Résumé : Oui, je sais, il y a bien longtemps que je n'avais pas posté de chapitre à cette histoire mais pour ceux qui suivent mes différentes intrigues, je voulais absolument finir ma série sur Harry et l'enfant… Maintenant que c'est chose faite, je vais reprendre littérature en parallèle avec Opération bébé et la quête des temps nouveaux…
Alors, où en était l'intrigue ? Le quartier de Whitechapel était marqué par un nouveau meurtre sanglant, celui d'Annie Chapman. L'inspecteur Frederick Abberline de Scotland Yard croise le chemin d'Harry à l'auberge du Ten Bells où il se trouve en compagnie de Ginger… Le brun apprend alors à Frederick la venue régulière d'un mystérieux lord à la cape noire et au chapeau haut-de-forme à chacun des meurtres qui endeuillent l'East-End…
J'espère que cette suite vous convaincra. En tout cas, elle me demande pas mal au niveau de l'intrigue pour qu'elle corresponde aux éléments véritables de l'histoire de Jack l'éventreur… Un petit message pour me donner votre avis sera le bienvenu… Bonne lecture, bises, Lilywen…
Littérature du dix-neuvième siècle
Chapitre 10 : John le boucher
« Inspecteur Abberline. »
Frederick releva légèrement la tête. Ses yeux hagards trahissaient sa fatigue et son écœurement face aux récents événements. Depuis le début de cette enquête sordide sur ce mystérieux éventreur de Whitechapel, il avait passé de nombreuses nuits à travailler, s'endormant parfois sur sa chaise en bois bringuebalante, si peu propice à un sommeil réparateur. Il fixa une seconde le jeune officier qui se tenait devant lui, près de la porte d'entrée de son bureau. Le novice paraissait visiblement gêné de l'interrompre dans sa tâche. Il l'encouragea donc à poursuivre :
« Oui, officier Anderson…
- Une personne demande à vous rencontrer au sujet de l'affaire. »
Cela eut au moins le mérite de le sortir de sa léthargie. Frederick se redressa complètement et fit un geste de la main, invitant l'officier à conduire cette personne jusqu'à lui. Quelques secondes plus tard, Remus pénétra dans le petit bureau mal éclairé de Scotland Yard et se dirigea sans perdre de temps vers l'inspecteur. Lupin lui tendit une main ferme auquel le policier répondit avec courtoisie. Frederick désigna ensuite une chaise devant lui tout en déclarant :
« Asseyez-vous, Monsieur Lupin.
- Bonjour, inspecteur. Vous m'avez fait quérir…
- C'est exact. J'ai effectivement des choses à vous dire. »
Remus ne se fit pas prier et s'installa à l'endroit désigné par l'inspecteur. Il croisa élégamment ses jambes et ôta son haut-de-forme noir qui cachait ses tempes grisonnantes. Dès qu'il avait reçu le télégramme du policier l'enjoignant à se rendre à Scotland Yard dans les plus brefs délais, Remus avait eu bien du mal à conserver son flegme britannique. Il était terrifié comme jamais il ne l'avait été, une peur indicible et sournoise qui lui retournait les entrailles, pas pour lui mais pour deux splendides yeux vert émeraude et un visage angélique marqué par les rudes épreuves d'une enfance à Whitechapel. Il était pourtant censé le protéger, comme le lui avait instamment demandé Severus. Il avait dû fuir lâchement devant les menaces de ce monstre de Greyback qu'il haïssait de toute son âme. Il marmonna faiblement :
« C'est… C'est à quel propos ?
- Du dernier meurtre… Annie Chapman… Vous en avez entendu parler, je présume ?
- Oui, évidemment… Enfin, tous les journaux titrent sur ce nouvel assassinat depuis plus d'une semaine maintenant.
- Et qu'en pensez-vous ? »
Remus jeta un regard incrédule à l'inspecteur. L'avait-il fait venir de Westminster pour le consulter à ce propos ? C'était assez ridicule car reclus dans le manoir des Snape, il n'était plus d'une grande aide. Autant il avait pu fournir à Abberline nombre d'informations, souvenirs de son mois passé dans l'East-End, autant il se sentait parfaitement inutile désormais. Il avait trahi l'enfant, il l'avait laissé aux mains des Mangemorts et il ne pouvait se pardonner sa couardise. Il finit par balbutier :
« Etes… Etes-vous sérieux ?
- J'ai besoin d'un œil neuf sur ce dernier meurtre, d'un regard objectif.
- Et vous avez pensé à moi. C'est une plaisanterie, inspecteur ? »
L'incrédulité laissait peu à peu place à une colère sourde. Dire qu'il avait confié la vie d'Harry à cet homme. Abberline le coupa cependant dans ses réflexions :
« Monsieur Lupin, je suis on ne peut plus sérieux.
- Je vous assure que je ne comprends pas. »
Frederick se releva prestement de sa chaise en bois et se dirigea vers une étagère. Il poussa deux énormes livres de droit et tira une pochette verte que Remus reconnut immédiatement. Le dossier contenait toutes ses recherches sur Whitechapel qu'il avait confié à Abberline peu de temps avant le meurtre d'Annie Chapman. L'inspecteur regagna son siège et posa le porte-document bien en évidence sur son bureau. Ses doigts agiles tapotaient sur le cuir luxueux de la pochette lorsqu'il releva son regard acéré vers Remus.
« J'ai de nombreux agents sur place, mais de loin, le panorama le plus exact et précis de l'East End, c'est de vous que je le tiens, vous ne pouvez le nier.
- Qu'est-ce que vous voulez de moi ? Tout ce que je sais, ce n'est qu'un recoupement d'informations issues des articles de presse. Je ne suis pas retourné là-bas, j'ai peur que Greyback ne me remarque et qu'il ne mette ses menaces à exécution. Je ne pourrais pas me pardonner s'il arrivait quoi que ce soit à Harry.
- Il va bien. »
Remus se releva brusquement de sa chaise. Debout, les deux mains posaient sur le bureau de l'inspecteur, ses jambes tremblaient et sa voix chevrotante traduisait son émotion palpable :
« Vous… Vous l'avez vu…
- Oui, nous avons parlé un moment, c'était le lendemain du dernier meurtre.
- Mon Dieu, mais vous êtes fou ! Je vous avais demandé de veiller sur lui. Si Greyback apprend quoi que ce soit de cet entretien, il le tuera ! IL LE TUERA ! »
Abberline se recula contre le dossier de sa chaise et scruta le visage du Lord. S'il avait pu douter de la sincérité de la démarche de Remus, sa réaction venait de lever à tout jamais toute ambigüité. Lupin était terrifié à l'idée qu'il arrive quoi que ce soit à ce jeune garçon. Frederick toussota :
« Ne vous inquiétez pas. Greyback n'en saura rien, je vous le jure sur ma vie et si cela peut vous rassurer, j'ai chargé plusieurs agents de surveiller discrètement Harry. Il est trop précieux pour cette enquête pour que je le laisse entre les mains des Old Nichols. »
Remus fixa avec désarroi l'inspecteur et se laissa retomber lourdement sur sa chaise, abasourdi.
« Pourquoi ?
- Pardon ?
- Pourquoi pensez-vous qu'Harry soit 'précieux' pour votre enquête ? Qu'est-ce que vous me cachez, inspecteur Abberline ? »
Le ton était nettement moins amical mais Frederick n'y prêta guère attention. Il avait bien conscience de la profondeur des sentiments du Lord pour le gamin et son inquiétude pour Harry était somme toute très compréhensible, au vu de la situation dans le quartier.
« Ecoutez… Je vous dirai absolument tout mais je veux d'abord votre analyse. Je ne voudrais pas fausser votre jugement en vous livrant ce que je sais en premier, cela vous convient-il ? »
Remus semblait peser le pour et le contre et finalement, il se décida :
« Très sincèrement, je ne vois pas en quoi je peux vous aider. Cette femme, Annie, était d'après ce que j'ai pu lire une autre prostituée de Whitechapel, habituée des mêmes endroits que Martha et Polly et je présume qu'Harry la connaissait également. Les circonstances de sa mort restent mystérieuses. Cependant…
- Cependant…
- Tout laisse à croire à une similitude avec les deux premiers meurtres. Cette même façon barbare de tuer. Elles ont toutes été retrouvées la gorge tranchée. A chaque fois, l'assassin laisse ses victimes dans une macabre mise en scène.»
Remus releva la tête et ses yeux dorés défièrent littéralement l'inspecteur :
« C'est toujours le même quartier et les mêmes filles, des prostituées. Cela ne peut plus être une simple coïncidence. C'est… l'œuvre du Diable.
- Je crains que le Diable ne soit qu'un homme dans les circonstances, un homme monstrueux. Vous avez en tout cas raison, Monsieur Lupin, la thèse d'un seul meurtrier pour ces différentes affaires semblent faire son chemin, y compris en hauts lieux.
- C'est-à-dire ?
- La Reine Victoria serait intervenue en personne auprès de mes supérieurs pour que l'affaire soit diligentée dans les plus brefs délais. »
Remus ne sut comment réagir à cette information. Au moins la situation des filles de Whitechapel était enfin prise au sérieux. Frederick poursuivit :
« Ecoutez… Avez-vous remarqué d'autres faits concernant l'East End qui mériterait mon attention ? N'omettez rien, Remus, je vous en conjure… »
L'emploi de son prénom sembla surprendre son interlocuteur mais Frederick voulait gagner sa confiance. Après tout, ils œuvraient tous les deux, dans le même sens. Remus soupira avant de reprendre d'une voix fatiguée :
« Très sincèrement, j'ai du mal à comprendre ce que je pourrais vous apporter alors que je n'ai pu me rendre là-bas depuis des semaines. Pour ce que j'ai pu glaner dans les journaux, la plupart titrent uniquement sur les meurtres commis et à part quelques transactions immobilières pour la réhabilitation des docks, je n'ai strictement rien noté. »
Abberline releva aussitôt la tête, satisfait.
« Bien, c'est exactement ce que je pensais. Vous aviez déjà mentionné ce fait dans votre documentation.
- Oui… Oui, c'est fort probable… »
Si Remus fixait Frederick avec incompréhension, ce dernier ouvrit le porte-document vert et se mit à fouiller parmi les articles avec une sorte de frénésie. Lorsqu'il retrouva la feuille de journal, il la parcourut rapidement, puis il hocha de la tête. Remus était de plus en plus perplexe face à l'attitude de l'inspecteur :
« Qu'est-ce… Qu'est-ce que cela a à voir avec les meurtres ?
- Peut-être rien… Peut-être tout ! »
Abberline semblait des plus satisfaits et il se cala contre le dossier de sa chaise. Remus commençait sérieusement à s'agacer de cette discussion insensée et il le fit clairement comprendre à son vis-à-vis en lui lançant un regard sombre et coléreux. L'inspecteur reprit d'un ton plus affable :
« Alors, Monsieur Lupin, posons nous les bonnes questions.
- Où voulez-vous en venir ?
- D'après l'article que vous m'aviez remis la dernière fois, les premières offres de rachat pour certains bâtiments en ruine des Docks ont commencé au mois de juillet, peu avant le meurtre de Martha. »
Au moins, Frederick avait réussi à capter toute l'attention de Remus qui se pencha en avant, pour se rapprocher du bureau de l'inspecteur. Abberline lui tendit alors la page du journal que Remus parcourut rapidement.
« Excusez-moi mais je ne vois toujours pas le rapport avec ces assassinats. C'est… C'est ridicule… Enfin, d'après la description des différentes scènes de crime, je dirai plutôt que notre homme veut se venger de toutes les femmes qui se vendent à Whitechapel, une sorte d'inquisiteur qui défend la bonne morale de notre Angleterre victorienne.
- De prime abord, sans doute… Mais disons qu'il vous manque certaines informations.
- Alors qu'attendez-vous ? Expliquez-moi !
- Non, non… un peu de patience… Il faut d'abord se poser les bonnes questions, Remus…
- Choisissez !
- Quoi ?
- Entre Remus et Monsieur Lupin… »
L'inspecteur s'esclaffa bruyamment à la remarque faussement acerbe de son vis-à-vis.
« Va pour Remus, mais dans ce cas, il n'est plus question d'inspecteur Abberline. Frederick suffira amplement. »
Remus hocha de la tête avant de poursuivre dans un sourire :
« Alors, Frederick, quelles sont les bonnes questions ?
- Oubliez les théories des journaux une seconde. Oubliez le fait que ce sont uniquement des prostituées. Quel est l'autre point commun à tous ces assassinats ? Vous l'avez dit vous-même…
- La façon dont se déroulent ces meurtres… », tenta à tout hasard Remus, sans vraiment comprendre où l'inspecteur voulait en venir.
L'inspecteur ricana :
« Voyons Remus, je vous ai connu plus inspiré…
- Vous avez-vous-même dit qu'il me manquait certaines informations !
- Certes, certes… Bref, l'autre point commun, c'est le lieu ! Le quartier des docks, l'East-End, Whitechapel ! »
Gagné par sa frénésie, l'inspecteur se releva et parcourut de long en large son étroit bureau de Scotland Yard sous le regard sidéré de Remus. Abberline continua sans prêter réellement attention à son interlocuteur :
« Posez-vous les bonnes questions, mon ami, posez-vous les bonnes questions. Qu'est-ce que disent les articles les plus récents concernant la réhabilitation des docks ? »
Remus sembla tout d'un coup comprendre les étranges élucubrations de l'inspecteur et il se releva à son tour :
« Hé bien, pour ce que j'ai pu en lire dans les rubriques économiques, les prix des bâtiments des docks de l'East End se sont littéralement effondrés depuis le début des meurtres et ne valent pour ainsi guère plus qu'une bouchée de pain, déjà qu'ils n'avaient qu'une valeur toute relative avant ces événements…
- C'est exactement ce que je pensais. Ecoutez, Remus, je sais bien que tout ceci n'est que pure théorie et que probablement tous mes supérieurs seraient abasourdis et choqués par ce que j'avance devant vous. Mais…
- Vous pensez que les meurtres ne sont pas simplement le fait d'un fou mais qu'ils servent de prétexte à quelques affaires économiques particulièrement rentables.
- Oui, et c'est là qu'Harry nous est précieux, il est mon unique témoin. »
A la mention du brun aux yeux d'émeraude, Remus se laissa retomber sur la chaise et bafouilla difficilement :
« Co… Comment ? Qu'est-ce qu'Harry vous a dit ? »
Devant l'air abasourdi de Remus, Frederick contourna son bureau. Il s'approcha de l'homme qui tenait sa tête entre ses mains. L'inspecteur s'en voulut d'avoir mis les nerfs de son vis-à-vis à rude épreuve.
« Je l'ai rencontré au Ten Bells. Il est exactement comme vous me l'aviez décrit et je l'ai reconnu aussitôt. »
Remus releva la tête tandis que Frederick s'installa contre son bureau.
« Il était avec cette jeune femme dont vous m'aviez parlé lors de notre premier entretien… Ginger… »
L'inspecteur posa une main réconfortante sur l'épaule de Remus.
« Il est courageux et fort, beaucoup plus que vous ne pourrez jamais l'imaginer.
- J'ai peur pour lui. J'ai promis de le protéger et j'en suis simplement incapable.
- Vous vous trompez, Remus, vous avez fait plus que n'importe qui pour lui, ne serait-ce qu'en me prévenant des risques qu'il encourait pour que je le surveille à mon tour.
- Que vous a-t-il dit ?
- Beaucoup de sa vie. Il m'a parlé de sa parenté, si vraiment on peut appeler ainsi de telles personnes. Il a également évoqué ce qu'il est contraint de faire pour survivre dans Whitechapel. »
Par pudeur, Frederick n'avait pas mentionné clairement les activités du jeune garçon au sein de l'auberge des Dursley, cependant, Remus n'en eut aucun doute sur ce que l'inspecteur sous-entendait par ses propos sibyllins.
« C'est pour cela qu'il est devenu notre plus précieux témoin.
- Par pitié, Frederick, si vous avez du respect pour ma personne, ne tergiversez plus et expliquez-moi tout, sans rien omettre. »
L'inspecteur regagna calmement son siège inconfortable, il croisa ses mains sous son menton, calant ses coudes sur son bureau avant de commencer d'une voix qu'il espéra neutre :
« Je pense qu'un de ses clients réguliers est notre homme.
- Le meurtrier ? », bégaya Remus alors que son visage était plus pâle que jamais et la réponse tomba comme un couperet.
« Oui. »
L'inspecteur soupira, laissant à Remus quelques secondes, avant de poursuivre son funeste récit, appris de la bouche même du garçon :
« En fait, je m'étais rendu au Ten Bells, non pour le rencontrer mais pour interroger Ginger. Je voulais savoir si elle pouvait m'apprendre quoi que ce soit au sujet du dernier meurtre. Je lui ai demandé si elle savait qui Annie devait retrouver ce soir-là. Bien sûr, elle l'ignorait mais elle a judicieusement précisé qu'elle avait repéré le manège étrange d'une calèche inconnue le soir de l'assassinat, elle pensait qu'il s'agissait d'un membre éminent de notre société, peut-être quelqu'un de Westminster. Elle a ensuite ajouté que la luxueuse voiture avait tourné à plusieurs reprises autour de l'auberge des Dursley. C'est là qu'Harry intervient car Ginger lui a demandé s'il avait rencontré cet inconnu. »
Frederick se racla la gorge bruyamment :
« Humm… Ginger avait bien deviné. Harry savait parfaitement de qui il s'agissait puisque cet homme paye ses services depuis le mois de juillet. Ce qui m'a surpris davantage, c'est qu'il avait de lui-même déduit qu'il s'agissait du meurtrier que nous recherchons. C'est un garçon brillant, il avait remarqué que les visites de cet homme coïncidaient à chaque fois avec un nouveau drame dans Whitechapel.
- Alors pourquoi ne pas l'avoir déjà arrêté ?
- Harry ignore totalement le nom de cet homme, il pense que Dursley n'en sait pas plus. Il me l'a vaguement décrit : grand, brun, les yeux sombres, il porte un haut-de-forme et une cape noire... Rien de plus concluant car cela pourrait correspondre à la moitié des habitants de Westminster. La seule chose qu'il a pu m'apprendre, c'est que cet inconnu avait eu le nom et l'adresse d'Harry par un autre de ses clients réguliers… Lord Lucius Malefoy. »
Abberline venait de lâcher le nom et il scruta attentivement les réactions de son vis-à-vis. Remus le fixait et ses yeux étrangement dorés semblaient trahir son incompréhension.
« Vous… Vous n'êtes pas sérieux…
- Harry m'a fourni bien trop de précisions au sujet de cet homme pour remettre en cause cet élément. Lord Malefoy n'est d'ailleurs pas son seul client régulier parmi les gens les plus respectables de la cour de Londres… Il y a aussi Mac Nair, apparemment, ils sont venus ensemble quérir les faveurs du garçon, au moins à deux reprises.
- Non… Dieu… Si quelqu'un découvre ce qu'Harry vous a dit, il mourra !
- Et c'est bien pour cela que je n'ai pas l'intention d'en parler à qui que ce soit, à part à vous, évidemment. »
Malgré la précision formulée par l'inspecteur, Remus n'en était pas moins terrifié pour Harry. Frederick préféra continuer, faisant fi de l'air écœuré de Lupin.
« Ce qui m'amène à plusieurs conclusions très importantes. Premièrement, je ne pense pas qu'il puisse s'agir de simples coïncidences : cet homme est venu une première fois à Whitechapel seulement quelques semaines avant les premiers meurtres et depuis, chacune de ses visites à l'auberge de Dursley correspond à une attaque de notre éventreur. Je suis persuadé qu'Harry a raison, il est bien notre homme. Prenez cela comme une intuition car je n'ai pas la moindre preuve de ce que j'avance.
- Oui… Oui, vous avez très probablement raison et de toute façon, je ne mettrais jamais en doute la parole d'Harry.
- Bien… Deuxièmement, nous savons toujours grâce au garçon que cet homme a un lien avec Westminster puisqu'il s'est présenté à son oncle comme une connaissance proche de Lord Malefoy, élément confirmé par la présence de cette calèche mystérieuse qu'a aperçu Ginger la veille du dernier meurtre. Maintenant, posons-nous les bonnes questions… Le mobile. Je sais que tous les journaux vont dans le même sens et parlent d'une sorte de fou diabolique qui s'en prend aux filles de petite vertu, comme une sorte de vengeur de la bonne morale de notre grande Angleterre et j'étais assez d'accord avec cela, jusqu'à ce que je me rappelle les articles sur la réhabilitation des docks que vous aviez mis dans votre porte-document. C'est pour cela que je vous ai fait venir.
- Qu'avez-vous découvert ?
- Devinez quelle compagnie est à l'origine d'une grande partie des rachats de bâtiments sur les docks depuis le premier meurtre… »
Remus était stupéfait par le raisonnement de l'inspecteur mais il se contenta de murmurer :
« Allez-y.
- Impero society.
- Je ne connais pas du tout.
- Rien de plus normal, il s'agit d'une toute petite entreprise, créée au début du mois de juillet dans le but de racheter et de réhabiliter une grande partie de l'East End. D'après un de mes amis de toute confiance, Shackelbolt, un avocat qui travaille dans Westminster pour quelques lords de renom, ce n'est ni plus ni moins qu'une société de façade que tout semble rattacher aux établissements de Salazar.
- C'est… C'est impossible.
- Oh que si, vous avez bien compris, Remus. Les coïncidences sont trop troublantes pour n'être que le simple fruit du hasard. Malefoy qui côtoie régulièrement Harry est parmi les premiers représentants des Etablissements de Salazar, de même que Mac Nair alors, peut-être est-ce pure folie de ma part mais je veux bien parier sur ma vie que notre mystérieux meurtrier est également lié à cette compagnie puisqu'il a connu Harry grâce aux deux Lords. Ce monstre œuvre à sa manière à la réussite de l'Impero Society en favorisant l'effondrement des prix des bâtiments dans l'East End. Reste à savoir de qui il s'agit… »
Remus laissa planer un long silence. Devait-il évoquer les suspicions de Severus et les preuves accumulées grâce à Nott ? Au bout de ce qui parut une éternité à Frédérick, Remus se redressa :
« Maintenant, à mon tour. Le fait que les Etablissements de Salazar soient liés d'une façon ou d'une autre à cette enquête n'est en rien pour me rassurer, bien au contraire. Si j'ai séjourné un mois à Whitechapel, dans l'auberge des Dursley, c'est suite à une demande de mon ami Severus Snape, venu jusqu'à Paris pour me faire part des preuves qu'il avait accumulées contre cette même compagnie.
- Je vous jure que ce que vous me direz restera entre ces murs, tant que la vie du garçon sera en jeu car c'est bien de cela qu'il s'agit, n'est-ce pas ?
- Oui, vous m'avez compris. Ecoutez… Nul doute… »
Remus se racla la gorge, il ne sentait nauséeux comme jamais.
« Humm… Nul doute que vous vous rappelez que, lors de notre premier entretien, j'avais évoqué avec vous le fait qu'Harry, pauvre orphelin abandonné à son triste sort dans Whitechapel, est en réalité l'héritier d'une des plus vieilles familles de l'aristocratie anglaise.
- Oui, je m'en souviens parfaitement.
- Je vous avais alors précisé que vous pouviez trouver aisément son histoire, en consultant les archives de Scotland Yard. L'avez-vous fait ?
- Sincèrement, Remus, non. Je me suis concentré sur notre affaire et je n'ai pas pris le temps de vérifier vos dires. De toute façon, je n'ai pas pensé une seconde qu'il pouvait y avoir un quelconque lien avec les meurtres de Whitechapel.
- Peut-être qu'il n'y en a aucun, mais je ne veux pas qu'il vous manque la moindre information qui pourrait aider à la résolution de cette enquête. Il faut que vous compreniez, Frederick, qu'Harry est dans cette situation misérable, justement à cause des Etablissements de Salazar.
- Vous êtes sérieux ?
- Malheureusement, oui. En fait, ce que je vais vous dévoiler est le résultat d'une enquête de plusieurs mois menée par mon ami, Severus Snape.
- Je vous écoute, Remus.
- Tout a commencé lorsque le père d'Harry, James Potter et son parrain, Sirius Black, ont investi aux Indes en fondant la Compagnie des Lions. Sans entrer dans tous les détails sordides de cette histoire, ils se sont rapidement trouvés en concurrence avec les Etablissements de Salazar pour le marché des soieries. Alors que leur affaire était en pleine expansion, Sirius et James ont été injustement accusés de haute trahison auprès de sa Majesté la Reine Victoria, pour complicité et arrangement illicite avec la France. Severus a obtenu ces confidences de Nott, l'un des avocats des Etablissements de Salazar qui a avoué, sur son lit de mort, être au courant des manipulations faites pour faire tomber la Compagnie des Lions. Sirius était à Pondichery au moment où a éclaté l'affaire, il a été immédiatement arrêté et conduit à la forteresse d'Azkaban à Tirapu, sans avoir eu le temps de prévenir son ami de l'évolution désastreuse de leur situation en Inde.
- Et pour les Potter ?
- En fait, les parents d'Harry sont morts lors d'un terrible naufrage près du détroit de Palk, entre les côtes orientales de l'Inde et de Ceylan alors qu'ils devaient rejoindre la propriété qu'ils venaient d'acheter entre Pondichery et Madras. Avant de partir, ils avaient confié leur unique fils à la sœur de Lily Evans Potter, marié à un aubergiste de Whitechapel…
- Dursley.
- Oui, c'est exact. En fait, personne ne savait où se trouvait l'enfant sauf ce fameux avocat qui gérait également la fortune des Potter déjà du temps du père de James. Au lieu de rendre la fortune à leur unique héritier en annonçant la disparition tragique du couple, il a fait croire à la disparition de l'enfant et il s'est chargé de dilapider le patrimoine de cette famille au profit des Etablissements de Salazar. Il a avoué sa forfaiture à mon ami au moment de mourir et c'est pour cela que je suis revenu sur Londres, pour retrouver Harry, pour le sauver… »
Remus s'arrêta, au moins, il avait pu confier la situation à Abberline et il sentait curieusement soulagé. Frederick reporta son attention sur le dossier épais à sa droite qu'il ouvrit, il tendit un des nombreux clichés à son interlocuteur. Remus regarda attentivement la photographie avant de demander :
« Qu'est-ce que c'est ?
- Un morceau de tablier retrouvé à proximité du corps d'Annie Chapman. Un des policiers chargé de l'examen des lieux a trouvé des tâches de sang séché sur le cuir.
- Je… Je ne comprends pas… Quel est le rapport avec tout ce que nous avons découvert ?
- Absolument aucun et croyez-bien que je le regrette sincèrement.
- Je m'en doute.
- Ecoutez, Remus, je suis totalement convaincu qu'il s'agit d'une fausse piste qui nous éloigne dangereusement de la vérité. J'avais déjà acquis de fortes convictions sur le mobile véritable de cette série de meurtres grâce aux informations de Shackelbolt sur l'Impero society et ce que vous venez de m'expliquer sur les Etablissements de Salazar ne fait que me conforter dans cette direction. Les méthodes douteuses de cette compagnie qui se croit au-dessus de toute loi, en raison de sa proximité avec les plus hautes instances de notre royaume, me laissent craindre le pire… Cependant, en haut lieu, on en a déduit que cette affaire serait bientôt de l'histoire ancienne grâce à cette soi-disant preuve, j'ai eu beau m'opposer, on n'a pas jugé bon de prendre en compte mon avis sur le sujet…
- Co… Comment ?
- Depuis cinq jours, plusieurs hommes ont été nommés, contre mon avis, pour mener une contre-enquête à Whitechapel pour trouver l'origine de ce morceau de tablier et on m'a prévenu, il y a un peu plus d'une heure, qu'une personne avait été interrogée ce matin à ce propos, bien sûr, sans que j'en sois informé… Un certain John Pizer, un boucher juif de Whitechapel. Dès que les habitants l'ont su, il y a eu du grabuge : apparemment des gars des Old Nichols, poussés par Greyback, ont exhorté la foule à lyncher ce boucher. Avant que vous n'arriviez, je m'apprêtais à me rendre là-bas. »
Frederick sortit un sac en papier d'un tiroir de son bureau et tendit le paquet à Remus. Il l'ouvrit et y découvrit une tenue de policier. Il releva un regard interrogateur vers l'inspecteur qui déclara dans un sourire :
« Prêt à retourner dans Whitechapel, Monsieur Lupin… »
Note de l'auteur (1) : John Pizer
Quelques jours après la mort de Dark Annie (Annie Chapman) retrouvée le 8 septembre 1888 au matin, dans une cour intérieure au numéro 29 de Hanbury Street, les policiers arrêtèrent un boucher juif du quartier, John Pizer, en se basant sur le fait qu'un morceau de tablier de cuir aurait été retrouvé sur les lieux du crime. Il fut toutefois rapidement établi que ce morceau de cuir n'avait aucun lien avec le crime : il appartenait à un locataire de l'immeuble, qui l'avait lavé et mis à sécher. Pizer fut cependant incarcéré pendant deux jours, afin de permettre à la police de le disculper aux yeux de la foule qui voulait le lyncher.
À partir de ce moment, l'unique indice sur l'assassin provenait de quelques témoins qui affirmèrent avoir vu les victimes discutant avec un homme portant un chapeau haut-de-forme. [Ce que j'ai adapté à mon histoire car le témoin en question serait en l'occurrence Harry…]
A suivre…
