Chapitre 10
L'immortel resta silencieux quelques instants, réfléchissant au moyen de mettre la main sur l'artéfact.
– Chez nous, chaque objet est répertorié, photographié et rangé, fit-il soudain. Je pense qu'ici, ça sera la même chose. Il suffit de trouver les clichés du miroir et l'autre partie devrait être dessus, ainsi nous saurons ce que c'est.
– Très bien. Tosh, je voudrais que tu passes une échographie, dit Owen.
– Pourquoi faire ?
– Je veux m'assurer que tout va bien et vérifier ton terme, c'est important.
– Nous avons le temps, fit-elle, le plus urgent est d'aider Jack.
– Non Toshiko, intervint le Capitaine, je préfère que tu penses à ta santé. Ce n'est pas un examen de quelques minutes qui changera quoi que ce soit.
– Mais…
– Non ! l'interrompit-il, décidé. Owen, prends soin de ta femme. Il faut faire le nécessaire pour que votre enfant vienne au monde dans les meilleures conditions possibles.
La jeune femme les regardait l'un et l'autre et allait répliquer lorsqu'un coup d'œil du leader l'en dissuada. Il était inquiet pour sa santé et elle l'en remercia mentalement.
– C'est tout naturel, crois-moi, je m'en voudrais s'il vous arrivait quelque chose, fit-il avant de l'embrasser sur la joue.
Elle le fixa, puis lui sourit, elle avait complètement oublié qu'il pouvait entendre ce qu'elle pensait.
– Nous devrions nous préparer, proposa-t-il.
Elle récupéra les tasses et les nettoya pendant que les deux hommes retournaient dans leurs chambres. Elle tenait à ce que la maison de son ami reste aussi bien rangée que lorsqu'il était là. Quand elle eut terminé, elle rejoignit son mari qui finissait de s'habiller.
Moins de quinze minutes plus tard, le Capitaine refermait soigneusement la porte de la villa et prenait place sur la banquette arrière du SUV et Owen prit la route de l'institut.
Quand ils passèrent le sas, le ptérodactyle lança un cri avant de fondre sur eux. Cette fois, Jack lui tendit une tablette de chocolat et sourit en voyant l'animal saisir la gourmandise et retourner dans son antre.
Tosh alluma son ordinateur et chercha le fichier dans lequel étaient répertoriés tous les artéfacts rangés dans les archives.
L'immortel descendit s'occuper des pensionnaires, mais remonta très vite lorsque l'alarme de la faille retentit dans la base. La jeune femme lui donna les coordonnées et il sortit rapidement pour l'interception. Ce n'était que des Weevils, mais il avait besoin de penser à autre chose, il savait que la Japonaise ferait tout son possible pour l'aider, mais trouverait-elle l'objet et surtout, la signification du signal.
Parcourant les rues, il croisait des couples dont la femme pleurait et se doutait que ces personnes devaient certainement avoir perdu un de leurs enfants ou connaissaient ceux qui avaient été livrés aux aliens.
Ainsi qu'ils l'avaient promis, les visiteurs étaient partis sitôt leur récolte faite, mais ils pouvaient revenir dans un an, dix ans, cent ans et cela était inadmissible ! Le gouvernement n'avait rien fait pour protéger les enfants de la Terre, mais lui trouverait le moyen de débarrasser l'univers de cette espèce qui avait tué le Gallois et fait autant de dégâts dans la population. Il ne pouvait imaginer ce qu'il aurait ressenti si c'était Son Ianto qu'il avait tenu dans ses bras tandis que la vie le quittait. Non ! Il ne le permettrait pas !
Deux heures plus tard, il rentrait à la base après avoir repoussé les créatures dans les égouts. Il alla dans la cuisine pour déposer le repas qu'il avait acheté en passant devant le traiteur. Il avait eu un pincement au cœur en constatant que lui aussi était dans cet univers. Beaucoup de choses étaient similaires, mais également très différentes et c'était assez perturbant.
Il monta dans le bureau et s'occupa des quelques dossiers restés en souffrance, vérifiant les informations afin que la validation soit plus rapide lorsqu'il les verrait avec Owen. Après une bonne demi-heure de travail, il repoussa les dossiers et vit une enveloppe écrite de la main du Gallois. Il la prit et la tourna entre ses doigts avant de la glisser dans sa poche, puis il quitta le bureau et descendit en zone informatique.
Il s'approcha de la jeune femme qui était toujours plongée dans ses recherches et s'assit près d'elle sans la déranger. Il la voyait faire défiler des clichés tandis qu'un autre programme analysait le signal des 4.5.6.
Owen vint les rejoindre et posa sa main sur l'épaule de sa femme pour attirer son attention. Elle tourna la tête pour le regarder, avant de fixer à nouveau l'écran.
– Tosh, je voudrais que tu arrêtes maintenant, tu y as passé la matinée, fit-il.
– Je sais, mais je n'ai encore rien trouvé.
– Tu auras le temps plus tard, pour le moment, je voudrais que tu viennes passer ton écho et ensuite, nous irons déjeuner.
– Je n'ai pas faim.
– Tosh, Owen a raison, il faut prendre un peu de repos, intervint le leader. Ça ne sert à rien d'insister et tu dois penser à ton bébé.
– Mais Jack…
– Non, fais ce que te dit ton mari. Je t'en prie, dit-il doucement.
Elle le fixa quelques instants puis elle abdiqua et se leva. Le médecin l'attrapa par la taille et l'attira à lui pour l'embrasser légèrement avant de l'emmener à l'infirmerie. Le Capitaine resta sur son siège et les regarda partir sans rien dire.
– Jack, tu peux venir si tu le souhaites, lança la jeune femme en se retournant.
Le leader resta silencieux et elle revint sur ses pas pour lui prendre la main.
– Ça me ferait plaisir, fit-elle doucement.
Il se leva et la suivit. Quand ils descendirent les marches, Owen finissait de calibrer la machine et attendait patiemment que son épouse s'allonge sur la table. Elle entrouvrit son chemisier et descendit un peu sa jupe pour permettre à son mari de pratiquer l'échographie.
Il mit du gel sur la sonde et la posa sur la peau, faisant frissonner la jeune femme qui ressentit le froid du produit. Jack lui prit la main et regarda les images. Le médecin leur montra le point qui battait furieusement, prouvant qu'une petite vie était nichée dans le ventre de la jeune femme.
– Eh bien, je pense que tout est pour le mieux. D'après les mesures, tu en serais à huit semaines environ. J'aimerais que tu te ménages, fit Owen, et surtout, que tu n'ailles plus sur le terrain.
– Pourquoi ?
– On ne sait jamais ce qui peut se passer, fit le praticien, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quelque chose.
– Il a raison Tosh. Tant que je serai ici, je pourrai m'occuper des interventions. Toi, tu dois écouter ton médecin, c'est important, fit Jack.
– Vous vous êtes ligués, on dirait, dit-elle avec un léger sourire. C'est d'accord, mais comment va-t-on faire lorsque tu seras parti ?
– Vous ne pouvez pas rester tous les deux, il faut que vous pensiez à recruter. Lors de notre déplacement à Londres avec Ianto, j'avais pris certains contacts, je peux voir ce qu'il en est maintenant. Tosh, tu m'as bien dit que j'avais un dossier verrouillé à l'Unit ? fit-il après un instant de réflexion
– Oui, mais je ne sais toujours pas pourquoi, puisque tu n'es jamais venu ici.
– Ils ont la technologie pour passer d'un univers à l'autre et je pense que l'organisation de mon espace-temps peut avoir transféré les informations afin qu'ils ne soient pas pris au dépourvu si je débarquais.
– Effectivement, c'est possible. Je vais tâcher de craquer le code de protection et nous en saurons plus.
– Nous verrons ça plus tard. Pour le moment, il faut aller déjeuner, fit-il avec un sourire.
La jeune femme termina de retirer le gel et se rhabilla tandis que le Capitaine quittait l'infirmerie. Tosh s'approcha de son époux et lui vola un baiser avant de suivre le leader.
Quand le médecin les rejoignit dans la salle de conférence, elle venait de servir les plats et discutait avec l'immortel. Le repas se déroula dans la bonne humeur, le couple était heureux de savoir que tout allait bien pour le fœtus et le leader était satisfait pour eux.
– Je peux vous poser une question ? fit ce dernier après quelques instants de silence.
– Oui, bien sûr, répondit Owen.
– Je sais que ça ne me regarde pas, mais qu'allez-vous faire de la villa de Ianto ? finit-il dans un souffle.
Les deux jeunes gens le dévisagèrent avant que Tosh ne prenne la parole.
– Je ne sais pas, il faut que nous nous renseignions pour savoir s'il lui restait de la famille.
– Et s'il n'en avait plus ?
– J'avoue que je ne me l'étais jamais demandé, intervint Owen. C'est vrai qu'il n'en parlait jamais. Mais pourquoi poses-tu cette question ?
– J'ai vu une enveloppe dans le bureau, elle vous était adressée.
– Tu es certain ?
– Oui.
– J'irai voir, fit Tosh.
– Ce ne sera pas la peine, reprit l'immortel en mettant sa main dans sa poche pour en retirer la missive.
La Japonaise la prit et caressa doucement l'écriture de son ami défunt, puis elle l'ouvrit pour en sortir une feuille pliée.
Tosh, Owen,
Si vous lisez cette lettre, c'est que je ne serais plus. J'aurais sans doute été victime, comme tant d'autres avant moi, de la malédiction de Torchwood.
Vous étiez toute ma famille et j'ai aimé être à vos côtés. Nous nous comprenions sans qu'il soit vraiment besoin de parler, surtout avec toi, Tosh. Tu as été mon amie, ma confidente, j'aurais tant voulu rester auprès de vous, mais mon destin était tout autre.
Jack, je sais que tu as toujours refusé de m'offrir ce que je souhaitais et je ne t'en veux pas. Tu retourneras dans ton univers et tu pourras y retrouver ton ami. Mais j'avoue que j'ai été jaloux des sentiments que tu lui portes. Je suis lui et tu as toujours refusé ma demande, je n'avais pas compris, mais maintenant, je suis persuadé que tu avais raison. On ne peut pas vivre avec des souvenirs et c'est tout ce qui me serait resté si tu étais retourné chez toi alors que j'étais toujours vivant.
Owen, Tosh, je sais que vous vouliez fonder une famille, alors ma dernière volonté est que vous acceptiez que je vous offre ma maison. Elle est spacieuse et conviendra parfaitement à un couple avec un jeune enfant. Je l'avais deviné avant toi Tosh, mais je n'ai rien voulu dire, ne m'en veux pas.
Tous les papiers sont en règle. Sans nouvelles de ma part d'ici une semaine, mon notaire prendra contact avec vous pour vous remettre les titres de propriété, j'espère que vous accepterez ce cadeau et que vous y vivrez heureux.
Je vous souhaite une vie la meilleure qui soit, mais n'oubliez pas, à deux, il vous sera impossible de gérer l'institut, vous devrez vous entourer de personnel compétent. Pour ça, je pense que vous pourriez suivre les idées de Jack, je suis certain qu'il saura vous conseiller.
Adieu mes amis et essayez de vous souvenir de moi.
Ianto Jones
La jeune femme continuait de fixer la feuille, des larmes roulant sur ses joues. Elle avait le cœur serré devant tant de gentillesse. Son époux la prit dans ses bras et tenta de la réconforter, lui aussi était touché par le cadeau que leur faisait leur ami.
– Je peux vous laisser si vous le souhaitez, fit Jack.
– Non, reste, l'arrêta Tosh quand elle vit qu'il se levait. Je suis désolée, je ne m'attendais pas à ce qu'il ait fait un testament. Nous n'en avons jamais parlé, mais c'est vrai que dans notre boulot, c'est une chose qui serait à faire.
– Alors, qu'allez-vous décider ?
Le couple se regarda un instant et Owen hocha la tête.
– Nous allons accepter, fit ce dernier. C'était la volonté de Ianto, nous allons la respecter, ainsi il sera toujours près de nous.
– Très bien, j'en suis heureux, répondit le leader. Maintenant, il faut vous trouver du personnel compétent. Quand tu auras un moment Tosh, pourras-tu voir si tu peux craquer mon dossier chez l'Unit, je dois appeler quelqu'un qui pourra m'aider à choisir les membres nécessaires et je voudrais m'assurer que les transferts se feront sans problème.
– D'accord, je verrai ça cet après-midi, fit-elle.
– Bien, je pourrais te demander de nous faire un café, j'avoue que le mien est vraiment exécrable, fit-il avec une petite moue.
La jeune femme lui sourit et quitta la pièce en emportant les boîtes vides, laissant les deux hommes discuter.
Quand Jack se rendit dans le bureau du Gallois, il avait été décidé qu'il chercherait deux membres supplémentaires. Il avait déjà approché certaines personnes, mais il voulait s'assurer de ne pas faire d'erreur. Il décrocha le combiné et composa un numéro, puis attendit que son correspondant lui réponde.
Ils discutèrent pendant quelques minutes puis rendez-vous fut pris pour que les personnes concernées viennent à Cardiff, il ne pouvait pas retourner à Londres, Owen avait besoin de lui pour les interventions.
Quand il eut terminé, il coupa la communication et alla rendre compte au médecin qui se déclara satisfait. Tosh s'approcha et leur tendit une tasse de café qu'ils acceptèrent d'un sourire.
Une alarme se déclencha et le Capitaine sortit rapidement pour revenir moins d'une heure plus tard. La police avait réglé le problème, il ne s'agissait en fait que d'une bande de jeunes qui avait décidé de faire des blagues aux passants.
À son retour à la base, il descendit nourrir les pensionnaires et resta quelques minutes auprès du ptérodactyle. Il le regarda manger la pitance qu'il lui avait déposée et repensa au Gallois.
– Je suis désolé Myfanwy, fit-il doucement, ton ami ne viendra plus te voir. J'aurais tellement voulu pouvoir le sauver, mais j'ai été impuissant à le protéger.
L'animal avait levé la tête et semblait écouter les paroles, puis il fit quelques petits pas et posa son bec sur le sol près de l'immortel qui l'effleura du bout du doigt.
– Jack, entendit-il dans un souffle.
Il se tourna et vit Tosh à l'entrée. Elle avait parlé à voix basse en voyant le chien de garde près du Capitaine, elle n'avait pas voulu l'effrayer. Lentement, il se leva et la rejoignit.
– Elle te laisse l'approcher ? demanda-t-elle surprise.
– Nous avons quelqu'un en commun, murmura-t-il.
– Qui ?
– Ianto !
Il descendit dans la zone centrale, suivi par la jeune femme qui comprenait sa tristesse. Le Gallois lui manquait à elle aussi, mais ils devraient vivre avec cette absence alors que le Capitaine allait retourner chez lui et retrouver son ami.
En arrivant près du canapé, il s'assit et la Japonaise prit place près de lui. Elle serrait ses mains sur un dossier qu'elle avait posé sur ses genoux. Il la regarda, percevant ses interrogations, mais il ne pouvait rester, il devait à tout prix retourner dans sa propre réalité.
– Tu as trouvé quelque chose ? demanda-t-il.
– Oui, je sais quel artéfact complète le miroir. Ianto l'avait rangé dans une boîte aux archives.
– Très bien, nous irons voir ça. Et pour les 4.5.6. ?
– J'ai mis tout ce que j'avais sur cette clé, fit-elle en lui tendant l'objet. Je ne trouve rien de plus, mais il faut que tu rentres chez toi. Ta collègue pourra sans doute terminer les recherches, ici, il n'y a rien de plus. J'ai beau chercher, il manque des données et j'en suis venue à me dire qu'elles ne doivent être disponibles que dans ton univers.
– Pour quelle raison ? fit-il sans comprendre.
– Les aliens se déplacent, je suppose que les éléments ne sont pas les mêmes d'une réalité à l'autre.
Jack leva la tête en voyant le médecin s'approcher. Il les avait écoutés et savait que l'immortel allait bientôt les quitter.
– Ne t'en fais pas, je ne partirai que lorsque le personnel supplémentaire sera arrivé, fit Jack.
– Tu ferais ça ? s'enquit la jeune femme.
– Oui Tosh, je ne vous laisserai pas sans aide. Ianto vous l'a dit, vous pouvez me faire confiance. Bien, je vais rentrer si vous le voulez bien, fit-il. Je vous verrai demain avec, je l'espère, de bonnes nouvelles pour vous. J'attends un coup de fil pour ce soir et si tout se passe bien, deux candidats potentiels pourraient venir dans la matinée.
– D'accord, répondit la jeune femme. Tu veux qu'on t'accompagne ?
– Non, ça ira, je vais prendre la voiture de Ianto si ça ne vous dérange pas.
– Bien sûr que non, fit Owen. Mais si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à appeler.
– Merci, alors à demain, fit-il en se levant.
– À demain.
Il quitta la base sous le regard du couple qui sentait bien que la soirée de l'immortel allait être difficile, mais ils ne voulaient pas s'imposer.
Quand ils eurent vérifié que les ordinateurs étaient éteints, ils partirent également, le médecin ayant invité sa compagne à aller au restaurant. Ils avaient commencé à discuter de leur avenir, voulant déménager et s'installer pour élever l'enfant qui allait naître dans quelques mois. Tosh avait des appréhensions, elle espérait que l'immortel pourrait débarrasser l'univers des aliens qui en voulaient à leurs enfants !
La nuit du Capitaine fut agitée. Il s'était couché après avoir pris une douche, mais ses rêves étaient hantés par le Gallois qui s'éloignait à chaque fois qu'il arrivait à s'approcher de lui. Le visage du jeune homme était souriant, mais son regard était triste et le cœur de l'immortel, douloureux de cette absence.
À suivre…
