je vais quand même pas, moi, me jeter sur lui je suis un vampire mais pas une vamp.
« Je m'en fous, Lia, tu connais la réputation de Gareth MacPherson ? Tu sais ce qu'il pourrait te faire ? – Répliqua l'objet de tous mes fantasmes dans mon dos. Arg.
-Un congélateur ? » Piaillai-je à toute vitesse en me retournant vers lui.
C'est là qu'il me saisit brusquement par la taille et me colla si étroitement contre lui que je hoquetai de surprise. Devinez pourquoi ! « Il a été élu pour rendre les rues de Los Angeles sûres, si tu le gênes il risque de se débarrasser socialement de toi… Tu veux vraiment te retrouver sous les caméras et qu'ensuite cette image de compagne du maire te plombe les ailes ? – Souffla t-il près de mes lèvres.
-Rose's Mask est terminée, et je ne survivrai pas à tout cela… » Répondis-je en un chuchotis d'agonisante…
Finalement, à moitié sans l'avoir voulu j'avais fermé le cercle de mort, de sang et de sexe. Et cette dernière remarque fut suivie d'un baiser brutal du Brujah contre mes lèvres.
Je hoquetai à l'intérieur de nos bouches et fis mine de le repousser en posant mes mains contre son torse mais il me saisit les doigts dans les siennes et aussi sec me fit croiser les bras dans le dos, au creux des reins.
C'était un baiser dévoreur, comme le premier qu'il m'avait donné au Lucky Star Hôtel à Hollywood après que j'eus essayé de le tuer. A cause de Judas. De la même manière Nines me surplombait de sa hauteur, ma nuque pliait vers l'arrière par la pression de sa bouche et il était impossible de s'y soustraire. En plus, j'avais les mains dans le dos et les bras coincés.
Sa langue jouait à réchauffer ma bouche, à toucher ma langue et à la caresser. Ses lèvres échauffaient les miennes en les quittant et les frôlant et les frottant. Les piquant et les goûtant de la langue. Ses lèvres avaient le goût de sel et de piment et sur sa peau il y avait ce parfum pour homme frais et piquant. Il garda mes lèvres au bout des siennes et je crus qu'il allait rompre, mais non ! Il revint encore, me gardant un peu plus contre lui, mes mains et ses bras s'enfonçaient dans mon dos. Son corps contre le mien et ces infimes espaces entre nous n'étaient que plus intolérables par l'ardeur qu'ils concentraient comme les forces indestructibles de deux aimants qui se repoussent.
Il entama ma gorge, suçotant directement un point précis très sensible chez moi et je papillonnai des yeux alors que ma tête tombait sur le côté pour offrir. Passant la langue sur mes lèvres enflées et le goûter, le respirer. Tomber pratiquement à la renverse alors que ma gorge prenait feu et se dénouait comme libérée et emplie de charmes.
Ses mains libérèrent les miennes et se portèrent sur mes hanches. Sentir à travers les jupons de ma jupe ses mains posées si bas sur mon corps me fit frémir et je glissai mes mains dans ses cheveux bruns courts et légèrement bouclés. Juste au-dessus de sa nuque.
J'entendis vaguement qu'il pleuvait des cordes. Et au souvenir de la tempête de la première fois, l'idée me vint de poser un lapin à MacPherson pour une excuse bidon. Après tout, il était très louche que je me montre si rapide à répondre à une invitation d'un maire. D'accord, pas louche : normal.
Ce Brujah allait me rendre folle de désir, huit mois c'est long ! Il remontait ma gorge de petits baisers en suçotant ma peau. Mes doigts glissèrent le long de sa nuque et je le fis frissonner, je descendis sur les épaules puis sur le torse pour prendre les pans de sa chemise et les écarter pour la lui faire retirer. A peine avais-je tiré le tissu que ce parfum musqué me tourna la tête. Ses grandes mains dont je sentais les larges anneaux aux doigts glissèrent sur mes fesses alors qu'il revenait investir ma bouche.
« Nines… » Soufflai-je près de ses lèvres en entrouvrant les yeux. Nines tournait le dos à la fenêtre. A la fenêtre il y avait un nouveau-né ensanglanté qui écrasait ses petites mains et sa joue gauche sur la vitre en me fixant d'un œil. L'espace d'une seconde je me pétrifiai en me rappelant la trajectoire du poignard dans mes mains. L'horreur s'empara de moi et balaya tout le reste et je poussai un cri médusé en m'expulsant des bras de mon Anarch.
« Lia ?! » M'appela t-il mais mes yeux refusaient de regarder autre chose que ce cauchemar. Nines se retourna, je lui criai de ne pas le faire en tendant une main vers lui mais juste alors que le vampire allait poser les yeux sur la fenêtre, la vision disparut.
J'étais épouvantée, mes yeux se baissèrent sur mon débardeur taché de sang et le dégoût fit monter la bile dans ma gorge, me faisant poser les deux mains sur les lèvres en déglutissant dans un rythme hystérique. J'allais des yeux de la fenêtre battue par la pluie à Nines. Et l'espace entre les deux se remplissait de flash de mon cauchemar. Je déglutis et parlai dans un chuintement rapide pour ne pas vomir « je vais y aller !! » Puis s'en attendre je détalai en manquant de m'étaler dans l'escalier. Je n'entendais plus rien, seul un bourdonnement et des mélopées sataniques résonnaient dans mes oreilles. Je sentis vaguement que je bousculai quelqu'un dans ma course mais ne m'arrêtai pas jusqu'à enfourcher la Suzuki et filer. Loin, loin, loin. Où ça ? Pas le Manoir…
Mon Dieu, mon Dieu !! Qu'est-ce que j'ai vu ?? Qu'est-ce que c'était ?? Ne me dites pas que le spectre de cet innocent a eu le temps de grandir pour se venger de moi ?! Non, pitié, non pas ça !!
La Tour était vide, il était trop tôt et trop tard. Je montai directement à l'étage de ma chambre. Et une fois dedans, je vomis dans les toilettes jusqu'à avoir l'impression qu'au moins une partie du sang sur mes mains était dans la cuvette.
1
Nines se rua à la suite de la Toréador quand elle sortit de sa chambre, il tendit la main et faillit presque attraper son poignet mais elle bouscula Valoric rien qu'en pantalon sans le voir. Le temps d'échanger un regard d'incompréhension commune et elle était déjà partie sur sa moto.
« ET MERDE ! – Rugit l'Anarch en frappant le sol du pied en se courbant pour frapper de tout son poids et lever les bras.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda Philippe à voix basse et avec ombrage.
Nines releva les yeux sur lui et ils échangèrent un regard… Philippe connaissait ce regard angoissé, c'était celui d'un homme craignant de dire à voix haute ce qu'il redoutait le plus. Dire que celle qu'il aimait devenait folle et qu'il la perdait irrémédiablement. Cette tourmente il l'avait connue et la douleur il la connaissait encore. C'était quelque chose qu'il ne souhaitait à personne, même pas à Nines Rodriguez.
« Je vais la suivre, » déclara t-il en enfilant sa veste beige pour son pantalon beige. Il sortit ensuite à grands pas. Il savait où elle allait de toute façon.
Nines suivit Valoric des yeux et resta figé à regarder l'escalier menant au rez-de-chaussée longtemps après que le détective l'eut descendu. Il frissonna et finit par détourner les yeux et la tête avant de se retourner vers sa chambre. Fermant la porte derrière lui lentement puis marchant vers la fenêtre battue par la pluie. « Qu'est-ce que tu as eu ? » Demanda le Brujah dans un chuchotis glacial où l'anxiété perçait comme une aiguille sa peau.
Ce matin il n'aurait jamais pu se tirer de son sommeil diurne s'il n'avait pas ressenti dans son âme le supplice de la Toréador. Ils n'étaient pas liés par le sang, c'était un autre lien que peu de vampires encore moins que les humains pouvaient se vanter d'avoir. Ca avait été un pincement au cœur, puis un vraie inquiétude et ensuite il s'était peu à peu réveillé pour en ouvrant les yeux, n'avoir qu'un cri déchirant dans la gorge.
Mais elle avait été en train de pleurer en se balançant comme une enfant et il avait ressenti la caresse de la démence envelopper la jeune femme. La peur l'avait fait la serrer un peu trop fort contre lui mais ça l'avait ramenée.
A quoi Lia avait-elle rêvé pour être dans cet état, pire encore que la soirée d'hier ? Des enfants qui se pendent et ensuite ? Quoi ? Bon sang ! Quoi qui poussait Lia à ne pas lui raconter ?!
Le Brujah lança son pied contre le mur de la fenêtre en jurant entre ses dents serrées. Pour le coup il devait faire confiance à Valoric !! Mais si ce trou du cul de MacPherson ou ce traître de Salvador lui faisaient quoi que ce soit, Nines serait le premier à lancer les hostilités ! Histoire de se débarrasser une fois pour toute de ce cancrelat de Salvador !
Mais si les cauchemars de sa petite gagnaient en intensité... Devait-il choisir à sa place ? La pousser à aller vers le sang de Caïn ? Elle était tellement compliquée qu'elle serait capable de le haïr pour ça si le choix ne lui plaisait pas. Et lui ne voulait pas la perdre, jamais, d'une manière ou d'une autre… Pas comme ça. En Torpeur c'était résoluble… Mais… Pas 'ça'. « Tout ça c'est la faute de ces salopes de Fées !! Si elles n'avaient pas tout manigancé pour Ecaterina…! » Cracha t-il en fusillant le charmant reflet que lui renvoyait le carreau de la fenêtre.
Une belle jeune femme au visage ovale, à la peau blanche de lys, aux longs cheveux noirs de jais lisses de soie et aux grands yeux ronds couleur de cendres. Elle avait un petit nez en trompette et des lèvres fines toujours rieuses, un front haut et un petit menton volontaire. De taille moyenne elle portait une robe moyenâgeuse violette et noire déchirée artistiquement en bas et aux manches. A ses pieds il y avait des escarpins à talons hauts très pointus.
Son sourire amusé donnait envie au vampire de tirer sans crier gare. Il se retourna lentement vers l'intruse. « Je suppose que vous êtes une Fée ?
-Exact – répondit-elle d'une voix caressante comme la soie et mince, Nines se surprit à frissonner et ça ne lui plut pas du tout. Il fronça les sourcils et se tourna complètement en face d'elle – mon nom est Lulainn. J'ai été et suis toujours le mentor, la marraine et la tutrice d'Ecaterina de la Maison Scathach. Ma filleule nous est indispensable, vampire. Ou du moins nous avons travaillé trop longtemps sur son potentiel pour la laisser à des agents de l'Obscurité.
-Allez vous faire foutre !! Vous ne faites que l'utiliser depuis le début !
-Ca n'est pas votre cas ? » Répliqua t-elle d'un ton intrigué en penchant la tête de côté d'un air surpris.
Cependant Nines savait que cette phrase n'était pas innocente et il serra les poings. Se battre contre une Fée était inutile, stupide et dangereux. Surtout quand c'en est une d'une maison réputée pour ses talents guerriers. « Ca l'était, ça ne l'est plus. Elle est libre. Elle est Anarch ! » Répondit-il en remontant le menton et la regardant de haut, une immense fierté et un défi ouvert à la Changelin transparaissaient dans sa voix.
Lulainn éclata de rire, un rire comme une pluie scintillante, la gorge déployée et la tête renversée en arrière. Son rire était enchanteur mais l'Anarch, à la grande surprise de la Fée, sembla insensible. Cela inquiéta, contraria et ravit tout en même temps la Scathach qui baissait la tête en souriant avec éblouissement tout en regardant Nines dans les yeux. « Tu es un abruti, Nines Rodriguez, si tu penses que tu arriveras à défaire la loi du Destin ! Je suis venue te prévenir que je briserai ce lien qui t'unit à ma pupille. Elle retournera aux siens !
-Si je suis un abruti qui n'a aucune chance de l'emporter, ça n'était pas la peine de me mettre en garde et de vous déplacer ! – Fit Nines avec un ricanement contenu dans son sourire en coin.
-Nous sommes de facétieuses et cruelles divinités dans les histoires d'amour… Bonsoir, Nines Rodriguez ! » Termina Lulainn avec une révérence gracieuse avant de disparaître en un battement de cils.
Quand elle fut partie, le leader Anarch compta jusqu'à soixante avant de s'autoriser à s'écrouler sur le bord du lit.
« Il semble… Que j'arrive toujours quand la situation s'y prête le moins, » fit remarquer la voix raffinée de Beckett quelques minutes plus tard. Nines releva la tête et les yeux sur le Gangrel en pantalon gris et chemise de coton beige. Lunettes noires sur les yeux et feutre sur la tête. Ses boucles noires jouaient près de ses épaules et affinaient son visage déjà long. Il était appuyé de l'avant-bras gauche levé contre le chambranle de la porte et les pieds en chaussures noires de ville croisés.
« Super, sa Majesté Beckett nous fait l'honneur d'une visite – grogna Nines – plus que Dracula et Karen et vous serez au complet ! – Finit-il par s'énerver en se relevant, rajuster sa chemise et se diriger à grands pas vers le Gangrel pour le dépasser et sortir de la chambre.
-Ah, toujours aussi emporté à ce que je vois. Il est bon de voir que des choses ne changent jamais – répondit avec cynisme l'érudit vampirique – malheureusement le prince Vlad, aux dernières nouvelles qu'il m'a laissées, n'a aucun moyen de nous rejoindre car il est occupé avec mon très cher rival Tzimisce. Sascha Vykos – dit-il en suivant le Brujah jusqu'en bas du bar qui était totalement vide cette fois.
-Va te faire foutre, » fut la seule réplique marmonnée sombrement par le Brujah à propos de la remarque cynique de son hôte. La goule du soir avait été se pieuter au réveil du vampire. Il passa derrière le comptoir, sortit deux verres à whisky, trouva la bouteille et en versa dans les verres en se contrôlant ensuite pour ne pas réduire la bouteille en miettes en la reposant trop brusquement. Nines poussa le second verre vers son rival évincé en portant le sien à ses lèvres. Quelque part, et ça le faisait drôlement chier de l'admettre, la visite de Beckett était un réconfort. C'était les connaissances du Gangrel et sa volonté qui avaient tiré Lia de la Torpeur en fin d'année dernière. « Que vaut cette visite ?
-L'inquiétude, j'ai été en Irlande et en Ecosse pour mes recherches et certains de mes contacts passionnés par les Fées m'ont rapporté qu'un important mouvement se produisait entre les Balor, les Bonnets Rouges et les Scathach. D'aucuns n'ont pas osé parler à voix haute du retour des Fomoris mais ils le pensaient si fort que c'était lisible dans leurs yeux. La Maison Scathach est censée être une maison perdue, et il parait que la cour féerique du Haut Roi David de Concordia est en effervescence. On parle même de contact avec la principauté de San Francisco. »
Là Nines s'étrangla dans son verre et manqua de tout cracher à la tête du Gangrel qui avait relevé ses lunettes sur son front et qui buvait une gorgée. « Sérieusement ??
-L'une des cour du Haut Roi se tient dans la forêt de San Francisco – expliqua Beckett calmement – une bataille importante se prépare et les Fées semblent vouloir empêcher les autres créatures surnaturelles de les gêner. Maintenant sachant ce qu'il en retourne à propos d'Ecaterina, je me sens… Inquiet. Que se passe t-il ? » Et à cette question, le regard tricolore de Beckett s'assombrit.
L'Anarch le regarda lui aussi quelques secondes. Puis lui raconta toute l'histoire. A la fin Beckett gardait le silence en fixant son verre et le Brujah le fixait.
« Je crois savoir que les cauchemars d'un Changelin surviennent lorsque la Banalité menace de réduire le Glamour. Au lieu de perdre en Glamour, le Changelin évacue la Banalité par un cauchemar. Mais ceux d'Ecaterina sont trop liés à des souvenirs refoulés…
-En neuf siècles j'ai peur de tout ce qu'elle a pu faire d'horrible, » dit Nines à voix basse en plissant des paupières.
Beckett releva la tête pour le dévisager. « Une goule aussi vieille ne peut survivre sans un apport journalier du sang de son maître et le sentiment d'amour qui va avec… Mais elle a pu sauvegarder une part de libre arbitre qui a gardé l'horreur de ses actes serviles. »
Encore un autre silence entre les deux vampires. Beckett réfléchissait au moyen d'enrayer la descente aux Enfers à travers les cauchemars et Nines cherchait comment botter le cul de Lulainn, de Garcia et de Gareth. Oubliant presque l'activité du Sabbat.
« J'ai une idée mais elle ne va pas te plaire, » fit soudain un peu trop joyeusement Beckett en souriant en coin. L'Anarch se contenta de répondre stoïquement d'un haussement de sourcil piqué – en tant que Gangrel j'ai des fonds communs avec les Lycanthropes.
-Ah oui, j'les avais oubliés ceux là – bougonna Nines en se rappelant ce dont Lia devait lui parler. Le chef de meute de Griffith Park.
-Et les Loups-garous sont proches des Fées. Si j'ai raison, je devrais pouvoir créer une hétérogénéité du Glamour et le réduire doucement en l'attirant à moi. Mais cela demande à ce que je puisse tenir les mains de la Toréador durant son sommeil…
« Puis quoi encore ?! » Avait très envie de beugler Nines en trucidant le Gangrel de ses deux yeux bleus mais sa possessivité n'allait pas aider à sauver Lia ! – Très bien.
-Oh ! Tu ne t'offusqueras donc pas ? Voilà qui me surprend !
-J'ai cru comprendre que le légendaire Beckett n'était pas un trou du cul qui profite des situations, j'ai tort ? » Lâcha Nines d'un ton menaçant auquel le Gangrel ne répondit que par un sourire, le menton levé limite carnassier.
Son point commun avec Karen c'était d'adorer faire chier Nines et de le jalouser. « Je suis un gentleman, non un rustre derrière un beau costume nommé MacPherson ! »
Et à cette phrase, le Brujah pensa que Lulainn n'était pas étrangère à la panique de Lia…
